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22 MAI 2002, BERLIN / JACQUES DIOUF, DIRECTEUR GENERAL DE LA FAO
__Le droit à la nourriture, un préalable à la nourriture pour tous
| "La faim est une manifestation concrète des disparités
de pouvoir persistantes et généralisées existant
dans le monde", a déclaré, le 22 mai 2002,
à Berlin, le directeur général de
la FAO, Jacques Diouf. "Les plus faibles ont une part
extrêmement exiguë de la production abondante de la
planète. Tandis que certains dégustent des festins
coûteux, d'autres fixent des bols de riz à moitié
vides. Même dans les sociétés démocratiques,
les gouvernements nationaux ne sont pas toujours à l'écoute
des plus faibles segments de leur population", a-t-il fait
remarquer. |
La promotion du droit à la nourriture, accompagnée
de mécanismes permettant d'évaluer les résultats
des efforts entrepris en ce sens, contribuera à neutraliser
la dérive des systèmes sociaux. Elle devrait se
traduire par une bonne gouvernance, une insertion et une plus
grande égalité parmi les citoyens, souligne en substance
Jacques Diouf. Inscrire le droit à la nourriture dans les
stratégies nationales et internationales de sécurité
alimentaire permettra d'accorder une plus grande attention à
la nécessité d'accélérer la réalisation
de la nourriture pour tous, a-t-il ajouté.
Le Sommet mondial de l'alimentation de 1996 avait
réaffirmé le droit de tous les êtres humains
à un accès à une nourriture saine et nutritive,
conformément au droit fondamental de l'homme d'être
libéré de la faim.
Un manque de volonté politique
"L'objectif du Sommet mondial de l'alimentation de 1996
de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées
(de 800 à 400 millions) d'ici à 2015 peut être
atteint si les pays en développement et leurs partenaires
de développement ont la volonté politique de le
faire", remarque Jacques Diouf. Actuellement, ce nombre ne
diminue que de six millions par an, contre les 22 millions nécessaires
à l'atteinte des buts du Sommet.
"Je conçois que la principale raison à l'origine
de la persistance de la faim soit le manque de volonté
politique, et, en conséquence, que les ressources pour
lutter contre ce fléau n'aient pas été mobilisées
comme il se doit", estime-t-il. "Les tendances ont suivi
trop longtemps la mauvaise direction. Alors que la plupart des
pays en développement consacrent peu de ressources aux
zones rurales où vivent 70 pour cent des affamés,
l'aide publique au développement de l'agriculture fournie
par les pays de l'OCDE aux pays en développement a reculé
de 49 pour cent, en valeur réelle, entre 1990 et 1999.
"Eradiquer la faim dans un monde d'abondance devrait
être une priorité mondiale," souligne-t-il
encore. "La FAO est convaincue que la réaffirmation
des engagements politiques et leur traduction en des actions concrètes
sont les prochaines phases essentielles vers la réalisation
de la nourriture pour tous et du droit de chaque être humain
d'être libéré de la faim".
Un Code de conduite
Satisfaire le droit à la nourriture faciliterait
également la satisfaction d'autres droits, relève
Jacques Diouf. La malnutrition est indissolublement liée
aux mauvaises conditions d'hygiène, à l'analphabétisme,
à l'absence d'écoles et au manque d'accès
aux soins de santé. Garantir un repas aux élèves,
de préférence de manière durable, grâce
aux potagers scolaires, améliore le taux de scolarisation,
et par conséquent, le droit à l'éducation.
Cela accroît également le niveau nutritionnel des
enfants, et, partant, le droit à la nourriture.
Jacques Diouf a rendu hommage à la "précieuse
collaboration" des organisations non gouvernementales qui
ont élaboré un projet de Code de conduite
sur le droit à une nourriture suffisante invitant
les gouvernements à ouvrir des négociations en vue
d'un texte juridiquement non contraignant. Un Code de conduite
donnerait aux pauvres et aux affamés la possibilité
de demander aux responsables des affaires publiques de rendre
compte de leur gestion, fait-il valoir.
Source : Fao, Rome, mai 2002.
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