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AUSCHWITZ, 60 ANS APRES / SUISSE, JANVIER 2005, LES DECLARATIONS D ISRAEL SINGER
__Les accusations du président du Congrès juif mondial ont suscité rejet et incompréhension en Suisse
L'historien Jean-François Bergier - qui a présidé la commission d'historiens chargée de décrire le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale - a dénoncé un "écart de langage". Israel Singer sait que la neutralité constituait pour la Suisse "la seule chance" dans la situation difficile qui était la sienne, a assuré l'historien. Selon lui, ce sont plutôt les violations de la neutralité commises par la Suisse qu'il faudrait critiquer. Présent aux cérémonies de commémoration du 60e anniversaire de la libération d'Auschwitz, le président de la Confédération helvétique, Samuel Schmid, a jugé ces "reproches [ ] totalement injustifiés. Ce n'est pas acceptable". La ministre suisse des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, a fait part de son "incompréhension" et rappelé que son pays n'avait pas participé au génocide et qu'il avait fait la lumière sur les ombres de son passé au travers du rapport de la Commission Bergier. "Israel Singer est le président d'une organisation juive importante et nous aurons l'occasion de lui dire que son interprétation de la neutralité suisse ne correspond pas à la réalité des choses", a assuré Micheline Calmy-Rey. Les réactions de la communauté juiveCette accusation a soulevé un tollé de protestations en Suisse, notamment au sein des communautés juives. Les juifs suisses ne partagent pas les appréciations d'Israel Singer, a déclaré le porte-parole de la FSCI Thomas Lyssy. La fédération ne s'explique pas les motifs de ses nouvelles critiques. On ne peut pas comparer neutralité et collaboration active, a déclaré Thomas Lyssy, porte-parole de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI). Le président de la FSCI, Alfred Donath a jugé "inacceptables" les accusations d'Israel Singer concernant le comportement de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. "Même si son rôle n'a pas été toujours tel qu'on aurait pu l'attendre d'un point de vue éthique, la Suisse l'assume et s'en est excusée", a-t-il souligné. Cette déclaration intervient, selon lui à un moment "extrêmement malheureux", alors que l'on commémore les 60 ans de la libération d'Auschwitz. "C'est lancer une polémique qui n'a absolument pas sa place aujourd'hui". Dans une interview publiée le 27 janvier 2005 par le quotidien romand "Le Temps", Alfred Donath affirme son intention de protester auprès du Congrès juif européen, dont il est membre de la présidence et de demander la démission d'un Israel Singer qui s'est, à ses yeux, "disqualifié". Alfred Donath souhaite également qu'il s'excuse auprès des autorités suisses ou du président de la Confédération helvétique. L'avocat genevois Philippe Grumbach, membre actif de la communauté juive et président de la Cicad (Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation), s'est dit consterné par les propos "excessifs et inappropriés" tenus par le président du Congrès juif mondial. "Traiter la neutralité suisse de crime est une idiotie sur le plan historique !". "Cette assimilation apparaît scandaleuse dans la mesure où la Suisse a entrepris de façon exemplaire l'examen de son rôle historique durant la Seconde Guerre mondiale. A cet égard, la Commission Bergier a rempli sa mission avec une rare rigueur, en pleine indépendance et sans la moindre complaisance. La Suisse a donc largement fait son "mea-culpa". Philippe Grumbach a rappelé les principales mesures prises par la Suisse dans ce contexte, outre la création de la Commission Bergier en 1996 : "Lorsqu'il présidait la Confédération, Kaspar Villiger avait présenté sans ambiguïté les excuses de la Suisse pour l'inscription du tampon "J" dans les passeports des juifs allemands avant et pendant le second conflit planétaire. Et depuis, la Suisse a su se regarder dans un miroir, en toute franchise. Les Etats qui en ont fait de même ne sont pas nombreux". Israel Singer confond, selon lui, "de manière incompréhensible et injustifiable la Suisse des années 1939-45 avec l'Autriche, qui a applaudi à sa réunion avec l'Allemagne nazie et le régime de Vichy qui, lui, a vraiment mené une politique criminelle en conduisant à la mort plus de 70'000 juifs de France". Le président du Congrès juif mondial persiste et signeDans une interview publiée, le 13 février 2005, dans la NZZ am Sonntag, Israel Singer explique pourquoi il a qualifié la neutralité suisse de "crime". La Suisse n'a certes pas fait partie des coupables ou des collaborateurs, mais elle ne doit pas entretenir des idées fausses sur son rôle durant la Seconde Guerre mondiale, déclare-t-il dans les colonnes du journal alémanique. Israel Singer reconnaît que la neutralité a peut-être été la seule solution pour la Suisse de se préserver durant cette période. "Les conséquences de cette décision doivent être expliquées sous tous les aspects", estime toutefois le président du Congrès juif mondial. Sources : presse suisse romande, dont La Tribune de Genève, janvier et février 2005.
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