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PARIS-GENEVE, SEPTEMBRE 2002 : L’AFFAIRE HANI RAMADAN
__Signé Hani Ramadan, un article sur la charia suscite la polémique*


Le quotidien français Le Monde a publié, le 10 septembre 2002, dans sa page "Débats", un point de vue intitulé La charia incomprise, qui justifié la lapidation au nom de la charia et décrit le sida comme étant une punition.. Ce "point de vue", signé Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, reprend l'essentiel des "arguments" développés par l'auteur dans une tribune intitulée La Sharî'a (loi islamique) incomprise et publié, en septembre 2002, dans le bulletin du Comité pour le respect des droits des musulmans [Bulletin du CRDM, n° 2, septembre 2002].

Quelques jours plus tard, le 13 septembre 2002, Le Monde publie, sous le titre "La charia incomprise ?", un point de vue d'Albert Levy, chercheur au CNRS, Paris, qui, tout en notant que Hani Ramadan "jouit librement de l'Etat de droit et de la laïcité que lui offre l'Occident", relève que le monde arabe "n'a pas pu, encore, opérer la désintrication de la sphère du religieux avec les sphères du politique, du juridique, du savoir pour réaliser sa révolution démocratique".

Les propos de Hani Ramadan dans la tribune du Monde ont suscité une vive polémique non seulement en France mais également en Suisse.

En France, l'organisation de défense des malades du sida Act Up-Paris a bloqué, dans les jours qui ont suivi la parution de l'article, le standard et le fax du Centre islamique de Genève pour dénoncer "les propos insultants tenus par son directeur, Hani Ramadan."

 Le communiqué d'Act Up

Des lecteurs du Monde se sont émus. "Comment osez-vous publier de tels propos dans vos colonnes ?", interroge une lectrice. Un autre lecteur est surpris : "Je ne pensais pas trouver un jour dans "Le Monde" un article qui justifie la lapidation des femmes adultères et explique que le sida a été créé par Dieu pour punir les homosexuels, les adultérins et autres débauchés ! […] Je ne trouve pas acceptable [de trouver dans les pages "Débats" du Monde] l'expression de thèses qui contreviennent ouvertement aux principes fondamentaux de la démocratie et des droits de l'homme" [Le Monde, 15-16 septembre 2002].Up

En Suisse, à Genève, le quotidien Le Courrier a également décidé de fermer ses colonnes à Hani Ramadan, "au vu des informations très discutables [que] véhiculent" ses prises de position, selon son rédacteur en chef Manuel Grandjean. Le journal publie, dans son édition du 30 septembre 2002, un échange de correspondance entre son rédacteur en chef et le directeur du Centre islamique.

Pour sa part, le quotidien La Tribune de Genève publie, le 25 septembre 2002, trois lettres de personnalités genevoises" qui dénoncent les propos" tenus dans "Le Monde" par Hani Ramadan. "La charia mérite mieux qu'une défense lapidaire", écrit le journal dans un point de vue signé Bernard Favre.

Dans le "Courrier des lecteurs" du quotidien, une lectrice s'étonne que, "alors qu'il est établi qu'au nom de la laïcité de l'école publique genevoise, prêtres, jésuites, pasteurs de l'Eglise réformée, et autres religieux, sont interdits d'enseignement", "le Département de l'instruction publique confie à l'imam Ramadan (Petit Robert : fonctionnaire employé dans une mosquée comme chef de prières) - par traitement exceptionnel - des classes dans notre institution scolaire" [La Tribune de Genève, 10 octobre 2002].

[L'article 120 de la loi genevoise sur l'instruction publique (LIP) indique que les fonctionnaires de l'instruction publique "doivent être laïques" et "observer dans leur attitude la dignité qui correspond aux responsabilités leur incombant vis-à-vis du pays".]

Hani Ramadan suspendu de ses fonctions d'enseignant

Le 11 octobre 2002, le Conseil d'Etat genevois [exécutif] a pris la décision, "après avoir mûrement réfléchi", de suspendre Hani Ramadan de ses fonctions d'enseignant. Il "estime en effet que les propos tenus violent le devoir de fidélité et l'obligation de réserve exigés de tout fonctionnaire".

"Ce n'est pas la première fois qu'il tenait des "propos excessifs, après des avertissements en 1998 et 2000", a déclaré la conseillère d'Etat Martine Brunschwig-Graf, en charge de l'instruction publique. ". Une "enquête interne" a en outre été ouverte à l'encontre du directeur du Centre islamique qui risque d'être radié de la fonction publique.

 Le communiqué de l'Etat de Genève

 Petit-fils de Hassan El-Banna, le fondateur de l’organisation des Frères musulmans en Egypte en 1928, Hani Ramadan, ressortissant suisse, est aussi le frère de Tariq Ramadan, qui enseigne l’islamologie à l’Université de Fribourg et la philosophie au Collège de Genève. Hani Ramadan enseigne, depuis une quinzaine d’années, le français au Cycle d’orientation (enseignement secondaire obligatoire) de Genève.

Hani Ramadan est associé aux actions menées en France par les fondamentalistes de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), réputé proche de l’idéologie des Frères musulmans, dont il est l’un des orateurs attitrés. Il n’a pas caché, lors du rassemblement annuel de l’UOIF qui s’est tenu au printemps 2002 au Bourget (près de Paris), sa conception très stricte de l’Islam : ”C’est Dieu, dans le Coran, qui fixe les limites du bien et du mal”. Les cassettes reproduisant ses prédications sont en vente dans de nombreuses librairies islamiques, en France comme en Suisse.

 Hani Ramadam et l'Islam

Les services français de sécurité le soupçonnent depuis des années de jouer un rôle dans le financement de certaines organisations extrémistes. De 1997 à 2001, le ministère de l'Intérieur lui avait même interdit l'accès au territoire français. Toutefois, le Tribunal administratif de Lyon a cassé cette décision en juin 2001.

[Voir : "Ramadan, Hani, Saïd et Tariq" dans Dictionnaire mondial de l'islamisme, pages 423 à 430, Cahiers de l'Orient-Plon, Paris, 2002.]

 Le Centre islamique de Genève [104, rue des Eaux-Vives, CH-1204 Genève, www.cige.org] est une association de droit suisse "consacrée au service de Dieu", qui exerce ses activités "aussi bien parmi les Musulmans que dans ses rapports avec des non-Musulmans sincèrement exempts de tout esprit partisan".

 Le Comité pour le respect du droit des musulmans (CRDM) a été fondé, en mars 2002, par le Centre islamique de Genève, afin de "défendre les droits des musulmans et dénoncer les nombreuses exactions dont ils sont victimes".Up

* Nous reprenons ici le titre du dossier publié le 25 septembre 2002 par la Tribune de Genève.