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LAFFAIRE HANI RAMADAN /
La charia n'est-elle qu'un ensemble de règles moyenâgeuses et barbares ? Quel est le statut et la valeur de cette "loi divine" ? Les colonnes du Monde ont abrité récemment ce douloureux débat. Dans un texte intitulé La charia incomprise ?, Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, expliquait en détail la position de l'Islam. Son but : dépasser une vision caricaturale de la civilisation musulmane. Résultat : son argumentation tente de justifier la lapidation pour adultère et considère le sida comme un châtiment divin. Publié le 10 septembre [2002], l'article n'a pas tardé à susciter des réactions. Quelques jours plus tard, un texte rédigé par Albert Levy, chercheur au CNRS, répond point par point au développement d'Hani Ramadan. Dans la foulée, une association de lutte contre le sida a aussi dénoncé vigoureusement ces propos. Première étape de l'argumentation d'Hani Ramadan. Il rappelle que ceux qui "crient au scandale" pour l'application de la charia ne réagissent pas devant d'autres crimes : l'extermination des Tchétchènes et les enfants handicapés à vie en Palestine. Albert Levy parle quant à lui de l'Algérie, du Soudan, de l'Indonésie, de l'Irak et se demande : "Quel usage fait le monde arabe des prodigieuses richesses énergétiques que la Providence lui a offertes, quand on sait que le sous-développement y est chronique ..." Deuxième étape. Hani Ramadan dénonce
une vision caricaturale et réductrice de la richesse de
la loi islamique. Elle ne peut, selon lui, être réduite
aux seuls châtiments corporels. Il précise que les
peines préconisées par la charia ne peuvent être
appliquées que dans une société protégeant
les normes et les valeurs islamiques. "Il est exclu de couper
la main du voleur dans un Etat qui ne donne pas à ce dernier
les moyens de vivre dignement." Adultère condamnéeIl focalise ensuite son argumentation sur l'adultère. Celui-ci, selon Hani Ramadan, est considéré comme un crime et doit être puni par la lapidation. Hani Ramadan précise encore que la lapidation est soumise à des critères très précis : quatre témoins oculaires du "délit" ou l'aveu de la personne, par exemple. "Ces peines ont donc surtout une valeur dissuasive", ajoute-t-il. En fait, pour Hani Ramadan, la rigueur de la loi divine est un signe de la miséricorde de Dieu. Une conviction qui n'est pas nourrie, selon lui, par "un fanatisme aveugle mais par un réalisme correspondant à la nature des choses de la vie". Et de conclure son texte en affirmant que les musulmans ont la certitude que "l'homme ne peut se suffire à lui-même, et que la libération des murs est à l'origine d'une incommensurable détresse qui touche des millions d'individus". Des propos insultantsLes mots ont fait bondir les membres d'Act Up à Paris. Cette association, issue de la communauté homosexuelle, lutte contre le sida. Elle considère les propos d'Hani Ramdan insultants. Dans un communiqué de presse, elle précise: "Hani Ramadan affirme en toute impunité que nous avons mérité de souffrir et de mourir. En présentant le sida comme une punition, Hani Ramadan, comme tous les autres responsables religieux qui ont tenu le même discours, est complice de l'épidémie." Position représentative ?De son côté, Albert Levy dénonce le mécanisme de naturalisation de pratiques culturelles et cultuelles. En prétendant que la charia obéit aux lois de la nature, on gomme sa relativité. Elle prend un caractère absolu et non historique. Reste une question: la position d'Hani Ramadan est-elle vraiment représentative de l'ensemble des musulmans? Probablement pas. Le dernier numéro de Manière de voir [1], intitulé "Islam contre islam" donne la parole à des intellectuels musulmans qui travaillent à transformer la tradition. Le débat qui oppose Islam et Occident pourrait donc être complété par un débat interne à la pensée musulmane. Site Internet : www.lecourrier.ch |