Le besoin d'esclaves aux Amériques est donc né du souci des Espagnols de se constituer une réserve de main-d'œuvre aussi inépuisable que les ressources du sol et du sous-sol qu'ils se faisaient fort d'exploiter à plein régime. Ce régime fut fatal aux Indiens qui moururent par millions. Il fallait leur substituer des travailleurs capables de supporter les contraintes conjuguées du travail forcé et du climat : les Noirs, qui vivaient sous les mêmes latitudes et connaissaient déjà l'institution de l'esclavage, seraient en pays de connaissance.

L'installation des Européens du Nord en Amérique se fit au début du XVIIe siècle. Dans lesannées 1630, les Français étaient implantés dans les îles antillaises de Saint-Christophe, de la Guadeloupe et de la Martinique. Même si des groupes d'esclaves arrivèrent très tôt, on recourut d'abord à une main-d'œuvre blanche plutôt que noire pour mettre en valeur ces possessions nouvelles. Cette immigration était volontaire. De pauvres bougres, le plus souvent, embarquaient au Havre, à Nantes, Bordeaux ou La Rochelle, pour s'engager au service d'un planteur de coton ou de tabac. Après une période fixée par contrat à trois ans, ils recevaient un petit pécule acquitté en tabac et un bout de terre. Jusqu'en 1660, ces "engagés"suffirent à cette première mise en route pastoraleet agricole des Petites Antilles. Ensuite, ce fut différent.Le développement de la culture des grandes denréesd'exportation comme le sucre exigeait qu'on employât beaucoupde monde sur des propriétés de plus en plus grandes,appelées "habitations". C'était notammentle cas à Saint-Domingue dont la colonisation avait étéplus tardive. Alors, affluèrent les Noirs.

Ils présentaient sur les engagés blancs des avantages indiscutables : ils étaient bon marché, corvéables à merci, renouvelables à volonté. Par ailleurs, les colons n'en étaient pas les seuls bénéficiaires. En amont, les négociants de la métropole avaient tout à y gagner : la source des profits était démultipliée : de l'écoulement des cargaisons en Afrique au transport des nègres et à leur entretien dans les colonies. L'accroissement de la production sucrière directement liée à l'augmentation du nombre des esclaves s'ajoutait à ces facteurs d'enrichissement. Un cercle vertueux en somme auquel l'Etat ne pouvait demeurer insensible. On attendait de lui des mesures en faveur de l'économie coloniale. Elles vinrenten 1670 et la traite française décolla.