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JANVIER 2002, ANNIVERSAIRE DE LA CONFERENCE DE WANNSEE
__Gerhard Schröder : "Plus le temps nous éloigne de ces événements, plus le besoin se fait pressant de commémorer durablement et de façon non biaisée ce crime contre l'humanité et de le transmettre d'une génération à l'autre"
Il y a soixante ans aujourd'hui, le 20 janvier 1942, se tenait à Berlin la "Conférence de Wannsee". Cette conférence organisée dans une maison d'hôtes de la SS et présidée par Reinhard Heydrich, chef des services de sécurité du Reich, réunissait autour d'une même table de hauts responsables de l'administration allemande ainsi que des fonctionnaires du NSDAP et de la SS venus discuter de la "solution finale de la question juive". L'on sait de sources historiques que ces "délibérations" ne durèrent pas longtemps, l'extermination des juifs d'Europe étant déjà bien engagée.
Les modalités d'extension du génocide à tous les juifs d'EuropeLe régime national-socialiste avait en effet commencé à assassiner systématiquement les juifs d'Europe orientale six mois plus tôt, directement après la campagne allemande en Union soviétique. Les terroristes d'Etat réunis dans la villa sur les bords du lac de Wannsee ne firent donc que discuter des modalités d'extension de ce génocide à tous les juifs d'Europe. Pour cela, il leur suffit - comme l'indiquent les cartes d'invitation envoyées à l'époque - d'une "discussion" suivie d'un petit déjeuner. Il paraît qu'on leur servit ensuite un cognac. Au-delà du rappel de la date, bien connue, de cette conférence gouvernementale meurtrière, il me semble aujourd'hui encore plus important de souligner le cynisme de cette normalité dont firent preuve les terroristes qui participaient à cette "Conférence de Wannsee". Tel un cliché, le compte rendu qui reste de la conférence
nous donne une image du processus de décision durant ces
mois. Plus que beaucoup d'autres sources historiques interprétées
avec exactitude grâce au précieux travail de recherche
sur la Shoah, ce document montre combien il serait trop simple
de ramener le meurtre des juifs d'Europe à la seule volonté
meurtrière d'un dictateur. Pour faire de l'assassinat systématique de millions de juifs, hommes, femmes et enfants, une politique d'Etat, il fallait une organisation fortement ramifiée et reposant sur la division du travail qui, loin de se limiter aux SS, englobait une grande partie de l'appareil d'Etat travaillant avec zèle pour le dictateur. Des milliers d'Allemands étaient prêts à participer à l'extermination massive d'innocents, pour beaucoup parce qu'ils croyaient devoir impérativement obéir aux ordres, mais aussi pour beaucoup d'autres, parce qu'ils étaient eux-mêmes animés par un sentiment de haine antisémite et raciste. Le projet de meurtre de millions d'êtres humainsLe protocole de Wannsee traite du projet de meurtre de millions d'êtres humains sous une forme et dans un langage propres aux actes administratifs. Ce document qui met en lumière toute la perversion du système nazi est le seul en son genre à témoigner d'une rupture de civilisation qui nous laisse encore aujourd'hui sans voix. En ce début de XXIe siècle, rares sont les survivants de l'Holocauste qui sont toujours là pour témoigner directement de cette horreur. Dans quelques années, le récit historique aura définitivement pris la place des souvenirs personnels. C'est pourquoi plus le temps nous éloigne de ces événements, plus le besoin se fait pressant de commémorer durablement et de façon non biaisée ce crime contre l'humanité et de le transmettre d'une génération à l'autre. Il ne s'agit pas simplement de cultiver la "mémoire" recueillie ou ritualisée de ce moment de notre histoire. Effectuer une mise au net approfondie de notre passé et faire notre examen de conscience en rapport avec cette période nécessite une commémoration bien réfléchie. Le monde des sciences et de l'éducation, les institutions de formation politique et les médias, les mémoriaux et les musées doivent continuer à apporter leur contribution pour que cette mémoire du passé soit durablement ancrée dans notre identité de citoyen d'un pays qui, au milieu du XXe siècle, a plongé l'Europe dans une catastrophe indicible. Nous agissons ainsi en premier lieu par respect pour les victimes et leur descendance. Mais c'est aussi dans notre intérêt bien compris que nous agissons car l'histoire de la dictature national-socialiste nous rappelle que la démocratie, le devoir d'humanité et les droits de l'homme ne sont pas des évidences, mais qu'il nous appartient à tous de lutter sans relâche pour les imposer, les défendre et les préserver. Nul ne rend les générations suivantes responsables des crimes commis sous le régime national-socialisteLa culture commémorative des crimes national-socialistes n'est pas pour autant un "mea culpa" permanent. Les responsables sont les auteurs de ces crimes et non les "Allemands" en tant que collectif historique. Nul ne rend les générations suivantes responsables des crimes commis sous le régime national-socialiste. D'un autre côté, quiconque cherche à refouler le passé ou se limite à une perception sélective n'est pas disposé à assumer ses responsabilités vis-à-vis du présent et de l'avenir. La Seconde Guerre mondiale et la politique national-socialiste
fondée sur un génocide raciste, dont ont été
victimes en particulier les juifs mais aussi beaucoup de non-juifs,
marquent une profonde césure dans l'histoire des peuples
européens. Le compte rendu de la Conférence de
Wannsee mentionne plus de 30 pays et régions, dans
lesquels il était prévu d'assassiner systématiquement
la population juive, soit au total 11 millions de personnes. C'est
précisément parce que l'Allemagne est redevenue
un partenaire égal en droits et apprécié
au sein de la famille des peuples européens que nous nous
devons d'assumer ce sombre chapitre de notre histoire, même
s'il nous est difficile, dans notre for intérieur, d'accepter
ce qui s'est passé. L'Allemagne d'aujourd'hui, l'Allemagne
européenne a tiré de ces crimes en particulier comme
leçon qu'elle ne devra jamais cesser de répéter
infatigablement : "Plus jamais ça !". |