droitshumains.org
XXIe siècle
Le dialogue entre les religions




>Retour


GENEVE / 2002-2003, L’AFFAIRE HANI RAMADAN / REPERES
__Septembre 2002 à novembre 2004, chronique d’une "affaire"


_DEBUT SEPTEMBRE 2002. Dans un point de vue publié, à Genève, dans le bulletin n°2 du Comité pour le respect du droit des musulmans (CRDM), Hani Ramadan explique que la lapidation des femmes adultères a "surtout une valeur dissuasive. [...] Elle constitue une punition, mais aussi une forme de purification". Il écrit : "Qui a créé le virus du sida ? Observez que la personne qui respecte strictement les commandements divins est à l'abri de cette infection, qui ne peut atteindre, à moins d'une erreur de transfusion sanguine, un individu qui n'entretient aucun rapport extraconjugal, qui n'a pas de pratique homosexuelle et qui évite la consommation de drogue. [...] La mort lente d'un malade atteint du sida est-elle moins significative que celle d'une personne lapidée ?" Et il conclut : "Les musulmans sont convaincus de la nécessité, en tout temps et tout lieu, de revenir à la loi divine."

_10 SEPTEMBRE. La tribune d'Hani Ramadan est reprise, avec quelques modifications, dans la page "Débats" du quotidien français Le Monde. Elle suscite de vives réactions de lecteurs et d'associations de défense des homosexuels - et une réponse d'Albert Levy, chercheur au CNRS, à Paris, publiée, le 13 septembre, dans le même journal. "Derrière ce discours, c'est toujours le même cliché de la décadence de l'occident (qui a quitté l'état de nature) face à la "santé" du monde musulman (qui le respecte) qui est insinué et exploité".

_21-27 SEPTEMBRE. Premières réactions de la presse genevoise. Le Courrier rend compte, le 21 septembre, de la "polémique" créée par les propos d'Hani Ramadan. La Tribune de Genève consacre, le 25 septembre, un dossier à cet "article sur la charia [qui] suscite la polémique" et publie les lettres de trois personnalités genevoises. Le 27 septembre, Le Courrier annonce qu'il "n'accordera plus de tribune à Hani Ramadan", dont les propos nient "les notions de démocratie et de droits humains".

_11 OCTOBRE. Le Département de l'instruction publique (DIP) du canton de Genève, estimant qu'il avait outrepassé son obligation de réserve et de neutralité en publiant, dans Le Monde, une tribune sur la charia, suspend Hani Ramadan d'enseignement. Une "enquête interne" est ouverte; elle pourrait entraîner son licenciement de la fonction publique genevoise sur une décision du Conseil d'Etat (l'exécutif genevois).Up

La Conseillère d'Etat Martine Brunschwig Graf, responsable du DIP, indique que "M. Ramadan avait par ailleurs été mis en garde à deux reprises - en 1998 et en 2000 - […] pour des motifs de même nature".

_11 OCTOBRE. Le Groupe Sida Genève dénonce "le cynisme de Hani Ramadan" : "Nous rappelons à Hani Ramadan qu'il est dangereux et immoral de compromettre la santé d'êtres humains par des déclarations erronées faisant croire qu'en respectant strictement les consignes de l'islam, elles seraient à l'abri d'une infection au VIH. Combien de millions de morts lui faudra-t-il encore pour changer d'avis ?"

 Le communiqué du Groupe Sida Genève

_12 OCTOBRE. Le Centre islamique de Genève met en ligne sur son site Internet - www.cige.org - la réponse d'Hani Ramadan aux propos tenus par Albert Levy dans sa tribune La charia incomprise ?, publiée le 13 septembre 2002 par Le Monde. Le quotidien français n'a pas accepté de publier ce texte, dans lequel Hani Ramadan reproche à Albert Levy de "célèbre[r] la laïcité et la démocratie". Traduisons : pour lui, les musulmans doivent impérativement "se hisser à la hauteur de la culture occidentale, désormais érigée en modèle universel". Le directeur du Centre islamique note encore "que la vraie démocratie n'est pas exportable en climat islamique : elle signifierait la fin d'une hégémonie rendue nécessaire par les immenses ressources énergétiques dont disposent, à leur détriment, les pays musulmans."

_14 OCTOBRE. Plainte pénale déposée contre Hani Ramadan par un économiste de Moutier (Jura) agissant comme "simple citoyen suisse", Pierre-Alain Droz, qui demande au procureur général genevois de déterminer si les propos du directeur du Centre islamique tombent sous le coup du code pénal.

Dans sa plainte, l'économiste, qui se défend de lancer une campagne anti-islamique, écrit que l'article du directeur du Centre islamique revient à la "légitimation générale de la lapidation à mort" et est susceptible de "déstabiliser les 450'000 musulmans installés en Suisse, d'inciter et convaincre les plus fanatiques d'entre eux de mettre en application la sentence au sein même de leur communauté, de leur famille ou de leur entourage, ceci avec la bénédiction du chef islamiste Hani Ramadan". Il s'agit "ni plus ni moins", souligne-t-il, "d'incitation publique au crime". Se pose également la question de savoir si "préventivement", Hani Ramadan n'est pas coupable "de mise en danger d'autrui". / [Le Parquet a ouvert, fin octobre 2002, une information pénale visant le chef de "provocation publique au crime ou à la violence".]Up

 L'Islam en Suisse

_17 OCTOBRE. Le Conseil d'Etat genevois confie à Bernard Bertossa, ancien procureur général, la mission de conduire "une enquête interne" concernant Hani Ramadan, "fonctionnaire à l'Etat de Genève". "La procédure administrative conforme à la loi sur l'instruction publique aboutira ainsi à un rapport circonstancié en vue d'une décision définitive de la part du Conseil d'Etat", déclare Martine Brunschwig Graf, responsable du DIP.

_21 OCTOBRE. La Commission fédérale [suisse] contre le racisme (CFR) condamne les propos de Hani Ramadan justifiant la lapidation des femmes adultères. Les droits de la personne sont intangibles dans un Etat démocratique et laïc, estime la Commission, qui indique qu'aucun motif de nature religieuse, politique ou autre ne saurait justifier l'apologie d'actes manifestement contraires aux droit de l'homme et à l'ordre juridique suisse.

 Le communiqué de la Commission

_13 NOVEMBRE. Punir une personne pour sa croyance est une injustice, écrit Zeinab Ramadan, l'épouse de Hani Ramadan, dans un texte envoyé à La Tribune de Genève. Elle ajoute, à propos de la charia : "Ce châtiment a bel et bien existé dans la Bible (la loi de Moïse) avant d'exister en Islam. Donc, accuser mon mari, c'est accuser l'Islam et la Bible en même temps".

 Zeinab Ramadan : "J'estime de mon devoir…"

_18 DECEMBRE. Le Conseil d'Etat [exécutif] du Canton de Genève annonce qu'il a l'intention de licencier Hani Ramadan pour "motif objectivement fondé". Après avoir pris connaissance du rapport d'enquête de Bernard Bertossa, ancien procureur général, le gouvernement genevois estime que l'enseignant "exerce de fait des fonctions ecclésiastiques incompatibles avec le devoir de laïcité prescrit par la loi sur l'instruction publique".

"Le rapport de Bernard Bertossa montre que les motifs que nous exposions sont les bons par rapport à l'obligation de réserve et au devoir de fidélité des fonctionnaires", explique à la Radio romande Martine Brunschwig-Graf. La Conseillère d'Etat, responsable du Département de l'instruction publique genevoise, précise que Hani Ramadan a jusqu'au 22 janvier 2003 pour faire parvenir sa position au Conseil d'Etat et répliquer au rapport Bertossa.

 Le communiqué du Conseil d’Etat genevois

_22 JANVIER 2003. L’avocat de Hani Ramadan, Me Alain Farina, fait parvenir au Conseil d’Etat du canton de Genève, la réponse de son client au rapport de l’ancien procureur général Bernard Bertossa. Dans ce texte, Hani Ramadan réfute la plupart des reproches qui lui sont faits. "Cela fait vingt ans que j'enseigne et je n'ai jamais eu le moindre reproche de parents d'élèves ou d'élèves sur mon travail, souligne-t-il. Moi, je pense que c'est le Département de l'instruction publique (DIP) qui m'a manqué de fidélité. Je trouve aberrant, injuste et profondément inhumain de léser ainsi un homme et sa famille."
Up
Selon Me Farina, le licenciement de son client constituerait "une mesure arbitraire et excessive dans la mesure où le statut de M. Ramadan était connu dès l'origine par le DIP et qu'il ne lui a jamais été demandé de choisir entre les deux fonctions".

 La Tribune "Pour une laïcité sans ambiguïté"

_5 FEVRIER 2003. Le Conseil d'Etat genevois confirme qu’il démet Hani Ramadan de son poste d'enseignant. Ses fonctions de directeur au Centre islamique de Genève (CIG), ainsi que les propos tenus publiquement, sont incompatibles avec la charge de maître dans l'enseignement secondaire. Après avoir examiné "avec toute l'attention requise" les observations de Hani Ramadan au sujet du rapport d'enquête de Bernard Bertossa, l'Etat de Genève a conclu que le licenciement était justifié.

"Nous considérons l'apologie de la lapidation contraire aux valeurs de la République et aux droits de l'homme, déclare le président de l’exécutif genevois, Laurent Moutinot, et nous estimons qu'un enseignant ne peut pas continuer dans sa fonction en tenant des propos d'une telle gravité".

 La Tribune de Genève Début de partie

_15 MARS 2004. Le Tribunal administratif du Canton de Genève annule le renvoi d'Hani Ramadan de son poste de maître de français dans un établissement secondaire de la ville. Le directeur du Centre islamique de Genève (CIG) avait été licencié par le Conseil d'Etat, en février 2003, à la suite à la parution dans le quotidien français "Le Monde" d'un article justifiant la lapidation des femmes adultères. "En publiant son article, [Hani Ramadan] a affirmé des idées contraires aux valeurs de l'école publique, de la République et des droits de l'homme", avait alors expliqué le conseiller d'Etat Laurent Moutinot.

[L'exécutif du canton de Genève, qui reprochait à l'enseignant d'avoir violé le devoir de réserve auquel il était soumis en tant que fonctionnaire de l'instruction publique, a annoncé, le 7 avril 2004, qu'il n'entendait "pas revenir sur sa décision initiale et réintégrer" Hani Ramadan. Par ailleurs, ce dernier ayant persisté "à justifier la lapidation" dans des propos tenus au quotidien romand "Le Matin", le Conseil d'Etat a décidé "d'ouvrir une nouvelle enquête administrative relative" à ces propos.]

 En savoir plus
 L’avis du Tribunal administratif
 La décision du Conseil d’Etat

_24 NOVEMBRE 2004. Le Conseil d'Etat du Canton de Genève confirme le licenciement de Hani Ramadan. Pour prendre cette décision, le Conseil d'Etat s'est appuyé sur un complément d'enquête administrative ordonné en avril 2004. "Après son renvoi en 2003, M. Ramadan avait persisté dans ses propos. Dans une interview au quotidien [romand] "Le Matin", en avril 2003, mais également au magazine "Facts", en mars 2004, où il avait en outre légitimé une certaine forme de violence qui pourrait être faite aux femmes par leur époux", indique le président du gouvernement genevois Robert Cramer.

[L'avocat d'Hani Ramadan, Me Eric Hess, a déposé un recours auprès de la Commission de recours de l'instruction publique (CRIP) qui, en mars 2004, avait préconisé une mesure disciplinaire tout en ordonnant la réintégration de l'enseignant. Par ailleurs, Hani Ramadan a déposé recours au Tribunal fédéral (TF) contre la décision prise le 7 avril 2003 par le Conseil d'Etat genevois de le licencier. Les juges fédéraux n'ont pas encore rendu leur arrêt.]

Up