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Le livre de Tidiane N’Diaye
Lu dans la presse

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ESCLAVAGE LIVRE, 2008 | LE GENOCIDE VOILE, DE TIDIANE N’DIAYE
__Lu dans la presse
UNE MISE AU POINT SALUTAIRE SUR LA TRAITE DES NOIRS EN AFRIQUE MEME. On se souvient de l'émoi créé par la publication de l'ouvrage d'Olivier Pétré-Grenouilleau, Les traites négrières. Essai d'histoire globale (Gallimard, 2004). Sans en faire le principal de son propos, l'historien avait traité de deux des dimensions de la traite : le commerce d'esclaves intra-africain et la traite transafricaine arabo-musulmane.
Puis il avait comparé avec la traite transatlantique. Ne serait-ce qu'à raison des temporalités différentes, trois siècles pour la traite occidentale, treize pour celle arabo-musulmane, il n'était pas difficile de conclure que la deuxième n'avait pas été moins dévastatrice pour le malheureux continent africain que la première. Cette comparaison avait pourtant été considérée par certains comme indécente.
En mettant ainsi en regard les deux traites, n'invitait-on pas à relativiser la traite des Noirs conduite par les Etats européens et à minimiser ce qu'avait d'odieux ce "commerce d'ébène" ? Comme, au même moment, on se préoccupait, au Parlement, de qualifier cette mise en esclavage de millions d'hommes et de femmes de "crime contre l'humanité", l'enjeu avait pris un tour "mémoriel" et l'affrontement, une dimension politique. Nul doute qu'avec la traite négrière nous tenons une tragédie historique. Mais, l'on mesure combien son approche historique, sous le double signe de la culpabilité et de la repentance, est le plus sûr moyen d'en mal connaître et l'ampleur et la diversité. Il revenait à un auteur africain de dire sur le sujet quelques vérités qui fâchent.
Tidiane N'Diaye, anthropologue et économiste de formation, reprend donc la question de la traite arabo-musulmane. Il établit que la déportation, accompagnée de ses expéditions guerrières meurtrières, en a fait une traite "bien plus dévastatrice que la traite transatlantique". Voilà pour la "concurrence de bourreaux".
Mais, les développements les plus stimulants de l'ouvrage touchent à la variable religieuse du problème. Du Coran, en effet, on peut déduire qu'un musulman ne saurait réduire en esclavage un autre musulman. Les populations africaines, même islamisées, ne tirèrent pourtant pas le bénéfice de cette prescription religieuse. En fait, la version arabe de la "malédiction de Cham" aura continûment nourri un racisme de type biologique. Ce n'est pas le moindre intérêt du livre de Tidiane N'Diaye de nous rappeler combien ce racisme-là reste, encore aujourd'hui, profondément enraciné dans les sociétés du Maghreb, du Proche-Orient et de la Péninsule arabique. Marc Riglet, Lire, mars 2008.
LE GENOCIDE VOILE, UNE ENQUETE ET NON UN ROMAN. L’anthropologue et économiste Tidiane N’Diaye est l’un des grands spécialistes des civilisations négro-africaines et de leurs diasporas. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur ce sujet
Les Arabes ont razzié l'Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d'hommes qu'ils ont déportés ont presque tous disparu du fait des traitements inhumains. Cette douloureuse page de l'histoire des peuples noirs n'est apparemment pas définitivement refermée. La traite négrière a commencé lorsque l'émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un "Bakht" (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d'esclaves. La majorité de ces hommes étaient prélevés sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d'une énorme ponction humaine qui devait s'arrêter officiellement au début du XXe siècle.
Le travail de l’anthropologue et économiste Tidiane N’Diaye se définit par un projet clair et précis : réécrire avec objectivité et sans complaisance l’histoire négro-africaine. Tragédie des traites transatlantiques et arabo-musulmanes, des diasporas, grandeur de l’empire éthiopien, ghanéen ou malien, héroïsme des révoltes (les marrons), L’Eclipse des dieux, son livre précédent, était un condensé d’une histoire des peuples noirs, falsifiée ou oubliée.
Avec Le Génocide voilé, l’essayiste se focalise sur le sujet, à la fois tabou et polémique, que représente la razzia de l’Afrique subsaharienne par les Arabes sous la forme d’un commerce violent et d’un génocide méconnu. Lui-même noir, musulman et chercheur, N’Diaye a su transcender le pathos masochiste occidental et éviter les concessions filiales pour dresser un constat accablant à partir d’une enquête sérieuse et documentée. Loin de se contenter de comparer la traite occidentale à celle évoquée dans ce livre, il préfère témoigner de cette amnésie tout en tentant d’en expliquer les causes. Ainsi, c’est avec courage et sincérité qu’il confirme la persistance de l’esclavagisme dans certaines régions, qu’il interprète, par exemple, le conflit du Darfour de ses précieuses informations, qu’il dénonce la brutalité passée et inavouée du prosélytisme islamique envers les populations africaines, qu’il objective, enfin, la volonté actuelle de "voiler" ce génocide.
L’intérêt de ce livre réside également dans l’absence de ressentiment ou d’idéologie, au profit d’un souci évident de réhabilitation historique et d’une justesse des affirmations. Un livre étonnant, exaltant - paradoxalement passé inaperçu - mais qui a l’avantage d’éclairer le passé pour mieux appréhender le présent et investir l’avenir d’un regard neuf et lucide, sans volonté de nuire ou d’opposer. Africtuel.com.
L’HISTOIRE D’UN MAL ABSOLU. "Le génocide voilé (250 pages, Gallimard). Son auteur Tidiane N’Diaye est un anthropologue et économiste spécialisé dans les civilisations négro-africaines. Il présente son travail comme une enquête historique, ce qui n’est pas faux, mais n’annonce pas le caractère implacable de son réquisitoire argumenté.
L’histoire qu’il nous raconte, avec un vrai souci de l’écriture, est accablant pour les Arabes musulmans présentés comme d’"impitoyables prédateurs". A ses yeux, il ne fait aucun doute que "la ponction transatlantique" de l’Occident, qui a duré quatre siècles, est peu de choses en regard de "la génocidaire traite négrière arabo-musulmane" qui a duré treize siècles jusqu’à son arrêt officiel au début du XXème bien qu’elle se poursuive encore. "L’histoire de ces Arabes qui plongèrent les peuples noirs dans les ténèbres fut surtout celle du mal absolu", écrit-il, avant d’évoquer massacres, destruction, déportation, traitements inhumains et castration généralisée.
Le plus étonnant est qu’un livre d’une telle force n’ait pas soulevé davantage de débats dans une société peu tolérante pour cette prise de risques. En usant d’un ton beaucoup plus serein, l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau s’était fait "lyncher" récemment encore. Blog de Pierre Assouline [Les blogs du Monde].

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