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ISLAM ET CHARIA / 2001-2002, VIOLENCES AU NIGERIA
Les condamnations à la mort par lapidation ont suscité de forts mouvements de protestations dans le monde - aucune peine de lapidation n'a jusqu'à présent été exécutée. Les ministres du gouvernement fédéral ont rappelé aux 12 Etats du Nord, qui ont réintroduit la charia depuis trois ans, qu'ils violaient la constitution du Nigeria, qui bannit toute discrimination selon la religion ou le sexe, et qu'ils étaient en contradiction avec les obligations du Nigeria, signataire des traités des Nations unies et de la Charte africaine des droits de l'homme. Les condamnations de 2001En octobre 2001, Safiya Husaini, 35 ans est condamnée à mort par lapidation pour adultère - elle avait donné naissance à une petite fille en février 2001 alors qu'elle était divorcée et selon la charia, une femme divorcée commet un adultère si elle a des relations sexuelles sans être remariée. Elle est la première femme nigériane à se voir infliger la peine capitale par lapidation pour "adultère". Sa condamnation suscite un large mouvement de protestations dans le monde, l'Union européenne ayant "exigé des autorités nigérianes qu'elles évitent définitivement cette incroyable cruauté". Le 22 mars 2002, la Cour d'appel islamique de l'Etat de Sokoto, acquitte Safiya Husaini pour vice de forme. Le 22 mars 2002, un tribunal de Bakori, dans l'Etat de Katsina (nord du pays) condamne à mort par lapidation Amina Lawal, divorcée, 30 ans, mère de trois enfants, dont une fille, Wasila, née dix-huit mois après son second divorce. La naissance d'un enfant hors mariage est un fait assimilé à l'adultère par la charia. La jeune femme avait été arrêtée le 4 mars par des gens de son village de Kurami, et présentée devant une Cour. Amina Lawal reconnaît qu'elle a eu une liaison avec un
homme de son village, Yahaya Mohammed, affirmant qu'il lui avait
promis de l'épouser si elle consentait à avoir des
relations sexuelles avec lui. La sentence est confirmée le 19 août 2002 par une cour d'appel islamique de Funtuna - et accueilli par un murmure approbateur "Allah est grand" dans le prétoire. La peine deviendra exécutoire au sevrage du bébé, en janvier 2004. La communauté internationale proteste. Javier Solana, représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère, dénonce le caractère "sadique" du jugement. Et à Washington, le porte-parole adjoint du département d'Etat, Philip Reeker, appelle le Nigeria à s'assurer que "cette affaire et la sentence soient conformes à ses obligations au titre de la Déclaration des droits de l'homme des Nations unies, d'autres conventions internationales dont le Nigeria fait partie, en particulier de la Charte africaine des droits de l'homme. Le 29 août 2002, on apprend que deux "amants" sont condamnés à mort par lapidation pour adultère par un tribunal islamique de l'Etat de Niger, dans le nord du pays. La Cour islamique d'appel du district de New Gawu juge Ahmadu Ibrahim et Fatima Usma, tous deux âgés de 32 ans, coupables de relations sexuelles hors mariage, une infraction contraire à la Charia (loi islamique) en vigueur dans l'Etat de Niger depuis 2000. Le concours miss Monde 2002Une chrétienne du Sud ayant été couronnée
Miss Monde en 2001, il revenait au Nigeria d'organiser
le concours en 2002 - il était prévu pendant le
ramadan, le 7 décembre 2002, à Abuja, la
capitale fédérale. Les candidates sont accueillies
début novembre à Abuja. Plusieurs organisations
musulmanes manifestent leur hostilité et dénoncent
un "étalage indécent de femmes à moitié
nues" - les musulmans représentent 50% de la population
du pays. Le 16 novembre, le quotidien This Day publie, outre une galerie de portraits des reines de beauté, candidates au concours, un article titré "Le monde à leurs pieds", suggérait que le prophète Mahomet aurait pu choisir pour épouse l'une des participantes à l'élection de Miss Monde: "Les musulmans pensent que c'est immoral de faire venir 92 femmes au Nigeria pour se complaire dans la vanité. Qu'en aurait pensé [le prophète] Mohammed ? En toute honnêteté, il aurait sans doute choisi une femme parmi elles", écrit la journaliste Isioma Daniel. Dans les jours qui suivent, le quotidien de Lagos présente ses excuses à plusieurs reprises, déclarant que les passages offensants ont été publiés par erreur, après avoir été initialement supprimés. Le 21 novembre, à Kaduna, l'une des principales villes du Nord, qui compte 4 millions d'habitants, dont une importante minorité chrétienne, des émeutiers musulmans, indignés par le commentaire "blasphématoire" du quotidien, incendient des églises, des magasins et des maisons appartenant à des chrétiens. Selon des témoins, cités par Le Monde, "des "excités" ont érigé des barricades et mis le feu à des habitations de chrétiens, dont nombre auraient péri dans les flammes. Dans les rues, "ceux qui ne portaient pas l'habit musulman" ont été agressés, tirés de leurs voitures, parfois soumis au "supplice du collier", arrosés d'essence, un vieux pneu autour du cou. Aux cris de "Allaho Akbar" [Dieu est le plus grand] et "à bas la beauté", les émeutiers, surtout des jeunes, ont vilipendé l'élection de Miss Monde". Le 22 novembre, les émeutes gagnent la capitale fédérale nigériane, Abuja, où des musulmans, sortant de la prière à la grande mosquée du centre-ville, s'attaquent à tout ce qui symbolise l'Etat "impie" : des véhicules sont brûlés. Le 23 novembre, le siège du quotidien This
Day, à Kaduna, est incendié par des manifestants
fustigeant le concours de beauté comme "une promotion
impudique de l'immoralité par la nudité". Selon le responsable d'une association de défense des droits de l'homme, Shehu Sani, les émeutes meurtrières de Kaduna ont fait plus de 500 blessés et près 200 morts. "La plupart ont été lardés de coups de couteau, d'autres brûlés vifs", a indiqué un médecin. Les rues de la ville sont jonchées de cadavres. Des mosquées et des églises ont été brûlées. Le même jour, les organisateurs du concours, Miss World Organization et la société nigériane Silverbird Productions, annonçaient que la finale de l'élection n'aurait plus lieu à Abuja comme prévu, mais le 7 décembre à Londres. Les candidates quittaient dans la soirée Abuja à destination de la Grande-Bretagne. Une fatwa contre la journalisteLe 25 novembre, dans un discours prononcé devant des chefs religieux à Gusau, la capitale de l'Etat de Zamfara, et retransmis à la radio nationale, le gouverneur adjoint de cet Etat, Mamuda Aliyu Shinkafi annonce qu'une fatwa (décret religieux) appelant à la mort de Isioma Daniel avait été décrétée : "Comme pour Salman Rushdie, le sang d'Isioma Daniel peut être versé". Il ajoute : "Il est obligatoire pour tous les musulmans, où qu'ils se trouvent, de considérer le meurtre de la journaliste comme un devoir religieux", indiquant que la fatwa avait été décidée lors d'une réunion entre le gouvernement de l'Etat de Zamfara et 21 organisations islamiques. Bien que le gouvernement de cet Etat n'ait pas le pouvoir d'émettre une telle fatwa, précise le responsable de l'information de l'Etat de Zamfara, Umar Dangaladima, le gouverneur adjoint, "comme tous les musulmans, considère la sentence de mort contre Isioma Daniel comme une réalité basée sur les enseignements du Coran". Il explique que Coran "stipule que quiconque accuse ou insulte tout prophète devrait être tué" : si Isioma Daniel "est musulmane, elle n'a pas d'autre option que celle de mourir. Mais s'il s'agit d'une non-musulmane, le seul moyen pour elle de s'en sortir est de se convertir à l'Islam". Dès le lendemain 26 novembre, le gouvernement fédéral du Nigeria rejetait comme "nulle et non avenue" la fatwa. "Le gouvernement fédéral ne va pas autoriser l'application d'une telle décision parce que la république fédérale est gouvernée par l'Etat de droit", déclarait le ministre nigérian de l'Information, Jerry Gana, à l'Agence France-Presse. Il ajoutait : "La Constitution de la république fédérale est la loi suprême de cette terre et les lois ne prévoient pas que quelqu'un qui a fait quelque chose de similaire à ce qu'a fait [la journaliste de] This Day soit tué". Par ailleurs, le secrétaire général du Conseil suprême des affaires islamiques du Nigeria, Lateef Adegbite, précisait que son organisation allait étudier cette fatwa. "Nous devrons l'étudier en tenant compte des facteurs suivants : premièrement, il faut l'examiner à la lumière de la constitution du Nigeria. Il faut aussi tenir compte du fait que la journaliste n'est pas musulmane. Et du fait que cet acte [la publication de l'article dans This Day] a été commis hors de l'Etat de Zamfara", ajoutant qu'il fallait "aussi tenir compte du fait que le journal a présenté ses excuses et qu'elles avaient été acceptées par notre organisation". Sources : presse internationale, 2002. L'Etat de Zamfara est le premier de 12 Etats nigérians du nord du pays à avoir réintroduit progressivement la charia (loi islamique) depuis le retour de la démocratie au Nigeria en 1999, malgré l'opposition du gouvernement fédéral. Salman Rushdie, auteur britannique d'origine indienne,
a dû entrer dans la clandestinité après une
fatwa lancée contre lui par l'ayatollah Khomeini en 1989,
à la suite de la publication des Versets sataniques.
En 1998, le gouvernement iranien a annoncé qu'il ne soutiendrait
pas la fatwa, mais qu'il ne pouvait pas l'abroger, conformément
à la loi islamique stipulant que seul son auteur en avait
le pouvoir. |