NATIONS UNIES, OCTOBRE 2007 | LA SITUATION DES REFUGIES DANS LE MONDE
__"Le XXIe siècle est celui du déplacement humain", affirme António Guterres
Selon le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, la nature complexe des mouvements de population à l'échelle mondiale nécessite de nouvelles stratégies.
| LE DISCOURS D’ANTONIO GUTERRES |
Alors que des millions de personnes se déplacent à travers le monde, le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, António Guterres, a lancé, le 1er octobre 2007, à Genève, un appel en faveur d'un effort concerté de la communauté internationale pour mieux comprendre et gérer les raisons, l'échelle et la complexité du déplacement global et de la migration.
"Ce siècle est celui du déplacement humain", a affirmé António Guterres lors de l'ouverture du Comité exécutif du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), l'organe directeur de l'agence pour les réfugiés, qui réunit 72 nations. "Chaque perspective économique, chaque navire en partance, chaque catastrophe, chaque conflit est le sceau d'un 21ème siècle marqué par les mouvements de population".
En insistant sur le fait que le HCR n'est pas une institution chargée de gérer les migrations, António Guterres a noté que l'efficacité de son organisation dans la protection des réfugiés du monde entier dépendait de sa capacité à appréhender la structure profonde des déplacements de population dans le monde contemporain.
Il a évoqué plusieurs raisons expliquant l'accroissement considérable des mouvements migratoires, y compris la pauvreté et la quête d'une vie meilleure. Désireux de s'associer à l'économie mondiale, mais incapables de le faire légalement, des milliers de migrants pauvres ont recours aux passeurs et à d'autres moyens dangereux. Pour que le HCR puisse remplir son mandat de protection des réfugiés et des autres personnes ayant besoin de protection au sein de ces vastes mouvements, "il nous faut reconnaître la nature mixte des nombreux mouvements de population contemporains", a assuré António Guterres.
"En Méditerranée, dans le Golfe d'Aden et dans les Caraïbes, le long des frontières nord-sud et, de plus en plus, le long des frontières sud-sud, mêlés aux migrants partis en quête d'une vie meilleure, se trouvent des gens ayant besoin d'une protection des réfugiés et des demandeurs d'asile, des femmes et des enfants victimes de la traite", a-t-il précisé. "La capacité de les recenser, de leur assurer un accès physique aux procédures d'asile et à un examen juste de leur demande constitue un élément clé de notre mission".
Le nombre total de personnes relevant de la compétence du HCR à la fin 2006 s'élevait à 32,9 millions, y compris près de 10 millions de réfugiés qui ont traversé des frontières internationales, 13 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays et 5,8 millions de personnes apatrides. Après plusieurs années de déclin, le nombre des réfugiés fuyant conflits et persécutions est reparti à la hausse l'année dernière. Cette augmentation s'est poursuivie en 2007, les crises prévalant en Irak et dans la Corne de l'Afrique ajoutant chaque jour leur lot de déplacés.
Avec le déplacement forcé ayant lieu dans un contexte plus large de pauvreté extrême, de dégradation de l'environnement et de changements climatiques, les causes de la fuite des êtres humains deviennent plus interdépendantes que jamais et exigent des stratégies et des réponses innovantes.
"Nombreux sont ceux qui cherchent tout simplement à fuir la famine", a noté António Guterres. "Lorsque l'exil n'est pas une option mais une nécessité, on ne peut plus parler de pauvreté. Par ailleurs, les catastrophes naturelles sont de plus en plus fréquentes, de plus en plus graves et dévastatrices. La quasi-totalité des prévisions concernant les effets à long terme des changements climatiques font état d'une expansion ininterrompue de la désertification jusqu'à la destruction des moyens d'existence dans de nombreuses régions du globe. Et chaque fois que le niveau de la mer montera d'un centimètre, on comptera un million de déplacés supplémentaire. La communauté internationale semble aussi démunie face à ces nouvelles causes qu'elle ne l'est devant la prévention du conflit et la persécution".
C'est pourquoi il était extrêmement important d'examiner les raisons, l'échelle et les tendances du déplacement forcé contemporain, a indiqué António Guterres. "Cela va bien au-delà de la simple compréhension de ce que représente la fuite des réfugiés".
António Guterres a aussi noté que les plus de quatre millions d'Irakiens déplacés à l'intérieur et à l'extérieur du pays constituaient le plus grand groupe de personnes déplacées, ainsi que la population de "réfugiés urbains" la plus importante. Sur les plus de deux millions d'entre eux qui se trouvent en dehors de l'Irak, la majorité vit dans des villes en Syrie et Jordanie. Il en résulte un énorme fardeau assumé par les deux pays, qui les met au nombre des pays généreux du monde en développement tels que le Pakistan, la République islamique d'Iran, la République-Unie de Tanzanie, le Kenya, le Tchad, la Guinée, la Zambie et l'Equateur qui ont accueilli un nombre impressionnant de réfugiés.
"Notre plus grand défi aujourd'hui en matière de réinstallation est l'Irak, où le HCR a rapidement développé sa capacité à identifier et à présenter les cas vulnérables", a conclu António Guterres. "Les pays de réinstallation ont répondu mais davantage d'efforts sont nécessaires pour accélérer les interviews et les départs".
Le rapatriement librement consenti est resté la solution privilégiée en 2006, avec quelque 734’000 réfugiés qui sont rentrés chez eux pour reconstruire leur vie, tout comme quelque 1,9 million de déplacés internes.

LE DISCOURS D’ANTONIO GUTERRES
C'est un moment de vérité pour le HCR. Tant par choix que par nécessité, nous sommes confrontés simultanément à trois principaux défis. Le premier consiste en une réévaluation de notre mission. Nous devons rester fidèles à notre mandat tout en répondant aux sollicitations d'un monde en mutation, qui se doit de remédier à l'un de ses échecs les plus cuisants, l'oubli des personnes déplacées de l'intérieur. Le deuxième est le besoin pressant d'une réforme profonde de structure et de gestion qui est absolument indispensable si nous voulons édifier une organisation plus forte, plus efficace et capable de générer et de consacrer davantage de ressources aux personnes dont nous avons la charge. Le troisième concerne le renouvellement de nos cadres supérieurs qui touche en une année et demie dix membres du Comité supérieur de gestion.
Nous ne renâclons pas devant ces défis même si nous aurions préféré ne pas devoir les relever tous en même temps.
Il y a une année, j'ai pris un certain nombre d'engagements auprès de vous notre organe directeur, nos partenaires, notre personnel et surtout les personnes dont nous servons la cause. L'heure est venue aujourd'hui de faire le point.
PREMIER ENGAGEMENT | Renforcer l'identité du HCR en tant qu'institution chargée de la protection.
Cette identité, comme je l'ai dit [en 2006] doit inspirer l'ensemble de notre action. A une époque où monte l'intolérance, alimentée par les préoccupations de sécurité et la confusion dans l'opinion publique entre les migrants ou les réfugiés, il nous faut tout d'abord préserver l'asile et rétablir la confiance dans les systèmes d'asile. Je tiens à lancer un appel dans ce sens aux dirigeants politiques soucieux de l'action humanitaire et du respect des droits, ainsi qu'aux membres concernés de la société civile et des médias. Le HCR est désireux de coopérer avec tous. Des développements inquiétants souvent délibérément encouragés par le populisme dans les milieux de la politique et de l'information nous entraînent dans la mauvaise direction. Nous devons être vigilants et continuer de faire entendre la voix de la raison et de la tolérance.
Préserver l'asile, c'est également s'opposer vigoureusement à toutes les formes de refoulement et garantir le respect du droit international des réfugiés. Un droit international des réfugiés qui ne doit pas céder devant la législation nationale, les traités d'extradition ou se voir redéfini par des dispositions bilatérales.
Les situations auxquelles je me suis référé [en 2006] de l'Ouzbékistan à la Corée du Nord continuent de susciter une vive préoccupation pour le HCR, à une exception près, que je suis heureux de citer comme une étape importante compte tenu du débat que nous avons eu ici lors du Comité exécutif, le traitement impeccable réservé aux Rwandais récemment arrivés au Burundi. Les autorités burundaises appliquent des procédures d'asile adéquates dans l'ouverture et la coopération avec pour résultat que la plupart des arrivants sont considérés comme ne relevant pas de notre compétence et repartent normalement vers le Rwanda où ils sont bien accueillis. Les rares cas dont la demande est acceptée obtiennent des formes adéquates de protection et d'assistance au Burundi.
Pour renforcer la protection, nous devons créer partout des capacités nécessaires. En refusant une attitude paternaliste, selon laquelle ces préoccupations concernent seulement le monde en développement mais en comprenant que le renforcement de la capacité de protection est nécessaire tant au nord qu'au sud. La mise en place d'institutions, de coalitions et de qualifications ne saurait servir à externaliser la protection mais à établir un instrument de coopération internationale et de solidarité pour rendre possible le partage réel et équitable de la charge.

La protection est au coeur de notre préoccupation concernant la réduction des cas d'apatridie. Traditionnellement, le HCR s'est concentré sur les conseils juridiques donnés aux Etats. De fait, nous avons pu résoudre des situations d'apatridie moyennant une assistance pratique en Ukraine, en ex-République fédérale yougoslave de Macédoine et à Sri Lanka en aidant des centaines de milliers d'apatrides à acquérir la nationalité et nous participons aujourd'hui à un programme de coopération important avec la Fédération de Russie. Mais, ces histoires à succès ont été trop rares. Nous voulons changer cet état de fait.
Nous le ferons moyennant l'appui opérationnel et la collaboration interinstitutions. Cela impliquera des mesures concrètes pour réduire et prévenir l'apatridie telles que des campagnes d'enregistrement des naissances avec l'UNICEF, des recensements avec le FNUAP; une assistance électorale avec le Département des Nations unies chargé des affaires politiques et le PNUD et des campagnes de sensibilisation du public avec le mouvement des ONG. Notre objectif est de permettre à ces personnes oubliées de devenir les nationaux d'un Etat ou, à tout le moins, de jouir des droits fondamentaux de l'homme conférés par une identité juridique.
La protection est également au centre de la nouvelle priorité accordée à notre engagement dans les domaines du déplacement intérieur et du lien entre la migration et l'asile. La Division des services de la protection internationale s'oriente de plus en plus vers l'appui au terrain, assumant la responsabilité directe des unités travaillant à la recherche de solutions durables aux situations de réfugiés. La protection sera fournie plus près des populations dont nous avons la charge, ce qui impliquera le déploiement de personnel dans les bureaux régionaux. Nous mettons en place un nouveau cadre d'obligation redditionnelle pour l'intégration des critères d'âge, de genre et de diversité. Cette action engage les cadres à tous les niveaux et j'en fais l'un de mes chevaux de bataille lors de mes missions.
Le HCR dispose aujourd'hui d'un haut commissaire assistant pour la protection, Erika Feller. Avec la DIPS, elle conduit un débat dans l'ensemble de l'Organisation sur les défis pressants en matière de protection, ainsi que sur les questions telles que les flux mixtes, la protection des données, la facilitation et la promotion du rapatriement librement consenti, la violence sexuelle et sexiste, l'apatridie, les stratégies de retrait, l'exclusion dans une époque en proie au terrorisme, les alliances pour la protection, la réinstallation et le déplacement interne. […]
DEUXIEME ENGAGEMENT | Faire du HCR un partenaire prévisible et pleinement engagé dans la nouvelle approche face aux situations de déplacement intérieur
Nous participons désormais à la réponse collective du système des Nations unies et de la communauté humanitaire au sens large et, dans ce contexte, avons assumé la responsabilité du module relatif à la protection, aux abris d'urgence, à la coordination et à la gestion des camps. Les leçons tirées de la mise en oeuvre dans les quatre pays pilotes Ouganda, République démocratique du Congo, Libéria et Somalie nous serviront d'exemples. L'approche modulaire a ouvert de nouvelles perspectives de solutions durables en Ouganda, par exemple, elle a été précieuse pour le retour au foyer de plus de 300’000 personnes jusqu'à ce jour, transformant une situation humanitaire dramatique en une éventuelle histoire à grand succès.
Pour que cette nouvelle démarche soit efficace, nous avons fermement fait valoir trois préoccupations principales : qu'elles soient flexibles et adaptées à la réalité du terrain et si nécessaire que la théorie s'aligne sur la réalité et non pas l'inverse; son cadre doit être léger et non bureaucratique, c'est la raison pour laquelle nous n'avons pas constitué d'unité spécifique à cette fin au Siège; et que nous partions du principe que tous les acteurs humanitaires, y compris les sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ainsi que les mouvements des ONG doivent participer de façon effective au processus en tant que partenaires stratégiques à part entière qui pensent ensemble, prévoient ensemble et agissent ensemble.
Un partenariat basé sur un dialogue entre égaux pour une responsabilité authentiquement partagée. Bien sûr cela est également vrai de nos partenariats dans d'autres domaines. Nous nous employons à devenir un partenariat fiable pour les ONG, les institutions sœurs moyennant des données plus fiables, une allocation plus judicieuse des ressources limitées et la couverture des besoins prioritaires, une amélioration de l'évaluation participative des besoins et de la planification.

Plusieurs opérations du HCR sur le terrain n'ont pas été choisies pour l'application de cette responsabilité modulaire. A cet égard, nous n'attendrons pas de notification officielle mais nous efforcerons de répondre aux besoins des gens selon nos possibilités. C'est pourquoi nous réévaluons à l'heure actuelle nos capacités en Colombie, à Sri Lanka, au nord et au sud du Caucase où nous sommes présents depuis longtemps et c'est pourquoi nous avons encouragé la requête déposée par l'Equipe des Nations unies en Côte d'Ivoire d'un module de protection.
Par ailleurs, face à une situation comme le Darfour, l'action d'organisations comme la nôtre, se heurte à de sérieuses contraintes. Cela peut sembler intolérable, mais notre désespoir n'est rien à côté de celui des victimes et des millions de déplacés. En l'absence d'un cadre clair pour l'exercice de la responsabilité de protection, la communauté internationale reste fondamentalement impuissante. L'insécurité, qui a grandi au Darfour, a désormais gagné le Tchad et menace la République centrafricaine.
TROISIEME ENGAGEMENT | Répondre de façon efficace aux préoccupations de protection dans les flux mixtes de population, ce que l'on appelle le lien entre l'asile et la migration
Permettez-moi de m'adresser à vous en tant que simple citoyen du monde. Les mouvements de population constitueront l'une des questions brûlantes du 21e siècle. La mondialisation est aujourd'hui une réalité. Mais c'est un phénomène asymétrique qui peut exacerber les disparités et les inégalités existantes. L'argent circule sans entrave; les biens et les services moins librement et les personnes encore moins bien. Mais, les échanges internationaux fonctionnent et le marché du travail mondial est désormais une force avec laquelle il faut compter. Ici aussi, l'offre s'ajustera à la demande, légalement si elle le peut, illégalement si elle le doit.
C'est pourquoi juguler la migration clandestine ne consiste pas simplement à contrôler les frontières, mais exige une réponse globale, y compris des possibilités réelles de migration autorisée, des stratégies de coopération au développement ciblant les situations les plus vulnérables afin que les populations ne soient pas obligées de fuir par désespoir, et une coopération internationale pour gérer les flux migratoires, ainsi que la poursuite convaincante des trafiquants et autres passeurs.
Il est bien évident que ces questions dépassent largement le champ des responsabilités directes du HCR. Nous connaissons la différence entre un migrant et un réfugié et nous ne voulons pas devenir une institution chargée de la gestion des migrations. Mais, nous sommes les témoins d'une recrudescence de mouvements à caractère mixte où les migrants sont les plus nombreux; mais où l'on voit également apparaître des personnes ayant besoin d'une protection internationale : des réfugiés, des femmes victimes de la traite, des mineurs non accompagnés... Notre rôle est de contribuer à créer un environnement permettant d'identifier ces personnes et de leur apporter une protection. Elles doivent obtenir un accès physique aux procédures d'asile et bénéficier d'un traitement équitable de leur demande. Les mesures visant à juguler les migrations clandestines ne sauraient en aucun cas remettre ces droits en question.
Il convient de se doter d'une capacité de protection partout, depuis les lieux d'origine jusqu'aux pays de destination finale en passant par les pays de transit. Le HCR s'engage quant à lui à accroître sa capacité dans différentes régions du monde. Notre plan d'action en dix points, appliqué à titre expérimental dans les situations auxquelles se trouvent confrontées l'Afrique du Nord et l'Europe du Sud, établit des mesures qui peuvent être intégrées dans les procédures de migration pour tenir compte de l'asile sans aggraver la question des migrations irrégulières ou s'apparenter à un facteur d'attraction. J'estime que le HCR peut fournir cet appui pratique aux Etats, en les aidant à identifier les personnes ayant besoin d'une protection, en fournissant une information sur le pays d'origine, en édifiant des capacités nationales et en usant de nos bons offices, y compris moyennant la réinstallation.

Le HCR a participé activement au dialogue de haut niveau sur la migration qui a eu lieu à New York [en septembre 2007]. Nous sommes également très présents au sein du Groupe de Genève pour la migration dont j'ai eu l'honneur de présider la dernière réunion et nous tenons prêts à appuyer toute initiative des Etats membres en la matière.
QUATRIEME ENGAGEMENT | Mettre davantage l'accent sur les solutions et, tout particulièrement, la viabilité des retours, ainsi que la valorisation de la réinstallation, deux des principales préoccupations de Convention Plus qui ont inspiré l'action du Haut Commissariat
Le service de réinstallation a été créé et notre capacité a été améliorée, tant au niveau du nombre que de la qualité des cas présentés. La réinstallation n'est pas simplement pour le HCR un instrument de protection mais également une solution durable stratégique. Nous sommes convaincus de la nécessité absolue de travailler avec les pays de réinstallation pour lever les obstacles et accroître leurs quotas annuels. Je souhaite souligner ici notre coopération avec les Etats-Unis, de loin le pays de réinstallation le plus important, afin de surmonter l'obstacle des réglementations en matière d'appui matériel aux admissions de réfugiés, dont les premiers résultats sont apparus concernant les réfugiés Karen en Thaïlande. L'Australie et le Canada sont restés deux partenaires primordiaux dans le domaine de la réinstallation qui prend graduellement de l'importance en Europe et suite à l'adoption du Plan d'action de Mexico, en Amérique latine.
Le retour volontaire reste pour nous la solution durable la plus souhaitable. Mais, sa viabilité dans de nombreuses situations du monde constitue une préoccupation dramatique.
Lors d'une mission en mars dans la région des Grands Lacs, j'ai pu voir plusieurs centaines de rapatriés congolais débarqués d'un bateau les ramenant chez eux depuis la Tanzanie. Ils étaient plein d'espoir et ont été accueillis par une foule d'amis et de proches en liesse. Alors que 120’000 réfugiés congolais se trouvent toujours en Tanzanie, 23’000 sont rentrés en RDC moyennant notre assistance au cours de cette année. Mais cet enthousiasme peut être éphémère lorsque des années de conflit et d'oubli ont complètement détruit l'infrastructure et les institutions et lorsque l'insécurité et les violations des droits de l'homme sont difficiles à éradiquer.
Le sud du Soudan, dont la surface est comparable à celle de l'Europe occidentale, a subi des pertes considérables au niveau de son réseau routier, des infrastructures scolaires et hospitalières et de ses ressources humaines. Depuis l'accord de paix de 2005, le HCR a ouvert des bureaux et a encouragé activement les projets centrés sur la collectivité dans les régions d'origine. Mais, les besoins sont immenses et les réfugiés sont réticents à rentrer sans savoir s'il leur sera possible de trouver un emploi lucratif ou d'avoir accès aux soins médicaux. Malgré la résilience de ces personnes, il est naïf d'escompter que des casseroles, des poêles et de l'espoir suffiront à reconstruire une vie.
Au Burundi, l'organisation couronnée de succès d'élections nationales il y a une année a suscité l'espoir de voir les 190’000 réfugiés en Tanzanie rentrer prochainement chez eux. Mais, les retours vers une économie agricole varieront selon la saison et peuvent être affectés par la sécheresse et l'absence d'alternatives viables. Une récolte désastreuse peut effectivement condamner une famille à l'exil.
Malgré de nombreuses difficultés bien connues, les retours vers l'Afghanistan - bien qu'inférieurs à ceux des années précédentes - ont été les plus importants dans le monde et, ce pour, la cinquième année consécutive. Mais nous sommes toujours vivement préoccupés par le sort de ces gens qui rentrent plein d'espoir et d'enthousiasme dans l'environnement complexe actuel.
Au Libéria, une transition politique s'est opérée avec succès, et a permis l'arrivée au pouvoir de dirigeants politiques forts. N'oublions pas toutefois que le budget national de l'année dernière n'était que de 80 millions de dollars par rapport aux 800 millions pour la mission de maintien de la paix des Nations unies et que le salaire d'un enseignant n'est que de 20 dollars par mois. Lorsque je me suis rendu à Monrovia, il y a quelques mois, il n'y avait toujours pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de système d'évacuation des eaux usées et pas de ramassage d'ordures. La situation s'améliore, mais la communauté internationale doit comprendre l'importance de progrès rapides pour gagner la confiance de la population dans une situation post-conflit.

Dans toute opération, la promotion du retour ne vient qu'après la réunion de conditions minimales propices et lorsque nous sommes capables de vérifier que la population pourra vivre en sécurité dès son retour. Toutefois, lorsque nous présentons cette option, nous négligeons régulièrement la présence de l'éléphant dans le magasin de porcelaine : les rapatriés ne peuvent vivre seulement d'espoir.
La gestion des problèmes de transition à l'issue de guerres ou de conflits, et avant que le développement soutenu n'ait pris son essor, n'est pas un domaine où la communauté international excelle. Le HCR est membre du GNUD et entretient des liens de coopération prometteurs avec le PNUD. Nous travaillerons activement au niveau mondial avec la Commission pour l'établissement de la paix, en détachant un fonctionnaire à son unité d'appui et participerons à ses programmes pilotes au Burundi et en Sierra Leone. La réponse aux problèmes de la transition après des années de conflit et avant de mettre en place les bases d'un développement durable, n'est pas un domaine où la communauté internationale excelle.
Je souhaite également lancer un appel pour un effort concerté en utilisant au mieux l'ensemble des solutions durables afin de résoudre enfin les situations de réfugiés prolongées comme celles des Bhoutanais au Népal ou des Rohingyas au Bangladesh.
CINQUIEME ENGAGEMENT | Rétablir une capacité de réponse d'urgence, rapide, preste et flexible
Au cours de l'année [2006], nos équipes d'urgence ont été actives au Liban, au Timor Leste et dans les vallées du nord du Pakistan. Nous avons envoyé au Pakistan 3’500 tonnes d'articles d'urgence au cours des premières semaines pour aider des dizaines de milliers de survivants du dernier tremblement de terre d'octobre. Nous sommes reconnaissants de l'offre d'un pont aérien sans lequel cet effort massif n'aurait pas été possible. […]
Au Timor Leste, après l'éruption de violence de l'été [2007], 22 administrateurs internationaux ont été immédiatement mobilisés pour prendre part à la réponse humanitaire.

Les capacités en matière de réponse d'urgence du HCR sont consolidées. Le déploiement rapide et efficace d'experts et de matériel d'urgence presque partout dans le monde a constitué l'estampille du Haut Commissariat. Notre objectif est d'être en mesure d'ici à 2007 de répondre à un exode de 500’000 personnes.
Sous la houlette de notre nouveau haut commissaire assistant pour les opérations, Judy Cheng-Hopkins, en étroite coopération avec la Division des services opérationnels, nous avons augmenté le nombre de fonctionnaires prêts en tout temps à un déploiement urgent. Les réductions budgétaires entravent notre capacité à établir le niveau souhaité de stocks d'urgence. Selon les articles considérés, les niveaux actuels couvrent les besoins d'une population se situant entre 300’000 et 500’000 personnes, mais nous avons été contraints de différer les commandes de quantités plus importantes de tentes légères, article clé pour assumer la responsabilité dans le cadre de l'approche modulaire, qui pour le moment ne suffisent qu'à 100’000 personnes.
SIXIEME ENGAGEMENT | Réforme : le processus de changement de structure et de gestion. Afin de rendre l'organisation plus flexible, efficace et orientée vers les résultats sur la base d'un examen approfondi et d'une réforme de ses procédures et de sa structure.
La réforme est la clé de la viabilité à long terme du HCR. Il est vrai que le rapport entre l'appui au terrain/dépenses de l'administration et les dépenses liées aux opérations est resté stable. Mais, au cours des quinze dernières années, le pourcentage des dépenses liées au personnel par rapport aux coûts des opérations n'a cessé de croître. Naturellement, une large part des dépenses de personnel inclut les activités de protection et fait partie intégrante des opérations. Mais cette tendance signifie que les coûts fixes représentent une part encore plus grande de nos dépenses et que nous avons donc été de moins en moins flexibles face à la cessation ou au ralentissement de nos opérations ou lorsque nous avons été contraints de procéder à des ajustements budgétaires. Et cela signifie également que les problèmes financiers affectent de plus en plus sérieusement nos activités essentielles. […]
Le processus de changement, conduit par le Directeur du changement de structure et de gestion, Raymond Hall, a systématiquement passé en revue nos processus, nos structures et notre dotation en personnel pour veiller à ce qu'il soit totalement adapté aux défis qu'il nous appartient de relever dans un environnement humanitaire évolutif. Notre impératif catégorique à l'égard de nos bénéficiaires, qu'il s'agisse de réfugiés ou du nombre croissant de déplacés internes, consiste à accorder une priorité absolue à la satisfaction de leurs besoins. […]
Tout cela est très important pour nous mais nous ne pouvons oublier notre impératif moral à l'égard des personnes dont nous avons la charge. Bien que nous ne puissions pas toujours apporter l'appui nécessaire aux réfugiés qui souhaitent rentrer chez eux, lorsque seule une fraction des réfugiés a accès aux tout derniers protocoles contre la malaria ou à la thérapie antirétrovirale, et lorsque nous ne sommes pas en mesure de prévenir ou de régler les cas recensés de violence sexuelle et sexiste, nous ne pouvons accepter que les ressources qui doivent être engagées pour le bien des personnes dont nous avons la charge soient dépensées inutilement pour l'organisation.
La réforme se concentre également sur l'efficacité de nos processus. Notre capacité de réponse dépendra nécessairement de notre aptitude à déployer un personnel de façon rapide et efficace. […]
Les réfugiés sont la raison d'être du HCR. Nous sommes ici pour servir leur cause avec humanisme et efficacité. Fidèles à notre mandat mais membres d'une équipe; fiers de notre histoire et de notre identité mais humbles devant les défis qu'il nous faut relever. Un partenaire capable de faire face aux problématiques nouvelles et de plus en plus complexes liées à la mondialisation; mais toujours animé du même acharnement à atteindre davantage de personnes ayant besoin d'une protection. La protection est au coeur de notre mandat et doit rester l'âme de notre Organisation.
Source : Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), Genève, octobre 2007.
