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FRANCE, OCTOBRE 2003 / POLEMIQUE AUTOUR D'UN NOUVEL ANTISEMITISME
__Tariq Ramadan accusé d'antisémitisme après une tribune sur les "intellectuels communautaires"


 Pourquoi Libération n'a pas publié son texte
 Les questions des lecteurs du "Monde
 Le Nouvel Observateur    L’encombrant M. Ramadan


Une tribune libre de Tariq Ramadan mettant en cause "des intellectuels juifs français", publiée, début octobre, à la fois sur la liste de diffusion du Forum social européen (qui se tient en novembre 2003 à Paris), et sur le site Internet oumma.com, a ravivé la polémique sur une supposée complaisance du mouvement altermondialiste, organisateur du forum, aux thèses antisémites.

Intellectuel et militant musulman vivant à Genève, Tariq Ramadan, auteur des Musulmans d'Occident et l'avenir de l'islam (Actes Sud), petit-fils de Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans, exerce une grande influence sur les jeunes musulmans, surtout par le biais du Collectif des musulmans de France et de l'Union des jeunes musulmans (UJM) de Lyon.

Le texte de Tariq Ramadan, intitulée "Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires", dont oumma.com précise qu'il a été "refusé par les journaux Le Monde et Libération", critique "des intellectuels juifs français que l'on avait jusqu'alors considérés comme des penseurs universalistes", qui ont commencé, selon lui, "à développer des analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire". Le quotidien genevois Le Courrier a accepté de publier, le 8 octobre 2003, la "libre opinion" de Tariq Ramadan.

Tariq Ramadan cite successivement Pierre-André Taguieff (qui n'est pas juif), Alain Finkielkraut, Alexandre Adler. Il critique aussi Bernard Kouchner [qui, en réponse, le qualifie de "crapule intellectuelle"], André Glucksmann ou Bernard-Henri Lévy, pour leur soutien à l'intervention américano-britannique en Irak. Il reproche à Bernard-Henri Lévy, dans son livre sur le meurtre du journaliste Daniel Pearl, de "stigmatiser le Pakistan".Up

Tariq Ramadan serait-il antisémite ? La question est posée clairement par André Glucksmann dans Le Nouvel Observateur [9 octobre 2003], qui l'accuse de nourrir une "obsession antisémite", et par Bernard-Henri Lévy qui, dans son bloc-notes du Point [10 octobre 2003], écrit : "Cet intellectuel habile, formé à l'école des Frères musulmans, [...] avait toujours su, jusqu'ici, dans son expression exotérique et publique, offrir une façade lisse, convenable. [...] Il met bas le masque, il se déshonore". Bernard-Henri Lévy dénonce "l'infamie de ces propositions qui, sous couvert d'une attaque en règle contre l'esprit communautaire, ne font que ressusciter le bon vieux thème du complot juif". "Ce qui est étonnant, assure de son côté André Glucksmann, ce n'est pas que Monsieur Ramadan soit antisémite, mais qu'il ose désormais se revendiquer comme tel".

Cette "grave mise en cause" - ce sont les termes qu'emploient Caroline Monnot et Xavier Ternisien dans Le Monde - de Tariq Ramadan par les deux intellectuels français est relayée par la protestation de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) qui estime qu'en "s'attaquant à des intellectuels parce que juifs, Tariq Ramadan joue lui-même le jeu qu'il prétend dénoncer: le communautarisme de la pensée". Selon l'UEJF, ses "propos incitent à la haine et à la discrimination raciale".

Egalement cité par Tariq Ramadan, le journaliste Alexandre Adler, dans Le Figaro, s'en est pris à la "mouvance anti-libérale" qui "lui donne gîte et couvert, accueille sa prose, engage le dialogue et soutient ses combats".

Bernard-Henri Lévy somme le mouvement altermondialiste de se démarquer de ce "texte nauséabond", proche, selon lui, du Protocole des Sages de Sion, célèbre pamphlet antisémite : "M. Ramadan, chers amis altermondialistes, n'est pas, ne peut être des vôtres. [...] Je vous adjure de prendre vos distances, très vite, avec un personnage qui, en accréditant l'idée d'une conspiration des élites aux ordres du sionisme, ne fait que jeter le feu dans les esprits et ouvrir la voie au pire".

Interrogé par Le Monde, Tariq Ramadan a récusé "totalement l'accusation d'antisémitisme qui [lui] est lancée aujourd'hui. Je n'ai eu de cesse de combattre toutes les dérives antisémites parmi les musulmans en récusant, une à une, chacune de leurs soi-disant légitimations théologiques, politique (à partir de la critique d'Israël) ou ethnique. L'essentiel de mon propos est de dénoncer ceux qui, à partir d'une attitude communautariste ou pro-israélienne, proposent une lecture biaisée des enjeux nationaux ou internationaux".

Le FSE : Tariq Ramadan a "sa place" au forum

Les organisateurs du Forum social, ont estimé que le texte de Tariq Ramadan n'était pas antisémite, mais qu'il développait une conception communautariste. Pour Pierre Khalfa, membre du comité d'organisation due la manifestation, "le texte de Ramadan n'est pas un texte antisémite. Il est dangereux d'agiter le chiffon rouge de l'antisémitisme à n'importe quelle occasion. En revanche, c'est un texte marqué par la pensée en partie communautariste de son auteur, qui prête à d'autres la façon dont il pense le monde".

Le 31 octobre, le secrétariat du Forum social européen a publié un communiqué dans lequel il réaffirme que le théologien genevois à "sa place" dans le forum :

"Nous tenons à rappeler que le Forum social européen, élément de la dynamique des forums sociaux de Porto Alegre, est avant tout un espace pluraliste de rencontres et de débats. La diversité, la multiplicité des cultures, des sensibilités et des points de vue font partie de sa raison d'être. Le Comité d'initiative français (CIF) qui a préparé le FSE 2003, l'a fait en assurant le plus largement possible les conditions d'un tel pluralisme, dés l'instant où chacun des participants acceptait le cadre de la charte de Porto Alegre. Parmi les valeurs fondatrices portées par cette charte figurent à titre essentiel la lutte contre toute forme de racisme, ce qui inclut aussi bien l'antisémitisme que l'islamophobie mais également la condamnation de tout sexisme.

"Un certain nombre de commentateurs mettent en cause le FSE en voulant voir des propos à caractère antisémite dans le texte de Tariq Ramadan qui a circulé sur la liste de diffusion du FSE. Ce texte n'est nullement antisémite sinon le comité d'initiative français (CIF) en tant qu'organisateur du FSE en aurait tiré toutes les conséquences, même si des appréciations diverses peuvent être portées sur ce texte.

"En conséquence, le FSE étant un espace pluraliste de rencontres et de débats, Tariq Ramadan y a sa place".

Lors d'une conférence de presse organisée le 14 novembre 2003, à l'occasion du Forum social européen, Tariq Ramadan a rejeté les accusations d'antisémitisme et de communautarisme portées contre lui. "Je réaffirme que le texte que j'ai écrit n'est pas, en aucune façon, un texte antisémite".

Il a affirmé se battre "depuis des années" contre les expressions de l'antisémitisme et a dénoncé "l'amalgame" entre critique de l'Etat d'Israël et critique des juifs. Il a déclaré être partisan d'un "Etat binational" au Proche-Orient. "Mais il y a un opprimé aujourd'hui, c'est le peuple palestinien", a-t-il ajouté.

Sources: presse françaises et FSE, octobre-novembe 2003.
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