J. O. Pékin 2008


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POINT DE VUE, 2008 | LE DEBAT SUR LES JEUX OLYMPIQUES EN CHINE
__Médaille d'or pour le Parti communiste chinois
par Jean-François Huchet

Ces Jeux olympiques auront été une succession d'occasions perdues pour unir la communauté internationale face à la Chine sur la question des droits de l'homme.

Le Parti communiste chinois (PCC) ressort, sans équivoque, comme le grand gagnant de ces JO. Certes, l'épopée désastreuse de la flamme olympique et la volonté frisant parfois le ridicule de faire apparaître la Chine comme un paradis sur terre, ont laissé des traces auprès de l'opinion publique mondiale.

Mais, globalement, le PCC aura atteint ses objectifs en limitant les Jeux olympiques à un événement sportif tout en en faisant, sur le plan intérieur, un puissant instrument politique de renforcement de son pouvoir et de sa légitimité. C'est d'ailleurs, ne l'oublions pas, pour cette raison que Pékin avait été une première fois candidate en 1993, cherchant à faire oublier le massacre de la place Tiananmen, en 1989.

En matière de droits de l'homme, ces Jeux olympiques auront confirmé les plus vives inquiétudes formulées par les critiques du régime depuis l'annonce de la victoire de Pékin en 2001.

Face à des gouvernements occidentaux divisés et peu enclins, malgré leur discours de façade, à défendre les droits de l'homme, le PCC a continué sans fléchir de réprimer toute manifestation de dissidence. Il a même réussi le tour de force de transformer une partie de la population chinoise en porte-parole du régime dénonçant le caractère biaisé, l'ignorance et l'acharnement de la presse occidentale. Ces Jeux olympiques auront été également une succession d'occasions perdues pour unir la communauté internationale face à la Chine sur la question des droits de l'homme. C'est le cas particulièrement en Europe, où les incohérences, les divisions et l'absence de consistance auront une nouvelle fois fait le jeu du pouvoir communiste chinois.

Pour toutes ces raisons, ces Jeux olympiques viennent peut-être de clore avec succès une longue période de reconquête d'une légitimité politique intérieure et internationale que le PCC avait perdue sur les pavés de la place Tiananmen en 1989.

Quid de la période postolympique prévue par de nombreux observateurs comme une "zone de turbulences" pour le régime chinois ? L'économie, du moins à court terme, ne devrait pas poser de graves problèmes.

Les dépenses liées aux Jeux olympiques, évaluées à 42 milliards de dollars depuis six ans, ne pèsent que 0,5 % du total des dépenses d'investissement du pays sur la même période.
Près de 90 % de cette somme ont de plus été dépensés pour des travaux d'infrastructures et d'amélioration de l'environnement qui faisaient largement défaut à Pékin. Il n'existe donc pas de risque d'éclatement d'une bulle spéculative liée aux JO.
Malgré les annonces largement exagérées d'une forte baisse de la croissance, l'économie devrait continuer de croître à un rythme minimal de 8 % à 9 %. La baisse des exportations devrait être très largement compensée par la bonne tenue de la consommation intérieure et des investissements.

Le régime chinois peut également compter sur un immense trésor de guerre, puisqu'il devrait terminer l'année avec près de 60 milliards d'euros d'excédent budgétaire, soit 2 % du PIB et 10 % des dépenses de l'Etat. Faiblement endetté (16 % du PIB), il dispose donc d'une ample marge de manoeuvre pour piloter le rythme de croissance à un niveau soutenu et continuer à en faire son principal atout dans sa course à la longévité.

C'est plutôt sur le plan social que le climat pourrait devenir plus tendu. Les plaies du Tibet et du Xinjiang restent à vif, avec la possibilité de voir les mouvements séparatistes se durcir. En se retrouvant seul avec sa population, sans possibilité de "diversion" extérieure, du moins pas d'une importance similaire aux Jeux olympiques, le régime pourrait voir cesser la trêve des revendications, nourrie de ferveur nationaliste. Si des populations s'estimant lésées par le mode de croissance actuel pourraient donc être beaucoup moins indulgentes que les gouvernements étrangers à l'égard des dirigeants communistes, ces derniers disposent plus que jamais d'un vaste pouvoir de répression et de contrôle social.

Le PCC continuera d'utiliser la force pour tuer dans l'oeuf toute tentative de structuration de ces mouvements sociaux porteurs de revendications politiques. La volonté olympique d'humanisation du régime chinois quittera donc Pékin sans aucune médaille.

Jean-François Huchet est directeur du Centre d'études français sur la Chine contemporaine (Hongkong). Point de vue publié par le quotidien Le Monde, Paris, 26 août 2008.

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