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NATIONS UNIES, GENEVE, 2004 / COMMISSION DES DROITS DE LHOMME
__DEBAT "Quiconque meurt de faim aujourd'hui meurt assassiné", déclare Jean Ziegler, qui dénonce le rôle des sociétés transnationales qui exercent un monopole de plus en plus incontesté sur les secteurs de l'alimentation et de l'agriculture
La Commission des droits de l'homme a entendu, le 29
mars 2004, Jean Ziegler, Rapporteur spécial
sur le droit à l'alimentation, qui a souligné
que la situation de la faim dans le monde reste tout à
fait dramatique, avec100'000 personnes qui meurent de faim chaque
jour sur une terre qui produit pourtant suffisamment pour nourrir
le double de la population mondiale actuelle.
"Quiconque meurt de faim aujourd'hui meurt assassiné",
a déclaré Jean Ziegler, qui a par ailleurs dénoncé
le rôle des sociétés transnationales qui exercent
un monopole de plus en plus incontesté sur les secteurs
de l'alimentation et de l'agriculture et qu'il importe de responsabiliser
en matière de droits de l'homme. Il a salué l'initiative
du président brésilien Luiz Ignacio Lula da Silva,
qui prévoit la constitution d'un fonds international
pour lutter contre la faim dans le monde, financé soit
par une taxe internationale sur les ventes d'armes, soit par une
taxe sur les mouvements de capitaux spéculatifs. |
Le Rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation
s'est dit encouragé par la nouvelle politique gouvernementale
de sécurité alimentaire adoptée en Ethiopie,
pays dans lequel il a effectué une mission en février
2003. Au Bangladesh, où il effectué une mission
en 2003, Jean Ziegler a relevé que les grandes famines
ont été vaincues et que le pays est parvenu à
l'autosuffisance; l'accès à la nourriture reste
néanmoins fortement limité par la pauvreté
endémique. S'agissant enfin de la mission dans les territoires
palestiniens occupés, il a souligné la double
tragédie de la violence quotidienne et du terrorisme
d'une part, mais aussi de la catastrophe humanitaire qui affecte
la population. Il a estimé que 70% des ménages
sont totalement dépendants de l'assistance.
Etant directement concernées par le rapport du Rapporteur
spécial sur le droit à l'alimentation, les délégations
du Bangladesh, d'Israël et de la Palestine
ont fait des déclarations suite à sa présentation.
Un dialogue interactif s'est ensuite engagé autour du rapport
de Jean Ziegler. 
LA PRESENTATION DU RAPPORT
JEAN ZIEGLER, Rapporteur spécial sur le droit
à l'alimentation, a estimé que la situation
de la faim dans le monde reste tout à fait dramatique
avec100'000 personnes qui meurent tous les jours de la faim. En
outre, la situation empire et la pyramide des martyrs augmente
et ce, sur une terre qui produit suffisamment pour nourrir le
double de la population mondiale actuelle. Quiconque meurt
de faim aujourd'hui meurt assassiné, a-t-il affirmé.
En Ethiopie, où il vient juste d'effectuer une mission,
le Rapporteur est encouragé par la bonne récolte
de cette année après la terrible famine de 2003,
mais surtout par la nouvelle politique gouvernementale de sécurité
alimentaire. Il a également soutenu la demande du Programme
alimentaire mondial aux bailleurs de fonds pour qu'ils contribuent
en numéraire et permettent ainsi l'achat de denrées
alimentaires sur place.
Au Bangladesh, les grandes famines ont été
vaincues et le pays est parvenu à l'autosuffisance,
a indiqué Jean Ziegler, soulignant que si le problème
n'est plus un problème de production, l'accès à
la nourriture reste néanmoins fortement limité par
la pauvreté endémique. S'agissant de sa mission
dans les territoires palestiniens occupés, il a
souligné la double tragédie de la violence quotidienne
et du terrorisme d'une part, mais aussi de la catastrophe humanitaire
qui affecte 22% des enfants de moins de 10 ans, 61% des ménages
qui ne mangent qu'une fois par jour et 70% des ménages
qui sont totalement dépendants de l'aide. A cet égard,
il a souligné les conséquences de la confiscation
des terres, du détournement de l'eau et des blocus
sur la situation des Palestiniens. Ces chiffres ont été
reconnus par les autorités israéliennes qui les
ont justifiés par l'impératif de sécurité.
Mais ces chiffres révèlent une politique de punition
collective, a-t-il affirmé, soulignant qu'aucun
impératif de sécurité ne saurait justifier
cette violation manifeste du droit international.
S'agissant du rapport principal, Jean Ziegler a mis
en exergue l'échec de l'Accord de l'Organisation mondiale
du commerce sur l'agriculture à répondre aux besoins
des pays en développement les plus pauvres à assurer
leur sécurité alimentaire. Il a dénoncé
en outre le rôle des sociétés transnationales
qui exercent un monopole de plus en plus incontesté sur
les secteurs de l'alimentation et de l'agriculture et qu'il
importe de responsabiliser en matière de droits de l'homme.
Il a par ailleurs salué l'initiative Fome zero mundial,
lancée par le président brésilien Luiz
Ignacio Lula Da Silva, qui prévoit la constitution
d'un fonds international pour lutter contre la faim dans le monde
et qui serait financé soit par une taxe internationale
sur les ventes d'armes, soit par une taxe sur les mouvements de
capitaux spéculatifs. La création de ce fonds pour
parvenir à l'objectif de "faim zéro" représente
un progrès évident du droit à l'alimentation,
a-t-il estimé.
LE RAPPORT
Dans son rapport sur le droit à l'alimentation (E/CN.4/2004/10), le Rapporteur spécial appelle instamment l'attention sur le fait que la lutte contre la faim et la malnutrition est pratiquement au point mort. Il engage tous les Etats à s'acquitter de leurs obligations pour éliminer la faim et à mettre en uvre le droit à l'alimentation. Il est proprement scandaleux que plus de 840 millions de personnes souffrent de sous-alimentation dans un monde qui produit largement assez de nourriture pour l'ensemble de la population.
Le Rapporteur commence par rendre compte des missions qu'il
a entreprises au cours de l'année 2003 avant de développer
davantage les concepts qui sous-tendent son travail. Il reprend
la question du commerce international et de la sécurité
alimentaire et étudie les raisons pour lesquelles le
commerce international n'a pas forcément de retombées
positives et entraîne une aggravation de la marginalisation
et des inégalités. Il se penche sur les conséquences
négatives des déséquilibres et des inégalités
que créent les règles mondiales du commerce
édictées par l'Organisation mondiale du commerce,
ainsi que sur les effets potentiellement néfastes des activités
des puissants monopoles industriels transnationaux qui exercent
un contrôle de plus en plus étroit sur l'alimentation
et l'eau.
Jean Ziegler examine le nouveau concept de "souveraineté
alimentaire" qui vise à retrouver la maîtrise
des décisions relatives aux politiques agricoles et de
sécurité alimentaire, de corriger les déséquilibres
et les inégalités des règles applicables
actuellement au commerce des produits agricoles et de trouver
une position commune pour les paysans du monde développé
comme du monde en développement. Les droits de l'homme
doivent maintenant servir à empêcher les abus de
pouvoir des grandes sociétés, indique le rapport
qui décrit le cadre juridique qui vise à obliger
ces sociétés à respecter les obligations
en matière de droits de l'homme. A cet égard, le
Rapporteur engage la Commission à adopter les Normes
sur la responsabilité en matière de droits de l'homme
des sociétés transnationales et autres entreprises
approuvées par la Sous-Commission.
L'additif 1 au rapport du Rapporteur spécial
porte sur sa mission au Bangladesh et contient un examen des questions relatives à l'insécurité alimentaire, à la faim et à la malnutrition au Bangladesh, suivi d'une analyse de la situation dans l'optique du droit à l'alimentation. Il est constaté que le Bangladesh a accompli des progrès considérables dans la mise en uvre progressive du droit à l'alimentation. Le pays a réussi à surmonter la menace de la faim qui le hantait par le passé, en augmentant sa production alimentaire et en trouvant des parades aux nombreuses catastrophes naturelles auxquelles il fait face. Cela étant, l'insécurité alimentaire demeure une réalité pour des millions de Bangladais en situation de pauvreté extrême.
Le Rapporteur spécial a noté avec une vive inquiétude
que la malnutrition au Bangladesh touchait les femmes davantage
que les hommes. De même, le Rapporteur est particulièrement
préoccupé par la pollution à l'arsenic des
eaux souterraines utilisées pour la consommation et l'irrigation,
ce qui a des incidences graves sur la santé de millions
de Bangladais et leur capacité d'assurer leur subsistance.
Des mesures doivent être prises d'urgence pour réduire
la consommation d'eau polluée. Le Rapporteur préconise
par ailleurs la création, dans les plus brefs délais,
d'une commission nationale des droits de l'homme qui puisse favoriser
l'émergence d'une culture des droits de l'homme et améliorer
l'accès à la justice de tous, ainsi que la création
d'une commission de lutte contre la corruption afin d'améliorer
la gouvernance et de réduire le risque de détournement
de fonds, de denrées alimentaires et d'autres ressources.
Dans les recommandations qu'il présente à
l'issue de sa visite au Bangladesh, le Rapporteur note qu'il est
nécessaire d'améliorer l'accès des plus pauvres
à la nourriture et de s'attaquer au problème de
la famine structurelle. Il faudrait également constituer
des stocks alimentaires ou des réserves en liquidités
d'urgence qui permettraient de réagir immédiatement
aux catastrophes fréquentes naturelles. Face à l'aggravation
des disparités entre hommes et femmes et entre filles et
garçons en termes de malnutrition, il faudrait s'attacher
davantage à combattre la discrimination fondée sur
le sexe. Il conviendrait d'examiner, de réviser et d'harmoniser
la législation foncière en vigueur afin d'améliorer
la protection des droits fonciers des plus pauvres, des minorités
et des femmes. Il est impératif d'offrir par le biais des
tribunaux des moyens de recours contre les violations du droit
à l'alimentation et du droit à l'eau, afin de
combattre l'impunité. Il faudrait également faciliter
l'accès des pauvres à la justice. Enfin, il est
impératif que l'Inde et le Bangladesh trouvent
un accord pour partager équitablement les ressources
hydriques, y compris l'eau des fleuves autres que le Gange.
L'additif 2 au rapport du Rapporteur spécial
porte sur sa mission effectuée dans les territoires
palestiniens occupés. Le rapport note que les territoires
palestiniens occupés sont au bord d'une catastrophe humanitaire
due largement aux mesures de sécurité extrêmement
dures imposées par les forces d'occupation israéliennes
depuis le déclenchement de la deuxième Intifada,
en septembre 2000. Il note en particulier la terrible situation de malnutrition créée aujourd'hui dans les territoires palestiniens occupés. Plus de 22 % des enfants âgés
de moins de 5 ans souffrent maintenant de malnutrition et 15,6
% d'anémie aiguë, dont beaucoup garderont des séquelles
permanentes touchant leur développement physique et mental.
Plus de la moitié des familles palestiniennes ne mangent
qu'une fois par jour. L'économie, autrefois prospère,
s'est quasiment effondrée et le nombre de personnes
extrêmement pauvres a triplé depuis septembre 2000.
Environ 60 % des Palestiniens vivent aujourd'hui dans la grande
pauvreté (75 % à Gaza et 50 % sur la Rive occidentale).
Même lorsque des aliments sont disponibles, de nombreux
Palestiniens n'ont pas les moyens d'en acheter à cause
de la montée rapide du chômage. Plus de 50 % des
Palestiniens dépendent totalement de l'aide alimentaire
alors que l'aide humanitaire est soumise fréquemment à
des restrictions d'accès.
Le Rapporteur a constaté que le gouvernement israélien,
qui est pourtant tenu juridiquement, en tant que puissance
occupant les territoires, d'assurer le respect du droit
à l'alimentation de la population civile palestinienne,
n'assume pas cette responsabilité. Il est recommandé
au gouvernement israélien d'améliorer l'accès
des secours humanitaires, de prendre des mesures immédiates
pour inverser la crise humanitaire, de lever les barrages mis
en place dans les territoires et de mettre un terme à la
confiscation et à la destruction disproportionnées
de terres, de ressources en eau et d'autres ressources palestiniennes.
Le gouvernement israélien devrait arrêter le programme
de "bantoustanisation", cesser la construction de la
clôture/du mur et améliorer le respect du droit
à l'alimentation. Il convient de réfléchir
sérieusement à la viabilité d'un futur Etat
palestinien doté de moyens durables d'accès à
ses propres ressources de nourriture et d'eau et de contrôle
de ces ressources, note le rapport.
LES DECLARATIONS
M. TOUFIK ALI (Bangladesh) a souligné que le
rapport de Jean Ziegler met bien en lumière la triste réalité
de l'impact des accords commerciaux multilatéraux sur le
droit à l'alimentation, avec notamment les effets des subventions
agricoles sur la situation alimentaire des pays en voie de développement.
Pour le représentant, le concept de "souveraineté
alimentaire" proposé par le Rapporteur spécial
est non seulement rationnel mais également très
souhaitable. De même, il estime nécessaire que
la Commission, dans le cadre de la réforme de ses opérations,
envisage d'introduire à son ordre du jour un sous-thème
consacré au rôle des sociétés multinationales
dans le domaine des droits de l'homme.
D'importants progrès ont été accomplis
au Bangladesh, a fait valoir le représentant, progrès
reconnus par la Banque mondiale elle-même. En effet, le
Bangladesh est passé de l'état de pays dépendant
et chroniquement affamé à celui de pays globalement
à même de nourrir sa population, la production de
céréales ayant par exemple triplé en trente
ans. Le Bangladesh a recouru à une approche structurée
et complète, notamment par la création d'un stock
stratégique de semences, d'un système efficace de
distribution publique ainsi qu'à une politique commerciale
libérale qui a encouragé le secteur public à
jouer un rôle important dans l'augmentation et la stabilisation
de l'offre alimentaire. Un autre succès du Bangladesh réside
dans l'intégration des droits des femmes au sein des programmes
économiques et politiques nationaux. Grâce à
des initiatives originales telles que le développement
du micro-crédit et la formation informelle, les femmes
ont acquis une part d'autonomie politique et économique.
Tous les problèmes n'ont pas été résolus
par les initiatives gouvernementales, a rappelé le
représentant, c'est pourquoi le gouvernement crée
des espaces pour que les entrepreneurs sociaux puissent offrir
des services que l'Etat est encore incapable d'assumer.
M. YAAKOV LEVY (Israël) a affirmé que le
problème de la faim n'existe pas dans les territoires occupés.
Israël est particulièrement préoccupé
par le rapport présenté par Jean Ziegler, en raison
de son contenu orienté politiquement et de ses assertions
sans fondement. Contrairement à ce qui est écrit
dans le rapport, Israël n'a jamais confisqué la terre
ou l'eau potable aux Palestiniens. Il n'a pas davantage provoqué
la faim. Les difficultés économiques des Palestiniens
résultent de leurs propres agissements. M. Levy a estimé
que le rapport de M. Ziegler ne fait pas la distinction entre
les faits et l'opinion. Au lieu de se fonder uniquement sur une
investigation sérieuse, le Rapporteur spécial tire
ses informations de la lecture sélective de journaux d'opinion
israéliens. Ce n'est donc pas une approche professionnelle
qui a présidé à la rédaction de ce
rapport, a estimé le représentant.
Ce rapport se concentre sur des allégations de violations
des droits par Israël mais ne tient nullement compte
des responsabilités des Palestiniens en matière
de violations droits de l'homme et d'activités terroristes.
La clarté et l'objectivité de la formulation utilisée
par Jean Ziegler dans son rapport ne sont qu'une apparence qui
dissimule en fait une intention politique partiale acquise à
la cause des Palestiniens et faisant fi des préoccupations
israéliennes. Le représentant israélien a
estimé que la meilleure manière d'alléger
les souffrances des Palestiniens est de mettre un terme à
la violence engagée par l'Autorité palestinienne,
il y a trois ans et demi. C'est seulement en mettant un terme
à la violence, en mettant fin aux activités terroristes,
que nous pourrons nous asseoir de nouveau à la table des
négociations. Alors, nous pourrons construire le futur,
créer des emplois, assurer la croissance de nos économies
et travailler main dans la main à la création de
sociétés israélienne et palestinienne prospères,
a affirmé M. Levy.
M. NABIL RAMLAWI (Palestine) a exprimé son appréciation
et son respect à Jean Ziegler pour son rapport sur la crise
alimentaire dans les territoires palestiniens occupés,
qu'il a attribuée aux bouclages, à la confiscation
des terres et à la "bantoustanisation". Il a
également attribué la crise au rôle joué
par les forces d'occupation israéliennes, dénonçant
en outre les entraves à l'acheminement de l'aide. Il a
souligné la responsabilité d'Israël en tant
que puissance occupante, ainsi que l'impact de la construction
du mur. Il a estimé que ce rapport est un nouveau document
très important qui s'ajoute aux autres rapports sur la
situation dans les territoires occupés et confère
une nouvelle dimension aux violations des droits de l'homme dans
les territoires palestiniens. Pour l'ambassadeur d'Israël,
Jean Ziegler aurait sans doute dû mentir et faire de l'occupation
israélienne une occupation "rose" et un exemple
à suivre pour que le monde devienne meilleur, a ironisé
le représentant palestinien pour conclure.
MME CLAUDIA PÉREZ ALVAREZ (Cuba) a approuvé
les recommandations du Rapporteur, et notamment celles portant
sur la formulation de normes pour les sociétés transnationales.
Quelles seraient les caractéristiques d'un organe international
chargé de surveiller l'application de telles normes, a
demandé la représentante.
M. EHAB GAMAL ELDIN (Egypte) a déclaré
que la mission du Rapporteur dans les territoires palestiniens
occupés complétait bien d'autres rapports sur ce
thème qui sont tous très alarmants car ils soulignent
que la puissance d'occupation ne s'acquitte pas de ses obligations
en matière de respect des droits de l'homme. Quelles mesures
concrètes devraient, selon le Rapporteur, être prises
pour garantir le droit à l'alimentation du peuple palestinien
?
M. HILDEBRANDO TADEU VALADARES (Brésil), a relevé
que le rapport de Jean Ziegler mentionnait le "Plan faim
zéro" lancé au Brésil en 2003, conçu
pour lutter contre la faim et les causes structurelles de la précarité
extrême. Des mesures de redistribution des revenus, de création
d'emplois, d'aide à la formation et de réponse aux
besoins urgents des pauvres ont été prises dans
ce cadre, a précisé le représentant. Le Président
Lula s'est engagé dans l'atténuation des souffrances
des plus pauvres et a notamment proposé la création
d'un fonds mondial de lutte contre la faim, idée soutenue
par plusieurs pays.
M. JEAN-DANIEL VIGNY (Suisse) a demandé au Rapporteur
comment les Etats peuvent concrètement protéger
le droit à l'alimentation ou le droit à l'eau.
Pouvez vous nous donner des exemples de mesures législatives
qui pourraient être prises par les gouvernements à
cette fin, a-t-il demandé à Jean Ziegler ? 
MME MARY WHELAN (Irlande, au nom de l'Union européenne)
a demandé au Rapporteur de bien vouloir apporter un éclairage
sur l'impact de la bonne gouvernance sur les efforts visant à
réduire la malnutrition.
MME ANDRÉE LACASSE (Canada) a évoqué
les 400 recommandations faites par le Groupe de travail intergouvernemental
de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture
(FAO). Le Rapporteur pourrait-il donner des indications sur les
prolongements concrets de ces recommandations ?
M. PETER MAXWELL HEYWARD (Australie) s'est félicité
de ce que le Rapporteur ait reconnu que tous les pays développés
n'ont pas recours au protectionnisme agricole au détriment
du droit à l'alimentation. Il a estimé que le Rapporteur
devrait encourager l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à
poursuivre ses efforts pour libéraliser davantage l'agriculture
et s'est inquiété à cet égard que
le concept de "souveraineté alimentaire" puisse
être contre-productif. Il s'est demandé si les sociétés
transnationales ne devraient pas être encouragées
à respecter les droits de l'homme.
M. MOHAMED SALECK OULD MOHAMED LEMINE (Mauritanie) a
estimé que, malgré la complexité et la sensibilité
du sujet, le Rapporteur a éclairé les relations
entre les règles de commerce et la sécurité
alimentaire. Il convient de mettre en place des règles commerciales qui protègent la sécurité alimentaire de pays sujets à des famines. Il a demandé au Rapporteur spécial quels moyens pouvaient être mis en uvre afin de parvenir à des accords entre pays dans ce but.
MME TCEHMINA JANJINA (Pakistan) a noté que le
chapitre sur le commerce et la sécurité alimentaire
dresse un triste tableau des subventions à l'exportation
des pays développés qui bouleversent les échanges
internationaux. Elle a souligné que les plus grandes
difficultés en matière de sécurité
alimentaire viennent des déséquilibres dans les
échanges. Elle a estimé nécessaire de
réfléchir mais aussi d'approfondir la notion de
"souveraineté alimentaire". Comment l'OMC pourrait-elle
être mobilisée pour que la souveraineté alimentaire
devienne opérationnelle, a-t-elle demandé au Rapporteur
spécial?
LES REPONSES DE JEAN ZIEGLER
JEAN ZIEGLER a remercié le Bangladesh du soutien
qui lui a été apporté au cours de son enquête
et noté que de nouveaux progrès, qui ne figurent
pas au rapport, ont été en effet confirmés
dans ce pays par la Banque mondiale en décembre 2003.
Au sujet d'une accusation de partialité formulée
par le représentant d'Israël, Jean Ziegler a précisé
qu'il était membre de l'Alternative Information Center,
une organisation non gouvernementale israélo-palestinienne
engagée dans le dialogue pour la paix et qui regroupe aussi
des Américains. Il a précisé qu'il est légitime
qu'un rapporteur soit membre d'une organisation non gouvernementale.
Un des plus grands intellectuels israéliens estime d'ailleurs
lui aussi que la principale cause de la malnutrition dans les
territoires est l'occupation israélienne. Sur le Groupe
de travail de Rome, Jean Ziegler a fait valoir que ses travaux
pour formuler des recommandations sont achevés et qu'elles
seront exposées dans son prochain rapport. Enfin, le Rapporteur
a estimé que le contrôle de l'application des droits
de l'homme par les sociétés multinationales peut
être assuré par les mécanismes idoines de
la Commission et de la Sous-Commission, entre autres.
Source : Nations unies, Genève, 29 mars 2004.
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