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XXIe siècle
Le dialogue entre les religions




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FUTURE CONSTITUTION DE L’UNION EUROPEENNE
__La polémique sur l'héritage religieux de l'Europe

L'élaboration de la future Constitution de l'Union européenne va-t-elle faire resurgir les controverses sur la place des confessions religieuses qui ont marqué l'élaboration de la Charte des droits fondamentaux dans l'Union européenne, adoptée en 2000 lors du Sommet européen de Nice? La polémique ouverte par le refus de la France de reconnaître l'héritage "religieux" - remplacé par "spirituel" - de l'Europe dans la Charte, ressurgi après la victoire électorale, en Turquie, en octobre 2002, du Parti de la justice et du développement (AKP, islamistes modérés). Plus encore, le débat entre cléricaux et laïques ne fait que commencer à l'échelle d'une Europe dont les pères fondateurs (Jean Monnet, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi) étaient chrétiens.

La Charte des droits fondamentaux, dans son préambule, évite toute référence à l'héritage religieux de l'Europe, qualifiant de "spirituel et moral" le patrimoine sur lequel sont fondées les "valeurs communes" de l'Europe d'aujourd'hui. Lors de la rédaction de la Charte, les Eglises, tant catholiques que protestantes, avaient souligné que l'emploi du mot "religieux" était préférable à celui de "spirituel" pour qualifier l'héritage européen : "à la fois, écrit Henri Tincq dans Le Monde, pour prendre acte du rôle joué par les religions dans l'histoire européenne et parce que le mot "spirituel" est jugé imprécis, désignant des confessions reconnues, mais aussi des expressions sectaires beaucoup plus floues".

Il faut remarquer que les autorités catholiques et protestantes n'ont jamais souhaité une référence "chrétienne", mais toujours "religieuse", incluant les religions non chrétiennes (islam et judaïsme, en particulier).

La France - président et premier ministre - s'était vivement opposée, au nom des "principes de notre Constitution", au maintien de la mention "héritage religieux" qui, défendue par les milieux chrétiens-démocrates allemand et italien notamment, figurait dans l'une des dernières versions française du texte de la Charte. Dans la version allemande, il est d'ailleurs fait référence à l'"héritage spirituel-religieux" (geistlich-religiös) de l'Europe.Up

L'intervention des autorités françaises avait suscité en France une polémique qui s'était traduite par une protestation des autorités religieuses et un appel, relayé par l'hebdomadaire de gauche Témoignage chrétien, reprochant à Lionel Jospin une conception trop étroite de la laïcité.

"En octobre[2000], rappelle Le Monde, l'évêque de Clermont-Ferrand, qui est aussi délégué à la Commission des évêques de la Communauté européenne (Comece), s'alarmait de la suppression d'une référence à "l'héritage religieux" de l'Europe dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, alors en cours de rédaction. Le gouvernement de Lionel Jospin - rapportait Mgr Hippolyte Simon - avait expressément demandé la modification de cette formule, en invoquant la laïcité de la République française. "A vouloir rayer d'un trait de plume toute la dimension religieuse de notre héritage européen, on s'interdit de penser non seulement le passé, mais aussi le présent et l'avenir de l'Europe", avertissait le représentant de l'Eglise catholique."

Jean-Paul II : une "marginalisation" des religions

C'est Jean-Paul II qui, le 10 janvier 2002, dans son discours aux membres du corps diplomatique accrédités auprès du Saint-Siège, a relancé le débat - et la polémique. Le pape a alors fait part de sa "tristesse", en regrettant que, contrairement aux différents partenaires de la société civile, "les communautés de croyants" ne soient pas associées aux consultations qui préparent la future Convention européenne.

Cela équivaut, pour lui, à une "marginalisation" de religions "qui ont contribué et contribuent encore à la culture et à l'humanisme dont l'Europe est légitimement fière". C'est une "injustice" a ajouté Jean-Paul II, car "reconnaître un fait historique indéniable ne signifie pas méconnaître l'exigence moderne d'une juste laïcité des Etats, et donc de l'Europe".

La pression pour qu’une référence claire au christianisme soit présente dans la Convention s’est renforcée en 2002. A plusieurs reprises, Jean-Paul II a demandé qu’une ”référence claire à Dieu et à la foi chrétienne soit formulée dans la Constitution européenne”, rappelant que ”l’apport décisif du christianisme et de la vision chrétienne de l’homme à l’histoire et à la culture de différents pays fait partie d’un trésor commun, et il apparaît logique que cela soit inscrit dans le projet de Convention”.

Le 14 novembre 2002, lors d’une visite au Parlement italien, Jean Paul II a réaffirmé son souhait de voir mentionner "l'héritage religieux" de l'Europe dans la future Constitution : "Je nourris l'espoir que, grâce aussi à l'Italie, ne fera pas défaut aux fondations de la maison commune européenne le ciment de l'extraordinaire héritage religieux, culturel et civil qui a fait la grandeur de l'Europe".Up

La position des épiscopats européens

Mgr Josef Homeyer, président allemand de la Commission des épiscopats européens (Comece), a réclamé, en février 2002, la prise en compte par la future Convention d'un "ethos" chrétien et de références religieuses dans lesquelles se reconnaissent un grand nombre d'Européens.

L'Eglise catholique de France a pris position, le 3 novembre 2002, par la voix de Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la conférence des évêques : "Ne serait-il pas bon de faire figurer dans un traité constitutionnel que l'Union européenne respecte l'identité et la contribution spécifique des Eglises et des communautés religieuses et entretient avec elles un dialogue structuré ?"

L'Eglise polonaise [dont le pays rejoindra en 2004 l’Union européenne] souhaite, pour sa part, qu'une référence à Dieu figure dans la Constitution européenne, comme il en existe une dans la Constitution polonaise. "On n'a pas le droit d'utiliser les pierres du mur de Berlin pour construire une nouvelle tour de Babel sans fondements chrétiens", affirme Mgr Josef Zycinski, l'un des responsables de l'épiscopat polonais.

De son côté, l'ancien président de la Commission de l'Union européenne, Jacques Delors, rappelle que "laïcité" ne veut pas dire réduction de la participation des religions à la sphère privée : "Ou il s'agit alors d'une conception bien étroite de la société civile !"

Source : Le Monde, Paris, Paris, 9 janvier 2001,19 janvier, 9 mars, 8 et 16 novembre 2002.
LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS n'acceptera pas de signer le texte de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne si son préambule fait référence à "l'héritage religieux" de l'Europe. L'introduction du mot "religieux" pose des problèmes à la fois philosophique, politique et constitutionnel à la France. Problème philosophique, parce que nos sociétés sont diverses du point de vue des religions. Difficulté politique, car notre République est une République laïque et que nous sommes attachés fondamentalement au principe de la laïcité.

Difficulté constitutionnelle, parce que ce texte de la Charte est censé s'inspirer des traditions constitutionnelles nationales. Or dans notre constitution, il n'existe aucune forme de référence à un héritage religieux. Pierre Moscovici, ministre français des Affaires européennes, 26 septembre 2000.

CECI (le projet final de la Charte) est un grand pas vers le droit à la liberté intellectuelle et religieuse. Hans-Gert Poettering, président du groupe démocrate-chrétien du Parlement européen,14 novembre 2000.

L'EUROPE sera évidemment une construction laïque, mais la vraie laïcité, comme le montre notre histoire nationale, reconnaît la tradition chrétienne dans la vie de la société, et donc le rôle éminent des Eglises. Silvio Berlusconi, chef du gouvernement italien, Chambre des députés, 14 janvier 2002.Up