_______L A L E T T RE_______
Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak
__________Vol XXI - N° 34 - juin 2000__________
| LE MOT DU PRÉSIDENT | ENSEIGNANTS ISRAÉLIENS ET PALESTINIENS À GENÈVE | LA HOPE FLOWERS SCHOOL DE BETHLÉEM | AMÉRIQUE LATINE | MANUEL TORNARE EN ISRAËL ET EN PALESTINE | INTERNET : DES LINKS KORCZAKIENS | GROUPE DE LECTURE | QUE PEUT NOUS ENSEIGNER KORCZAK | À LIRE | POÈME |
Le mot du Président
Korczak écrivait : "Parmi tous ces objets obtenus par la mendicité et qui constituent la propriété de l'enfant, il ne faut pas voir un bric-à-brac sans valeur : ils représentent les matériaux et les outils de son travail, ses espoirs et ses souvenirs." (In : Le droit de l'enfant au respect, chap. 3).
Récemment, j'ai trouvé sous la plume de Claude Luexior (In : La poche aux trésors, Paris, Buchet-Chastel, 1998) une autre manière de dire la même chose. C'est si joliment dit que je m'efface pour vous laisser savourer seuls, amis korczakiens, ces quelques lignes à emporter dans vos transhumances estivales :
"Une limace collée sur un bonbon à la menthe, un clou rouillé qui se tord de désespoir et rêve d'être réutilisé, un bâton de glace mal léché, un timbre sans dents et une queue d'orvet : la liste des trésors est longue au fond de la poche enfantine.
"Chaque gamin a ses petites banques portatives sur ses cuisses. Les quenottes caressent d'un geste expert la bille-qui-gagne-à-coup-sûr, la fronde dont l'élastique vient de casser par dépit, le pog et la longue ficelle qui peut toujours servir.
"Les objets précieux sont soupesés, tâtés puis échangés et finissent chez d'autres connaisseurs, dans d'autres cabanes aux branches couvertes de soleil ou sous d'autres tablars secrets. C'est le commerce des connivences avec le grand frère, le temps des serments.
"Et les doigts ont une relation avec cette poche complice que jamais ne pourront avoir le portefeuille de l'homme d'affaires, ni le trousseau des clés orgueilleuses, ni le calepin d'adresses trop bien ordonnées. Seul peut-être, le carnet des rendez-vous d'amour rivalisera-t-il en rêves avec le musée juvénile.
"Ils vont faire leurs devoirs, ces doigts sucrés apposant leurs empreintes sur les marges sacrées. La limace ne comprend rien aux théorèmes, l'algèbre ondule comme un roseau et la marée des lettres s'échappe de l'index appliqué.
"L'enfant regarde son coquillage entre deux paragraphes. Les doigts maintenant soulignés d'encre bleue ont décidément bon goût.
"Collants de bonheur, ils vous sautent au cou avant de reprendre sagement leurs devoirs." D.H.
Enseignants israéliens et palestiniens à Genève
La Middle East Children Association (MECA, cf. aussi La Lettre No 32 de septembre 99 et 33 de février 2000) est une organisation non gouvernementale co-dirigée depuis 1996 par une Israélienne, Adina Shapiro, et un Palestinien, le Dr Ghassan Abdullah. Elle regroupe des éducateurs et enseignants désireux de faire du processus de paix une réalité stable pour les deux peuples. Construire la paix, au-delà des aspects politiques et militaires, consiste notamment à améliorer l'éducation des enfants en encourageant le développement de la tolérance et du respect mutuel. C'est là l'objectif essentiel de MECA.
Afin d'encourager de tels efforts, notre Association, de concert avec la Ville de Genève, participe à l'organisation d'un séminaire au cours duquel une vingtaine d'enseignants palestiniens et israéliens seront réunis près de Genève pendant dix jours en août prochain. Ces enseignants ont en commun d'enseigner l'histoire au niveau gymnasial. Ils travaillent ensemble depuis un an et demi afin d'examiner de manière critique la façon dont l'histoire de leur région est enseignée dans les classes. Bien enseigner l'histoire implique que l'on trouve un juste équilibre entre l'utilisation de l'histoire comme moyen de forger une identité nationale unique et l'enseignement de l'histoire en tant qu'outil de compréhension d'un événement à la lumière d'éclairages divers. Il faut aussi pouvoir permettre à l'élève de se confronter à des aspects incertains ou controversés, lesquels ne sont pas rares dans les périodes conflictuelles des nations.
C'est dans cet esprit que le séminaire de Genève aura lieu. A l'abri de l'agitation de la ville, dans un cadre paisible propice à la réflexion et au dialogue, et inspirés par la vocation réconciliatrice de notre pays, les participants tenteront de mieux se connaître et se comprendre, de préciser leurs désaccords, de définir leurs sources de tensions, de cerner leurs terrains d'entente. Tout ceci en vue de construire un module d'enseignement commun sur l'histoire des deux nations, et plus spécifiquement sur le plan de partition de la Palestine de 1947. Pour les aider dans cette tâche ardue, ils seront encadrés par deux "facilitateurs" et par des experts de la pédagogie, de la médiation, de la résolution de conflit, ainsi que par des historiens. Nous reviendrons sur cette importante rencontre dans La Lettre de l'automne.
La Hope Flowers School de Bethléem est orpheline de son fondateur
C'est avec surprise et beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès subit, en mars dernier, de Hussein Ibrahim Issa, fondateur et directeur de l'Ecole des Fleurs de la Paix à Bethléem. Rappelons que notre Association s'était attachée depuis plusieurs années à faire connaître et à soutenir cette modeste école palestinienne que Janusz Korczak n'aurait pas reniée tant elle était attentive à l'enseignement du respect et de la démocratie.
Né dans un camp de réfugiés proche de Bethléem, Hussein Ibrahim Issa n'avait aucune raison particulière de devenir un ardent défenseur de la réconciliation et de la paix. Eduqué lui-même au martèlement des slogans et des stéréotypes anti-juifs ("on nous apprenait, disait-il, que les Juifs avaient les yeux rouges et une queue comme le diable"), il découvre tout seul, dans ses propres lectures, les vertus du dialogue et de l'humanisme. Ses noms, d'ailleurs, le prédestinent à l'cuménisme puisqu'ils le placent sous le triple signe de l'islam (Hussein), du judaïsme (Ibrahim ou Abraham) et du christianisme (Issa ou Jésus). Ayant acquis sur le terrain, dans le cadre des écoles de l'UNWRA, une formation d'enseignant, Hussein décide alors de quitter le camp de réfugiés où il a passé toute son enfance et sa jeunesse. A quelques pas de là, il construit sa maison et, aidé de sa femme, il y ouvre un jardin d'enfants. Peu à peu, les élèves se faisant plus nombreux, c'est une école de deux étages, construite brique par brique au gré des rares donations lui permettant de se développer et de survivre, qui accueillera jusqu'à 350 enfants âgés de 6 à 15 ans. Cette école a une devise : "Paix et Démocratie", que son bouillonnant fondateur n'aura de cesse de mettre en pratique, malgré les menaces et, à plusieurs reprises, les attentats qui le visent. Par exemple, cas rare en Palestine, les classes sont mixtes.
Dès après les accords d'Oslo qui, à partir de 1993, légitimisent la reconnaissance de l'Etat d'Israël, Hussein Issa décide d'oeuvrer activement au rapprochement entre Palestiniens et Israéliens. Tout d'abord, pense-t-il, il convient de créer des ponts linguistiques.
Passant une annonce dans le Jerusalem Post, il invite des bénévoles israéliens à venir enseigner l'hébreu à ses élèves. Une jeune étudiante en droit de Jérusalem, Adina Shapiro (voir aussi, à son sujet, notre article consacré à un prochain séminaire israélo-palestinien à Genève), elle-même juive orthodoxe, relève le défi. Pendant deux ans, elle va, trois fois par semaine, franchir la frontière (même quand celle-ci est bouclée par l'armée israélienne, ce qui arrive fréquemment) et si bien s'acquitter de sa mission que, dans son sillage, une quinzaine d'autres éducateurs bénévoles vont offrir leurs compétences dans divers domaines. Ainsi naît un réseau d'enseignants israéliens et palestiniens qui apprennent à se connaître, à se faire confiance, à collaborer et à construire ensemble les bases d'une coexistence pacifique. Ainsi naît aussi une génération d'enfants qui découvrent que "l'ennemi" a un visage, une voix, une langue, un sourire ou parfois une colère n'ayant rien de diabolique et avec lesquels on peut communiquer sans y perdre ni son âme, ni sa vie, ni son identité. Multipliant les initiatives réconciliatrices, Hussein va permettre à ses élèves de rencontrer des élèves israéliens, et aux parents de suivre la trace de leurs enfants. Mais apprendre la musique ou planter des oliviers ensemble n'est pas aussi simple qu'on peut l'imaginer depuis la Suisse : il faut vaincre les préjugés et les appréhensions et surmonter de constants obstacles administratifs et sécuritaires. A force d'entêtement, les barrières tombent, les esprits s'ouvrent, les projets se concrétisent...
C'est juste à ce moment de cette singulière trajectoire que la vie d'Hussein, prématurément, s'est arrêtée. L'énergie de cette homme et sa foi ne seront pas faciles à remplacer. Souhaitons que sa femme et ses enfants qui reprennent la direction de l'école parviendront à maintenir le souffle inspiré qui en a fait, depuis une dizaine d'années, une petite bougie lumineuse dans cette région encore tourmentée par d'interminables conflits. Souhaitons aussi que Genève et la Suisse continueront, comme elles l'ont fait dans un passé récent, d'encourager cette école qui, malgré l'extrême modestie de ses moyens, est un véritable et indispensable incubateur des valeurs de la démocratie. Daniel Halpérin
Amérique Latine
Amanda de Hiba, ancien membre de notre Comité, est installée maintenant au Pérou. Elle est très active dans les milieux éducatifs de Lima et organise une conférence sur Janusz Korczak sous les auspices de l'Ambassade de Pologne à Lima.
Par ailleurs notre ami le Professeur Ruben Naranjo de Rosario, Argentine, travaille activement à son livre sur la vie et l'oeuvre de Korczak. Ce sera le premier document de cet importance en espagnol. Le livre devrait être terminé cet été .
Le 23 juin 2000, Ruben Naranjo recevra une distinction très spéciale du gouvernement polonais, par l'intermédiaire de son ambassadeur en Argentine, afin de marquer la reconnaissance de la Pologne à ce défenseur infatigable des droits de l'enfant et de la pensée korczakienne. Nous sommes très heureux que le Professeur Naranjo soit ainsi honoré et nous le félicitons chaleureusement.
Voyage de M. Manuel Tornare, Conseiller administratif, en Israël et en Palestine
En automne 1999, M. Manuel Tornare, a fait un voyage éclair en Israël et en Palestine à la rencontre de ceux qui oeuvrent pour l'ouverture à l'autre et pour la paix à travers des projets éducatifs et sociaux.
Sa tournée a débuté par le Jardin de Paix à Jérusalem, où il a été accueilli par M. Rizek Abusharr, directeur général du YMCA et par la directrice du jardin d'enfants Mme Bassewitch-Ginzburg. M. Manuel Tornare a été fort impressionné par l'ambiance et les réalisations de ce lieu pilote que nos lecteurs connaissent bien.
Elle s'est poursuivie à la Hope Flowers school de Bethléem qui oeuvre avec détermination pour le rapprochement entre enfants israéliens et palestiniens à travers des projets variés. M. Tornare a eu l'opportunité de rencontrer M. Hussein Issa, malheureusement décédé aujourd'hui (voir article de ce numéro).
Le troisième jour de ce court voyage a été consacré à Gaza où le conseiller administratif a rencontré Mme Souah Arafat afin de visiter sa Fondation destinée, d'une part à soigner des enfants souffrant de problèmes moteurs, graves parfois, et de légers handicaps cérébraux, souvent survenus à la suite de traumatisme dus à la situation, et d'autre part à accueillir des enfants souffrant de forme majeur de thalassémie (maladie génétique présente dans le bassin méditerranéen).
L'après-midi était consacré à la visite du "Tuffah educational development center" dirigé par M. et Mme Sobh, éducateurs palestiniens qui portent à bout de bras un projet éducatif et de formation dans ce quartier déshérité de Gaza. Ce centre d'éducation comprend à la fois trois jardins d'enfants, un centre de couture destiné aux mamans des enfants afin qu'elles puissent acquérir une petite formation et sortir de leur isolement. Un troisième volet du travail de M. et Mme Sobh est la formation d'éducateurs et d'éducatrices du jeune enfant. Par ailleurs, le centre Tuffah développe un projet de rapprochement entre éducateurs palestiniens et israéliens.
M. Manuel Tornare a terminé son séjour à Jérusalem en rencontrant M. Henri Cohen-Solal créateur de Beit Ham (Maison chaleureuse) qui offre à des jeunes en difficulté de toutes provenances sociales et religieuses, des lieux de rencontre et d'échanges les aidant à se restructurera se construire une identité. Ce fut un voyage court mais intense et M. Tornare a promis de garder des contacts serrés avec ces différents lieux. Daniel Halpérin
Internet : des "links" korczakiens à gogo
Peu à peu notre site Internet s'enrichit. Depuis quelques semaines, il propose plusieurs pages de liens ("links" pour les branchés) qui donnent accès à une multitude d'autres sites en rapport direct ou indirect avec Korczak. Ces sites sont classés selon leur langue et accompagnés d'un bref descriptif. Alors si vous souhaitez surfer autour de Korczak, n'attendez plus : rendez-vous sur > http://www.droitshumains.ch/korczak. Et si - car les choses changent vite sur internet - vous deviez constater que l'un ou l'autre des links ne fonctionnait plus, soyez assez gentils pour nous en aviser; cela nous aidera à tenir cette rubrique à jour.
Les enfants jardinent au camp d'été de Rozyczka, 1928, dossier photo sur http://www.lhs.se/spec/korczak
GROUPE DE LECTURE : "Quelles sont les conditions nécessaires à l'éducation de la démocratie ?"
En septembre 1999, Emmanuelle Viennois a présenté un mémoire de diplôme d'études approfondies en Sciences de l'éducation sur le thème Enseignement scolaire et apprentissage de la démocratie .
L'éducation à la démocratie sous-tend deux conditions fondamentales : respecter l'autre et vivre sa citoyenneté. Korczak occupe une place importante dans son mémoire car le respect de l'autre est à la base de ses préoccupations. On sent dans sa pratique un amour de la personne humaine; il a toujours tenté de remettre en dialogue les communautés qui ont tendance à se confronter. Par ailleurs, il a essayé de se mettre à la place de l'autre chaque fois que cela était possible. Aujourd'hui notre société multiculturelle devrait s'inspirer plus souvent de cette démarche.
L'éducation à la citoyenneté, Korczak l'a développée par le biais de sa boîte aux lettres (idées nouvelles, réclamations, suggestions) et par le tribunal qui permettait la résolution non-violente de conflits et était une tentative de donner à l'enfant l'idée de justice. De plus le tribunal permettait d'ancrer la vie de l'enfant dans la société.
Korczak n'a pas de recettes magiques, mais laisse la créativité à l'enseignant ou à l'éducateur. La relation d'autorité n'est pas absente mais à l'intérieur de cette relation l'enfant a une place pour construire son autonomie en participant activement à la société à laquelle il appartient.
A la suite de cette intéressante présentation le débat a été vif. Où en est-on dans l'enseignement de la démocratie ? N'est-ce pas un leurre ? Peut-on enseigner de manière neutre ? Y a-t-il une dimension politique dans l'enseignement ?
Une chose est sûre, les droits de l'homme ne peuvent s'enseigner de manière théorique, il faut les mettre en apprentissage. Merci Emmanuelle, de nous avoir ouvert un petit morceau de votre long et précieux travail. Miriam Dicker
Compétent
Janusz Korczak,
né à Varsovie,
assassiné à Treblinka,
médecin,
écrivain,
éducateur,
juif,
polonais,
pour l'enfant,
pas professeur,
pas de chaire de
pédagogie, pas de tribune
pour des discours sur...
Compétent pour :
vitres cassées,
essuie-mains déchirés,
dents qui font mal,
doigts gelés,
pour l'orgelet,
pour la clé perdue,
pour le livre volé,
les pommes de terre,
le pain,
pour les larmes,
pour le rire,
pour le sommeil.
Compétent pour ce qui concerne
Aaron Naïmaïster,
Shimon Jakubowicz,
Rosa Weinthal,
Stachek Kowalski
et d'autres.
L'homme est né en 1878,
le 22 juillet.
Erich Dauzenroth
[Publié à l'occasion du centenaire de la naissance
de Janusz Korczak; traduit de l'allemand].
Que peut nous enseigner Korczak ?
| Le texte qui suit est la traduction de la partie finale d'un article de notre vice-président, M. Leonhard Jost, paru en allemand dans le dernier numéro de Schulpraxis, revue trimestrielle des enseignantes et enseignants (Berne) et intitulé "Janusz Korczak - une vie pour les enfants et pour un monde plus humain". Les membres intéressés par l'ensemble de l'article en allemand peuvent s'adresser au secrétariat de l'Association. |
Janusz Korczak n'as pas laissé de théorie pédagogique achevée: il a été un chercheur sa vie durant, animé par une re-ligio authentique, c'est-à-dire attaché à des valeurs intemporelles mais auxquelles il entendait donner une réalité concrète par son action humanitaire. Ses expériences, non classées systématiquement, et ses réflexions en matière d'éducation fondées sur la pratique ne sont nullement caduques ! Il souhaitait que l'éducateur fût "un Fabre du monde des enfants", comme l'entomologiste Jean-Henri Fabre, qui observait intensément les insectes, sans les tuer.
Nous pourrions apprendre chez Korczak à nous défaire de la mégalomanie du pédagogue, du mythe de l'infaillibilité et de la supériorité de l'adulte, à accueillir dignement l'enfant et à apprendre aussi chez lui. A tous les stades de leur devenir, les enfants sont des êtres humains à part entière et ils exercent eux aussi une influence sur les éducateurs.
La vie de Korczak, l'expérience qu'il a acquise et les pensées qu'il a notées sont à la fois stimulantes et réconfortantes pour les éducateurs. Son attitude à l'égard des imperfections de l'enfant est pareille à celle qu'il a devant les siennes propres: il tolère les fautes, mais c'est avec sensibilité, intuition et réflexion qu'il recherche des voies praticables.
On peut apprendre chez Korczak que soins et protection sont des conditions préalables, que l'éducation peut avoir lieu; qu'il s'agit non pas d'une prométhéenne "formation d'hommes à mon image", mais d'aider les enfants et les adolescents à développer leur individualité, à élaborer dans l'indépendance et la liberté un système de valeurs, une conscience morale et à devenir (au sens où l'entendait Pestalozzi) "leur propre oeuvre" en perfectionnant leur humaine nature.
Korczak reste pour moi un "pédalogue" [spécialiste de l'enseignement] aussi convaincant que le pédagogue [maître]. Dès sa prime jeunesse, il a combattu la méchanceté et le mal, il a porté secours partout où il oeuvrait et autant qu'il le pouvait et il ne voulait pas laisser subsister tel quel le monde réel, dont l'imperfection était manifeste. Il ne se contentait pas de professer, il vivait, représentait et défendait, même dans les situations moralement les plus difficiles, les valeurs humaines fondamentales "innées" en lui, qu'il ressentait, approfondissait, apprenait intuitivement et "incorporait" en quelque sorte. Il était capable d'aider autrui sans ménager ses forces tout en ménageant la dignité humaine et son propre moi.
Selon la tradition juive, il existerait de tout temps 36 "Justes" (inconnus) capables de sauver de la colère divine et de l'anéantissement le monde éloigné de Dieu et marqué par le péché. Korczak était-il un "Juste" ? C'est ce que voyaient en lui plusieurs de ses contemporains. Leonhard Jost
LIVRES et publications
>Nietzsche revisité par Arditi. Voici une étonnante et passionnante réflexion que Metin Arditi nous livre sur le thème de la consolation (Nietzsche ou l'insaisissable consolation, Genève, Ed. Zoé, 2000).
Ce n'est pas seulement parce que l'auteur préside la Fondation Janusz Korczak, ni parce qu'il évoque (avec beaucoup de chaleur et de pudeur) ses parents récemment disparus et en particulier son père, Dario Agkonül, qui avait été pendant de longues années le trésorier de notre Association, que nous mentionnons ici cet ouvrage. C'est aussi et surtout qu'on y trouve des pages magnifiques sur l'enfance que Korczak n'aurait pas désavouées, tant s'en faut. Le thème même du livre nous projette d'emblée sur la recherche naturelle de la consolation par le petit enfant : "Quel bonheur de sécher ses larmes, d'embrasser l'adulte, de lui dire que oui, on va oublier, que c'est oublié, que vraiment on n'a plus mal, que c'est fini, pour l'embrasser encore et courir jouer à nouveau." A l'opposé, qu'il est difficile à l'adulte d'exprimer son besoin de consolation : "Comment ça, être consolé ? Nous vivons dans une société qui veut des gagnants..." C'est cet orgueil d'adulte nous dictant de "délaisser notre sensibilité au profit de notre raison" qu'Arditi nous invite à abandonner, tout comme Nietzsche qui disait : "Devenir enfant te faut encore, et sans avoir honte". Par quelques souvenirs personnels, Arditi nous montre aussi comment certains moments de l'enfance, aussi banals soient-ils au premier abord, peuvent injecter à l'enfant des émotions si fortes et si structurantes qu'elles vont l'aider à construire sa confiance en soi et sa volonté d'affirmation : la "confrontation forte et joyeuse" entre un père et son fils sous le regard doux et attentif de la mère, les petits bonheurs ("ces instants d'éternité durant lesquels il ne se passe strictement rien") tel celui de l'enfant qui, sur les épaules de son père, était "comme la colombe de Nietzsche planant sur les cimes" en sont de vibrantes illustrations. A la fin de ces quelques pages (moins de 80 au total, mais de quelle densité!), l'envie nous prend, comme Arditi pour Nietzsche, de serrer l'auteur dans nos bras et de lui dire qu'on l'aime... D.H.
>Dossiers pédagogiques n°6, hiver 1999 / "L'éducation à la citoyenneté"
Publication marocaine consacrée aux sciences de l'éducation. Sous la direction du Prof. A. Lamihi, le spécialiste de Korczak en Afrique du Nord, ce dossier contient les actes de la journée d'étude sur " Janusz Korczak et les pédagogues autogestionnaires hier et aujourd'hui " qui s'est tenue à Paris en mai 1999. On y trouve entre autres une contribution de notre amie Sarabella Benamram sur le journal scolaire.
[Ce dossier peut être obtenu gratuitement auprès de notre Association.]
>Le droit de l'enfant au respect et Comment aimer un enfant vient de paraître en catalan. En effet, ces deux titres de l'oeuvre de Korczak font partie d'une série de textes pédagogiques édités par l'Université de Vic en Catalogne. L'ouvrage est introduit pas une chronologie, une bibliographie et une préface écrite par le Professeur Antoni Tort.
Notre ami Jordi Cots, adjoint au syndic chargé des droits de l'enfant de Catalogne et membre de notre Association, nous l'a fait parvenir et il est dans notre bibliothèque, à la disposition de nos lecteurs.
>Israël Chlidren's Rights Monitor, Twelve years of pionnering work, 1987 1999. Un numéro spécial de la revue de "Défense des Enfants International", sous la direction de Guy Tatsa et Dan Leon. Un important panorama (en anglais) de 12 années de travail au service des droits de l'enfant en Israël. Le dynamisme et le professionnalisme de DEI-Israël sont tout à fait remarquables, qu'il s'agisse de la promotion de la Convention internationale des droits de l'enfant, de l'application de ces droits dans la région, de son engagement auprès des populations les plus vulnérables (immigrants éthiopiens, enfants palestiniens ou bédouins). A vrai dire, cet enthousiasme et l'ampleur des réalisations ne devraient pas surprendre : Philip Veerman, directeur de DEI-Israël et Président du Conseil exécutif mondial de DEI est un korczakien convaincu : c'est lui qui avait créé, naguère, l'Association Korczak néerlandaise!
[On peut obtenir cette revue directement auprès de DCI-Israel, 42 Aza Street, Jerusalem 92384, POB 8028, Israel (fax : 009722 - 5631241)].
>Juvenile justice worldwide. Publiée par "Défense des Enfants International" encore, cette revue (No 1, printemps 2000) permettra à nos amis anglophones de trouver une foule d'informations et d'analyses concernant la justice des mineurs. Les personnes ou associations ayant une activité dans ce domaine peuvent devenir membres d'un réseau international de correspondants.
[Pour se procurer ce numéro et/ou devenir membre du réseau, écrire à DEI, Case postale 88, 1221 Genève 20 (fax : 022 - 740 11 45)].
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