|  L'intérieur du Dôme du Rocher  Le Kotel, ou mur occidental ou Mur des Lamentations L'intérieur de la Mosquée Al-Aqsa | | | Une ville, trois religions, trois histoires
| JERUSALEM. En hébreu Yerushalayim [la paix apparaîtra]; en arabe Al Qods [la Sainte]. Ville de Palestine, capitale de la Judée édifiée à 800 mètres daltitude à la frontière israélo-cisjordanienne, composée de la ville moderne (Israël) et de la vieille ville. La ville compte aujourdhui 430'000 habitants, dont 190'000 Palestiniens. En 1947, lors du partage de la Palestine, les Nations unies placent Jérusalem sous statut international. En 1948, pendant la guerre dindépendance, Israël conquière la partie ouest de la ville, la partie orientale passant sous contrôle jordanien. Lors de la guerre de six jours de1967, Israël occupe Jérusalem-Est, peuplée alors uniquement de Palestiniens. Chef lieu du district de Jérusalem (Israël), la ville moderne (université hébraïque, centre détudes talmudiques) est depuis 1950 la capitale déclarée de lEtat dIsraël en dépit de la contestation absolue de ce titre par les Etats arabes. En 1980, Jérusalem a été proclamée capitale éternelle par la Knesset, le parlement israélien. Les dirigeants du futur Etat palestinien souhaitent, eux aussi, faire de Jérusalem leur capitale. | Située dans les monts de Judée, sur quelques collines de lancienne terre de Canaan, Jérusalem est devenue, en trois mille ans, le lieu saint de trois grandes religions monothéistes : judaïsme, islam et christianisme. Les passions et les conflits quelle suscite dépassent les frontières du Proche-Orient. Une ville, trois religions, trois histoires
Yerushalayim la juive |  | | Le roi David | Cest en 1004 avant J.-C. que le roi David, qui a rallié toutes les tribus dIsraël, conquière Jérusalem et sempare de la forteresse de Sion, renommée "cité de David". "La construction dun palais royal et linstallation de lArche sainte à Jérusalem la consacrent - comme capitale politique et religieuse du royaume de David", note Mireille Hadas-Lebel dans son étude sur "Le peuple hébreu" [Découvertes Gallimard, Paris, 1997]. Le judaïsme, religion nomade, dont lhistoire comme avec Abraham il y a quatre mille ans, devient une religion sédentaire. Jérusalem, aussi appelée Sion, devient le centre religieux unique du peuple hébreu. La Bible y situe le sacrifice dAbraham, le venue du Messie, lannonce de lApocalypse. "Dieu est en Jérusalem, elle ne peut chanceler", disent les Psaumes. Salomon [-968, -928], qui succède à David, est le bâtisseur du "Temple de Jérusalem", la "Maison du Seigneur", construit sur le mont Moriah, à côté du palais royal. La construction, étalée sur sept ans, sachève en 957. Quatre siècles plus tard, en 597 puis en 586, le roi de Babylone, Nabuchodonosor, assiège Jérusalem, met le feu au Temple, au palais royal et à toute la ville. Il emmène en captivité à Babylone une partie de la, population [Judéens]. Des prophètes Isaïe, Jérémie, Ezéchiel entretiennent lespérance du retour et de la renaissance de Jérusalem. En 539, le roi des Perses, Cyrus, sempare de Babylone : il autorise le retour des Judéens exilés et la reconstruction du Temple. Lédifice est inauguré en 565. La conquête de lempire Perse par Alexandre, venu de Macédoine, en 332, na pas dincidence sur le statut de Jérusalem et la liberté de religions des Juifs. Loccupation romaine, de Pompée puis de Jules César, se manifestera, elle aussi, par des mesures favorables pour les Juifs "peuple ami et allié du peuple romain".  | | | Le temple d'Hérode reconstitué | | Après la mort de César (-44), Hérode fait édifier dans la ville haute un grand palais fortifié et reconstruire le Temple dont la construction lui paraît trop modeste. "Hérode, raconte Mireille Hadas-Lebel, aménage la plus vaste esplanade du monde antique (deux fois plus étendue que le forum que Trajan fera édifier à Rome). La vaste cour du Temple est ouverte à tous, étrangers compris mais lentrée dans lenceinte sacrée, qui nécessite une purification particulière, nest permise quaux israélites en état de pureté. Dans lédifice lui-même, la tripartition du Temple de Salomon est maintenue. Il est rebâti de marbre blanc rehaussé dor et neuf de ses portes sont revêtues dor et dargent aux frais de certains riches fidèles. Au soleil levant, son aspect éblouit la vue ; "Il apparaissait de loin comme une montagne enneigée car là où il nétait pas couvert dor, il éclatait de blancheur". Ce second Temple ne survivra pas à la révolte juive contre loccupation romaine. Assiégée, Jérusalem est engloutie, en 70, par lassaut des troupes romaines : le Temple est incendié, les soldats "se répandent dans les ruelles, brûlant, massacrant et pillant sur leur passage", commente Mireille Hadas-Lebel qui ajoute : "Titus ordonne de détruire la ville de fond en comble et bientôt plus rien ne laisse imaginer lancienne ampleur de Jérusalem". Le Temple ne sera jamais reconstruit. La ville est rebaptisée Aelia Capitolina. En 135, Hadrien interdit aux juifs de résider à Jérusalem; il délaisse le nom de Judée et baptise la nouvelle province romane Palaestina (du grec Philistie,, qui désigne un territoire plus large). Lesplanade du Temple et le mur des Lamentations Pendant dix-huit siècles, le judaïsme redevient religion de lexil, attachée à la Loi et à la synagogue. Même détruite, Jérusalem reste "le nombril du monde", la ville sainte dont les Juifs en diaspora espèrent la reconstruction dans toutes les prières. La parole "Lan prochain à Jérusalem" exprime lespérance de retour des émigrés juifs. Le projet sioniste, à la fin du XIXe siècle, permet de restaurer le lien concret entre la diaspora et une Terre promise (Israël) et une ville sainte unique, Jérusalem. Du Temple dHérode, il ne reste quune partie du mur occidental, connue sous le nom de "mur des Lamentations" le seul endroit de la ville où, sous la domination romaine, les Juifs ont le droit de venir pleurer un jour par an. Lesplanade du Temple est devenue, après la conquête arabe de 638, lesplanade des Mosquées. A la création dIsraël, en 1948, Jérusalem est coupée en deux, la Vieille Ville étant intégrée à la Jordanie. Malgré laccord signé entre les deux gouvernements, les juifs nont pas accès au mur des Lamentations. La partie arabe de la ville est annexée par Israël lors du conflit israélo-arabe de 1967. Au lendemain du conflit, Jérusalem est proclamée capitale de lEtat dIsraël. "Nous sommes revenus au plus saint de nos lieux saints et nous ne nous en séparerons jamais", déclare alors le général Moshe Dayan, le vainqueur dune "guerre de six jours". Lieux saints et souveraineté La souveraineté sur les Lieux saints est, aujourdhui, lobjet dune discorde entre israéliens et palestiniens qui veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de leur futur Etat. Elle oppose, dit Henri Tincq, dans "le Monde"[13.01.2001], "des pierres sacrées et des hommes". Remarquant que ce nest que depuis 1967 que "les juifs religieux et la droite israélienne font de la souveraineté temporelle sur le Temple [
] la garantie de lindivisibilité mythique de Jérusalem et de léternité de lEtat dIsraël", il définit ainsi la revendication juive : "Pour les juifs, qui ne peuvent plus en vénérer que le soutènement occidental (le mur des Lamentations), le Temple est le signe le plus visible de la présence de Dieu au milieu de son peuple, le symbole de la permanence de lhistoire juive à travers ses exodes et ses exils, laboutissement de toutes les utopies et de laventure messianique. Jérusalem est le lieu unique de la rédemption promise, et nombreux sont ceux qui viennent se faire enterrer face à la Vieille Ville. Toute la théologie juive est ainsi fondée sur cette centralité du Temple, sans comparaison avec luniversalité chrétienne, qui a propulsé des missionnaires au bout du monde et érigé des villes-sanctuaires à Alexandrie, Rome, Constantinople ou Moscou." Pour lécrivain Elie Wiesel ["Le Monde",18.01.2001], les Palestiniens ne peuvent faire de la Vieille Ville de Jérusalem leur capitale ; cette exigence, si elle était satisfaite, dit-il, priverait "le peuple juif de sa légitimité sur la cité de David et son droit sur son passé historique". "Que les musulmans tiennent à conserver un lien privilégié avec cette ville à nulle autre pareille, on peut le comprendre. Bien que son nom ne figure point dans le coran, elle est la troisième cité sainte de leur religion. Mais pour les juifs, elle reste la première. Mieux : elle est la seule. Pourquoi les palestiniens ne seraient-ils pas satisfaits de garder le contrôle de leurs lieux saints, comme les chrétiens auraient droit au contrôle des leurs ?" Jérusalem la chrétienne Cest à Jérusalem que se sont déroulés les principaux actes fondateurs du christianisme. "Cest à Jérusalem que Jésus entre au Temple, prêche, vit la Passion et la Résurrection, écrit Josette Alia dans "Le Nouvel Observateur" [12-12.10.2000]. Cest à Jérusalem que les apôtres reçoivent lEsprit saint au jour de la Pentecôte pour prêcher la foi nouvelle. Pourtant ce sont les chrétiens qui semblent être aujourdhui les moins attachés à Jérusalem en tant que lieu religieux, sur lequel ils pourraient réclamer des droits. La raison en est simple : la christianisme a fondé, avec Paul de Tarse, une religion qui saffirme universelle et qui na donc plus avec Jérusalem de lien privilégié, politique ou territorial". Après la mort du Christ, les apôtres quittent Jérusalem et vont prêcher à travers le monde. Mais une Eglise chrétienne est présente à Jérusalem. Dès le IIe siècle, le jour sacré le sabbat est remplacé par le "jour du Soleil", premier jour de la Création et jour de la résurrection du Christ. Lempereur Constantin, au début du IVe siècle, entreprend de faire de Jérusalem une ville chrétienne. "Là où se situe le Golgotha, un temple de Vénus est remplacé par une église ronde, lAnastasis ["résurrection"] qui deviendra plus tard le Saint-Sépulcre. Les édifices païens construits sur lesplanade du Temple sont rasés mais on y laisse un champ de ruines, signe de labaissement des Juifs", écrit Mireille Hadas-Lebel dans son histoire du "Peuple hébreu". La conquête musulmane en 638 se fait sous le signe de la clémence. "Vos vies seront épargnées, vos biens protégés, vos églises respectées aussi longtemps que vous paierez le tribut", dit le calife Omar. Arrivent, quatre siècles plus tard, les croisades la première est prêchée en 1096 par le pape urbain II pour conquérir et défendre le Saint-Sépulcre, Jérusalem et la Terre sainte. En 1099, Jérusalem est mise à sac. Les croisés "firent un massacre sans exemple. Il ne resta pas un seul musulman ou juif vivant", écrit Guillaume de Tyr. De Godefroi de Bouillon à Saint-Louis, au nom du Christ, des occidentaux massacrent les infidèles, et fondent les Etats latins dOrient. Cette épopée de la foi est vécue comme une agression barbare par des musulmans qui proclament le jihad ou guerre sainte. En 1291, les occidentaux sont définitivement expulsés de la Terre sainte par Saladin, sultan dEgypte et de Syrie. Jérusalem retourne à lislam. Pendant neuf siècles, elle restera musulmane. Al Qods la musulmane  | | | "L'Ascension du phophète Mahomet" | | Jérusalem est, après La Mecque et Médine [en Arabie Saoudite], le troisième lieu saint de lislam. "Lors de la première période de domination arabo-musulmane, écrit Henri Tincq dans "Le Monde", les califes omeyyades, abbassides, fatimides gouvernaient la Palestine à partir de Damas, de Bagdad, du Caire. Jérusalem na jamais été la capitale dun Etat musulman, ou même dune province au sein dun empire musulman. "Ce nest quà lépoque des croisades que, sans atteindre un rang équivalent à celui de La Mecque et de Médine, Jérusalem est devenue ville sainte, à défendre contre tout irrédentisme chrétien hier, juif aujourdhui. Depuis, Al Qods et lesplanade des Mosquées doù le Prophète a fait son ascension nocturne vers Dieu sur sa jument Buraq sont investis dune dimension affective et eschatologique qui en font plus quun lieu saint : cest une donnée coranique, identifiée à un épisode de résistance militaire et religieuse, à un imaginaire meurtri par le souvenir des croisades et "reconquistas" en tout genre, porteuse de toutes les aspirations de laire musulmane." "Au début de la révélation coranique lorsque Mohammed tentait dintégrer à lislam naissant les anciens prophètes, Abraham, Moïse et Jésus, cest vers Jérusalem que se tournaient les croyants pour prier, avant de préférer finalement La Mecque, rappelle Josette Ali. Cest aussi vers Jérusalem que le Prophète fut enlevé un soir par larchange Gabriel, sur son cheval Bourak, un cheval ailé à tête de femme et queue de paon. Mohammed marqua de son pied le rocher dAbraham et il monta jusquau ciel où Allah lui révéla la loi coranique. Voyage rapporté dans un hadith célèbre : "Louanges à celui qui a transporté dans la nuit son serviteur du lieu de culte sacré au lieu de culte le plus éloigné dont nous avons béni lenceinte afin de lui montrer certains de nos signes merveilleux". Pour tout musulman, Al Qods est donc bien la troisième ville sainte après La Mecque et Médine. Mais elle nest que la troisième, à la fois essentielle parce que le Voyage initiatique de Mohammed rattache lislam à la tradition abrahamique et marginale". Lesplanade des Mosquées Lesplanade des Mosquées, nommée "Al-Haram al-Charif" [le "noble sanctuaire"] par les musulmans comprend, sur un rectangle de 14 hectares, le Dôme du Rocher, ou mosquée dOmar, lieu où Mohammed sest rendu sur son cheval ailé, et la mosquée Al-Aqsa, "la lointaine", qui, selon la tradition, se dresse sur le rocher le plus lointain jamais atteint par Mohammed au cours de ses voyages. "La mosquée Al-Aqsa de Jérusalem est plus quun lieu saint. Cest une donnée coranique", explique le père Emile Shoufani, prêtre melkite, connu pour ses efforts en faveur du dialogue entre les communautés juive, musulmane et chrétienne. Pour le "curé de Nazareth, selon le titre du livre paru en France en 1998 (Albin Michel), "cest à cet endroit précis et inviolable que le Prophète est monté au ciel. Pour le chrétien, il est toujours possible daller prier un peu plus loin que lendroit où il a lhabitude de prier. Dans lislam, cest inimaginable" ["Le Monde", 21.11.2000]. Sources : "Le peuple hébreu", Mireille Hadas-Lebel, Découvertes Gallimard, Paris, 1997; "Lorient des croisades", Georges Tate, découvertes Gallimard, Paris, 1991; quotidien "Le Monde", Paris, 2000 et 2001; hebdomadaire "Le Nouvel Observateur", Paris, 2000. |