_______L A L E T T RE_______Bulletin trimestriel de l'Association suisse
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| Tibor Derdak, ethnologue-sociologue de Budapest, est responsable pédagogique du centre Manfa en Hongrie. Dans cet établissement les jeunes Tsiganes gardent le contact avec leur milieu tout en étant intégrés dans des écoles hongroises. Tibor nous envoie ce texte qui nous montre bien que par les méthodes korczakiennes et la gestion de Manfa ces jeunes se forment à une participation et à une prise de responsabilité démocratiques. |
Ceux qui connaissent des jeunes Tsiganes dans n'importe quel pays d'Europe, ne les ont pas rencontré à l'école. Les Roms n'y vont que par exception. Presque la moitié des Tsiganes du Vieux Continent sont illettrés.
C'est pour cela que le réseau pédagogique Tsigane de Pécs (Sud de la Hongrie) est bien connu pour son originalité. Ses institutions ont pu changer la situation "hors d'école" des jeunes Tsiganes de cette région et orientent la jeune génération tsigane vers les études, vers le bac, vers les diplômes.
L'une des maisons de l'internat "Collegium Martineum" porte le nom de Janusz Korczak. Cette maison se trouve dans un petit village au bord d'un ruisseau, au milieu d'une forêt à 10 km du centre de la ville universitaire de Pécs.![]()
Pourquoi ce nom ? Les Tsiganes des petits villages de Hongrie ne connaissent pas Korczak. Par contre, la communauté tsigane de chez nous sent la solidarité de beaucoup de personnes de la communauté juive hongroise. Petit à petit cette solidarité devient mutuelle et elle se nourrit de symboles et d'informations communs.
Korczak est un symbole d'engagement pédagogique et de lutte contre le racisme qui est encore très palpable pour les Tsiganes et les Juifs de Hongrie.
Qui a donné ce nom ? Des donateurs allemands qui ont financé l'internat, des prêtres catholiques et des professeurs qui veulent s'inspirer de la pensée de Korczak. En effet, dans cet établissement les jeunes peuvent prendre des décisions en commun et partagent les travaux ménagers. La philosophie de l'internat se base sur la dignité de l'enfant et sa formation à l'autonomie.
Chaque mercredi des colloques sont organisés et s'inspirent des réunions de Korczak et des conseils familiaux des grandes familles tsiganes des villages. Voici ce qu'un des jeunes Tsiganes écrit à ce propos : "Nous avons ici une structure dans laquelle nous décidons sur la base d'une mise aux voix démocratique, tant de l'admission de nouveaux élèves que de toutes les questions concernant la vie du Collegium".
Les jeunes de cet internat vont chaque jour dans les écoles de la région et sont éparpillés dans différentes classes. Le contact avec les autres n'est pas toujours facile et lorsqu'ils rentrent de l'école, l'atmosphère korczakienne qu'ils retrouvent à l'orphelinat leur permet de se ressourcer.
Dans cet orphelinat nous essayons d'agir comme si Korczak était parmi nous. Tibor Derdak
Le Groupe Français d'Education Nouvelle (GFEN) publie un journal "Colères d'Espoir" que nous recevons à l'Association. Accompagnant le deuxième numéro de ce journal, René Croci, instituteur, nous écrit : ( ) Nous sommes actuellement en travail, avec les élèves de la classe dont je suis avec eux responsable, avec Armand Gatti (poète, écrivain, auteur dramaturge). Dans ses oeuvres "complètes" aux Éditions Verdier, une pièce nommée "Chroniques pour une planète provisoire" contient toute une scène consacrée aux enfants et à Janusz Korczak (voir p.1). (...) Le livre "Comment aimer un enfant?" et un autre reprenant la biographie du Dr Korczak sont partie prenante de notre bibliothèque de classe. Les enfants les empruntent souvent et viennent lire à tous un passage qui leur a fait signe. [ ] Bon courage et vive votre enthousiasme."
Dans ce deuxième numéro de Colères d'espoir, contenant une riche réflexion à plusieurs voix sur la notation, nous avons aimé cette Lettre aux parents de René Croci, dont nous vous proposons un extrait.![]()
Bonjour Madame, Monsieur, En cette fin d'année scolaire, je veux faire le point sur la vie de la classe de CM1 dont j'ai la responsabilité.. Quand un jardinier s'est occupé de ses fleurs et qu'elles ont toutes poussé, il ne cherche pas à mesurer à quelle hauteur elles sont arrivées les unes par rapport aux autres ou à savoir si une est plus belle que l'autre. Tous les enfants ont progressé. Les différences pointées par l'école concernent les savoirs scolaires, elles ne couvrent pas tous les domaines de l'intelligence: savoir peindre un mur, raconter des histoires, laver des vitres ou du carrelage, continuer à vivre et lutter dans des situations insupportables etc... Chacun sait des choses, chacun a une valeur unique et nécessaire à l'ensemble. Notre société et notre école (de la maternelle à l'université) ont une tendance très forte à la mise en concurrence des personnes, à la recherche d'une élite, à l'exclusion en faisant croire qu'il y a des enfants faits pour les bonnes places et les autres qui devront se contenter des miettes. Ce n'est pas dans cet esprit là que je tente de vivre avec d'autres (GFEN, "Tous capables", Pratiques Sociales et Réussir Ensemble). [ ] Prenons tout le temps nécessaire pour que l'enfant se rende compte de ses atouts, ses savoirs qu'ils soient scolaires ou pas. J'ai commencé à le faire avec les enfants de la classe par l'arbre des savoirs où chacun aura sa feuille accrochée au mur de la classe: c'est la condition pour qu'il existe ". [ ] |
Toute personne intéressée de recevoir "Colères d'espoir" peut s'adresser à GFEN-EST, rue Pasteur, F- 57970 Yutz . Mireille Gansel
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Alors que les aventures de Tintin viennent d'être traduites en chinois et inondent déjà cet immense marché de lecteurs [un marché que les héritiers d'Hergé ont "acquis" en acceptant de rebaptiser pour la circonstance "Tintin au Tibet" en "Tintin au Tibet chinois"], Korczak aussi traîne ses guêtres au Tibet : notre Association entend en effet continuer à soutenir les deux orphelinats fondés par Mme Tendol Gyalzur ainsi que l'école pour aveugles de Lhassa, fondée par S. Tenberken et P. Kronenberg. Nous avons versé cette année 1000.- francs aux orphelinats, auxquels se sont ajoutés 400.- francs obtenus de la vente du calendrier "L'esprit de l'enfance", édité par le Wallah Fund. Nous avons pu également informer la Fondation Michelham sur l'école pour aveugles, ce qui a permis à celle-ci d'obtenir un subside de 5000.- francs. Les personnes intéressées par ces projets (et d'autres) au Tibet et au Népal peuvent consulter le site internet <www.wallah.org>.
| Dans le cadre de son séjour à Genève, M. Rizek Abusharr s'est rendu à l'école primaire de Novel à Annecy pour recevoir des écoliers des messages de fraternité pour les enfants du Gan Hashalom-Raoud-al-Salaam. La rencontre a été très émouvante. Les parents et la presse locale étaient présents. Les enfants ont lu leurs messages avant de les remettre à M. Rizek Abusharr, qui s'est adressé à eux et à répondu à leurs nombreuses questions. |
Voici ce que Colette Charlet nous rapporte de cette rencontre :
"Les hommes élèvent trop de murs et ne construisent pas assez de ponts". Antoine de Saint-Exupéry.
L'école doit constituer le lieu de l'acquisition du respect, de la dignité humaine, de la prise de conscience des Droits de l'Homme énoncés par tous les Etats, de l'apprentissage de la paix et non de la violence.
Nous, adultes, devons avoir ce souci, que l'on soit parent, éducateur ou enseignant et ceci dès la maternelle.![]()
Les textes ministériels et les Conventions internationales nous incitent à mettre en uvre des pratiques où la fraternité entre les enfants doit viser à construire un monde de paix et de compréhension. Mais il ne suffit pas d'en avoir connaissance. Encore faut-il donner vie à ces recommandations par des actes concrets qui développent des prises de conscience auprès du jeune citoyen.
C'est pourquoi, des enfants de l'Ecole de Novel ont écrit des messages de fraternité à des destinataires de notre département, ainsi qu'à des enfants et leurs familles du Jardin de Paix de Jérusalem. Ce choix est un choix symbolique, car il représente un lieu riche de tout un passé. Jérusalem a dans son histoire porté le témoignage du dialogue possible entre les cultures et les hommes.
Dans le cadre de l'opération Si on se la jouait fraternel , cinquante-huit messages sont parvenus au Jardin de Paix, grâce aussi à M. Rizek Abusharr qui est venu nous rendre visite en ce mercredi 28 mars, à l'école de Novel à Annecy.
Ce passage marquera les enfants, ils ont tenu à l'exprimer dans cette Lettre par quelques réflexions :
"J'ai écrit une lettre de fraternité pour qu'on lise ce que j'ai à dire. J'ai été contente de voir un étranger qui nous a expliqué comment était l'école là-bas, comment les enfants travaillaient. Et puis un jour je voudrais être journaliste pour dire ce qui s'est vraiment passé " (Caroline)
"Je voulais faire plaisir aux gens" (Jérémy)
"J'ai beaucoup aimé donner les cartes et serrer la main de M. Abusharr" (Anaïs)
Tous ont été frappés par l'état de guerre et fait part de leur inquiétude. Cela a provoqué des discussions au sujet des médias.
Mais le plus important du projet de rencontre avec l'Autre est incontestablement la transformation du comportement au travail. Quand les adultes s'impliquent, les enfants changent. Plusieurs enfants apportent des poèmes en réinvestissant les dispositifs d'ateliers d'écriture que j'ai mis en place. Ils se sentent responsables de leur parole et écrits. Colette Charlet, Annecy, mars 2001
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Notre Association vient de perdre en la personne de Claude Richoz l'un de ses membres les plus engagés. Alors président de la Société Genevoise d'Utilité Publique, il avait notamment été instrumental dans l'organisation du premier concert en faveur du Jardin de Paix (1997) ainsi que de la conférence de J. Attali en faveur de cette même action (1998).
Lorsqu'on le présentait à quelqu'un, Claude Richoz commençait par dire (comme il le fit à Vladimir Halpérin, et ce fut le début d'une chaleureuse et fructueuse relation): "J'ai hésité entre être paysan ou journaliste". Pour certaine que fût son attirance pour la terre, sa vocation de journaliste a été la plus forte. Il l'a pleinement montrée à travers ses articles, portés par une belle exigence de style, quelle que soit - dans cette profession tant décriée, pas toujours à tort, il en convenait - la contrainte du temps. Journaliste, Claude Richoz l'était dans l'âme, mais la passion d'écrire, loin de l'éloigner d'autres activités, aiguisait encore ses préoccupations sociales. Je n'en retiendrai ici qu'un exemple, la formation des chiens d'aveugle (il est émouvant de noter, dans le faire-part de son décès, l'invite à cette aide).
Poésie et musique faisaient partie de son univers intérieur, ce qui ajoutait aux saveurs de la discussion. Et qu'il fût parfois rude dans ses inimitiés et dans ses jugements était aussi une façon de passionner le propos. Claude Richoz pouvait n'être pas tendre envers telle personne ou condamner impitoyablement......l'usage de l'ail, qu'il pourfendit jusque dans un livre (avec moi, ça tombait mal) !
Claude Richoz n'était pas un tiède. Son engagement ne savait être que total. Dès lors l'élan de sa générosité semblait aller de soi.
Le partage de la souffrance des autres n'empêchait pas la joie - ni le goût des bonnes choses, comme celui du vin blanc (presque un culte), jusqu'à l'apparition de telles alertes physiques, qu'il s'efforçait de cacher, et qui l'en priva désormais.
S'il ne fallait garder qu'une image de cet ami ardent, je privilégierais le souvenir d'un homme trop occupé pour être malheureux, parce qu'heureux de l'être au service des autres.
Genève toute entière - j'entends, très au-delà de son milieu et du protestantisme - perd en Claude Richoz un être ouvert au monde, courageusement engagé, au cur infatigable. Infatigable jusqu'à l'heure de peut-être payer un trop plein d'énergie.....mais y a-t-il jamais excès du don de soi ?
Beau destin, en tout cas, que celui de Claude Richoz, qui appelle la gratitude. Celle aussi de notre association. Jean-Paul Darmsteter
Depuis plusieurs années notre Association s'efforce de publier en arabe deux classiques korczakiens : "Le droit de l'enfant au respect" et "Comment aimer un enfant". Les obstacles en tous genres ne manquent pas : littéraires, financiers, politiques. Pourtant, le projet, enfin, touche au but et nous devrions bientôt pouvoir être en mesure d'annoncer officiellement la publication de ces deux ouvrages. Tenez-nous les pouces et restez à l'écoute !
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Nous avons appris avec regret l'annulation de la Conférence internationale que l'Association Korczak de Grande-Bretagne avait annoncée pour les 22-23 juin, ainsi que celle du séminaire organisé par l'Association Korczak néerlandaise du 6 au 15 juillet 2001, intitulé : "Quand je redeviendrai petit". Dans les deux cas, l'annulation a été justifiée par un nombre insuffisant d'inscriptions. Dommage !
Un auditoire particulièrement attentif a eu le plaisir d'entendre Laetitia Ritzuto, professeur de piano, docteur en sciences de l'Education. L'approche de son école de musique - L'Espace d'études systémiques en communication musicale - tient compte de la totalité de la personnalité enfantine en interaction avec le groupe social. Se référant aux thèses de Ludwig von Berthalanffy biologiste et épistémologue canadien (né en 1901), à celles de Joël de Rosnay et de Charles Blake sur la théorie générale des systèmes, Laetitia Ritzuto considère globalement la situation d'apprentissage de la musique en la reliant à l'environnement de l'apprenant tout en tenant compte d'aspects spécifiques touchant à la technique ou à l'interprétation musicale. Approche éducative basée sur la théorie piagétienne du développement cognitif et sur l'importance du soutien du groupe sur le développement de l'individu.
Autrement dit, l'approche systémique de l'enseignement musical considère l'enfant comme un être unique, mais aussi comme un être social en développement, capable d'établir à travers un vécu d'apprentissage musical, un rapport interactif avec un savoir artistique, avec les autres individus et avec les diverses facettes de sa personnalité. A cet effet un important matériel pédagogique a été élaboré et dans l'atelier des petits comme dans la section adulte, la réalisation de Portée ouverte, journal de l'Ecole, permet de comprendre combien cette vision globale de chaque enfant capable de créer et de s'organiser au sein d'un groupe correspond aux valeurs de Janusz Korczak, en particulier celles défendues avec clarté et modernité dans sa Gazette Scolaire qui date de 1923 ! Korczak y défend l'idée d'un enfant responsable à qui l'on donne le choix, c'est-à-dire la liberté de s'exprimer en réalisant un média au sein d'un groupe, d'une institution. En somme, une situation éducative dynamique permettant à l'enfant de s'organiser, de se développer et d'interagir avec son environnement. L'enfant est perçu dans sa totalité, système ouvert puisque l'enfant est en continuel échange avec son environnement. Par exemple, il est demandé à l'enfant, lorsqu'il interprète un morceau, une chanson, de mettre en relation ce morceau musical avec son authenticité et avec ses émotions. Dans le journal, il apprendra à gérer l'espace de communication (au moyen d'outils qu'il est capable de comprendre) et il pourra s'exprimer par rapport au travail réalisé et à ce qu'il a ressenti.
Portée ouverte, le journal de l'école né au début 2000 a donc la page des enfants, construite par eux-mêmes avec la collaboration des adultes. Ce journal magnifiquement réalisé donne aussi toutes les informations sur la vie de l'école et ses activités. Un site Internet et une adresse pour communiquer et pourquoi pas participer à cette aventure artistique où chacun est libre de créer selon ses possibilités et ses émotions !
Sarah Benamram [ritzuto@music-constructivism.com], 9, av. de Miremont - 346 89 92.

Courez chez votre libraire le plus proche afin de vous procurer ce petit livre à mettre d'urgence dans toutes les poches. Editions pemf. Prix : Frs 14.-.
Il est adapté du film de la série documentaire "L'éducation en questions" diffusée par la Cinquième chaîne et présentée par Philippe Meirieu. Janusz Korczak apparaît dans cette série aux côtés de Maria Montessori, Célestin Freinet et Fernand Oury.
Ce petit ouvrage très complet présente Janusz Korczak, sa pédagogie et son oeuvre d'écrivain à travers des extraits et des témoignages d'adultes et d'enfants et surtout replace sa pensée sur le terrain actuel en nous rappelant si cela était nécessaire combien l'uvre et l'homme sont à placer au coeur de la pédagogie d'aujourd'hui. Miriam Dicker
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