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XXIe siècle
Le dialogue entre les religions




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logoL’AFFAIRE HANI RAMADAN / LU DANS LA PRESSE ROMANDE
__Hani Ramadan, suspendu d’enseignement
Les éditoriaux de la presse romande



Le Temps___Un repoussoir idéal à l'usage de tous ceux qui se méfient de l'islam

Par ses propos excessifs justifiant notamment la lapidation des femmes adultères, [Hani Ramadan], le directeur du Centre islamique genevois se pose en repoussoir idéal à l'usage de tous ceux qui se méfient de l'islam. Et par les réactions de rejet qu'il suscite, il contribue à enfoncer l'ensemble des musulmans de Suisse, qui pourtant ne lui ressemblent pas, dans l'isolement et le sentiment d'incompréhension. […]

Face à cette réalité, l'amalgame est le pire des pièges, et le désintérêt qui a longtemps prévalu sous le masque de la tolérance est une forme d'amalgame. Il est donc urgent, pour la Suisse, de connaître sa communauté musulmane dans toute sa diversité. Et, pour ses autorités politiques, de pratiquer l'intégration en se donnant la liberté de choisir leurs interlocuteurs en fonction de leur adhésion aux valeurs démocratiques. Ceci doit se faire, et c'est toute la difficulté de l'exercice, en continuant de reconnaître aux musulmans de toutes tendances tous les droits - et les devoirs - des autres habitants de ce pays. / Sylvie Arsever, Le Temps, Genève, 10 septembre 2002.


Tribune de Genève___Choquant, mais légitime

La décision de suspendre Hani Ramadan, qui risque fort de conduire à un licenciement ou, pour le moins, à une interdiction d'enseigner dans l'école publique, a de quoi choquer. Elle nous choque, parce qu'elle touche au droit fondamental auquel nous sommes le plus attachés, la liberté d'expression. Up

Mais ce n'est pas sur ce terrain que se place le Conseil d'Etat. Il estime qu'un enseignant doit exercer un certain devoir de réserve, ne serait-ce qu'en vertu du rôle social évident qu'il joue. Le Conseil d'Etat agit donc en tant que patron de la fonction publique, et il est en droit de le faire. En d'autres termes, le droit d'enseigner n'est pas un droit fondamental. D'ailleurs ce n'est pas une démarche pénale qui est engagée à l'encontre de l'enseignant, mais bien une démarche administrative. […]

[…] La décision du Conseil d'Etat, comme toute décision politique, pose question. Fallait-il, de cette manière, répondre à la provocation d'Hani Ramadan ? N'aurait-on pas dû intervenir plus tôt, au nom de la laïcité de notre école publique, en lui demandant de choisir entre sa fonction d'enseignant et d'imam ? La démocratie ne s'affaiblit-elle pas en recourant à des armes qui s'apparentent à de l'intolérance ?

Déjà, cette affaire provoquait un vif débat chez les enseignants. Il est temps qu'il devienne public. / Dominique von Burg, La Tribune de Genève, Genève, 12 octobre 2002.


___Voltaire, au secours !

Qui faut-il appeler à l'aide ? Mon-tesquieu, Rousseau, Voltaire ? Les trois sans doute, mais ne prenons que le dernier : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire." Mais ceux qui nous dirigent lisent-ils encore Voltaire, vieille barbe qui n'est ni "in", ni citoyen, ni télégénique ?

[…] Martine Brunschwig Graf, [au nom de l'Etat de Genève], a donc pris une décision citoyenne et fait une admirable bêtise en interdisant d'enseignement Hani Ramadan, agitateur isla-miste. On peut n'avoir aucune sympathie pour les idées de l'imam, par ailleurs bon Suisse et enseignant au collège, mais supporter de l'entendre déclamer quelques propos qui, pour être monstrueux, ne sont que des paroles.

Car on entend déjà Ramadan en appeler aux valeurs fondamentales des démocraties, même s'il n'y croit pas lui-même. Subtil agitateur, le suspendu ne manquera pas non plus de noter que Mme Brunschwig Graf est d'origine juive. Tout comme il s'apprête à convoquer l'opinion publique arabe pour démontrer qu'à Genève, patrie de Rousseau, de l'ONU et de la Croix-Rouge, on foule aux pieds les droits fondamentaux. Voilà donc Ramadan dans une situation qu'il n'osait espérer : importer en Suisse en des termes de quasi guerre civile la question islamique et avec elle celle du Proche-Orient. Prompts que nous sommes à stigmatiser l'attitude unilatérale des Américains après le 11 septembre, voilà que nous nous comportons comme eux, en flics de la pensée. Et encore, pourrait-on espérer, dans le genre, un peu de cohérence. […]Up

[…] Est-il donc si inconvenant de rappeler ce principe cardinal de nos régimes politiques : la démocratie ne sanctionne que des actes et se perd dans la terreur si elle réprime les pensées et les intentions. / Michel Zendali, Le Matin, Lausanne, 13 octobre 2002.


Le Courrier___Quand deux valeurs s’opposent

Lorsque deux valeurs intangibles de l’Etat de droit s’entrechoquent, la confrontation politique ne peut qu’être musclée. Ainsi, la suspension - encore provisoire - décrétée par le Conseil d’Etat genevois de l’enseignant Hani Ramadan n’est pas passée inaperçue. Selon l’Exécutif cantonal, le directeur du Centre islamique de Genève aurait abusé de la liberté d’expression - la première des deux valeurs - pour bafouer, en sa qualité de représentant de l’Etat, la laïcité en vigueur dans ledit Etat - seconde valeur. On n’abuse pas de la liberté d’expression, on ne peut donc pas la restreindre ou condamner celui qui défend des propos choquants, répliquent ceux qui n’apprécient pas cette suspension. […]

La question à laquelle il importe de répondre est apparemment plus simple: M. Ramadan […] s’est-il exprimé en tant que responsable religieux? Si tel est le cas, il contrevient à l’article 120 de la loi sur l’instruction publique (LIP) genevoise, qui stipule que les fonctionnaires de l’enseignement ”doivent être laïques”. Or M. Ramadan a beau afficher une fonction administrative au Centre islamique de Genève - directeur - et la religion musulmane posséder une structure hiérarchique moins nette que d’autres religions, sa réputation d’autorité religieuse dépasse largement les frontières genevoises. […]

En outre, Hani Ramadan s’exprime non seulement comme responsable religieux, mais, à la lecture de ses propos, il apparaît clairement qu’il place la justice divine au-dessus de la justice humaine. C’est son droit. Mais c’est également le droit de l’Etat de défendre la primauté de la laïcité en son sein. Et donc de rappeler à l’ordre l’un de ses serviteurs lorsqu’il nie cette valeur, quand bien même ses compétences pédagogiques ne sont pas en cause. N’oublions pas que la laïcité est une conquête, obtenue de longue lutte, précisément pour permettre à tous de croire ou de ne pas croire au divin, en toute liberté. Faisant l’objet d’un large consensus et inscrite comme élément cardinal de la société, elle devrait donc être d’autant plus respectée par ceux qui exercent une tâche d’autorité publique. Un enseignant […] fait manifestement partie de cette catégorie de personnes. / Marco Gregori, Le Courrier, 15 octobre 2002.
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