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JEAN ZIEGLER / LES LIVRES
LEmpire de la honte
Nous assistons aujourd'hui à un formidable mouvement
de reféodalisation du monde. C'est que le 11 septembre
n'a pas seulement été l'occasion pour George W.
Bush d'étendre l'emprise des Etats-Unis sur le monde, l'événement
a frappé les trois coups de la mise en coupe réglée
des peuples de l'hémisphère Sud par les grandes
sociétés transcontinentales.
Pour parvenir à imposer ce régime inédit
de soumission des peuples aux intérêts des grandes
compagnies privées, il est deux armes de destruction
massive dont les maîtres de l'empire de la honte savent
admirablement jouer : la dette et la faim. Par l'endettement,
les Etats abdiquent leur souveraineté; par la faim qui
en découle, les peuples agonisent et renoncent à
la liberté.
Cette formidable machine à broyer et à soumettre
ne supporte plus aucune des limitations que le droit international
prétendait traditionnellement imposer aux rapport entre
les Etats et entre les peuples. Du coup, c'est le régime
de la violence structurelle et permanente qui, partout, gagne
du terrain au Sud, tandis que le droit international agonise.
Mais qui sont donc ces cosmocrates qui, peu à peu, privatisent
jusqu'à l'eau que les peuples doivent désormais
leur acheter ? Ce livre traque leurs méthodes les plus
sournoises : ici on brevète le vivant, là on casse
les résistances syndicales, ailleurs on impose la culture
des OGM par la force.
Oui, c'est bien l'empire de la honte qui s'est mis subrepticement
en place sur la planète. Mais c'est précisément
sur la honte qu'est fondé le ressort révolutionnaire,
comme nous l'ont appris les insurgés de 1789.
Cette révolution, elle est en marche : insurrections
des consciences ici, insurrections de la faim là-bas. Elle
seule peut conduire à la refondation du droit à
la recherche du bonheur, cette vieille affaire du XVIIIe siècle.
Jean Ziegler, qui témoigne ici d'une connaissance exceptionnelle
du terrain, y appelle sans réserve en conclusion. Source
: Prière d'insérer, Ed. Fayard.
L'Empire de la honte, Librairie Arthème Fayard,
2005.
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