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La violation des droits de l'homme dans le monde
 

 LES VIOLATIONS 

Les rapports

__L'OSCE rend publique son enquête sur les exactions serbes au Kosovo
L'après-guerre : l'Ex-UCK accusée de violences


Les violations des droits de l'homme et les actes de violence se poursuivent au Kosovo depuis un an, d'abord perpétrés par la partie serbe contre les kosovars albanais, ensuite par les habitants albanais contre les minorités serbe, tzigane et non-musulmanes de la province, notent deux rapports – résultats de neuf mois d'enquête - publiés le 6 décembre 1999, à Pristina (Kosovo), par les experts de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Les documents, qui font plus de 900 pages, représentent l'effort le plus important à ce jour pour documenter les cas de violations des droits de l'homme commises au Kosovo.

|  Le premier Rapport  |  Le second Rapport  |  "Le Monde", Paris : l'OSCE et le Kosovo  |

Accompagné de témoignages effroyables, le premier rapport de l'OSCE, intitulé "Kosovo, choses vues et témoignages", détaille les atrocités commises par les forces armées et milices privées serbes à l'encontre des populations civiles albanaises de la province entre décembre 1998 et juin 1999. Le rapport qui n'est "en aucun cas une liste exhaustive des types de violations des droits de l'homme et des lois humanitaires qui ont eu lieu" au Kosovo, répertorie et décrit avec précision un très grands nombres d'exactions dont certaines, rares, sont à imputer à des Albanais mais dont la presque totalité est le fait des forces serbes – militaires, paramilitaires, policiers, miliciens, civils armés.

800 "plaintes" ont été vérifiées au Kosovo, entre décembre 1998 et le 20 mars 1999. L'enquête des vérificateurs de l'OSCE s'est poursuivie, jusqu'en juin 1999, dans les camps de réfugiés kosovars en Macédoine et en Albanie où, plus de 2700 témoignages ont été recueillis. Au total, notent les responsables de l'OSCE, "90% des Albanais du Kosovo ont été déplacés par le conflit, soit plus de 1,45 million de personnes".

 Les hommes jeunes, les femmes et les enfants visés par les exactions serbes

RapportLe rapport de l'OSCE souligne que les principales victimes ont été les jeunes hommes, les femmes et les enfants. "Les meurtres, détentions arbitraires et tortures visaient particulièrement les jeunes Albanais du Kosovo en âge de combattre", indique le rapport. "Les femmes ont aussi fait l'objet de violences spécifiques, notamment des viols et des destructions de foetus. Parmi les témoignages publiés dans le rapport, figure celui d'une femme enceinte de quatre mois et demi, violée chez elle en février 1999 par quatre Serbes, dont deux militaires. "Ils m'ont violés de différentes façons et invité deux autres hommes qui gardaient la maison et la chambre des enfants à en faire autant". Elle ajoute qu'après une tentative de fuite, "ils m'ont ligotée, se sont assis sur mon ventre et m'ont forcé à boire quelque chose que j'ai essayé de refuser", avant de perdre conscience. "J'ai ressenti ensuite une terrible douleur dans l'estomac" et le lendemain "nous sommes allés chez le docteur qui m'a proposé un avortement parce que l'enfant dans mon ventre avait Haut de pageété complètement détruit".

 Humilier la communauté albanaise du Kosovo

Le rapport cite le témoignage d'une jeune femme, à Vicak. Elle portait un bébé dans ses bras lorsqu'un policier "en uniforme noir" lui demanda, un jours de mars 1999, si "c'était une fille ou un garçon" et si elle avait assez de lait pour le nourrir. "C'est un garçon et j'ai assez de lait" eu –t-elle le temps de répondre avant que "l'homme ne lui arrache le bébé, le jette à terre, déchire le vêtement de la femme et lui coupe un sein".

"J'ai vu le corps d'une femme enceinte dont le corps avait été ouvert. Son enfant mort gisait sur elle", raconte un homme de 65 ans qui décrit les cadavres qu'il a vus entre Pristina et Kolic. Viols systématiques, torture : le rapport insiste sur la volonté des serbes "d'humilier" les femmes et, à travers elles, "l'ensemble de la communauté albanaise du Kosovo".

Les forces serbes se sont attaquées, de manière systématique et préméditée, aux enfants dans le but de "terroriser les parents et les autres adultes laissés en vie". "Nous avons la preuve affreuse qu'ils ont été visés par les meurtriers dans le but de terroriser et de punir les adultes et leur communautés", explique l'OSCE, qui cite des cas d'enfants décapités devant leurs parents, de bébés morts d'étouffement dans des trains de réfugiés bondés et de jeunes enfants morts de faim.

 Tout jeune albanais était suspecté de terrorisme par les Serbes

Le quotidien romand "Le Temps", qui cite le rapport de l'OSCE, relate la tuerie survenu le 17 mars 1999 dans le village d'Iglarevo. "Les jeunes hommes ne sont pas autorisés à partir. Le lendemain un villageois revient et découvre le corps brûlé d'un adolescent. Il n'en reste que les os et un bout de jambe. Onze autres garçons ont été exécutés au même endroit. "Il est clair, indique le rapport de l'OSCE, qu'il y a eu beaucoup de gens enrôles par l'UCK" – l'Armée de libération du Kosovo. Mais, constate l'OSCE, les jeunes gens étaient de loin la cible principale des forces serbes, car "tout jeune Albanais était suspectée de terrorisme".

Le martyr du village de Kolic, relaté par un témoin, illustre le sort réservé aux kosovars suspects de sympathie pour l'UCK. "Vingt et un albanais [] ont été tués près de l'école. J'ai vu les corps. Sept avaient été massacrés. Une réfugiée n'avait plus de jambes. Ils en avaient coupé une et la montraient aux civils comme un trophée [...] Les autres corps n'avaient plus d'yeux. Certains avaient la gorge tranchée. J'ai trouvé un homme encore vivant dont les deux jambes avaient été coupées. Il est mort deux heures après. L'un des corps avait un couteau qui entrait par une oreille et ressortait par l'autre".Haut de page

 Les violences se sont généralisées après les bombardements de l'OTAN

"De très nombreux civils non combattants ont été délibérément pris pour cible et tués, uniquement à cause de leur appartenance ethnique", écrit l'OSCE qui note que les exactions se sont généralisées après le début des bombardements de l'OTAN. Contrairement à ce qu'affirmaient, lors de la guerre du Kosovo, nombre de pays, l'OSCE souligne que "les exécutions sommaires et arbitraires [par les forces serbes] sont devenues un phénomène généralisé avec le début de la campagne aérienne de l'OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie dans la nuit du 24 au 25 mars 1999". "Jusqu'à cette date, l'attention des forces militaires et paramilitaires yougoslaves et serbes était généralement portée vers des zones où transitaient les forces de l'Armée de libération du Kosovo et là où l'UCK avait des bases", ajoutent les "vérificateurs" de l'OSCE.

"La machine serbe a été utilisée de manière orchestrée contre les Albanais", résume Roland Blees, porte-parole de l'OSCE à Pristina. Le rapport ne reprend pas à son compte les déclarations de l'ancien responsable de la mission de vérification de l'OSCE (KVM), William Walker, qui à l'époque avait qualifié de "crime contre l'humanité" le massacre de 45 Albanais du Kosovo, le 15 janvier 1999, dans le village de Racak. "Ce massacre provoqua l'indignation internationale et modifia l'attitude de la communauté internationale face à la RFY et aux autorités serbes de Belgrade", rappelle le rapport de l'OSCE. "M. Walker a condamné la tuerie de masse et appelé le TPIY [Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie] à enquêter sur cette atrocité", commente aujourd'hui l'OSCE.

Le mot de "génocide" ne figure pas dans le rapport de l'organisation internationale. "Ce sera à la Cour Internationale de La Haye de décider s'il faut appeler cela comme ça", dit Roland Blees. Les milliers de témoignages ont été transmis au TPIY dont la juridiction "a été élargie au Kosovo". "Les personnes responsables de ce type de crimes seront soumises à la justice", assure en préface la magistrate Louise Arbour, ex-procureur du TPIY.

 L'ex-UCK accusée de violences

Le second rapport de l'OSCE, qui porte sur la période de juin à octobre 1999, décrit les exactions commises en guise de représailles par les kosovars albanais rentrés chez eux après le retrait des forces serbes de la région. Le constat est aussi accablant sur l'après-guerre. Le rapport, qui souligne que "le désir de revanche", dans toutes les régions du Kosovo, "fait des serbes du Kosovo les victimes de la grande majorité des violations des droits de l'homme, cite des "témoignages faisant état de l'implication de l'UCK, avant et après sa démilitarisation, allant de rapports mettant en cause la "police" de l'UCK jusqu'aux accusations plus récentes d'actes d'intimidation commis par les milices autoproclamées du Corps de protection du Kosovo (TMK)".

Pour Dan Everts, chef de la mission de l'OSCE, il y a "des signes évidents d'organisation derrière la violence" de l'après-guerre. Le rapport fait état de "preuves" qui "démontrent par endroit un ciblage précis des victimes et l'intention d'expulser" des minorités comme les Serbes et les Tsiganes. Environ 600 Serbes vivent aujourd'hui à Pristina, chef-lieu du Kosovo, alors qu'ils étaient 21'000 avant le conflit.

 Bernard Kouchner : la situation s'est améliorée

Dans un avant-propos, l'administrateur civil de la Mission des Nations unies pour le Kosovo (Minuk), BernardHaut de page Kouchner, affirme que la situation dans la province s'est tout même améliorée, même si le cycle de la violence demeure préoccupant. Avant la guerre, dit-il, il s'agissait d'une politique systématique d'apartheid contre les populations d'origine albanaise de la région, alors qu'à présent, ce n'est plus le cas pour les minorités non-albanaises.

Bernard Kouchner fait cependant ressortir qu'il "y a de sérieuses indications que les auteurs des violations des droits de l'homme sont soit des membres de l'ancienne UCK, soit des gens se faisant passer pour des membres de l'ancienne UCK, soit des membres d'autres groupes armés albanais". "Quelle que soit leur identité, souligne-t-il, ces groupes armés semblent opérer d'une manière organisée et avoir une certaine forme de hiérarchie, de commandement et de contrôle".

Sources : Département de l'information (DPI), Nations unies, New York ; "Le Temps" et "La Tribune de Genève", Genève, 6 décembre 1999 ; "Le Monde" et "Libération", Paris, 6 et 7 décembre 1999.

Le Monde     L'OSCE et le Kosovo

Le quotidien français "Le Monde" revient, le 11 janvier 2000, sur la publication le 6 décembre 1999 du premier rapport de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) sur les violations des droits de l'homme au Kosovo.

"Ce qui en a été retenu à l'époque est une observation que nombre de médias avaient eux-mêmes faite au moment des événements : les expulsions de Kosovars albanais par les Serbes ont été accélérées durant la campagne de bombardements de l'OTAN. De ce fait incontestable, certains - deux lignes du rapport de l'OSCE à l'appui - ont tiré une conclusion qui l'est moins : l'intervention aurait provoqué la vague d'épuration ethnique qu'elle cherchait à éviter.

"Or le rapport dit le contraire. Il décrit la campagne d'atrocités des forces serbes contre la population d'origine albanaise. Il dit qu'elle a commencé bien avant l'intervention de l'OTAN. Il ajoute qu'elle a été amplifiée au moment des bombardements, mais souligne que ce mouvement avait vraisemblablement été "planifié ", en somme qu'il aurait eu lieu de toute façon. Il dresse un acte d'accusation impitoyable à l'encontre des forces de Belgrade dont il juge les crimes sans commune mesure avec ceux de l'UCK. Il établit que ce qui était en cours avant même le 24 mars [1999] était bel et bien une tentative de vider le Kosovo d'une partie de sa population.

"Le rapport ne justifie en rien une réécriture révisionniste des événements, qui viserait à faire peser sur l'OTAN une partie d'un drame qui, à en croire l'OSCE, est quasi exclusivement imputable à la politique de Slobodan Milosevic. De bonne ou de mauvaise foi, on a fait dire à l'OSCE ce qu'elle ne disait pas".

Le Monde, éditorial, Paris, 11 janvier 2000.


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