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XXIe siècle
Le dialogue entre les religions




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L’AFFAIRE HANI RAMADAN / COMMENTAIRES.COM, OCTOBRE 2002
__Laissons Voltaire tranquille !
par Philippe Baraud, Commentaires.com


commentaires.comQui faut-il appeler à l'aide ? Montesquieu, Rousseau, Voltaire ? Les trois sans doute, mais ne prenons que le dernier : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire." Mais ceux qui nous dirigent lisent-ils encore Voltaire, vieille barbe qui n'est ni "in", ni citoyen, ni télégénique ?", écrivait Michel Zendali, dans un éditorial publié, le 13 octobre 2002, par le quotidien Le Matin.

Il ajoutait : "Est-il donc si inconvenant de rappeler ce principe cardinal de nos régimes politiques : la démocratie ne sanctionne que des actes et se perd dans la terreur si elle réprime les pensées et les intentions.

Philippe Barraud lui répond sur son site www.commentaires.com : Laissons Voltaire tranquille !

Ne déployons pas inutilement le drapeau des grands principes. Parole de Marcel Regamey, qui s'applique parfaitement à l'affaire Ramadan. On comprend mal en effet pour quelle(s) raison(s), sinon pour prendre une pose avantageuse, certains convoquent Voltaire à l'appui de la liberté d'expression de M. Ramadan.

Celle-ci serait-elle donc menacée ? Quelqu'un a-t-il demandé que le directeur de la Mosquée de Genève soit réduit au silence (on se demande bien comment, d'ailleurs) ? En réalité, on mélange maladroitement, ou trop adroitement, deux débats différents, et il n'en sort pas beaucoup de lumière. M. Ramadan porte deux casquettes - c'est une image - et c'est cela qui fait problème. En tant qu'individu, engagé dans sa religion, il a parfaitement le droit de tenir les discours que lui dictent ses convictions, tout insupportables à nos oreilles soient-ils. Sa liberté d'expression est pleine et entière et personne ne songe à la lui compter.

Mais M. Ramadan est aussi enseignant dans l'école publique. Et, on ne peut évidemment pas faire comme s'il existait une barrière étanche entre ces deux activités, comme si l'une ne pouvait pas influencer l'autre, comme s'il s'agissait de deux personnes différentes. C'est si vrai qu'à l'exception notoire de M. Ramadan, les personnes qui occupent une fonction religieuse ne sont pas autorisées à enseigner dans le secteur public en Suisse : nous ne connaissons pas de pasteur, de rabbin ni de prêtre qui bénéficie d'un tel traitement de faveur. Il est certes suffisamment intelligent pour n'avoir probablement jamais pris le risque de faire du prosélytisme pendant ses cours. Il n'empêche que les propos qu'il tient en public ont largement de quoi inquiéter les parents d'élèves et le gouvernement - voire troubler les élèves eux-mêmes.

Il faut remarquer de plus que M. Ramadan a fait l'objet d'une mansuétude très grande de la part de l'Etat de Genève : on a ainsi appris qu'il avait déjà reçu deux avertissements. C'est intéressant. D'autres enseignants ont fait l'objet de beaucoup moins de prévenance, et se sont retrouvés mis à pied sans avertissement préalable. Hélas les extrémistes musulmans savent bien qu'il peuvent compter sur le malaise qu'éprouvent les politiques, en Suisse, à l'égard des minorités religieuses, et de l'islam en particulier : d'abord ils le connaissent mal, et craignent par-dessus tout de donner l'impression qu'ils pourraient avoir un comportement discriminatoire. Cette faiblesse est connue, et soigneusement exploitée.

Les interdictions professionnelles sont détestables, et il faut s'en garder autant que possible. Mais en l'occurrence il ne faut être ni naïf, ni lâche. Si nous croyons aux valeurs qui sont celles de notre société démocratique, nous ne pouvons pas admettre que celui qui enseigne à nos enfants soit le même que celui qui voue son existence à la destruction de ces valeurs. Notre système accepte et garantit que M. Ramadan puisse professer dans la presse et dans la mosquée la mise en pièces de ce même système. C'est beaucoup, mais c'est très bien. En revanche, il n'est pas admissible qu'un tel personnage se voie confier des esprits jeunes et donc malléables. C'est particulièrement vrai pour un cours de français, où plus que dans toute autre branche la transmission des valeurs est présente. On se demande comment M. Ramadan parle de Voltaire ou de Rousseau

Philippe Barraud, site Internet www.commentaires.com, 16 octobre 2002.
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