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LAFFAIRE HANI RAMADAN / COMMENTAIRES.COM, 18 SEPTEMBRE 2002 M. Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, a écrit dans "Le Monde" du 10 septembre [2002] un article qui a scandalisé bon nombre de lecteurs. Dans un long texte qui justifie l'application de la charia, et au passage la lapidation de deux jeunes femmes au Nigeria, il explique entre autres choses que le sida est un châtiment créé par Dieu, pour punir les " déviants ", soit les hommes et les femmes adultères et les homosexuels. "Les musulmans, écrit-il encore, savent que la nature leur est soumise autant qu'ils se soumettent à Dieu, mais qu'elle se rebelle en revanche contre eux s'ils enfreignent les lois du Tout-Puissant. Ils ont la certitude que l'homme ne peut se suffire à lui-même, et que la libération des murs est à l'origine d'une incommensurable détresse qui touche des millions d'individus. Qui donc aurait le droit de le leur reprocher ? " Ce texte est choquant et détestable. En tant que Chrétien attaché aux valeurs de liberté, de responsabilité et de démocratie, nous ne pouvons que dénoncer ce qui constitue rien de moins qu'une agression contre les valeurs de notre société - dont M. Ramadan jouit par ailleurs largement : quel Chrétien pourrait écrire un tel brûlot dans la presse d'un pays qui applique la charia ? Contrairement à beaucoup de lecteurs du "Monde", nous croyons pourtant que le quotidien français a eu raison de publier ce texte. Il a le mérite de nous ouvrir les yeux, de montrer aux Occidentaux assoupis que les idées les plus contraires aux idéaux de leur civilisation se professent, se propagent et s'enseignent chez eux, à Genève, à Lausanne et ailleurs. Et elles ne tombent pas dans le vide. En France, en Angleterre, en Allemagne, ces idées rencontrent un terreau favorable dans les frustrations intenses des jeunes désoeuvrés des " ZUP " et autres " cités " maudites. Et l'islamisme radical est prêt à "cueillir" dès leur arrivée les jeunes immigrants du Maghreb et d'Afrique qui, par vagues continues, débarquent en Europe. Dans une réplique publiée par "Le Monde" du 13 septembre, Albert Lévy, chercheur au CNRS, interpellait M. Ramadan : "Ne devrait-on pas, [
] se demander quel usage fait le monde arabe des prodigieuses richesses énergétiques que la Providence lui a offertes, quand on sait que le sous-développement général y est chronique, que l'analphabétisme et l'illettrisme y sont massifs, que la misère des populations y est croissante et les pousse à fuir, à émigrer, vers... l'Occident ? "M. Ramadan vit et travaille à Genève, la Rome protestante (on sait que, dans le passé, le calvinisme n'a pas toujours été tolérant). En Arabie saoudite, quel autre culte que l'islam est-il, par exemple, admis ? "M. Ramadan jouit librement de l'Etat de droit et de la laïcité que lui offre l'Occident, c'est-à-dire la séparation de la religion et de l'Etat, sans doute une des plus grandes conquêtes humaines de l'Histoire, un des plus grands faits de civilisation que l'humanité a produits, qui permet à des gens de confessions différentes de vivre ensemble, en paix, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs pour tous." M. Ramadan pointe un doigt accusateur sur "la libération des murs à l'origine d'une incommensurable détresse...". De là à prononcer une fatwa contre les agents de cette libération il n'y a qu'un pas, vite franchi par certains. Derrière ce discours, c'est toujours le même cliché de la décadence de l'Occident (qui a quitté l'état de nature) face à la "santé" du monde musulman (qui le respecte) qui est insinué, et exploité - cette idée mériterait, là encore, d'être vérifiée dans les faits. "Finalement, si le propos tenu par Hani Ramadan n'est pas très éloigné de celui porté par la plupart des autres religions, la différence - et elle est de taille - est la place respective que la religion occupe en Occident et dans le monde arabe. Ce dernier n'a pas su, n'a pas pu, encore, opérer la désintrication de la sphère du religieux avec les sphères du politique, du juridique, du savoir... pour réaliser sa révolution démocratique." Un ami parisien nous disait récemment son malaise de voir de plus en plus de femmes voilées à Paris. "Je me demande, ajoutait-il, si toutes les femmes ne seront pas voilées dans 20 ans." L'idée paraît extravagante, et elle l'est sans doute. Il n'empêche qu'elle laisse augurer de rapports de force qui risquent d'être extraordinairement difficiles à gérer dans les pays à forte population musulmane, comme la France et la Grande-Bretagne, où les efforts d'intégration paraissent voués à l'échec, et où les idées les plus rétrogrades sont enseignées comme étant d'essence divine - donc indiscutables. La défense bien comprise de nos libertés nous oblige à accepter qu'un tel discours puisse être tenu. Mais cela n'interdit pas une nécessaire vigilance : nous avons le devoir de défendre nos libertés, face aux ennemis de la liberté. Philippe Barraud, site Commentaires.com, 18 septembre 2002. |