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POINT DE VUE, MAI 2008 | LE DEBAT SUR LES JEUX OLYMPIQUES DE PEKIN
__Lettre au président du CIO
par Annie Sugier, Linda Weil-Curiel, Anne-Marie Lizin, Elisabeth Badinter, Liliane Kandel
Monsieur Jacques Rogge,
Vous voilà devant un choix historique. Vous avez opposé un refus au projet des athlètes français d’arborer un insigne portant une devise extraite de la Charte olympique "Pour un monde meilleur". Votre réponse relayée par M.Sérandour, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), précise qu’aucune forme de propagande ni de manifestation sur les sites des Jeux, n’est tolérée au motif "que les Jeux ne sont pas le lieu pour exprimer des positions politiques ou religieuses".
Comment justifiez-vous alors qu’aux Jeux d’Athènes en 2004 vous ayez invité à vos côtés, sous la bannière olympique, pour la cérémonie de clôture, une ancienne championne égyptienne portant le voile islamique ? Comment justifier que, depuis les Jeux d’Atlanta en 1996, les athlètes féminines de la délégation iranienne concourent revêtues du costume islamique, signe d’une propagande politique et religieuse au cœur même du stade olympique ? Et à Pékin, n’est-il pas question que des athlètes afghanes, à leur tour, défilent et concourent en portant le voile islamique, pourtant absent aux Jeux d’Athènes pour leur première participation après la chute des talibans ?
Faut-il en conclure que pour des raisons politiques vous cherchez à complaire à des Etats qui vous imposent leur système de valeur en contradiction avec l’universalisme de la Charte olympique ? Une fois le choix de Pékin fait, nous comprenons que le mouvement olympique ne peut pas régler toutes les questions relevant de l’absence de liberté et des injustices qui en résultent. Mais, dans le champ olympique régi par la seule Charte vous avez l’impérieux devoir d’imposer les valeurs dont elle est porteuse.
Nous attendons de vous un engagement total de restaurer les valeurs de l’olympisme d’égalité et de mixité des athlètes dans la fraternité, sans aucun signe distinctif exprimant une identité politique ou religieuse. Alors seulement le sport, les Jeux olympiques, pourront servir comme vous le proclamez la cause de la justice à travers son exemplarité.
Tel était le message dont se voulaient porteurs les athlètes français qui se réclament seulement des sources de l’olympisme.
Annie Sugier, présidente d’Atlanta + (Comité féministe pour l’application intégrale de la Charte olympique); Linda Weil-Curiel, avocate; Anne-Marie Lizin, présidente honoraire du Sénat belge; Elisabeth Badinter, philosophe; Liliane Kandel, sociologue. Point de vue publié dans le quotidien Libération, Paris, 5 mai 2008.

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