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LAFFAIRE HANI RAMADAN /
Yves Scheller. - Aucune liberté n'est absolue. La liberté d'expression pas plus que les autres. Vous n'avez pas le droit de diffamer, de proférer des propos racistes en public, etc. Hani Ramadan est un citoyen comme un autre. Il a droit à la même liberté d'expression que n'importe quel autre citoyen. J'ai relu son article, mais je ne vois rien dans ce texte, si insupportable soit-il, qui tombe sous le coup de la loi. Je ne vois donc pas pourquoi il faudrait punir M. Ramadan comme fonctionnaire alors qu'il s'est exprimé en tant que citoyen. La situation serait autre s'il faisait du prosélytisme dans sa classe. Hani Ramadan gagnera au Tribunal fédéral et à la Cour européenne des droits de l'homme. Et d'ailleurs, je le souhaite. Si tout groupe qui est choqué par des propos réussit à obtenir de l'Etat une limite à la liberté d'expression, on n'aura plus que des bonnes âmes modérées qui nous diront des choses à l'eau tiède. C'est le danger du communautarisme, et cela dépasse les seules religions. [ ] Hafid Ouardiri. - Nous sommes de la même génération qui disait : "il est interdit d'interdire". C'est vrai que l'interdit est civilisateur, qu'il y a certains interdits, qu'il faut faire respecter. Quant à M. Ramadan, il respecte parfaitement quand il est enseignant les limites à ne pas dépasser, quand il est ailleurs, il donne libre cours à ce qui est sa pensée et sa pratique religieuse. Nous sommes tous les uns et les autres à devoir exercer cette capacité de discernement. L'enquête nous dira si un imam peut enseigner ou non. Yves Scheller. - Ce principe de cloisonnement est en effet au coeur de la laïcité. Cependant l'enquête en cours ne porte pas sur le statut d'imam, mais sur le fait de savoir si Hani Ramadan a violé le devoir de réserve. Je suis enseignant et pas juriste, mais la réponse est claire. Le devoir de réserve est seulement un secret de fonction relatif aux informations que l'enseignant détient sur ses élèves et l'institution, c'est tout. La décision du Conseil d'Etat est un signe inquiétant d'une dérive anti-musulmane - même si je condamne totalement ce que dit Hani Ramadan. D'un point de vue laïque, ce n'est pas acceptable. La Tribune de Genève - 14 octobre 2002. Site Internet : www.tdg.ch |