LA SITUATION DES DROITS DE L'HOMME AU SOUDAN



Retour





LE CONFLIT DU DARFOUR

> Le dossier

 
____La chronique du conflit

 2006    |Janvier | Février | Mars | Avril | Mai | Juin | Juillet | Août |
| Septembre | Octobre | Novembre | Décembre |

_28 DECEMBRE. Les Nations unies entament la première phase de leur déploiement au Darfour. Cette première phase vise au déploiement de 105 conseillers militaires, 33 conseillers de police et 48 civils, ainsi qu'à de l'équipement. Les phases suivantes conduiront au déploiement de la force mixte Nations unies / Union africaine, qui prévoit l'engagement sur le terrain de 17'000 militaires et de 3'000 policiers.

[Le gouvernement soudanais a finalement accepté, le 26 décembre, le déploiement d'une force hybride des Nations unies et de l'Union africaine, portant uniforme national, casque bleu et brassard de l'Union africaine.]

_22 DECEMBRE. Après avoir été "si souvent déçu" sur le Darfour, Kofi Annan général exprime devant le Conseil de sécurité l'espoir d'être "enfin près de réussir à arracher le peuple du Darfour au sort épouvantable qui est le sien actuellement".

"Les rapports que j'ai reçus de mon envoyé à Khartoum, M. Ould Abdallah, m'encouragent à penser que demain peut-être nous allons recevoir le feu vert du président Bashir pour un cessez-le-feu total, pour des efforts renouvelés en vue de la participation de toutes les parties à la recherche d'une solution politique, et pour le déploiement de la force hybride Union africaine-Nations unies qui a été proposée pour protéger la population", déclare le secrétaire général des Nations unies.

_19 DECEMBRE. Dans une déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité des Nations unies souscrit aux conclusions de la réunion d'Addis-Abeba du 16 novembre 2006, qui avait abouti à un accord sur la formation d'une force mixte des Nations Unies et de l'Union africaine pour maintenir la paix dans la région du Darfour en proie à une nouvelle flambée de violence.

[Le Conseil a aussi réaffirmé qu'il était "profondément préoccupé par la dégradation des conditions de sécurité au Darfour et ses répercussions dans la région ".]

_18 DECEMBRE. Kofi Annan nomme Jan Eliasson, ancien président de l'Assemblée générale des Nations unies, Envoyé spécial pour la crise au Darfour.

[Jan Eliasson qui a été président la 60e Assemblée générale travaillera principalement en dehors du Soudan, avec les capitales et les gouvernements pour les encourager à trouver une solution au Darfour.]

_14 DECEMBRE. Présentant son 4e rapport au Conseil de sécurité des Nations unies, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, affirme qu'il est arrivé au terme de son enquête et qu'il a recueilli des éléments de preuve suffisants pour identifier les personnes qui portent la responsabilité la plus lourde dans les crimes commis au Darfour, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre.

[Dans sa résolution 1593 adoptée en mars 2005, le Conseil de sécurité avait déféré la situation au Darfour au procureur de la CPI, permettant ainsi de traduire devant la Cour les auteurs des exactions commises depuis le 1er juillet 2002.]

13 DECEMBRE. A l'issue d'une session extraordinaire, à Genève, et après d'un appel lancé le 12 décembre par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, les 47 membres du Conseil des droits de l'homme décident l'envoi d'une nouvelle mission d'enquête "pour évaluer la situation des droits de l'homme au Darfour". La session extraordinaire a été convoquée à la demande de l'Union européenne, appuyée par 33 des 47 Etats membres du Conseil.

Dans une résolution, le Conseil décide "d'envoyer une mission de haut niveau pour évaluer la situation des droits de l'homme au Darfour et les besoins du Soudan à ce sujet". La mission comprendra "cinq personnes hautement qualifiées désignées par le président du Conseil des droits de l'homme après consultation des Etats membres du Conseil, ainsi qu'avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Soudan".

_4 DECEMBRE. Selon la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS) les forces gouvernementales, accompagnées des milices, ont attaqué les 2 et 3 décembre un village du Darfour-Nord, avant de l'incendier. "Des informations font état de dommages civils et de pillages de bétails", indique l'UNMIS.

_22 NOVEMBRE. Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, exhorte le Conseil de sécurité des Nations unies et la communauté internationale à prendre leurs responsabilités pour protéger les populations civiles du Darfour où 4 millions de personnes ont maintenant besoin d'une assistance humanitaire.

L'échec du gouvernement soudanais à protéger ses propres citoyens, y compris dans les zones où les rebelles ne sont pas présents, est scandaleux. De même que l'échec de la communauté internationale à assumer ses responsabilités, un an après l'engagement pris par les leaders du monde entier de protéger les civils quand les gouvernements y échouent”, rappelle-t-il.Up

L'armement des miliciens se poursuit, au mépris des résolutions du Conseil de sécurité, de même que le recrutement d'enfants et d'adolescents dans les camps de personnes déplacées, affirme Jan Egeland. ”Les forces gouvernementales, les miliciens, les groupes rebelles, et un nombre important de groupes armés tchadiens errent librement à l'intérieur des camps, semant la terreur et la peur”.

_23 NOVEMBRE. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno Ocampo déclare qu'il a pratiquement terminé son enquête sur le Darfour et a assez d'éléments de preuves pour lancer des inculpations. "En nous basant sur une évaluation circonstanciée et approfondie de toutes les preuves recueillies, nous avons été capable d'identifier les incidents les plus graves et certaines des personnnes qui peuvent être considérées comme les plus responsables criminelllement", souligne-t-il, dans un discours à l'ouverture de la 5e session annuelle des Etats partie ayant ratifié la CPI. Il précise que parmi ces crimes figurent la persécution, la torture, le viol et le meurtre.

[Moreno Ocampo veut évaluer le travail du tribunal spécial mis en place en 2005 par le gouvernement soudanais avant de lancer une procédure. La CPI ne peut en effet agir que si une juridiction nationale ne le peut ou ne le veut.

"Le procureur dit qu'il veut attendre de voir ce que ce tribunal va faire : il n'a rien fait !", a protesté Richard Dicker, responsable de la justice internationale pour l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW). Ce tribunal spécial "a été créé pour éviter des procès devant la CPI", a-t-il assuré. Elle n'a en fait jugé que des crimes ordinaires, des vols ou de la détention d'objets volés. Cela ne reflète pas l'immense étendue des crimes au Darfour !"]

_20 NOVEMBRE. Jan Egeland indique que le nombre de personnes nécessitant une assistance humanitaire dans la région du Darfour était passé de 1 million, lors de sa précédente visite en 2004, à 4 millions, lors de sa dernière visite la semaine passée.

En tournée en Afrique pour la dernière fois en tant que secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires, Jan Egeland assure que "jamais [il] n'aurai[t] pu imaginer que la peur et la colère, parmi les civils du Darfour, restent les mêmes qu'il y trois ans".

"C'est un moment de vérité aujourd'hui pour le Darfour, un moment de vérité pour notre responsabilité de protéger", estime-t-il, rappelant qu'au Sommet mondial de 2005 les chefs d'Etat et de gouvernement du monde entier s'étaient engagés à protéger les populations civiles contre les génocides et les violations graves des droits de l'homme.

[Jan Egeland a lancé un appel à la communauté internationale pour qu'elle assume son devoir de protéger les populations mais aussi au gouvernement soudanais, aux milices et aux rebelles pour qu'ils cessent les combats au Darfour. "J'ai un certain nombre d'appels à lancer. Le premier, à toutes les parties, les rebelles, les milices, le gouvernement : respectez le cessez-le-feu. Je pense que nous sommes en train de jouer avec un baril de poudre. La situation peut empirer pour tout le monde à moins que chacun y mette du sien".]

_17 NOVEMBRE. Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, contraint d'écourter sa visite au Darfour, les autorités soudanaises ne l'ayant pas autorisé à y circuler librement.

Jan Egeland avait prévu de se rendre dans six endroits où la situation humanitaire est critique. Mais le gouvernement soudanais a refusé de lui donner l'autorisation de voyager au-delà de la ville d'El Geneina, capitale du Darfour occidentale.

_16 NOVEMBRE. Le Soudan accepte le principe du déploiement d'une force hybride des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour. Selon Kofi Annan, qui participait, à Addis Abeba, à l'invitation de l'Union africaine (UA), à une rencontre rassemblant le Soudan et les membres permanents du Conseil de sécurité, le principe d'une force hybride "Nations unies - Union africaine" est acquis. Cette force devrait "disposer d'entre 17'000 militaires et 3'000 policiers" et bénéficier d'une liberté de mouvement au Darfour.Up

Un communiqué publié à Addis Abeba indique que le "conflit au Darfour ne peut être réglé que par un processus politique". Il souligne que l'accord signé à Abuja en mai 2006 sur le Darfour ne doit pas être renégocié, mais que sa base doit être élargie, puisque certaines parties restent hors de son cadre.

Il appelle toutes les parties, dont "le gouvernement soudanais et les parties non signataires de l'accord d'Abuja à s'engager immédiatement à une cessation des hostilités au Darfour". Enfin il prévoit un ensemble de mesures pour soutenir la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), et le principe d'une opération hybride, dont le soutien doit provenir des Nations unies, avec un "caractère principalement africain".

Le texte mentionne par ailleurs la nécessité de prendre en compte la situation sécuritaire à la frontière du Soudan et du Tchad et de la République centrafricaine.

[Le gouvernement soudanais s'est constamment opposé au déploiement d'une telle force, reprenant depuis au contraire son offensive contre les rebelles, tandis que les milices arabes janjawid ont relancé leurs attaques meurtrières contre la population, causant de nouveaux déplacements massifs parmi les populations noires du pays.]

_16 NOVEMBRE. La situation sécuritaire est "pire que jamais" au Darfour, affirme Jan Egeland, qui s'est rendu à El Geneina, la capitale du Darfour occidental. "C'est ma quatrième visite au Darfour, rappelle le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des Nations unies, et je n'ai jamais vu une situation sécuritaire aussi mauvaise auparavant. Il y a trop d'éléments armés dans et autour des camps qui menacent les résidents et qui nous empêchent de nous y rendre".

Jan Egeland ajoute que les travailleurs humanitaires ne peuvent circuler sur les routes parce qu'ils se font attaquer et voler leurs véhicules. Il estime également que la situation des femmes n'avait jamais été aussi mauvaise, notamment en ce qui concerne les viols et les violences sexuelles. Les femmes déplacées qu'il a pu rencontrer ont expliqué qu'elles ne pouvaient maintenant plus sortir des camps et qu'elles étaient même attaquées à l'intérieur des camps.

_10 NOVEMBRE. A moins que les miliciens du Darfour soient désarmés, de nouvelles attaques meurtrières sont à craindre contre les populations civiles, prévient Louise Arbour, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, rappelant qu'on avait pu observer le en oxtobre une augmentation de la distribution des armes aux milices.

Louise Arbour craint de nouvelles attaques comme celles perpétrées dans le secteur de Jebel Moon, qui ont provoqué la mort d'une cinquantaine de civils et le déplacement de milliers d'autres.

_7 NOVEMBRE. Les attaques quotidiennes contre les civils se poursuivent au Darfour. Selon des informations recueillies par la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS) et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) des miliciens ont attaqué, le 6 novembre, des villages au sud-est d'El Fasher, au nord du Darfour. Ils ont brûlé des habitations, détruit des récoltes et capturé les animaux. Un certain nombre de personnes ont été blessés et un nombre inconnu de civils ont été déplacés, forcés de fuir leur village.Up

Toujours au nord du Darfour, des hommes armés ont tenté de détourner deux véhicules d'une ONG qui étaient à l'intérieur d'un camp de personnes déplacées. Au Sud-Darfour, des véhicules appartenant à la Force de l'Union africaine (UA) et à des ONG ont dû rebrousser chemin, à Nyala, après avoir été attaqués par des villageois qui accusaient l'UA de ne pas fournir une protection adéquate.

_3 NOVEMBRE. Kofi Annan condamne les attaques massives lancées les 29 et 30 octobre contre les civils de la région de Jebel Moon, au Darfour occidental, provoquant de nombreux morts et de nouveaux déplacements de population. ”Les attaques de huit zones d'habitation civiles, notamment un camp accueillant 3'500 personnes déplacées, a causé la mort d'un grand nombre de civils et provoqué la fuite de milliers d'autres”, indique le secrétaire général des Nations unies, qui se dit ”consterné d'apprendre qu'il y a eu 27 enfants de moins de 12 ans parmi les victimes”.

[Kofi Annan a demandé une nouvelle fois aux parties de respecter les accords passés et les dispositions du droit international humanitaire.]

_22 OCTOBRE. Le gouvernement soudanais ordonne l'expulsion sous trois jours du représentant des Nations unies à Khartoum, Jan Pronk. Le diplomate hollandais est l'émissaire spécial du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, depuis 2004.

[Cette expulsion a été déclenchée par un texte de Jan Pronk, publié le 14 octobre sur son blog personnel, dans lequel il mettait en cause le "moral" de l'armée soudanaise, "au plus bas" après "deux défaites majeures : à Oum Sidir le mois dernier et à Kerakaya cette semaine""face aux rebelles du Darfour, défaites qui avaient entraîné, révélait-il, le limogeage de généraux. L'armée soudanaise avait estimé que le diplomate devait être déclaré persona non grata pour s'être "ouvertement ingéré dans les affaires des forces armées". Jan Pronk a quité le Soudan le 24 octobre.]

_10 OCTOBRE. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) se dit "extrêmement inquiet" face à l'intensité des combats qui ont eu lieu, le 7 octobre, au Darfour entre l'armée et les rebelles soudanais, à seulement quelques kilomètres du camp de réfugiés d'Ouré Cassoni du côté tchadien de la frontière.

"Bien que personne dans ou autour du camp n'ait été touché, les réfugiés et les travailleurs humanitaires ont été très inquiétés par les coups de feu et les bombardements juste à la frontière", rapporte Jennifer Pagonis, porte-parole du HCR.

[Le Front national de la rédemption (NRF), qui regroupe l'essentiel des factions rebelles non signataires de l'accord d'Abuja, a pris le contrôle, dans la nuit du 7 au 8 octobre, la base gouvernementalée de Karyare, au nord du Darfour. Selon ses responsables, le FNR a pu saisir "du matériel, des armes et plus de 70 véhicules", dont ceratins équipés de lance-roquettes Katioucha.]

_10 OCTOBRE. Les actes de violence perpétrés par les milices et les rebelles contre les femmes et les enfants du Darfour atteignent des niveaux alarmants, s'inquiète le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) qui dénonce l'augmentation massive du nombre de viols dans cette région du Soudan au cours des derniers mois.Up

"Depuis qu'il a éclaté en 2003, ce conflit civil est marqué par une violence extrême. Mais ces derniers mois, le nombre d'attaques contre les femmes et les filles augmente en flèche, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur des camps de personnes déplacées", explique l'UNFPA.

"Les parties en guerre, qui cherchent à se venger de leurs adversaires en infligeant des punitions humiliantes aux civils, se moquent ouvertement de leurs obligations au regard du droit international", dénonce l'agence des Nations unies. "De plus, rien n'indique que les coupables soient activement recherchés, et encore moins punis, pour leurs crimes", déplore-t-elle encore.

_9 OCTOBRE. Un nouveau rapport du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme dénonce les attaques menées, au mois d'août, par des miliciens, appartenant à une tribu arabe et soutenus par le gouvernement soudanais, sur des dizaines de villages du Darfour peuplés principalement de tribus africaines, qui auraient fait des centaines de morts.

Le Haut Commissariat demande au gouvernement soudanais d"ordonner une enquête indépendante sur les récentes attaques perpétrées par des milices qui pourraient avoir fait des centaines de morts parmi les civils dans le sud du Darfour".

"Quelque 300 à 1'000 membres de milices armées appartenant à la tribu Habbania ont mené au mois d'août une série d'attaques sur 45 villages dans la région de Buram située dans le Darfour-Sud", affirme le rapport. Les populations des villages attaqués viennent principalement des tribus Zaghawa, Massalit et Misserya Jebel.

"Les attaques étaient marquées par la volonté délibérée de s'en prendre aux civils venant des tribus d'origine "africaine", de brûler les villages, de piller et de provoquer des déplacements massifs", souligne l'agence des Nations unies. "Elles semblent avoir été menées avec l'approbation et le soutien matériel des autorités soudanaises". Plusieurs centaines de personnes auraient péri dans ces attaques.

Le rapport indique aussi que "les agressions à grande échelle ont provoqué des déplacements de population chaotiques et la séparation de nombreuses familles".

_6 OCTOBRE. Kofi Annan fait état d'une "lettre du président soudanais Omar Hassan Ahmed Al Bashir donnant une réponse positive à l'initiative des Nations unies et de l'Union africaine (UA) concernant l'appui des Nations unies à la Mission de l'UA au Soudan (MUAS)" - la force de l'Union africaine est déployée au Darfour depuis deux ans pour protéger les populations civiles.

Cette assistance vise à renforcer la capacité de la MUAS à s'acquitter de son mandat au titre de l'accord de paix sur le Darfour, signé le 5 mai 2006 à Abuja, entre le gouvernement du Soudan et une partie des rebelles.

_5 OCTOBRE. Dans son dernier rapport sur la situation au Darfour, Kofi Annan affirme que l'insécurité n'a jamais été aussi grande dans cette région, où les organismes humanitaires n'ont jamais eu un accès aussi limité depuis 2004, mettant en garde contre une catastrophe humanitaire.Up

"Si la sécurité ne s'améliore pas, le monde risque d'avoir à réduire de façon draconienne une opération humanitaire dont le besoin se fait pourtant cruellement sentir, indique le secrétaire général des Nations unies dans son dernier rapport mensuel sur le Darfour qui couvre la période du mois d'août.

             Le rapport de Kofi Annan [pdf 85 ko]

_20 SEPTEMBRE. Le Conseil de paix de l'Union africaine (UA) décide de proroger le mandat de la Mission de l'UA au Soudan (MUAS) - qui devait expirer à la fin du mois - jusqu'au 31 décembre 2006. La MUAS qui comprend 7'000 hommes devait être remplacée par une mission des nations unies devant compter 17'300 soldats et un équipement militaire efficace.

[Le Conseil de sécurité a autorisé le 31 août le déploiement au Darfour d'une force des Nations unies, invitant le gouvernement soudanais à consentir à un tel déploiement. Etant donné le refus persistant du gouvernement du Soudan d'autoriser une telle mission, le Représentant spécial de Kofi Annan pour le Soudan, Jan Pronk, a estimé que la décision de l'UA permettra d'éviter un vide sécuritaire dans la région.]

_18 SEPTEMBRE. Lors d'un exposé au Conseil de sécurité, le représentant de Kofi Annan pour le Soudan, Jan Pronk, affirme que l'accord de paix signé en mai 2006 entre le gouvernement soudanais et une partie des rebelles du Darfour est "pratiquement mort", avant de présenter cinq recommandations pour le sortir du "coma".

[Seul le gouvernement soudanais et la faction de l'Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Mini Malawi ont signé l'accord d'Abuja, le 5 mai 2006.]

             Le rapport des Nations unies [pdf 870 ko]

_14 SEPTEMBRE. L'acteur américain George Clooney et l'écrivain prix Nobel de la paix Elie Wiesel lancent devant le Conseil de sécurité un appel pour une intervention de la communauté internationale au Darfour, sans attendre le consentement du Soudan, alors que la région est au bord d'une nouvelle catastrophe humanitaire.

Elie Wiesel "N'attendez pas l'invitation ou le consentement du Soudan. S'il le donne tant mieux. Si non, allez-y quand même. Les criminels tortionnaires et les assassins n'attendent pas. Arrêtez-les. C'est que vous demande la Charte de Nations unies. Intervenir. Sauver des vies", déclare Elie Wiesel. "Il y a une solution humaine à une tragédie humaine", rappelle le prix Nobel, demandant aux membres du Conseil de se souvenir du Rwanda et des 600'000 à 800'000 êtres humains qui ont été tués.

_13 SEPTEMBRE. Kofi Annan met en garde contre un "nouveau Rwanda” au Darfour, prévenant qu'un désastre allait se produire si la communauté internationale n'était pas capable de déployer une force des Nations unies dans la région. "La situation là-bas est désespérée. Le gouvernement continue de refuser d'accepter la transition vers une force de l'ONU. Le maintien de la présence des forces de l'Union africaine n'est elle-même pas certaine".

"Si les forces de l'Union africaine quittent le Darfour et si nous ne pouvons pas déployer une force de l'ONU pour la remplacer, nous courons au désastre, Et je ne pense que nous pouvons nous le permettre, surtout depuis que nous avons adopté cette résolution sur la "responsabilité de protéger", assure le secrétaire général des Nations unies, en référence au principe de droit international adopté dans le document final du Sommet mondial des chefs d'Etat de septembre 2005.Up

"Et pas seulement ça. Lorsqu'il y a eu le Rwanda, tout le monde avait dit qu'il ne fallait pas que cela se reproduise", ajoute-t-il.

_11 SEPTEMBRE. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Kofi Annan appelle le gouvernement soudanais à sa "responsabilité sacrée de protéger" sa population au Darfour, l'exhortant à accepter le déploiement d'une mission des Nations unies et prévenant que les auteurs d'une "nouvelle catastrophe humanitaire" seront tenus pour responsables.

K. Annan "La reprise des combats au Darfour révèle un mépris total pour l'accord de paix" signé en mai 2006 à Abuja, déclare le secrétaire général des Nations unies, qui condamne les récents affrontements au Nord Darfour entre diverses factions, le déploiement de "milliers de troupes soudanaises dans la région" et la reprise "des bombardements aériens", les qualifiant de "juridiquement et moralement inacceptables".

"Ces événements défient plusieurs résolutions du Conseil de sécurité et violent les engagements pris, dont le non-déploiement de troupes soudanaises supplémentaires", souligne Kofi Annan. "Toutes les parties auraient dû comprendre à présent, après tant de morts et de destructions, que seul un accord politique pourrait vraiment apporter la paix dans la région".

_8 SEPTEMBRE. Le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) craint un nouveau déplacement massif de population qui pourrait déstabiliser la région entière et entraîné une catastrophe humanitaire majeure.

António Guterres "Les agences humanitaires doivent d'ores et déjà se battre pour subvenir aux énormes besoins des deux millions de personnes déplacées à l'intérieur du Darfour, auxquels s'ajoutent 200'000 réfugiés dans douze camps du HCR à la frontière du Tchad", averti António Guterres, haut commissaire aux réfugiés.

"La situation sécuritaire qui se détériore nous empêche de fournir une aide même minimale dans de vastes parties du Darfour et les ressources du Tchad voisin sont utilisées au maximum. Une situation déjà mauvaise empire de jour en jour", ajoute-t-il.

Par ailleurs, des milliers de soldats soudanais ont été déployées au Darfour ces dernières semaines, ce qui laisse craindre une offensive militaire majeure dont la conséquence serait une nouvelle vague de déplacement. "Des centaines de personnes meurent en raison de la violence qui se poursuit et des milliers sont toujours déplacées par la force. Une action internationale urgente est nécessaire pour faire pression sur les parties au conflit et les convaincre sur le terrain de laisser les agences humanitaires travailler en toute sécurité", soulignée António Guterres.

Conseil de sécurité_31 AOUT. En dépit de l'opposition du Soudan, le Conseil de sécurité des Nations unies approuve le déploiement de 17'000 casques bleus au sud du Soudan, afin de relayer la force de l'Union africaine (UA). Douze pays ont voté en faveur de la résolution 1706, proposée par les Américains et les Britanniques, et trois se sont abstenus : la Chine, la Russie et le Qatar. Up


  Agir au Darfour

[L'ambassadeur américain John Bolton a souligné qu'il aurait été "préférable d'avoir l'unanimité" des quinze membres du Conseil de sécurité. Mais, il est plus "important d'avancer rapidement et d'adopter cette résolution [...] afin de mettre un terme au génocide au Soudan", a-t-il ajouté.]

Jan Egeland_28 AOUT. Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à une action politique "immédiate" pour éviter une "catastrophe humanitaire sans précédent" et "des pertes massives en vies humaines" dans la région du Darfour au Soudan.



_9 AOUT. L'insécurité continue de s'intensifier au Darfour : le nombre d'affrontements armés a doublé au cours des 7 premiers mois de l'année par rapport à 2005, déclare le Représentant spécial de Kofi Annan pour le Soudan, Jan Pronk. Il relève que l'escalade de la violence au Darfour a tué plus de travailleurs humanitaires ces deux dernières semaines qu'au cours des deux dernières années et menaçe désormais sérieusement l'assistance dans la région.

_11 JUILLET. La situation au Darfour est "totalement intenable", déclare le responsable des opérations humanitaires des Nations unies, Jan Egeland, qui souligne l'urgence du déploiement d'une force des Nations unies dans la région, où les factions rebelles sont maintenant principalement responsables des exactions.

"La situation au Darfour ne va pas dans le bon sens. Nous avons un accès légèrement amélioré dans le Sud-Darfour, mais il est désormais difficile dans le Nord et Ouest Darfour", précise-t-il. "La sécurité est inexistante pour la population civile, comme pour les travailleurs humanitaires".

Fait nouveau, les combats les plus importants ont lieu désormais entre les membres du mouvement rebelle de l'ALS (Armée de libération du Soudan). La faction conduite par Mini Minawi, qui a, de façon positive, signé l'accord de paix sur le Darfour avec le gouvernement soudanais a ainsi attaqué un village abritant une de ses factions qui entend poursuivre le combat, le "G19" et la faction Abdul Wahid. "Ces combats ont déplacé 8'000 civils au cours des 10 jours seulement".

Le coordonnateur humanitaire souligne que les meurtres, les viols massifs et les pillages se poursuivent. "Il est désolant de voir que l'ALS est en train de faire exactement ce qu'elle reproche aux janjawids", constate Jan Egeland.

_27 JUIN. Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, prévoit le déploiement d'une force des Nations unies au Darfour en janvier 2007 - force qui serait composée de trois brigades. "Mais une force de maintien de la paix ne pourra être déployée au Darfour que si nous avons le consentement du gouvernement du Soudan", ajoute-t-il.

_14 JUIN. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, indique que son équipe a recueilli des informations sur "un nombre important de massacres à grande échelle" au Darfour, ainsi que sur des centaines de cas de viol.Up

Luis Moreno-Ocampo Dans un rapport au Conseil de sécurité des Nations unies, le procureur, Luis Moreno Ocampo, affirme que ces informations - des "preuves" venant de sources publiques et non-publiques - concernent "des milliers d'accusations de meurtres de civils par les parties au conflit", y compris "un nombre important de massacres à grande échelle, avec chaque fois des centaines de victimes".


_1er JUIN. Kofi Annan déplore que, malgré les appels de l'Union africaine (UA) et de la communauté internationale, "la faction Abdul Wahid de l'Armée de libération du Soudan (ALS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM)", deux importants mouvements rebelles du Darfour, n'aient pas signé l'Accord de paix signé le 5 mai 2006 à Abuja.

_6 JUIN. Les attaques des milices janjawid continuent dans l'est du Tchad, selon le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR), qui dénonce l'”insécurité persistante” à laquelle sont soumis quelque 213'000 réfugiés soudanais du Darfour dans une douzaine de camps installés le long de la frontière avec le Soudan.



_26 MAI. Des groupes de miliciens armés de machettes, de couteaux et de fusils ont tué, en avri, plus d'une centaine de personnes, dont près de 75 au cours d'un massacre perpétré dans l'est du Tchad, révélent des enquêteurs de l'organisation américaine Human Rights Watch (HRW).

Dans le village de Jawara, 38 personnes qui s'étaient retrouvées sous un arbre pour prier ont été massacrées. 37 autres personnes venues enterrer les morts ont elles aussi subi le même sort. Selon les villageois, ces massacres se sont produits les 12 et 13 avril, alors que dans la même semaine les rebelles tchadiens lançaient une offensive sur la capitale N'djaména.



_25 MAI. Après une rencontre à Khartoum avec le président du Soudan, Omar Bashir, l'envoyé spécial de Kofi Annan, Lakhdar Brahimi, affirme que le gouvernement soudanais a autorisé l'envoi d'une mission d'évaluation pour le déploiement d'une éventuelle force des Nations unies au Darfour.

_23 MAI. Un nouveau rapport sur la situation des droits de l'homme au Soudan, réalisé par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), affirme que la violence au Darfour est montée d'un cran au cours des cinq derniers mois, à la fois en intensité et en fréquence, comme en atteste le bombardement récent de Gereida par un avion des forces gouvernementales.

"Les violations des droits de l'homme au Darfour ont continué alors que le conflit s'est intensifié. Il y a eu échec à protéger les civils contre les attaques, y compris contre les violences sexuelles. Les auteurs n'ont pas eu non plus à répondre de leurs crimes", indique le rapport publié à Genève.Up



Jan Egeland_19 MAI. De retour d'une visite sur le terrain au Soudan et au Tchad, le secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires, Jan Egeland, appelle, lors d'un exposé au Conseil de sécurité, à renforcer d'urgence la Mission de l'Union africaine et le financement des secours humanitaires.

"Les prochaines semaines seront absolument cruciales pour des millions de personnes dans la région. Avec la signature de l'accord de paix sur le Darfour, avant mon arrivée au Soudan, il y a enfin un véritable espoir. Mais l'on risque aussi d'entrer dans une spirale qui précipitera des millions de personnes au fond des abysses", déclare-t-il.

Face à cette perspective, Jan Egeland appelle à mettre en oeuvre l'accord de paix et à y rallier ceux qui ne l'ont pas signé, renforcer immédiatement et substantiellement la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), prendre des mesures concrètes pour accélérer la transition vers une opération des Nations unies et garantir le financement et la sécurité des secours humanitaires apportés à plus de trois millions de personnes.

_16 MAI. Le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution destinée à accélérer le déploiement d'une force des Nations unies dans la région du Darfour au Soudan, qui remplacerait l'actuelle force de l'Union africaine (UA) pour faire respecter l'accord de paix signé à Abuja et protéger les populations civiles qui continuent d'être victimes d'atrocités.

Par la résolution 1679 adoptée à l'unanimité, le Conseil de sécurité demande à toutes les parties à l'accord de paix au Darfour de "collaborer" pour accélérer la transition d'une force de l'Union africaine - appelée la MUAS - à une force de maintien de la paix. Dans sa résolution 1633 adoptée le 24 mars, le Conseil de sécurité avait déjà autorisé le déploiement d'une telle force.



Louise Arbour_11 MAI. Louise Arbour appelle la Cour pénale internationale (CPI) à poursuivre plus énergiquement les crimes contre l'humanité commis au Darfour depuis le début de la guerre civile en 2003. "Les progrès dans la lutte contre l'impunité restent invisibles au niveau national", estime la haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme. "Je pense que nous devons appeler la CPI à appliquer son mandat et la saisine du Conseil de sécurité de façon plus énergique et plus visible".

Elle demande que les coupables de crimes "qualifiés par certains de génocide, mais qui à tout le moins relèveraient de crimes contre l'humanité ou de crimes de guerre", soient remis à la justice.

_8 MAI. L'espoir renaît au Darfour, mais la crise reste grave, déclare George Bush, qui se félicite de l'accord de paix au Darfour, intervenu à Abuja. "Le gouvernement soudanais et le principal groupe rebelle ont conclu un accord et franchi une étape vers la paix". Mais, ajoute-t-il, "nous sommes toujours très éloignés de notre but final, à savoir le retour de millions de personnes déplacées dans leur foyer pour qu'elles puissent reprendre leur vie sans crainte. Mais nous voyons à présent un moyen d'avancer".Up



_5 MAI. Le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM) dirigée par Minni Minnawi - principale faction du mouvement rebelle du Darfour - signent à Abuja un accord de paix dans cette province soudanaise proposé par la médiation de l'Union Africaine (UA) et la communauté internationale.

L'accord de paix prévoit un référendum pour que les quelque six millions d'habitants de cette région semi-désertique de 500'000 km2 située à l'ouest du Soudan, se prononcent sur le découpage administratif de la province.

Kofi Annan ["Je me félicite de l'accord signé entre le gouvernement soudanais et les rebelles à Abuja et j'appelle les deux autres parties à saisir ce moment historique pour mettre fin à ce conflit tragique", a déclaré Kofi Annan. Le représentant du Soudan s'est déclaré "très heureux d'annoncer la nouvelle de l'accord de paix", qui permettra de "ramener la normalisation dans la région, apporter la paix et permettre aux populations déplacées de retourner dans leur foyers".]

_5 MAI. A l'issue de sa seconde mission au Darfour, Louise Arbour, haut commissaire aux droits de l'homme, affirme que la situation avait empiré dans la mesure où les attaques contre les civils, les raids et les viols se poursuivent, que l'impunité continue de régner et que la Cour pénale internationale (CPI) ne peut toujours pas exercer son mandat. Louise Arbour s'était rendue pour la première fois dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, au mois de septembre 2004.

Louise ArbourLes attaques contre les civils, les raids, et les pillages dans les villages se poursuivent. Les femmes continuent d'être violées. Il y a toujours autant d'insécurité à l'extérieur comme à l'intérieur des camps, rapporte la haut commissaire.

"En 2004, j'avais rencontré des femmes qui avaient été violées par des hommes appartenant aux milices Janjaouites. Cette fois, j'ai encore parlé avec des femmes de l'Ouest et du Sud du Darfour qui m'ont dit qu'elles avaient été récemment attaquées et violées. J'ai aussi parlé à des femmes qui ont donné naissance à des enfants issus des viols", a raconté la plus haute responsable des droits de l'homme aux Nations unies.

"Dans l'Ouest du Darfour, on m'a dit qu'il y avait des hommes armés à l'intérieur des camps et que des enfants étaient recrutés pour servir comme soldats", a-t-elle encore dit. "Malgré la présence des forces de sécurité nationales, il n'y a pas de protection suffisante pour les communautés affectées par le conflit au Darfour. Au contraire la présence envahissante de ces forces de sécurité inspire la peur et l'appréhension aux personnes déplacées".

[Comme lors de sa première visite, le gouvernement soudanais continue de "minimiser la gravité de la situation au Darfour", a-t-elle assuré. "Les membres du gouvernement prétendent qu'il n'y pas de viols et pas de problèmes de violence sexuelle à l'encontre des femmes au Darfour. Ils nient aussi le fait que les militaires agissent de concert avec les groupes armés".]

_4 MAI. A la veille d'un voyage au Soudan, le responsable des affaires humanitaire des Nations unies, Jan Egeland, dénonce une fois encore la poursuite du nettoyage ethnique au Darfour, soulignant que l'on assiste à une escalade du carnage, alors que les pays donateurs ont pratiquement cessé de financer les efforts humanitaires.Up

Jan Egeland "Si nous voulons éviter des pertes en vies humaines massives et imminentes [au Darfour], il faut une action immédiate - du gouvernement du Soudan, des rebelles, des membres du Conseil de sécurité et des gouvernements donateurs", écrit-il dans une tribune parue dans le quotidien américain "The Wall Street Journal".

"Le carnage au Darfour connaît une escalade, qui déborde sur le Tchad. Quelque 200'000 personnes supplémentaires ont fui pour sauver leur vie rien que ces quatre derniers mois. Des milices en maraude, appuyées par le gouvernement, sillonnent la campagne lors de virées où ils sèment la terreur, appliquant la politique de la terre brûlée, tuant et détruisant systématiquement les moyens de subsistance, en toute impunité. Les rebelles continuent leurs attaques contre les civils de même que contre les opérations humanitaires".

Jan Egeland rappelle que s'il y avait désormais 14'000 travailleurs humanitaires non armés au Darfour, pour la plupart soudanais, les troupes de l'Union africaine avaient des effectifs deux fois moins importants, pour mettre en oeuvre un cessez-le-feu non respecté sur un territoire de la taille du Texas". "En effet, ajoute-t-il, comme en Bosnie il y a dix ans de cela, l'assistance humanitaire a été une des seules réponses efficaces que le monde ait mis en place contre la sauvagerie au Darfour. Au lieu de soigner la blessure, le monde a préféré mettre un sparadrap sur une hémorragie ouverte".

Mais si les "humanitaires non armés peuvent maintenir les populations en vie aujourd'hui, ils ne peuvent pas les empêcher de ses faire assassiner, violer ou expulser de leurs foyers demain", souligne Jan Egeland, appelant à "ne pas répéter l'erreur tragique des "zones de sécurité" de Bosnie, avant que n'intervienne [le massacre de] Srebrenica".

Jan Egeland dénonce enfin "l'accroissement de la violence de toutes les parties, et l'obstructionnisme croissant du gouvernement soudanais", qui menacent de mettre fin aux efforts d'assistance massifs mis en place au Darfour.

_2 MAI. Malgré une amélioration de l'atmosphère à Abuja et la poursuite des négociations, le niveau de violence et les combats sur le terrain au Darfour continuent de s'accroître, déplore le Représentant spécial de Kofi Annan pour le Soudan, Jan Pronk.

Jan Pronk fait état d'escarmouches entre différentes factions de l'Armée de libération du Soudan (ALS) [un des groupes rebelles du Darfour], au Nord-Darfour, et d'attaques menées par le gouvernement et les milices, dans diverses régions du Sud-Darfour. Certaines de ces attaques ont eu lieu contre des zones contrôlées par l'ALS.

"La zone entourant Gereida, au Sud Darfour est particulièrement menacée à l'heure actuelle et Jan Pronk s'est déclaré très préoccupé par le fait que les tensions pourraient connaître une escalade pour se transformer en une attaque frontale contre Gereida elle-même où près de 100'000 personnes déplacées ont trouvé refuge", déclare un porte-parole des Nations unies.

_1er MAI. Alors que la date butoir pour trouver un accord de paix au Darfour est repoussée de 48 heures, Kofi Annan appelle les participants aux négociations d'Abuja - mouvements rebelles et gouvernement soudanais - à saisir une "chance historique".

Le secrétaire général des Nations unies demande aux parties en présence, "en particulier l'Armée/Mouvement de libération de Soudan (A/MLS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), de redoubler d'efforts pour parvenir à un accord sans retard, afin que soit mis un terme aux souffrances et aux destructions au Darfour".Up

"Des millions de civils restent dépendants de l'assistance humanitaire pour leur survie. Les attaques et l'insécurité menace de mettre fin aux efforts humanitaires dont ils dépendent", souligne Kofi Annan. "La solution qui s'impose manifestement aux parties est de saisir cette occasion historique de réaliser la paix et de commencer les travaux de relèvement et de reconstruction".

_28 AVRIL. Le Représentant de Kofi Annan pour le Soudan, Jan Pronk, demande aux rebelles du Darfour à mettre fin aux attaques perpétrées contre les travailleurs humanitaires, sous peine de suspendre les efforts de secours sur le terrain jusqu'au rétablissement de conditions de sécurité acceptables.

Plusieurs informations indiquent que nombre de ces attaques ont été commises par les factions de l'Armée de libération du Soudan (SLA). Des vols à main armée et des détournements de véhicules ont mis en danger les travailleurs humanitaires qui prêtent assistance à plus de 450'000 personnes vulnérables dans la région.

Conseil de sécurité_25 AVRIL. Malgré l'opposition de principe de la Chine et de la Russie, le Conseil de sécurité des Nations unies décide d'imposer, pour la première fois, des sanctions individuelles - gel des avoirs et interdiction de voyager - à quatre Soudanais accusés de menacer le processus de paix ou de commettre des atrocités au Darfour.

Adoptée par 12 voix pour, la résolution 1672 (2006) du Conseil de sécurité "décide que tous les Etats doivent mettre en œuvre les mesures spécifiées dans le paragraphe 3 de la résolution 1591 (2005)" à quatre personnes de nationalité soudanaise - un membre de l'administration, deux chefs rebelles et un dirigeant de milice soutenue par le gouvernement.

Les quatre personnes visées par la résolution du Conseil sont : d'une part, le général Gafar Mohammed Elhassan, commandant des forces armées soudanaises de la Région militaire de l'Ouest, et le Sheikh Musa Hilal, chef de la Tribu janjaouite Jalul du Nord Darfour; d'autre part, Adam Yacub Shant, commandant de l'Armée de libération soudanaise (ALS) et Gabril Abdul Kareem Badri, commandant du Mouvement national pour la réforme et le développement, deux mouvements rebelles du Darfour.



_18 AVRIL. Malgré "l'incapacité des parties à faire des concessions", "un accord de paix global pour le Darfour est à portée de main", déclare Salim Ahmed Salim, Envoyé spécial de l'Union africaine (UA) et Médiateur en chef des pourparlers de paix inter-soudanais, dits "pourparlers d'Abuja", devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le Médiateur en chef des "pourparlers d'Abuja".

_13 AVRIL. Le Conseil de sécurité condamne l'extension du conflit du Darfour vers le Tchad. "Les membres du Conseil expriment leur profonde préoccupation au regard de la détérioration de la situation au Darfour et des récentes attaques de groupes armés au Tchad", déclare son président pour le mois d'avril, l'ambassadeur de la Chine Wang Guangya. "Les membres du Conseil condamnent les attaques contre les camps de réfugiés", ainsi que "toute tentative visant à prendre le pouvoir par la force" au Tchad.Up

Conseil de sécurité_11 AVRIL. Le Conseil de sécurité demandé à Kofi Annan d'envoyer une mission d'évaluation avant le 30 avril afin d'accélérer les préparatifs d'une mission de maintien des Nations unies au Darfour, qui devra remplacer définitivement celle de l'Union africaine d'ici au 30 septembre 2006. Le Conseil rappelle "la nécessité pour toutes les parties au Darfour de mettre fin à la violence et aux atrocités", alors que « la poursuite de la violence au Darfour risquerait d'être ressentie dans le reste du pays ainsi que dans la région, y compris de nuire à la sécurité du Tchad".

La souveraineté, l'unité, l'indépendance et l'intégrité territoriale du Soudan "ne seront pas remises en cause par la transition à une opération des Nations Unies", précise le Conseil, qui assure que la future opération des Nations unies devra ainsi avoir une "participation et un caractère africains marqués".

_7 AVRIL. L'expert des Nations unies sur la prévention du génocide alerte une fois de plus aujourd'hui sur la situation au Darfour, où les nettoyages ethniques, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis doivent inciter la communauté internationale à agir, alors que la situation sur le terrain empire depuis un an.

"Aujourd'hui nous commémorons le 12e anniversaire du génocide au Rwanda. Et alors que l'on se souvient des victimes dont le nombre s'élève à près d'un million, il faut aussi se souvenir que la communauté internationale n'a rien fait pour prévenir ce génocide", déclare le conseiller spécial de Kofi Annan pour la prévention du génocide, Juan Mendez.

Exhorté par les journalistes à qualifier la situation au Darfour de génocide, Juan Mendez a indiqué que ce n'était pas son rôle. "Il est clair que des crimes contre l'humanité, des activités de nettoyage ethnique et des crimes de guerre" ont eu lieu au Darfour. "Tout cela devrait suffir à alerter la communauté internationale", insiste-t-il, rappelant que "la communauté internationale est obligée légalement d'agir en cas de crimes contre l'humanité et de nettoyage ethnique, pas seulement de génocide".

"Notamment, la Convention contre le génocide elle-même impose l'obligation de prévenir ces situations, avant qu'elles ne soient qualifiées de génocide", ce qui signifie que juridiquement tous ses signataires sont en violation de leurs engagements pour leur inaction au Soudan. "Le nombre de victimes estimé au Darfour se trouve entre 100'000 et 400'000 morts, ce qui est en soi inacceptable".

_21 MARS. "Dans le Sud du Darfour, les milices continuent leurs opérations de nettoyage, village après village", dénonce, devant le Conseil de sécurité, Jan Pronk, qui demande un renforcement des forces de paix au Darfour et qui prévient que l'insécurité dans cette région est une menace à la paix dans tout le pays.

Jan Pronk"Les assassinats, les viols et les abus des droits de l'homme, commis au Darfour, en violation directe des accords existants et des résolutions du Conseil de sécurité, constituent une menace à la paix dans l'ensemble du Soudan", affirme le Représentant spécial de Kofi Annan pour le Soudan. "Dans le Sud du Darfour, les milices continuent leurs opérations de nettoyage, village après village. Le gouvernement ne les a pas désarmées. Bien au contraire".Up



_24 MARS. Le Conseil de sécurité proroge jusqu'au 24 septembre 2006 le mandat de la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS), demandant par ailleurs à Kofi Annan de prévoir le passage de la Mission de l'Union africaine au Soudan - opérationnelle au Darfour - à une opération de maintien de la paix des Nations Unies.

Le Conseil a également demandé au secrétaire général des Nations unies, ”conjointement avec l'Union africaine, en consultation étroite et constante avec lui et en coopération et en étroite consultation avec les parties aux pourparlers de paix d'Abuja, dont le Gouvernement d'unité nationale, de faciliter la planification préparatoire nécessaire pour un passage de la MUAS à une opération des Nations unies”.

_10 MARS. Des casques bleus des Nations unies seront prochainement déployés au Darfour, en remplacement de la Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS), qui s'est heurtée à d'immenses difficultés en raison de son manque de moyens. Les 7'000 hommes de l'AMIS seront versés dans la future mission onusienne.

[Le chef de l'AMIS, Baba Gana Kingibe, a reconnu que le niveau de violence s'est "étendu, aggravé et intensifié sur l'ensemble des fronts", au Darfour. La politique de la terre brûlée menée en grande partie par des groupes de miliciens à cheval - une tactique rodée depuis deux décennies au Soudan sud - baptisés "janjawids" au Darfour - a chassé plus de 1 million de personnes de leurs villages, créé d'immenses camps de réfugiés et entraîné de nombreuses morts, peut-être 180'000, selon les dernières estimations.]

_23 FEVRIER. Selon la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS), les forces armées soudanaises, appuyées par les miliciens, continuent d'attaquer les populations civiles du Darfour, de violer les femmes, de piller et de brûler les villages, déclare Stéphane Dujarric, porte-parole de Kofi Annan.

"L'UNMIS a reçu des informations selon lesquelles les forces armées, appuyées par les miliciens, ont attaqué [aujourd'hui] un village situé dans le nord de la région. Ils s'en sont pris à la place du marché et détruit l'alimentation en eau, tuant au passage de nombreux animaux". Il ajoute : "D'autres informations font état d'une attaque contre un second village, Al Amin, situé dans le nord du Darfour, où la place du marché a été mise à sac et des huttes brûlées".

["Dans de nombreuses régions du Darfour, les meurtres et les viols continuent et les gens fuient par milliers. Il y a aujourd'hui 2 millions de déplacés et 3 millions de personnes, soit la moitié de la population du Darfour, ne survivent que grâce à l'aide internationale. Bien des endroits deviennent trop dangereux pour que les agents humanitaires puissent s'y aventurer", avait rappelé le secrétaire général des Nations unies, le 25 janvier 2006.]

_21 FEVRIER. Dans un rapport intitulé : "Le Darfour saigne : les récentes violences transfrontalières au Tchad", fondé sur une enquête menée dans l'est du Tchad en janvier et février 2006, Human Rights Watch (HRW) relève "une augmentation alarmante des attaques contre les civils au Tchad" qui ont fait "des douzaines de morts". "Elles sont perpétrées, avec l'appui du gouvernement soudanais, par les milices janjawids et les groupes rebelles tchadiens" qui "opèrent" depuis le Soudan, déclare l'association de défense des droits de l'homme, basée à New York.Up

"L'insécurité permanente qui règne dans l'est du Tchad a pour conséquence immédiate le déplacement de civils : 30'000 Tchadiens ont fui leurs maisons le long de la frontière en raison des violences récentes", estime HRW, notant également "un nouvel afflux, au Tchad, de réfugiés du Darfour" qui ne se sentent pas en sécurité dans les camps soudanais.

"Le gouvernement soudanais exporte de façon active la crise du Darfour vers [le Tchad] en soutenant matériellement les milices janjawids et en se gardant de les désarmer", dénonce le directeur Afrique de HRW, Peter Takirambudde. "Les milices janjawids sont en train de faire au Tchad ce qu'elles font au Darfour depuis 2003 : tuer des civils, incendier des villages et voler le bétail, et ce aux cours d'attaques aux relents ethniques" visant les populations non arabes, ajoute-t-il.



_3 FEVRIER. Le Conseil de sécurité des Nations unies demande à Kofi Annan d'établir "sans retard" un plan d'urgence présentant diverses options dans la perspective d'une transition de la mission de l'Union africaine au Darfour à une opération des Nations unies.

"Ce plan devrait prévoir une approche intégrée et unifiée" et "une utilisation maximale des ressources existantes de la Mission de l'Union africaine au Darfour (MUAS) et de la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS) sous réserve de l'accord des pays qui fournissent des contingents", déclare le président du Conseil de sécurité pour le mois de février, l'ambassadeur des Etats-Unis John Bolton.

Le Conseil demande par ailleurs au secrétaire général des Nations unies "une évaluation, à confirmer par le Conseil, des tâches clefs à réaliser dans le Sud-Soudan et au Darfour en vue d'affecter et de redéployer dans toute la mesure possible les hommes et les équipements en place".

_25 JANVIER. La dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations unies est désormais inévitable, affirme Kofi Annan dans une tribune au Washington Post, où il appelle le Conseil de sécurité à "rapidement prendre une décision ferme".

"Je voudrais pouvoir dire aujourd'hui que tous les efforts accomplis […] ont porté leurs fruits, que le Darfour est en paix et sur la voie du relèvement". "Hélas, il n'en est rien", ajoute le secrétaire général des Nations unies.



_13 JANVIER. Reconnaissant que "notre stratégie de paix a échoué au Darfour", le Représentant spécial de Kofi Annan pour le Soudan, Jan Pronk, plaide, devant le Conseil de sécurité, pour le déploiement d'une force "beaucoup plus importante" dans la région, qui serait "en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites", responsables des pires atrocités.Up

"Il n'y a toujours pas de paix au Darfour. La poursuite de la violence, des assassinats, des viols et des violations des droits de l'homme ne constituent pas seulement une tragédie pour le peuple du Darfour mais une violation des exigences contenues dans les résolutions du Conseil de sécurité", déclare-t-il. "Les parties au Darfour ont échoué et le délai fixé au 31 décembre [2005] pour parvenir à un accord de paix est passé sans que personne n'y prête attention. Il semble que les parties ont perdu le sens de l'urgence"..

"Elles parlent mais n'obtiennent pas de résultats et l'on se demande si elles se préoccupent vraiment du sort de plus de deux millions de personnes vivant dans les camps de réfugiés", ajoute-t-il. Trois années de violence et de "nettoyage" dans le Darfour montrent clairement que "notre stratégie de paix a échoué", constate-t-il. "La responsabilité ultime revient aux auteurs de ces crimes, mais nous devons faire plus pour les arrêter et mettre un terme à l'impunité".

[Dans sa résolution 1593, adoptée le 31 mars 2005, le Conseil de sécurité avait décidé de déférer au Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) la question du Darfour depuis le 1er juillet 2002. Dans des résolutions précédentes, le Conseil de sécurité avait exigé du gouvernement du Soudan qu'il désarme des milices arabes Janjaouites et qu'il mette fin à l'impunité. Il avait aussi imposé au Soudan un embargo sur les armes et imposer des sanctions individuelles - gel des avoirs et interdiction de voyager . aux belligérants.

Le conflit, qui rage au Darfour depuis février 2003, a déjà provoqué la mort de plus de 70'000 civils et le déplacement de près de deux millions de personnes.]

_12 JANVIER. Alors que la situation continue de se détériorer au Darfour et que l'Union africaine (UA) manque de ressources, Kofi Annan annonce qu'il a envisagé avec les membres du Conseil de sécurité le déploiement d'une force des Nations unies qui remplacerait l'actuelle force de l'Union africaine (UA).

K. Annan "Comme vous le savez, les meurtres se poursuivent et les viols aussi", déclare le secrétaire général des Nations unies, lors d'une rencontre avec la presse, à l'issue d'un déjeuner avec les membres du Conseil de sécurité, centré sur la question du Darfour. "Nous devons trouver un moyen d'améliorer la sécurité en travaillant avec les forces de l'Union africaine qui a besoin d'un soutien logistique et d'une aide financière".

"Nous devons aussi redonner un souffle au processus de paix en cours à Abuja, dans la mesure où la solution à long terme repose sur une solution négociée. Nous devons également nous assurer que le gouvernement remplit ses engagements et a la responsabilité de protéger sa population", ajoute-t-il. "Toutes les parties violent l'accord de cessez-le feu. Toutes les parties attaquent les populations civiles du Darfour".

[A ce jour, l'UA a déployé plus de 6'000 hommes pour tenter de s'interposer au Darfour entre les rebelles d'un côté, les forces gouvernementales et les milices arabes de l'autre.]
Up