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XXIe siècle
Le dialogue entre les religions




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L’AFFAIRE HANI RAMADAN / 8 NOVEMBRE 2002, Tribune de Genève
__La religion s'arrête là où commence l'Etat
par Marianne Frischknecht, responsable du Service pour la promotion de l'égalité entre homme et femme, Genève


Monsieur Hani Ramadan nous demandait dans Le Monde du 10 septembre [2002] ainsi que dans la Tribune de Genève de ne pas caricaturer la charia. Incomprise des Occidentales et des Occidentaux, la loi islamique se préoccupe de rendre la justice et de bien châtier. Ce serait le cas pour la lapidation, quant au sida, il serait une punition divine contre "ceux qui ont un comportement déviant". Ce qui nous inquiète, entre autres, c'est que cette démarche ait eu lieu quelques jours après le refus d'ajouter un alinéa subordonnant le respect des droits des femmes "aux valeurs culturelles et religieuses", dans la déclaration finale du Sommet de la Terre de Johannesburg.

Or, faire appel aux "valeurs culturelles et religieuses", car c'est aussi ce que fait M. Ramadan, c'est mettre à mal la plate-forme de Beijing [Pékin] ainsi que le protocole sur l'élimination de toutes formes de discrimination à l'égard des femmes. Cette Convention rappelle que "la discrimination généralisée contre les femmes existe toujours" et qu'elle "viole les principes de l'égalité des droits et du respect de la dignité humaine".

La discrimination est définie ainsi par l'article 1: "Toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance ou l'exercice par les femmes, quel que soit leur régime matrimonial, sur la base de l'égalité de l'homme et de la femmes, des droits humains et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine". L'article 2 fait obligation aux Etats signataires d'établir l'égalité et de prendre toutes les mesures appropriées, y compris "des dispositions législatives, pour modifier ou abroger toute loi, disposition réglementaire, coutume ou pratique qui constitue une discrimination à l'égard des femmes". Cette convention garantit en outre une capacité juridique égale pour les deux sexes et une réelle égalité dans toutes les questions découlant du mariage et des rapports familiaux, mais sa ratification peut s'accompagner de restrictions.

Si nous suivions Hani Ramadan dans ses raisonnements sur les femmes, toutes les femmes du monde musulman seraient reconnues comme autant d'exceptions. Car c'est la conséquence logique, pour qui veut faire de l'islam un mode de vie et une éthique où la coutume, le culturel relaient le religieux. Le culturel en vient ainsi à l'emporter sur le droit. Il devient "naturel" que le chef de famille ait un pouvoir absolu sur ses femmes et enfants, qu'il marie filles et garçons, à sa convenance, exigeant, pour des raisons d'honneur, que ses filles soient vierges le jour de leurs noces. On instaure ainsi un contrôle de la sexualité de toutes les femmes avec les interdictions et les restrictions à la liberté qui en découlent. Suivant les pays, ces femmes ne peuvent plus circuler librement, ni conduire un véhicule, ni se parler dans la rue, ni aller à l'école - la grande majorité des analphabètes dans le monde est composée de femmes -, ni accéder à certaines disciplines, ni même aller à l'hôpital

C'est parce que la France et la Suisse sont des Etats laïques que M. Ramadan peut s'exprimer

M. Hani Ramadan parle des "signes divins que l'intelligence humaine perçoit". Mais ces signes sont à l'évidence interprétés par des humains capables d'erreur. Il existe d'ailleurs plusieurs écoles juridiques dans l'islam. Les musulmanes, les musulmans n'ont pas attendu le XXe siècle, encore moins le XXIe pour réclamer l'égalité et participer au débat toujours actuel sur les droits humains, la laïcité et la citoyenneté.

C'est parce que la France et la Suisse sont des Etats laïques que M. Ramadan peut s'exprimer. Mais cette tolérance est née de nombreuses guerres de religion. Chaque faction, chaque religion étant certaine de posséder la vérité divine, tuer les impi(e)s relevait de la juste guerre, jusqu'au jour où il a fallu apprendre à accepter la religion et la manière de vivre de l'autre pour ne pas sombrer dans le chaos. Puisse l'histoire ne pas se répéter. La religion s'arrête là où commence l'Etat et celui-ci n'a pas à s'immiscer dans la vie privée des gens ni à dicter de conduite sexuelle. Le choix d'aimer dans ou hors mariage, d'aimer l'un ou l'autre sexe et ce sans anathème fait aussi partie des droits humains.

La Tribune de Genève, 8 novembre 2002. Site Internet : www.tdg.ch
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