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| Un équipage négrier se caractérise d'abord par un effectif nombreux. Celui-ci est proportionné au tonnage du navire et au contingent de Noirs prévu par l'armateur. En moyenne, on prévoit un homme pour cinq ou six tonneaux de jauge et dix captifs. Si les équipages comportent de dix à soixante hommes par navire, la majorité d'entre eux en compte plus de trente. En effet, quand vingt marins suffisent à naviguer trois cents tonneaux en droiture vers les Antilles, il en faut au moins cinquante pour aller chercher des Noirs. Dans le contexte d'un voyage à haut risque, deux raisons expliquent ce surplus de main-d'uvre. La première raison est l'hémorragie des hommes provoquée par les débarquements volontaires, les désertions, la maladie, la mort, surtout, qui frappe de 10 à 15 % de l'équipage. La seconde raison est contenue dans la double fonction du marin, manuvrier et garde-chiourme. On comprend qu'il faille des gens pour compenser les défaillances, surveiller ou réprimer les captifs. Un équipage négrier, c'est aussi un grouped'hommes que le capitaine voudrait unis mais que les aléasde la navigation dispersent. Il arrive rarement qu'un équipagesoit le même d'un bout à l'autre et cela peut nuireau bon déroulement de l'expédition : les remplaçantsembarqués aux escales ne sont pas toujours fiables. Audépart, le capitaine recrute lui-même son mondeen puisant d'abord dans son entourage professionnel et parental.La composition de l'équipage répond à desrègles auxquelles il ne peut déroger. Ainsi, lespostes principaux du bord fonctionnent par paires pour pallierles disparitions annoncées: au sein de l'Etat-major, unsecond assiste toujours le capitaine et il y a au moins deux lieutenants,deux enseignes et deux chirurgiens navigants. Il en va de mêmepour les officiers mariniers et non mariniers dont la compétenceet l'expérience sont essentielles : en tête, le maîtred'équipage qui a la haute main sur la cohorte des matelots,novices et autres mousses, pas tous mauvais garçons maisturbulents de nature; suivent les maîtres charpentier, tonnelier,voilier, armurier, des techniciens sûrs; enfin, le cuisinier-boulanger,dont l'éventuel talent n'avait que la table de l'État-majorpour s'exercer. Mais c'est bien de la poigne du capitaine que dépendle sort de l'expédition. C'est un coriace dont la surviepersonnelle et la soif de réussite ignorent les étatsd'âme. Navigateur, commerçant et meneur d'hommes,sa polyvalence fait qu'il est habile, efficace et insensible.Cependant, il n'est pas en permanence la brute que son tristemétier laisse supposer : les Noirs étant son gagne-pain,moins il en perd, mieux vont ses affaires.
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