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LE MOUVEMENT OLYMPIQUE, HISTOIRE | DOUZE SIECLES DE JEUX
__D'Athènes 1896 à Pékin 2008
L'olympisme est une des plus anciennes idées de l'humanité. Un regard sur plus de 2300 ans d'histoire, d'Olympie aux jeux de l'ère moderne.
Evoquer les XXIXe olympiades - dont trois ne purent être célébrées, en 1916, 1940 et 1944 - ce n'est pas accumuler les noms des champions, les performances et les records. Mais souligner leur évolution propre, qu'il y aurait profondément erreur à dissocier du contexte général, des événements et des courants sous-jacents, bref de la marche du temps et de la société.
Une vue synthétique distinguera trois périodes.
De difficiles débuts
Le Congrès de Paris (1894) avait décidé que les premiers Jeux auraient lieu dès 1896 à Athènes, en hommage à l'Olympie antique et au berceau étymologique de la démocratie. Cependant, le Premier ministre hellène en refusait la charge, arguant de la très difficile situation économique; débarquant au Pirée en novembre 1894, Coubertin va faire pencher la balance.
Le 6 avril 1896, le roi Georges 1er proclame solennellement l'ouverture; les compétitions réunissant - ce qui est une grande innovation - les différentes catégories des sports contemporains (athlétiques, gymniques, de combat, nautiques, vélocipédique) mis sur un pied d'égalité, confrontent 81 sportifs venus de 12 pays à 230 grecs dans 9 disciplines et 43 épreuves, dont le "marathon" inventé... par le philologue français Michel Bréal et que remportera Spiridon Louys pour le plus grand bonheur de ses compatriotes. Certains jours, plus de 50’000 personnes se pressent sur les gradins du stade en marbre du Pentélique.
Après ce brillant départ, presque inespéré, Coubertin doit affirmer l'universalité des Jeux, malgré la tentation des Grecs à en revendiquer la "propriété". Mais les éditions suivantes engendrent bien des péripéties, et les Jeux Olympiques ne se poursuivent qu'en s'agrégeant à d'autres manifestations : l'Exposition Universelle pour Paris (1900); la "World's Fair" de Saint-Louis, USA, (1904), à participation essentiellement nord-américaine et comportant deux journées "anthropologiques" fort peu appréciées par les européens; l'Exposition commerciale franco-britannique marquant "l'entente cordiale" à Londres (1908), où rivalisent 2.035 athlètes de 22 nations.
Entre temps (1906) ont pris place les "Jeux internationaux d'Athènes", à l'occasion du dixième anniversaire de l'édition initiale et que le CIO ne retiendra pas dans la chronologie olympique officielle.
L'épanouissement
A Stockholm (1912), les Jeux - dégagés cette fois de toute Exposition - deviennent adultes : dans la belle lumière de l'été nordique, 2’490 hommes et 57 femmes de 28 pays prennent part aux épreuves, dans le stade en brique rouge construit tou exprès. Le succès du Congrès olympique de Paris, en juin 1914, celui "du XXe anniversaire du rétablissement", à l'occasion duquel apparaît pour la première fois le drapeau aux cinq anneaux de couleur -conçu et dessiné par Coubertin lui-même- témoignent du chemin parcouru : 140 participants scellent la rencontre du CIO avec les délégués des Comités Nationaux Olympiques.
Les Jeux Olympiques de 1916 étaient prévus à Berlin... Cependant, ils vont survivre à l'épreuve de la Première Guerre mondiale, durant laquelle Coubertin transfère et fixe à Lausanne (10 avril 1915) le siège permanent du CIO A Anvers (1920), où l'on prononce le premier serment olympique, les joutes sportives reprennent. Une "Semaine internationale des Sports d'hiver" à Chamonix -amorce du cycle séparé des Jeux Olympiques d'hiver - précède de cinq mois les Jeux de Paris, alors que Coubertin va quitter le 26 mai 1925 à Prague la présidence active du CIO; ruiné au service de ses idées, il connaîtra une fin de vie digne mais très difficile, disparaissant le 1er janvier 1937.
Amsterdam (1928) où l'Allemagne est réintégrée, Los Angeles (1932) ouvert dans un Memorial Coliseum de 105’000 places : le développement se poursuit. Pour Berlin (1936), une flamme allumée à Olympie embrase la grande vasque du stade, 49 pays, 4 066 athlètes dont 328 femmes, sont au rendez-vous; l'organisation est impeccable mais il apparaît clairement qu'il s'agit d'une démonstration de puissance du régime nazi; diverses tentatives de boycottage ont échoué, et "l'Olympiada popular" de protestation prévue à Barcelone ne pourra se tenir car le putsch franquiste éclate la veille de l'ouverture.
L'Europe et le monde bientôt à feu et à sang, la famille olympique ne se retrouve qu'à Londres (1948), puis à Helsinki (1952) où sont réunis 4’925 athlètes de 69 pays -l'U.R.S.S faisant son entrée- et que l'on considérera, devant un public fervent de connaisseurs de l'effort athlétique, comme les Jeux les plus purs et les plus accomplis.
A Melbourne (1956), malgré les répercussions de l'expédition franco-britannique à Suez et de la répression de Budapest par l'armée rouge, les Jeux gagnent un nouveau continent.
Les Jeux Olympiques, caisse de résonance mondiale
En 1936 déjà de très rares privilégiés avaient découvert quelques images tremblotantes en noir et blanc. A Rome (1960), se produit le véritable démarrage de la télévision d'images olympiques en direct : les droits versés sont inférieurs à 2 millions de dollars, pour atteindre 34 millions seize ans plus tard, et dépasser 400 en 1988. On comprend que la dimension du phénomène s'en trouve transformée, et que la mondiovision fasse dorénavant du Comité international olympique une puissance bénéficiant d'une partie de ces retombées télévisuelles.
Les Jeux Olympiques atteignent l'Asie à Tokyo (1964); puis l'Amérique latine à Mexico (1968), ils s'y trouvent à 2250 mètres d'altitude et 5’531 athlètes de 112 pays vont prendre part aux 172 épreuves d'un programme toujours plus étoffé après qu'une femme, Enriqueta Basilio, ait accompli l'ultime relais des porteurs de la torche. Munich (1972), Jeux de l'ultime présidence du troisième successeur de Coubertin, l'Américain Avery Brundage, défenseur intransigeant d'une conception dépassée de l'amateurisme, voit l'irruption de la tragédie lorsque le 5 septembre des terroristes palestiniens investissent mortellement le pavillon d'Israël au village olympique.
Les Jeux Olympiques ont pris désormais une telle envergure qu'ils n'échappent plus aux convulsions d'un "monde extérieur" dont les sportifs se croyaient affranchis et protégés. Montréal (1976), Moscou (1980) dont soixante-deux Comités nationaux sont absents en réaction plus ou moins imposée par leurs gouvernements contre l'entrée des troupes soviétiques en Afghanistan, Los Angeles (1984) avec le retour du balancier et l'abstention presque complète des pays de l'Est européen, Séoul (1988) où de par l'action personnelle de l'espagnol Juan Antonio Samaranch -le septième président du CIO élu huit ans plus tôt- l'unité est rétablie puisque 8’465 athlètes de 159 pays s'alignent mais qui voit le premier du 100 mètres le canadien d'origine jamaïquaine Ben Johnson exclu pour dopage, Barcelone (1992) avec un nombre d'épreuves porté à 259, Atlanta (1996) cent ans après le premier coup d'envoi : l'événement n'a cessé de grossir.
A Sydney, le 15 septembre 2000, ils sont plus de 15’000 athlètes et officiels à entrer en lice devant un nombre égal de représentants des médias, des centaines de milliers de spectateurs et 4 milliards de téléspectateurs. Tandis qu'en 2004 pour leur vingt-cinquième édition en XXVIII olympiades, les Jeux olympiques des temps modernes reviennent vers Athènes, bouclant ainsi en quelque sorte une première boucle avant de poursuivre leur périple.
Au fil de ce parcours maintenant plus que séculaire, le mouvement olympique et les Jeux qui en sont l'expression immédiatement visible ont inscrit certains de leurs "héros" - le finlandais Paavo Nurmi, les sprinters noirs américains Jesse Owens et Carl Lewis, le tchèque Emil Zatopek par exemple -pour ne parler que de quelques athlètes- parmi les modèles humains. Ils se sont avérés tributaires de la politique, de l'économie, ils se sont fait l'écho des mutations scientifiques, techniques, sociologiques et n'ont pas échappé aux remous du XXe siècle. Ils constituent à l'évidence un riche matériau culturel méritant analyse et réflexion.
08.2008.

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