2009 | L’APRES KYOTO
Du 7 au 18 décembre 2009 a lieu à Copenhague la Conférence des Nations unies sur le changement climatique

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Du 7 au 18 décembre 2009 a eu lieu, à Copenhague, la Conférence des Nations unies sur le changement climatique. Un rendez-vous jugé décevant car il n’a pas permis aux représentants de 192 pays de trouver un accord pour lutter contre le réchauffement de la planète, plus de dix ans après la Convention sur les changements climatiques, signée à Rio en 1992, et quatre ans après l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto (qui expire fin 2012).

La Conférence a "pris note", mais n’a pas entériné, l’accord - dit Accord de Copenhague - adopté par les chefs d'Etat de 28 pays industrialisés et émergents sur la proposition des Etats-Unis, de la Chine, de l’Inde, du Brésil et de l’Afrique du Sud.

Cette "déclaration politique" fixe à 2 degrés la limite du réchauffement climatique d’ici à 2050, mais n’accompagne cet objectif d’aucune contrainte quant aux émissions de gaz à effet de serre. Elle prévoit cependant un financement rapide, à hauteur de 30 milliards de dollars, pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter au changement climatique.

L’Accord de Copenhague pourrait constituer le préambule d’un accord plus global adopté lors de la prochaine Conférence des Nations unies sur le climat, en 2010, à Mexico.


Migrations et changements climatiques [Note OIM, mai 2009]

PLANETE, DECEMBRE 2009 | LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE – REFUGIES ENVIRONNEMENTAUX
__Moment de vérité - S'adapter au changement climatique
par Philippe Boncour, OIM

Le climat change. Et bien plus vite depuis la révolution industrielle.

Les experts du GIEC  ont établi que les températures moyennes de l'hémisphère Nord ont été nettement plus élevées durant la seconde moitié du XXème siècle que durant les 13 siècles précédents… Dans l'Arctique, la température a augmenté deux fois plus vite au cours du siècle dernier.

N'en déplaise aux nombreux Ponce Pilate, l'homme est donc en grande partie responsable de l'impact accru de ces changements sur les mouvements de population.

Certes, migrer a toujours été une des stratégies possibles d'adaptation en cas de dégradation de l'environnement ou de catastrophe naturelle. Voire un mode de vie dans certaines régions. Mais, aujourd'hui, la cote d'alerte est dépassée et la communauté internationale s'est saisie de ces questions complexes et encore mal connues, sans doute parce qu'elles sont au confluent de plusieurs approches : l'environnement, le développement durable, l'action humanitaire, les droits de l'homme, les migrations, le climat pour n'en citer que quelques-unes.

Même si l'on ne dispose pas de chiffres précis quant au nombre de migrants environnementaux dans les décennies à venir, tant il est étroitement dépendant de notre capacité collective à réduire les émissions de gaz à effet de serre, une chose est sûre : ils seront de plus en plus nombreux.

De là à agiter le spectre d'un "nouveau tsunami", il n'y a qu'un pas. Certes, il peut être politiquement tentant de surfer la vague de la sécurité en arguant que le changement climatique va déverser sur les côtes des pays développés des millions de personnes à la recherche d'environnements plus accueillants : cela permet de justifier des politiques migratoires plus restrictives qui trouvent un écho favorable dans des opinions publiques déjà inquiètes dans un contexte de récession économique sans précédent.

Mais, cette tendance à la myopie politique ne résiste pas à l'analyse.

D'abord, les recherches actuellement disponibles, bien que géographiquement circonscrites, confirment que la grande majorité des migrations environnementales seront des migrations internes, soit vers le mirage de la prospérité autour des grandes villes, soit vers d'autres zones rurales encore susceptibles de subvenir aux besoins quotidiens des communautés affectées. Les mouvements transfrontaliers constitueront un autre aspect important, surtout dans les zones où la "capillarité" des mouvements est une constante depuis les temps immémoriaux et où la notion de frontière, au sens où l'entendent les Etats, ne fait pas forcément sens pour les populations directement concernées.

Ensuite, il y a de fortes chances pour que la migration internationale liée au changement climatique reste minoritaire, tout simplement parce qu'elle exige à la fois des moyens que les plus pauvres, les "sans terre" en quelque sorte, n'ont pas, et des réseaux communautaires dans le pays de destination qui leur font également défaut la plupart du temps.

Enfin, pour qu'une politique de lutte contre la migration irrégulière soit efficace quelles que soient ses causes, il faut dans le même temps que des canaux de migration régulière soient ouverts dans des conditions négociées entre les partenaires. Faute d'un tel accord global et concerté, le recours aux filières clandestines et aux réseaux mafieux est souvent le seul recours, avec l'impact dramatique que l'actualité se charge de nous rappeler à intervalles bien trop réguliers.

Le plus compliqué, au fond, c'est justement d'identifier, de "labelliser" les migrants environnementaux. Sauf dans les cas où une catastrophe naturelle les pousse à fuir dans l'urgence pour sauver leur vie et celle de leur famille, il est très difficile d'isoler le facteur "changement climatique" ou "dégradation de l'environnement" dans une combinaison d'éléments incitatifs qui relèvent au moins autant de motivations sociales, économiques, voire politiques. C'est probablement une des raisons pour lesquelles ils n'ont pas de statut particulier au regard du droit international.

Ils ne sont sans doute pas près d'en avoir un, à en juger par l'extrême prudence, voire la réticence de beaucoup de gouvernements à créer une nouvelle "catégorie" qui disposerait de droits spécifiques. Aux portes des pays développés, ils sont aujourd'hui confondus avec le flot des migrants économiques et soumis aux mêmes aléas, même si certains tentent de déposer une demande d'asile, systématiquement refusée.

Car il ne s'agit pas de "réfugiés climatiques", même si les journalistes se sont empressés d'utiliser cette expression en raison de sa charge émotionnelle et de la compassion qu'elle induit. Les mots ont un sens et la Convention de 1951 sur le statut des réfugiés précise que la notion de persécution est centrale dans la détermination de l'éligibilité. Cela réduit à des cas marginaux la possibilité d'accéder à ce statut dans le contexte de la dégradation de l'environnement. Dans quelques pays, des régimes de protection temporaire ont été mis en place pour venir en aide à des populations étrangères affectées par une catastrophe naturelle. C'est l'ouragan Mitch qui a ainsi conduit les Etats-Unis à mettre en place le "Statut de Protection Temporaire", exemple suivi par la Suède et la Finlande avec des périmètres et des conditions d'application différents.

Les populations sont diversement affectées, mais il faut retenir que près de 98% des décès liés aux catastrophes naturelles ont lieu dans des pays en développement. Evidemment, c'est surtout cette image qu'on retient : les drames humains, les milliers de morts et la réponse humanitaire d'urgence qu'il faut apporter. Le plus souvent, les déplacements de masse liés à ces phénomènes sont temporaires et le moindre des paradoxes n'est pas de voir les populations reconstruire à l'endroit même où se trouvait leur maison, en dépit des risques évidents de survenue d'un événement similaire et des conseils prodigués par les humanitaires.

S'il est vrai que le nombre de ces événements extrêmes a doublé en 20 ans, passant de 200 à environ 400 par an, tout indique que ce sont bien les processus plus insidieux, plus graduels, qui induiront le plus grand nombre de déplacements définitifs dans les décennies à venir : désertification, érosion des sols, déforestation, élévation du niveau des océans, salinisation des eaux… Le mot-clé, dans ce contexte, c'est sans doute "adaptation". Adaptation sur place ou à proximité lorsque c'est possible, mais aussi utilisation de la migration comme une des stratégies possibles d'adaptation, comme l'ont fait de nombreuses populations depuis la nuit des temps.

La réponse de la communauté internationale doit, elle aussi, s'adapter. Il est relativement facile de lever des fonds lors de catastrophes majeures pour des raisons qui tiennent bien sûr à l'urgence, mais aussi à la visibilité médiatique et à l'utilisation politique qui peut en être faite. Mais, il s'avère beaucoup plus ardu de convaincre des partenaires d'investir sur le long terme en soutenant des processus d'adaptation moins "vendables" en termes d'image, dont les résultats ne seront pas perceptibles avant plusieurs années. Dans un contexte de crise économique mondiale, la récurrence de telles dépenses est difficile à vendre dans les pays développés où les populations sont souvent davantage préoccupées par le maintien de leur niveau de vie et la peur du chômage.

Le moment de vérité aura lieu à Copenhague, lors de la prochaine Conférence des Parties à la CCNUCC.

Outre la nécessité d'un accord sur la réduction des gaz à effet de serre, la manière dont sera traitée l'adaptation au changement climatique déterminera les possibilités d'action sur le terrain pour au moins la décennie à venir.

Les négociateurs accepteront-ils de considérer que l'impact humanitaire du changement climatique, surtout en matière de migrations et de déplacements, n'est pas un simple corollaire, mais bien un aspect central de l'accord si l'on veut garantir la sécurité humaine ?

C'est un pari. Risqué, mais gagnable.

Philippe Boncour est chef de la division Dialogue international sur la migration, Organisation internationale pour les migrations (OIM), Genève, novembre 2009. Site web :http://www.iom.int/jahia/Jahia/lang/fr/pid/1
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