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SADDAM HUSSEIN |
IRAK, BAGDAD, 30 DECEMBRE 2006 / L'EXECUTION DE SADDAM HUSSEIN __Les réactions : dans la presse
Saddam Hussein, condamné pour l'exécution de 148 villageois mais accusé d'avoir provoqué des dizaines de milliers de morts, a été pendu [le 30 décembre 2006] à l'aube, "résolu et courageux", selon un témoin. L'exécution de l'ancien président irakien, juste avant 6h. (3h. GMT), qui n'a pas donné lieu immédiatement à de grandes scènes populaires à Bagdad, a été saluée par le président américain George Bush comme une "étape importante" de l'Irak vers la démocratie. "Saddam est monté calmement à la potence,
il était résolu et courageux", a raconté
à la télévision nationale Iraqia le Conseiller
à la sécurité nationale, Moaffaq al-Roubaï.
Il "n'a pas essayé de résister, n'a rien demandé.
Il tenait un coran dans sa main qu'il a souhaité envoyer
à une personne". Il avait "les deux mains attachées
quand il a été pendu", a raconté M.
Roubaï. AFP, Paris, 30 décembre 2006.
Il a été reconnu coupable par un tribunal irakien mis en place par la "coalition internationale", c'est-à-dire par les Américains, qui l'ont chassé du pouvoir en 2003. [ ] Sa culpabilité ne fait aucun doute. [ ] Pourtant, la pendaison du dictateur provoque malaise et désapprobation. Ces sentiments ne sont pas liés aux conditions du procès, encore qu'il y aurait beaucoup à dire à ce sujet : même si les juges irakiens ont tenté de respecter les formes, la justice des vainqueurs a toujours quelque chose d'inquiétant. La gêne ne tient pas, non plus, aux regrets que l'on peut éprouver parce que Saddam Hussein n'aura pas à rendre compte de l'ensemble de ses crimes. [ ] Beaucoup d'Irakiens réclamaient la mort de celui qui fit régner la terreur dans leur pays. Mais il n'est d'opposition à la peine de mort que de principe. Et ce principe, s'il est admis, comme il l'est dans toute l'Union européenne, ne souffre pas d'exception. Prendre en compte des circonstances exceptionnelles, c'est miner le principe lui-même. [ ] George W. Bush, qui ne sait ni pourquoi maintenir ses 140 000
soldats en Irak ni comment les retirer, a salué l'exécution
de Saddam Hussein comme "une étape importante sur
le chemin de la démocratie". C'est une conception
de la démocratie. Elle n'est pas la nôtre. Le
Monde, Paris, 31 décembre 2006. Saddam Hussein est mort sans ciller. Pendu haut et court comme un outlaw de l'ancien Ouest, il a subi son sort avec la dignité d'un chef d'Etat. Génie du mal abattu, il a réussi, une dernière fois, à inspirer la crainte, sinon le respect. Il était haï comme bourreau. Il est plaint comme victime. Pourquoi lui avoir fait cet incroyable cadeau ? Dans l'étrange mentalité américaine, reproduite dans l'embryon de démocratie irakienne, on cherche en vain le sens de ce crime qui, selon le mot classique, est plus qu'un crime : une faute. [ ] Plaindra-t-on Saddam ? Au-delà de l'effroi que suscite toujours la mort d'un homme, certainement pas. Rarement dictateur aura autant fait souffrir son peuple et tué autant de ses compatriotes, sans parler des centaines de milliers d'Iraniens _ ou des milliers de Koweïtiens _ qu'il a sacrifiés à son ambition cruelle. Il ne faut pas plaindre celui qui tenait la vie humaine en si peu d'estime. Il faut plutôt plaindre ses bourreaux. Comment peuvent-ils fonder un ordre acceptable sur la vengeance ? [ ] On cherche les précédents : la Convention immolant Louis XVI, Lénine faisant assassiner la famille impériale à Ekaterinbourg. Dans les deux cas, on était en guerre civile et on inaugurait le règne de la Terreur. Les fureurs de l'épuration dissipées, de Gaulle gracia Pétain pourtant condamné en bonne et due forme. Tourner une page ? Churchill considérait qu'il eût fallu exécuter les leaders nazis sans cérémonie. Mais Churchill était l'homme des tempêtes. Mauriac, «Saint François des assises», plaida pour la charité et la réconciliation, tout comme Camus, contre les communistes qui demandaient du sang. Les procès sont une pédagogie de la mémoire collective. Celui de Saddam ne servira en rien au peuple irakien. A l'origine des civilisations, il y a souvent un crime fondateur.
Mais quelle civilisation est-ce là, qui pend au petit matin
dans un appentis clandestin sous l'oeil d'une caméra voyeuse,
le jour de la plus grande fête religieuse ? On attendait
un acte de justice. On a un crime de guerre civile. Laurent
Joffrin, Libération, Paris, 1er janvier 2007. Presse saoudienne : une exécution "confessionnelle" En Arabie Saoudite et au Qatar, plusieurs journaux ont dénoncé, le 1er janvier 2007, une exécution "confessionnelle".
De son côté, le quotidien Al-Jazira s'indigne que l'exécution ait eu lieu au premier jour de la fête musulmane d'al-Adha. "Cette exécution fait fi des sentiments des musulmans, d'autant que plus de trois millions de fidèles étaient rassemblés dans les sanctuaires" pour le pèlerinage annuel à La Mecque, en Arabie Saoudite, écrit le journal, qui souligne qu'"utiliser l'Aïd al-Adha de manière aussi vile ne rend pas service à l'Irak. Au contraire, cela accentue davantage le clivage ethnique et confessionnel". "Penser que la pendaison de Saddam Hussein marque une nouvelle étape n'est peut-être pas faux", écrit pour sa part le quotidien Al-Riyadh, qui pronostique "un divorce sans retour entre chiites et sunnites" irakiens. Au Qatar, titrant "l'Irak sur la guillotine", le quotidien Al-Charq estime que "la pendaison de Saddam Hussein entre dans le cadre de la vengeance individuelle et confessionnelle". "C'est une image qui n'honore pas le gouvernement du nouvel Irak". |