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La violation des droits de l'homme dans le monde
 

 LES VIOLATIONS 

Les rapports

__Algérie : la paix n'est pas synonyme d'impunité
par Roger Clark, Amnesty International


LogoAu retour d’un séjour de douze jours en Algérie, autorisé pour la première fois depuis cinq ans, l’organisation Amnesty International a noté une diminution ders assassinats, des enlèvements et des cas de torture. ”Nous avons constaté une très nette amélioration de la situation des droits de l’homme, a déclaré, le 13 mai 2000, le chef de la délégation, Roger Clark, en précisant qu’il ”y a moins de violence, moins d’assassinats, moins de cas de torture et moins de cas de disparitions”.

Au cours de leur séjour, les quatre membres de la délégation d’Amnesty ont rencontré des responsables du gouvernement, des militants d’associations de défense des droits de l’homme ainsi que des membres de familles de personnes assassinées ou portées disparues.

Nous avons recueilli les témoignages de centaines de victimes et de familles de victimes dans différentes régions : parents, enfants, épouses, époux, frères et soeurs de personnes tuées ou enlevées par les services de sécurité, par des milices paramilitaires ou par des groupes armés ; survivants de massacres ; hommes et femmes qui ont été enlevés et torturés par les services de sécurité ou par des groupes armés ou qui ont passé des mois et des années en prison sans être jugés.

Chacune de ces victimes a non seulement sa propre histoire à raconter, mais peut aussi témoigner sur le sort d'autres victimes. Si le travail de terrain que nous avons pu accomplir au cours de ce bref séjour, et qui s'inscrit dans le cadre du travail quotidien de suivi de la situation que nous menons depuis des années, ne nous autorise pas à tirer de conclusions hâtives, quelques observations sont permises.

Des changements positifs ont été enregistrés durant les deux dernières années. Le niveau de la violence a considérablement diminué, même si le nombre de victimes reste terriblement élevé. Les arrestations arbitraires, les cas de détention au secret prolongée et de torture, les enlèvements, les "disparitions" et les procès inéquitables ont diminué de manière significative.

Un changement frappant est intervenu au niveau du discours. Le mot paix, longtemps banni aussi bien par ceux pour qui il n'y avait pas de guerre ou de conflit - et donc pas besoin de paix - que par ceux pour qui il était impensable de faire la paix avec l'autre, est aujourd'hui le mot dominant dans les discours officiels et non officiels.

 La voie empruntée pour atteindre la paix

Ainsi, huit ans après le début d'un conflit qui a coûté plus de cent mille vies et a fait des centaines de milliers de blessés, d'orphelins, de veuves et de sans-toit, les autorités et certains groupes armés ont conclu des accords pour ramener la paix tant souhaitée par la population civile.Up

Cependant, des inquiétudes existent quant à la voie empruntée pour atteindre la paix. Les accords secrets conclus entre les autorités et certains groupes armés ont consacré l'impunité pour ces derniers, et aucune mesure concrète n'a été prise à ce jour pour ôter l'impunité aux membres des services de sécurité responsables de violations des droits de l'homme.

Si l'écrasante majorité des victimes et les familles des victimes que nous avons rencontrées se disent en faveur de la paix et de la "concorde civile", elles demandent en même temps que la vérité soit établie et que justice soit rendue avant de "tourner la page". Elles demandent qu'il n'y ait pas d'impunité pour ceux qui ont assassiné, torturé ou enlevé leurs enfants et leurs proches - qu'il s'agisse de "repentis" ou d'autres.

Ces demandes sont non seulement raisonnables et compréhensibles, mais elles sont légitimes, car il ne peut y avoir de paix durable sans justice. Pourtant des voix s'élèvent contre ceux et celles qui demandent vérité et justice et qui refusent l'impunité, en les accusant d'être contre la paix. Certaines de ces voix qui sont aujourd'hui en faveur de l'impunité, au nom de la paix, sont les mêmes qui, jusqu'à un passé très récent, refusaient l'évocation même du mot paix. Certains qui, hier encore, appelaient à l' "éradication" ou à la "guerre sainte", en somme à l'anéantissement de "l'autre" comme seule solution à la tragédie, somment aujourd'hui les victimes de " tourner la page " et d'oublier le passé.

 Le refus de l'impunité

Pour la plupart, les victimes et leurs familles n'excluent pas le pardon, mais pas sans que justice soit rendue. Amnesty International partage les inquiétudes de ces victimes et leur refus de l'impunité. Une paix durable ne peut se construire au détriment de la vérité et de la justice ni reposer sur l'impunité, qu'elle soit accordée aux membres des forces de sécurité ou des groupes armés.

Les milliers de plaintes déposées au cours de ces huit dernières années contre les exactions et violations perpétrées aussi bien par des membres des forces de sécurité que par des groupes armés comme le Groupe islamique armé (GIA), l'Armée islamique du salut (AIS) et d'autres, ainsi que par des membres de milices paramilitaires, doivent faire l'objet d'enquêtes approfondies, impartiales et indépendantes. Tous ceux qui se sont rendus responsables de crimes doivent être traduits en justice. L'absence d'enquête et la garantie d'impunité pour les responsables de violations des droits de l'homme risqueraient d'encourager davantage de tels abus. Nul ne doute que la tâche est ardue, mais il faut relever ce défi afin que la paix tant souhaitée soit effective et durable.

Roger Clark a dirigé la dernière mission d'Amnesty International en Algérie. Publié dans le quotidien "Le Monde", Paris, 15 juin 2000. Reproduit avec l'autorisation de Amnesty International, Londres.Up