droitshumains.org
XXIe siècle
Le dialogue entre les religions




>Retour

ACTUALITE 2002 / L’ISLAM, DEUXIEME RELIGION DE FRANCE
__L’installation d’un Conseil français du culte musulman

Recevant, le 21 octobre 2002, à Paris, les participants à la consultation sur l'islam de France, le ministre français de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, leur a demandé de "créer aussi rapidement que possible le Conseil français du culte musulman (CFCM)". Cela permettrait, a-t-il précisé, "d'éviter l'amalgame trop fréquent, dans journaux et livres, entre islam et islamisme".

Regroupés dans la COMOR (commission chargée d'organiser l'élection du Conseil français du culte musulman), les participants à cette réunion (sept fédérations, cinq grandes mosquées régionales et six personnalités qualifiées) se sont vus proposer un projet de statuts du "Conseil français du culte musulman" (CFCM), qui répond, selon le ministre à "cinq conditions" jugées nécessaire pour à la réussite du processus : que soit assurée la représentation équitable des courants minoritaires au sein du Conseil, que celui-ci ne soit dominé par aucune de ses parties, que son premier président soit une personnalité reconnue dans le milieu musulman et dans le pays, que les conseils régionaux du culte musulman soient dotés de statuts d'association; enfin que leur élection par les fidèles s'engagent au plus tôt dans les régions sans attendre que toutes soient prêtes à voter.

Pour éviter la mainmise d'un courant de pensée sur la future instance représentative de la deuxième religion de France, et donner leur place aux minorités et aux femmes, Nicolas Sarkozy propose un panachage à 55% élection et 45% cooptation, ainsi que la constitution de conseils régionaux élus à 80%. Enfin, il laisse entendre que la présidence du bureau du Conseil pourrait être confiée, au moins dans un premier temps, au recteur de la mosquée de Paris, la plus ancienne institution musulmane de France.

Nicolas Sarkozy : "Nous avons la volonté de construire l'islam de France et non l'islam en France"

Intervention de Nicolas Sarkozy, ministre français de l'intérieur, le 20 juin 2002, à Paris, devant les membres de la COMOR (commission chargée d'organiser l'élection du Conseil français du culte musulman).

[...] L'islam est une religion de portée universelle. Son apport spirituel, intellectuel et culturel à l'histoire de l'humanité est incontestable. Il est la deuxième religion de France. C'est aussi une religion qu'il faut saisir dans sa diversité : sur ce point, nos entretiens ont été pour moi très fructueux. Je voudrais vous dire tout de suite combien j'ai apprécié la qualité de nos échanges et votre volonté de construire l'islam de France et non l'islam en France. [...] Je note que votre travail a permis à l'administration, pas seulement au ministère de l'intérieur, mais sur le plan interministériel, ainsi qu'au plan local par l'intermédiaire des correspondants régionaux, de vous découvrir et de se convaincre de la capacité de l'islam à s'intégrer dans le cadre des valeurs de la République. [...]Up

[...] Le culte musulman est compatible avec les principes qui régissent, en France, la place des cultes et la liberté de religion. Je pense aussi à l'accord-cadre de juillet 2001 sur le principe de la création d'une instance représentative du culte musulman. Ce principe, je le soutiens : il n'y a aucune raison pour que l'islam soit une religion clandestine. Il a sa place dans la République aux côtés des autres religions.[...]

[Il y a aujourd'hui une attente], celle de la communauté musulmane de France. Les faits sont là : plus de 80% des lieux de culte ont souhaité participer au processus électoral et plus de 4'000 délégués ont été désignés pour ce faire. C'est pour moi une donnée essentielle.

L'intérêt, c'est celui de nos partenaires européens qui nous regardent avec attention. C'est celui des responsables des autres grandes religions de notre pays : ils m'ont dit ou fait savoir qu'ils étaient attentifs au processus; ils espèrent que l'islam pourra bientôt, sous une forme ou sous une autre, joindre sa voix aux débats fondamentaux qui traversent notre société et auxquels les religions doivent participer. L'intérêt, c'est enfin celui de tous nos concitoyens musulmans et non musulmans. Ils voient dans la création d'une instance représentative de l'islam de France un vecteur d'intégration.

L'islam a besoin d'une instance représentative grâce à laquelle elle pourra discuter avec les pouvoirs publics et l'ensemble de la société

[...] La nécessité de créer une instance représentative du culte musulman ne fait l'objet d'aucune contestation. L'islam est la deuxième religion de France : comme toutes les autres grandes religions de notre pays, elle a besoin d'une instance représentative grâce à laquelle elle pourra discuter avec les pouvoirs publics et l'ensemble de la société. Les musulmans sont légitimes à demander cette instance, ne serait-ce qu'à titre symbolique.
Ils le sont également au titre des questions pratiques qui se posent aux fidèles musulmans dans la pratique quotidienne de leur foi. Up

Certes, la loi de 1905 fixe un principe de neutralité de l'Etat à l'égard des cultes, qu'on appelle aussi principe de séparation. Mais elle garantit également, dès son article premier, la liberté de conscience et le libre exercice du culte qui permet aux convictions religieuses de s'exprimer dans l'espace public, sous la seule réserve du respect de l'ordre public. La liberté de conscience n'est en effet qu'une coquille vide si elle ne s'accompagne pas de la possibilité de pratiquer librement et publiquement sa religion.

Contrairement à certaines visions dépassées ou mal comprises de la loi de 1905, la République laïque n'est pas indifférente aux cultes, pas plus qu'elle ne les condamne à la clandestinité. Sans encourager ni critiquer, elle doit pouvoir dialoguer avec les religions pour créer les conditions juridiques les plus adéquates permettant l'observation des pratiques religieuses, des fêtes et des prescriptions alimentaires dans le respect de la loi comme dans celui des convictions.

Or sur ce point, l'islam est dans une situation inégale par rapport aux autres religions : du fait de l'absence d'instance représentative, un certain nombre de questions touchant à l'exercice même de la liberté religieuse demeurent sans réponse. Pour toutes ces raisons, une instance représentative doit voir le jour. Depuis plusieurs années, bien au-delà des alternances politiques, l'Etat partage la même analyse et ma conviction personnelle est tout à fait dans le même sens. [...]

L'intégration de la communauté musulmane est une nécessité absolue pour la République

[Avec l'installation d'une instance consultatiative], l'islam sera [...], dans ce pays, la religion qui se sera volontairement soumise aux règles démocratiques les plus transparentes et les plus exigeantes : dans le monde entier, ce sera une signature spectaculaire pour cet islam de France que j'appelle de mes vux et un signe de modernité et de vitalité qui aura beaucoup d'effet sur l'intégration. Up

Je n'ai sans doute pas besoin d'insister sur le fait que l'intégration de la communauté musulmane est une nécessité absolue pour la République. J'y suis particulièrement attaché car j'ai bien compris que certains membres de la communauté musulmane sont inquiets : inquiets par les amalgames qui ont suivi le 11 septembre [2001], inquiets par la tentation de certains de désigner votre communauté comme le bouc émissaire de l'insécurité.

Je sais que vous vous êtes élevés avec la plus grande fermeté contre la multiplication des actes antisémites qui se sont produits dans notre pays. Je sais aussi que les Français d'origine immigrée, et notamment les musulmans, sont eux-mêmes victimes d'actes ou de propos racistes, sans parler de ce racisme du quotidien qui constitue un tel frein à l'intégration. L'islamophobie, comme l'antisémitisme, porte atteinte à la paix civile et à nos valeurs. Ils doivent être et seront combattus avec la même fermeté. [...]

Est intégriste celui qui s'oppose à l'application des principes essentiels de la République

[Mais] je ne laisserai pas l'intégrisme s'asseoir à la table de la République.
Je n'ai certes pas à porter de jugement sur vos convictions religieuses, ni sur les préceptes moraux qui en découlent : le principe de laïcité me l'interdit et ma conscience personnelle également. Je n'ai pas davantage peur de l'orthodoxie : c'est le choix et la liberté de chacun.

Mais ma responsabilité d'élu et de ministre est d'empêcher la République de se porter caution de l'intégrisme : l'intégrisme isole, empêche l'épanouissement individuel, divise la société. Il peut avoir des conséquences dramatiques.

Je sais bien que la définition de l'intégrisme est difficile : mais cette difficulté est bien souvent une excuse pour fermer les yeux et ne pas entreprendre les actions risquées.
Pour ma part, la définition s'impose d'elle-même : est intégriste celui qui s'oppose à l'application des principes essentiels de la République. Toutes les religions de ce pays sont parvenues à concilier la force de leurs convictions, le libre exercice des cultes et le respect des principes fondamentaux. Certains compromis ont été nécessaires, mais les valeurs essentielles n'ont jamais été menacées. L'islam peut suivre la même voie : je sais que c'est votre souhait et je m'engage à le rendre possible.

Source : ministère français de l'intérieur, 2002.
Up