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Albert Levy, chercheur au CNRS, a parfaitement raison d'affirmer que le discours que j'ai tenu dans un précédent article (La charia incomprise, "Le Monde" du 10 septembre 2002) "n'est pas très éloigné de celui porté par la plupart des autres religions". On trouve effectivement ce passage dans la Bible : "Quand un homme commet l'adultère avec la femme de son prochain, ils seront mis à mort, l'homme adultère aussi bien que la femme adultère." (Lévitique, 20, 10). Cette sanction s'applique, selon la Tora, par lapidation. Lorsque plus tard, les scribes et les pharisiens soumirent à Jésus le cas d'une femme adultère, ils lui dirent : "Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes : toi donc, que dis-tu ?" La réponse de Jésus aurait été la suivante : "Que celui de vous qui est sans péché jette la première pierre contre elle." (Jean, 8,5-11) Cette parole profonde ne signifie pas, à notre sens, que Jésus ait abrogé la prescription contenue dans l'Ancien Testament. Le fils de Marie n'aurait-il pas déclaré, par rapport à la loi mosaïque, qu'il n'était pas venu pour l'abolir, mais pour l'accomplir ? "Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre." (Matthieu, 5,18) Son attitude fut d'abord de garder le silence face aux scribes qui cherchaient à l'éprouver, et se retrouvant seul devant cette femme, il l'épargna dans un élan de miséricorde comparable à celui que manifestera plus tard le Prophète Muhammad, qui s'était détourné à plusieurs reprises de Mâ'iz quand il lui avait confessé son délit. Laïcité et démocratie : les musulmans doivent-ils impérativement se hisser à la hauteur de la culture occidentale, désormais érigée en modèle universel ?Monsieur Levy considère la séparation de la religion et de l'Etat comme l'une "des plus grandes conquêtes humaines de l'Histoire, un des plus grands faits de civilisation que l'humanité ait produits". Il célèbre la laïcité et la démocratie. Traduisons : pour lui, les musulmans doivent impérativement se hisser à la hauteur de la culture occidentale, désormais érigée en modèle universel. Monsieur Levy a-t-il pleinement conscience de la dimension dogmatique et ethnocentriste qui sous-tend ses propos ? Quand donc nous montrerons-nous dignes et capables d'un authentique dialogue de civilisation ? C'est avec ce type d'argumentation que les colonisateurs justifiaient au XIXe siècle leur droit de domination sur le reste des nations, et c'est somme toute le même raisonnement que nous sert aujourd'hui le président Bush pour légitimer ses agressions répétées au nom de la lutte contre la barbarie, et pour la défense de la liberté et de la démocratie. La démocratie, parlons-en. Lorsqu'en 1992, les élections qui auraient dû porter au pouvoir un parti islamique en Algérie furent annulées par un coup d'Etat militaire, les champions de la démocratie occidentale ne se sont pas signalés pour crier au scandale. Remarquons qu'au Nigeria, surtout au Nord sahélien, le peuple dans sa grande majorité réclame l'exécution des sentences islamiques. Ce qui prouve également que la démocratie, en climat musulman, peut aboutir paradoxalement à l'établissement de lois jugées inconstitutionnelles par certains Etats modernes. Cependant, les puissances modernes soutiennent aujourd'hui directement ou indirectement les pétromonarchies et les dictatures militaires qui sévissent d'un bout à l'autre du monde musulman. Les tensions, les crimes et les actes de barbarie, perpétrés de part et d'autre, ne sont que la conséquence de cette mise sous tutelle dont bénéficie stratégiquement l'Occident. De fait, la vraie démocratie n'est pas exportable en climat islamique : elle signifierait la fin d'une hégémonie rendue nécessaire par les immenses ressources énergétiques dont disposent, à leur détriment, les pays musulmans. La loi islamique prévoit des dispositions tout à fait favorables aux minorités religieuses vivant en terre d'IslamIl faut ajouter que la loi islamique prévoit des dispositions tout à fait favorables aux minorités religieuses vivant en terre d'Islam. Rappelons cet événement historique à titre d'exemple : lorsqu'il conquit Jérusalem, le Calife Umar établit par écrit un pacte avec les chrétiens, en déclarant : "Au nom de Dieu, le Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux ! Ceci est la Telles sont les principes que la charia énonce quant au respect dû aux tenants des autres religions. En outre, M. Levy ne peut décemment reprocher à l'Islam monothéiste de vouloir préserver la pureté de son culte en ses lieux saints. Les images qui sont censées représenter Dieu, et que l'on trouve dans certaines églises chrétiennes, vont à l'encontre des préceptes universels affirmés dans la Bible même : "Tu n'auras pas d'autres dieux face à Moi. Tu ne te feras pas d'idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre" (Exode, 20,3-4). Or, qui plus que les musulmans respecte cet ordre divin ? L'homosexualité : la sanction existe bel et bien dans la BibleEnfin, Albert Levy parle de l'"homophobie de l'islam". C'est pourtant dans le Lévitique (20,13) qu'on trouve cette sentence : "Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ce qu'ils ont fait tous les deux est une abomination; ils seront mis à mort, que leur sang retombe sur eux". La sanction existe bel et bien dans la Bible. Mais cela ne signifie pas un rejet méprisant de tous ceux qui sont victimes de la libéralisation des murs. Ainsi, lorsque la communauté musulmane de Genève apprit que l'un de ses convertis avait contracté le virus du sida suite à une relation homosexuelle, après le choc des premiers instants, elle soutint le malade dans son épreuve, d'autant plus que celui-ci avait pleinement conscience de la gravité de son erreur. Cette aide fut spontanée. Cet homme avait accepté son destin et comprenait, selon l'éthique musulmane, le sens de sa lente agonie. Les premiers symptômes d'étouffement accompagnant une toux forte et douloureuse se manifestèrent de façon terrible. Incapable bientôt de marcher, ses amis le conduisaient en chaise roulante à la mosquée, les vendredis, pour qu'il puisse assister aux sermons. Sa foi l'aida et le réconforta. Plus le mal empirait, et plus son âme semblait être apaisée. Après sa mort, nul ne proféra une parole contre lui, et personne ne s'érigea en juge ou le voua aux gémonies. J'ai gardé pour ma part le souvenir d'un homme serviable et généreux, mais portant sur le visage les marques d'une tristesse intérieure intense qu'il cachait vainement, et qui hantait sa conscience. Dieu lui fasse miséricorde. Hani Ramadan, directeur du Centre Islamique de Genève.
Source : site Internet du centre islamique de Genève, www.cige.org, octobre 2002. Intertitres : aidh. |