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XXIe siècle
Le dialogue entre les religions




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NOVEMBRE 2002, PARIS / "L'ENSEIGNEMENT DU FAIT RELIGIEUX"
__Xavier Darcos : "Enseigner le fait religieux, c'est, comme pour tout enseignement, s'appuyer sur les valeurs les plus fondamentales de notre Ecole républicaine"


Allocution Xavier Darcos, ministre délégué à l'enseignement scolaire, à l'ouverture du séminaire "L'enseignement du fait religieux", 5 au 7 novembre 2002, à Paris. Extraits.

Comme vous le savez, le séminaire qui nous réunit est la concrétisation d'une des recommandations du rapport remis [en mars 2001] par Régis Debray. […]

Alors que, jusqu'à présent, les problèmes que peut poser l'enseignement du fait religieux étaient principalement présentés dans une perspective historique et géographique, ils doivent, désormais, concerner davantage les littéraires, les philosophes, les professeurs d'enseignement artistiques ou de langues vivantes, qui ont des réponses spécifiques à leur apporter. Cette dimension pluridisciplinaire est évidemment essentielle, car elle peut notamment permettre une approche plus complète et plus transversale du fait religieux, à travers les dispositifs interdisciplinaires mis en place au collège et au lycée. […]

S'agissant des finalités de l'enseignement du fait religieux, je crois que, depuis les premières interrogations sur ce sujet, à la fin des années 1980, un réel consensus s'est peu à peu établi. Le rapport de Philippe Joutard sur l'enseignement de l'histoire, en 1989, a clairement mis en évidence le déficit culturel né de l'ignorance des faits qui relèvent du religieux. Si ce déficit n'était pas comblé, il entraînerait une perte grandissante des codes de reconnaissance qui risquerait à terme d'affecter des pans entiers du savoir.

Nous en avons tous conscience ici : sans disposer des clés nécessaires, comment comprendre Phèdre ou Don Juan, les grandes pyramides d'Egypte, Sainte Sophie d'Istanbul ou une Vierge de Boticelli, comment percevoir le sens d'une cathédrale, d'une mosquée ou d'une synagogue, comment maintenir vivante et vivace une part essentielle de l'héritage que nous ont transmis les civilisations du Livre ? Lors de la consultation de 1998, les lycéens eux-mêmes ont émis le vu de recevoir un enseignement qui leur permette de mieux s'approprier le monde qui était là avant eux et dans lequel ils traceront leur chemin.Up

Un débat qui repose sur quelques principes simples

Face à ces demandes, la politique du ministère a été constante, indépendante même des différents changements politiques. Cette politique, affinée lors de nombreux débats, auxquels des partenaires très divers ont participé, repose sur quelques principes simples :

le refus constant de créer un enseignement spécifique concernant les religions,
l'inscription naturelle dans les enseignements existants.

Ceci a été accompli, au milieu des années 1990, en histoire et en géographie. L'étape marquée par notre rencontre d'aujourd'hui n'est donc pas un changement de politique mais un approfondissement.

Essayons d'en cerner les contours : considérer le fait religieux pour les disciplines représentées ici, ce n'est pas introduire une catégorie nouvelle, c'est veiller à prendre en compte l'ensemble du champ scientifique : de même que l'histoire aborde naturellement des faits religieux pour comprendre les sociétés passées, que la géographie étudie les marques du religieux dans les territoires d'aujourd'hui, le professeur de lettres peut analyser l'éventuelle spécificité des textes dont la nature est religieuse, commenter Voltaire aussi bien que Pascal, le professeur d'anglais expliquer pourquoi le nom de dieu figure sur le billet vert, quels sont les rapports entre la couronne britannique et l'Eglise anglicaneLa démarche pour l'enseignement artistique et la philosophie va de soi. Comment parler de métaphysique sans référence au fait religieux ?

En résumé, l'ensemble de ces finalités me paraissent pouvoir être réunies autour de trois grands axes :

Enseigner le fait religieux, c'est reconnaître un langage spécifique, qui permet de le nommer et d'en déchiffrer des signes. Comprendre, en somme une des manières de dire le monde.
Enseigner le fait religieux, c'est permettre aux jeunes l'accès à d'innombrables chefs d'uvre du patrimoine de l'humanité.
Enseigner le fait religieux, c'est rendre les élèves capables de comprendre le rôle que le religieux joue dans le monde contemporain.

Comment y parvenir? Il va de soi que la démarche est totalement laïque, comme vient de le rappeler fortement le Président de la République. Enseigner le fait religieux, ce n'est pas - est-il besoin de le souligner? - s'immiscer dans la conscience de chacun. Ce n'est pas, pour reprendre une expression de Régis Debray, "remettre Dieu à l'école".

La démarche est descriptive, compréhensive, mais elle reste critique et raisonnée. Enseigner le fait religieux, c'est, comme pour tout enseignement, s'appuyer sur les valeurs les plus fondamentales de notre Ecole républicaine.

Source : ministère français de l'éducation nationale, Paris, novembre 2002.
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