Retour

|
|
POINT DE VUE, 2008 | LE DEBAT SUR LES JEUX OLYMPIQUES
__Des chaises vides ŕ Pékin
Les hommes et les femmes politiques doivent maintenant prendre leurs responsabilités. Et agir. La répression sanglante au Tibet, l'absence de liberté politique, syndicale, religieuse et d'expression en Chine, les milliers de prisonniers d'opinion, dont une centaine de journalistes et internautes : tout cela devrait conduire les chefs d'Etat, de gouvernement et les membres des familles royales à dire haut et fort leur désapprobation, leur déception, voire leur colère, face aux méthodes déployées par les autorités chinoises.
Pour ces raisons, nous leur demandons d'annoncer dès aujourd'hui qu'ils n'assisteront pas à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques, le 8 août, à Pékin.
Le PC chinois tirera profit d'abord de la réussite de l'inauguration des JO. Menacer de pratiquer la politique de la chaise vide est donc le meilleur moyen de contraindre le gouvernement à mettre en place les changements que nous appelons de nos voeux depuis des années. Les dirigeants des pays démocratiques ne peuvent pas s'abriter derrière les sportifs. Ce n'est pas à eux de boycotter les JO, et nous ne le leur demandons pas. C'est un choix qui incombe aux leaders politiques. L'opinion l'appelle d'ailleurs de ses voeux, comme en témoigne le récent sondage selon lequel 53 % des Français souhaitent que Nicolas Sarkozy boycotte cette cérémonie.
Le Comité international olympique (CIO), par son choix d'accorder les Jeux à Pékin, a placé les sportifs dans une situation pour le moins inconfortable. Ils se retrouvent partagés entre leur vie d'athlètes et leur conscience de citoyens. Quand le CIO a élu Pékin, en 2001, certains de ses dirigeants s'étaient engagés à se faire l'écho des atteintes aux droits de l'homme auprès des autorités chinoises. Jacques Rogge ne s'y est jamais réellement employé. Il ne peut plus se présenter comme un simple organisateur de spectacle, qui n'oublie pas de remercier ses sponsors au milieu des ruines antiques d'Olympie. Le président du CIO peut-il encore se laver les mains de la situation en Chine ? Il lui reste quatre mois, non pas pour exiger, mais au moins demander, c'est le moins qu'il puisse faire, des libérations de prisonniers d'opinion et l'ouverture d'un dialogue avec le dalaï-lama. En cela, la prochaine assemblée générale du CIO à Pékin, début avril, sera cruciale. Si celle-ci reste silencieuse, les sportifs et l'opinion publique se sentiront trahis. Le mouvement olympique pourrait bien y perdre son honneur.
Exiger des hommes politiques et des responsables du mouvement olympique qu'ils s'engagent sur le terrain des droits de l'homme n'est pas "politiser les JO", comme certains l'affirment. Alors que c'est Pékin qui le fait, jour après jour. Il s'agit au contraire de se montrer fidèle à l'esprit olympique et à sa Charte, qui promeut la "dignité humaine". Aux élus des pays démocratiques et aux dignitaires du monde sportif de raviver la flamme. S'il en est encore temps.
Marie Holzman, présidente de "Solidarité Chine";
Wei Jingsheng, président d'Overseas Chinese Democracy Coalition;
Harry Wu, directeur de la Laogai Research Foundation et président du China Information Center;
Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF). Point de vue publié par le quotidien Le Monde, Paris, 2 avril 2008.

|