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MARS 2001/ L'ECOLE LAIQUE ET L'ENSEIGNEMENT DES RELIGIONS __Le rapport de Régis Debray sur "l'enseignement du fait religieux dans l'école laïque" |
Extrait du rapport L'Enseignement du fait religieux dans
l'école laïque remis, en mars 2001, à Jack
Lang, ministre de l'éducation nationale, par le philosophe
Régis Debray. Ce rapport est disponible sur le site
Internet du ministère français de l'éducation
nationale. Il a fait l'objet d'une publication aux Editions Odile
Jacob, Paris. Extraits.
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Argumentaire connu. C'est la menace de plus en plus sensible
d'une déshérence collective, d'une rupture des chaînons
de la mémoire nationale et européenne où
le maillon manquant de l'information religieuse rend strictement
incompréhensibles, voire sans intérêt, les
tympans de Chartres, la Crucifixion du Tintoret, le Don
Juan de Mozart, le Booz endormi de Victor Hugo, et
la Semaine Sainte d'Aragon. C'est l'aplatissement, l'affadissement du quotidien environnant dès lors que la Trinité n'est plus qu'une station de métro, les jours fériés, les vacances de Pentecôte et l'année sabbatique, un hasard du calendrier. C'est l'angoisse d'un démembrement communautaire des solidarités civiques, auquel ne contribue pas peu l'ignorance où nous sommes du passé et des croyances de l'autre, grosse de clichés et de préjugés. C'est la recherche, à travers l'universalité du sacré avec ses interdits et ses permissions, d'un fonds de valeurs fédératrices, pour relayer en amont l'éducation civique et tempérer l'éclatement des repères comme la diversité, sans précédent pour nous, des appartenances religieuses dans un pays d'immigration heureusement ouvert sur le grand large. [
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"L'inculture religieuse" dont il est tant question (devant une Vierge de Botticelli, "qui c'est cette meuf ?") ne constitue pas un sujet en soi. Elle est partie et effet, en aval, d'une "inculture" d'amont, d'une perte des codes de reconnaissance affectant tout uniment les savoirs, les savoir-vivre et les discernements, dont l'Education nationale, et pour cause, s'est avisée depuis longtemps, pour être en première ligne et devoir jour après jour colmater les brèches. Il ne s'agit donc pas de réserver au fait religieux un sort à part, en le dotant d'un privilège superlatif, mais de se doter de toutes les panoplies permettant à des collégiens et lycéens, par ailleurs dressés pour et par le tandem consommation-communication, de rester pleinement civilisés, en assurant leur droit au libre exercice du jugement. Le but n'est pas de remettre " Dieu à l'école " mais de prolonger l'itinéraire humain à voies multiples, pour autant que la continuité cumulative, qu'on appelle aussi culture, distingue notre espèce animale des autres, moins chanceuses. Traditions religieuses et avenir des Humanités sont embarqués sur le même bateau. On ne renforcera pas l'étude du religieux sans renforcer l'étude tout court.
Et c'est ici que l'histoire des religions peut prendre sa pleine pertinence éducative, comme moyen de raccorder le court au long terme, en retrouvant les enchaînements, les engendrements longs propres à l'humanitude, que tend à gommer la sphère audiovisuelle, apothéose répétitive de l'instant. Car ce que nous nommons, sans doute à tort, inculture chez les jeunes générations est une autre culture, qu'on peut définir comme une culture de l'extension. Elle donne la priorité à l'espace sur le temps, à l'immédiat sur la durée [ ].
Comment comprendre le 11 septembre 2001 sans remonter au wahhabisme, aux diverses filiations coraniques, et aux avatars du monothéisme ? Comment comprendre les déchirements yougoslaves sans remonter au schisme du filioque et aux anciennes partitions confessionnelles dans la zone balkanique ? Comment comprendre le jazz et le pasteur Luther King sans parler du protestantisme et de la Bible ? L'histoire des religions n'est pas le recueil des souvenirs d'enfance de l'humanité; ni un catalogue d'aimables ou funestes bizarreries. [
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L'Enseignement du fait religieux dans l'école laïque,
par Régis Debray, rapport du ministère français
de l'éducation nationale, Paris, mars 2001. Ce rapport
est disponible à l'adresse Internet :
www.education.gouv.fr/rapport/debray/default.htm
Il a fait l'objet d'une publication aux Editions Odile Jacob, Paris, 2002. Préface de Jack Lang. Prix : 4 euros.
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