_______L A L E T T RE_______
Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak
________________VOL XXIII N° 40 Juin 2002________________
| LA PAUVRETE SE VEND MAL
| LA MUSIQUE POUR LA SANTE | EXPO 02 : PAS DE RESPECT SANS KORCZAK | IL Y A 60 ANS DISPARAISSAIT KORCZAK | DES EDUCATEURS ISRAELIENS ET PALESTINIENS REPRENNENT LE DIALOGUE A GENEVE | NOUVELLES ASSOCIATIONS KORCZAK EN RUSSIE ET AU CANADA | UN NOUVEAU MUSEE EN POLOGNE | QUAND DES INDIENS RENCONTRENT LA PENSEE DE KORCZAK | NOUVELLE PUBLICATION : MEIRIEU ET LES DROITS DE LENFANT | AUTOUR DE MALINKA ZANGER ET YVETTE METRAL | QUELQUES NOUVELLES DE FRANCE VOISINE | KORCZAK A LEXPO NATIONALE | LETTRE DE BELGIQUE | A LIRE | KORCZAK RACONTE PAR DES MARIONNETTES |
La pauvreté se vend mal
"Kinder, Armut, Menschenrechte". C'est sous ce titre
(Enfants, pauvreté, droits de l'homme) qu'avait
été organisée à la Paulus Akademie
de Zurich, le 8 juin 2002, une journée de réflexion
sur la pauvreté en Suisse. Parmi les initiateurs, outre
notre Association, représentée par M. Gérard
Kahn qui devait donner un exposé sur les droits de l'enfant,
se trouvaient d'autres acteurs importants du monde associatif
: ATD-Quart-Monde, Caritas, Défense des Enfants International
(section suisse), et l'Association suisse des familles monoparentales.
C'est que le sujet est d'importance et d'actualité :
selon une étude nationale de 1997, il y aurait en Suisse
quelque 100'000 enfants vivant en dessous du seuil de pauvreté
! On pouvait donc s'attendre à ce que cette journée
orientée sur la réflexion et sur l'action attire
du monde. D'autant que le dépliant annonçant ce
séminaire (que tous les membres de l'Association Korczak
ont reçu individuellement) avait été largement
diffusé à 12'000 exemplaires. Résultat des
courses ? Une vingtaine d'inscriptions en tout et pour tout, de
toute la Suisse ! Trop peu pour offrir à cette journée
l'ampleur et l'écho qu'elle méritait. Mais assez
pour justifier qu'elle ait lieu quand même, quoiqu'à
la façon de certains enterrements : "dans la plus
stricte intimité" D'où cet amer constat que
la pauvreté, chez nous autres bien nantis, ça ne
se vend vraiment pas
P.S. Si l'on veut vraiment voir les choses de façon positive, rappelons que ce même séminaire avait déjà dû être annulé un an plus tôt, faute de participants. On a donc fait mieux cette année Et puis il y a, heureusement, quelques bonnes nouvelles partout ailleurs dans ce numéro de La Lettre et un superbe texte
inédit de Korczak à savourer. De quoi partir en
vacances un peu consolés quand même ! Daniel Halpérin
La musique pour la santé
Le Centre de Formation de Musiciens Intervenants (CFMI) de
l'Université Marc Bloch de Strasbourg organise une Université
européenne d'été consacrée à
la Musique en milieu de la santé et du handicap.
Les objectifs principaux de ces rencontres, qui auront lieu à
Strasbourg en juillet et à Florence en septembre, seront
a) de lancer les bases d'un réseau européen
d'institutions et d'individus intéressés par le
thème de la culture - notamment musicale - en milieu de
la santé; b) de tenter de définir les critères
d'évaluation et les indicateurs de qualité des projets
musicaux dans les hôpitaux (principalement pédiatriques);
c) de préfigurer une formation européenne
d'artistes/musiciens intervenant dans les milieux de la santé.
Parmi les orateurs pressentis, on relève les noms de Victor
Flusser, musicologue et directeur du CFMI, Claude Bursztejn et
Marcel Rufo, pédopsychiatres, Paul Robertson, violoniste,
Paolo Busoni, anesthésiste, Jacques Attali, écrivain
et Daniel Halpérin, pédiatre.
Ce dernier s'interrogera sur les droits et les besoins de l'enfant hospitalisé à la lumière de Korczak. Les lecteurs intéressés peuvent obtenir de plus amples renseignements auprès de notre secrétariat ou directement au CFMI,1, rue Froelich, BP 186, F-67604 Sélestat. Tél. 00333 88 92 34 44 / E-mail : cfmi@umb.u-strasbg.fr
EXPO 02 : pas de respect sans Korczak
C'est à Yverdon-les-Bains, sur l'Arteplage d'Expo.02,
que s'est tenu le Respect Village, du 15 au 20 juin 2002.
Respect Village a été conçu comme
un espace consacré pendant quelques jours à la promotion
de la tolérance et du respect. Respect des autres en général,
et des minorités en particulier, qu'elles soient ethniques,
linguistiques, politiques, sociales ou culturelles. Comment ne
pas adjoindre à un tel projet le nom de Korczak qui personnalise
si bien, par sa pensée et par son action, le combat pour
le droit au respect ? Notre Association n'a pas hésité
et a contribué de riche manière à ces journées
très particulières.
D'abord, nous avons invité deux éducatrices du
Jardin de la Paix (Gan Hashalom Raoud Al-Salam) de Jérusalem, l'une juive - Mme Daphna Ginzburg -, l'autre arabe - Mme Dina Subhi-, à exposer leur vision de l'éducation à la paix et sa mise en uvre au quotidien. Dialoguant entre elles et avec le public, s'aidant aussi de documents vidéo et de productions artistiques des enfants eux-mêmes, elles ont su, malgré la canicule et une organisation locale par moments défaillante, convaincre le public de l'importance primordiale qu'il y a à enseigner la tolérance et le respect d'autrui dès les toutes premières années de scolarité.
Elles ont aussi, et ce n'est pas moins important, montré
une facette du conflit israélo-palestinien où la
volonté de vivre ensemble en paix l'emporte sur toute velléité
de rejet et de violence, où les différences mobilisent
et rassemblent plutôt qu'elles ne déchirent, et où
l'espoir de jours meilleurs se vit au présent, chaque jour,
plutôt qu'au futur improbable. Profitant de ce court séjour
en Suisse, Daphna et Dina ont aussi donné des conférences
à la Communauté israélite libérale
de Genève et à l'École d'éducateurs
du jeune enfant. Elles ont aussi été interviewées
par plusieurs organes de la presse suisse, notamment la Revue
Juive, le Courrier et Coopération.
Une seconde contribution a été amenée
par notre amie Sarabella Benamram et les élèves
de sa classe au Collège des Colombières à
Versoix qui ont lu ou déclamé des textes.
Notre Association a encore sponsorisé un événement
musical (Chorevent) au cours duquel 2000 enfants de toute
la Suisse ont interprété des chants populaires des
quatre coins du globe. Au-delà de l'aspect artistique de
cet événement, c'est bien à une ouverture
sur le monde que ces jeunes chanteurs étaient conviés,
comme l'a d'ailleurs joliment relevé la Conseillère
fédérale Ruth Dreifuss dans son introduction au
programme :
"Chers élèves de toute la Suisse, En répétant, vous avez pu constater que l'on a l'impression de connaître les langues même les plus lointaines lorsqu'on les chante sur une mélodie. Vous avez la chance de montrer votre talent à Expo.02 et de partager cette expérience avec le public et des milliers d'autres enfants. Vous montrez ainsi votre respect pour les cultures du monde entier, y compris la vôtre. Merci à vous tous qui avez permis ces concerts. Que toutes les voix de vos c(h)oeurs ne deviennent qu'un seul merveilleux chant."
Le spectacle est terminé, mais on peut encore en avoir
un aperçu ou un souvenir en consultant le site Internet
qui lui est consacré sur www.respectvillage.ch
Il y a 60 ans disparaissait Janusz Korczak : voyage et congrès commémoratifs
A l'occasion du 60e anniversaire de la mort de Korczak et des enfants de son orphelinat, le comité de la Société
Internationale J. Korczak, sise à Varsovie, organise
un grand rassemblement de jeunes à Treblinka et Varsovie
du 3 au 7 août 2002. Des jeunes du monde entier sont attendus en nombre. L'hébergement est prévu à Varsovie, à l'auberge de jeunesse. À leur intention un riche programme de visites est organisé (visite de Varsovie, Musée de la Mémoire, différents lieux liés à la vie de Korczak). Le 5 août est entièrement consacré à la visite de Treblinka avec des ateliers, une marche silencieuse, la nuit du souvenir, des prières cuméniques. Le 6 août aura lieu l'inauguration du monument de Korczak restauré dans le cimetière de Varsovie. Pour de plus amples renseignements et pour s'inscrire : J. Korczak International Society : Tél / Fax : 0048 295209.
Par ailleurs, c'est sous l'égide de l'Académie
polonaise des sciences et de l'Association Korczak de Pologne
que se tiendra à Varsovie du 19 au 21 septembre 2002 une
importante conférence internationale sur Korczak, intitulée
: Korczak : une nouvelle anthropologie de l'éducation
. La conférence aura lieu à l'Institut d'histoire juive où l'on peut obtenir davantage de renseignements : Tél/Fax : 004822 827 83 72 ; e-mail : secretary@jewishinstitute.org.pl
Des éducateurs israéliens et palestiniens reprennent le dialogue à Genève
Comme pré-annoncé dans notre dernière
Lettre (No 39, février 2002), le second séminaire
israélo-palestinien de la Middle East Children Association
(MECA) se tiendra à Genève du 11 au 18 août
2002, sous les auspices de notre Association - qui assurera l'organisation
générale et la logistique - et avec le soutien des
autorités cantonales et municipales genevoises, ainsi que
du Département fédéral des Affaires étrangères.
Lors du premier séminaire que nous avions organisé
en été 2000, une quinzaine de professeurs d'histoire
et d'éducation civique palestiniens et israéliens
avaient réussi (et ce n'était pas une gageure !)
à s'entendre sur le contenu d'un cours visant à
enseigner, dans des écoles aussi bien palestiniennes qu'israéliennes,
le plan de partition de la Palestine des Nations Unies de 1947.
Le déclenchement, quelques semaines après ce séminaire,
d'une nouvelle phase d'hostilités caractérisée
par une effroyable surenchère de violences de part et d'autre
a bien risqué de mettre fin pour longtemps à ces
efforts de rapprochement et de construction de la paix.
Pourtant, encouragés par l'inlassable ardeur des deux
co-directeurs de leur organisation - Mme Adina Shapiro
du côté israélien et M. Ghassan Abdullah
du côté palestinien -, les membres de MECA n'ont
pas renoncé à l'espoir de pouvoir reprendre le chemin
du dialogue. Certains d'entre eux ont même pu se rencontrer
physiquement ces derniers mois, sinon en Israël ou dans les
territoires de l'Autorité palestinienne, du moins en terrain
neutre. Et bien que ralentis dans leur interaction, les divers
groupes d'enseignants que compte MECA (professeurs d'histoire,
de musique, de mathématiques, de littérature, etc.)
ont pu continuer d'exister grâce à ceux qui en ont,
depuis le début, assuré la cohésion et la
motivation et que l'on désigne par le terme de co-facilitateurs
(un Palestinien et un Israélien pour chaque groupe). 
Ces co-facilitateurs (qui sont souvent eux-mêmes des enseignants, mais aussi des médecins ou des psychologues) sont donc les garants de la solidité des groupes qu'ils animent et responsables de la permanence du dialogue. Sans eux, les groupes n'auraient sans doute pas résisté au raidissement des esprits et aux tensions de ces deux années de guerre. Mais les co-facilitateurs eux-mêmes, on l'imagine aisément, ont besoin de se ressourcer et de trouver l'énergie et la motivation nécessaires à la poursuite de leur propre engagement. C'est exactement le but de ce second séminaire qui accueillera près de 40 participants et sur lequel, bien sûr, nous aurons à revenir dans notre prochaine Lettre. / D.H.
Nouvelles associations Korczak en Russie et au Canada
Le mouvement korczakien international s'enrichit : ces
derniers mois, deux nouvelles associations ont vu le jour : l'une
à Perm (Russie) a été inaugurée
en décembre 2001. Les membres de cette association (une
trentaine) sont tous actifs dans le domaine pédagogique
et chacun d'eux parraine 2 ou 3 enfants placés dans une
institution locale pour jeunes en difficulté.
Au Canada, c'est à Vancouver que la nouvelle association a pris son envol. Mme Gina Dimant en est la présidente.
Nous accueillons ces deux associations-surs avec joie et l'espoir
que s'établissent entre nous de fructueux contacts.
Un nouveau musée en Pologne
L'ambassade de Pologne à Berne nous informe qu'un nouveau
musée est en gestation sur son territoire. Bien que la
Pologne soit remplie de sites qui, il y a encore une soixantaine
d'années, étaient animés par une riche culture
juive, il est aujourd'hui presque impossible de trouver ne serait-ce
que les traces de cette vie passée et de ses habitants.
Ce nouveau musée - le Musée de l'Histoire des Juifs
de Pologne - aura l'ambition de corriger cet état de choses
et de préserver la mémoire de cette communauté
millénaire. 
Utilisant des moyens technologiques modernes, ce Musée - dont le conseil de fondation vient de se réunir à Varsovie - fera revivre non seulement les communautés urbaines les plus importantes (Varsovie, Lodz), mais aussi celles de la campagne et des shtetels. Les visiteurs seront transportés dans ces lieux par la magie du virtuel et pourront ainsi découvrir des scènes de rue, de marché, d'école, de théâtre, etc. Le Musée devrait aussi amener un éclairage nuancé sur les relations complexes et inégales, au cours des siècles, entre les populations juives et non juives de la Pologne. Nous vous tiendrons au courant de l'évolution de ce projet.
QUAND DES INDIENS RENCONTRENT LA PENSEE DE KORCZAK
Ou comment repenser l'éducation des enfants défavorisés
dans une perspective korczakienne
LES AMONTS
Participer à un séminaire à Pondichéry,
en Inde, à propos d'une population d'intouchables,
requiert une connaissance du terrain sur lequel on agit. C'est
pourquoi il a été précédé de
visites, durant une semaine, de personnes ressources et de lieux
divers, avec la découverte du milieu rural où la
population vit dans le dénuement le plus total, ce qui
ne l'a pas empêchée de nous accueillir Myriam Bouverat
de Lausanne et moi-même, avec une chaleur inoubliable :
visites aussi d'écoles publiques ou privées, de
centres sociaux, d'écoles non-formelles du soir, de centres
accueillant des enfants marginalisés ou travailleurs afin
de les libérer de l'exploitation.
Pour finir cette semaine d'approche, une conférence de presse en présence du Ministre de l'Education de l'Etat du Tamil Nadu a été organisée à l'initiative de l'INDP (Intercultural Network for Development and Peace). Ce fut l'occasion pour moi d'intervenir et de présenter une petite exposition relatant l'oeuvre de Korczak puisque notre Association a soutenu de bout en bout ce projet. Cet apport ouvrait donc une fenêtre sur le monde et j'informai le public de ce vaste mouvement d'opinion et de résistance depuis la marche mondiale des enfants travailleurs de 1998 jusqu'au Forum Mondial de l'éducation de Porto Alegre. La conférence fut un succès puisque 15 journalistes étaient présents et ils en rendirent compte dans la presse écrite et télévisuelle. Le débat fut ouvert et le ministre nous sollicita pour de futurs projets qui permettraient de mettre en uvre des pratiques korczakiennes.
LE SEMINAIRE
Il s'est déroulé pendant 4 jours à Cuddalore,
non loin de la mer, dans l'Etat du Tamil Nadu, dans une concession
protestante. Il est à noter qu'il est très difficile
de trouver des lieux d'hébergement surtout s'il s'agit
de populations marginalisées. Notre groupe était
constitué de :
 32 stagiaires dont 9 femmes, éducateurs ou enseignants, représentants d'ONG, tous des travailleurs sociaux soucieux de résoudre de multiples problèmes de terrain et déjà porteurs d'expérience;
l'équipe de l'INDP (4 personnes) sous la direction d'Augustin Brutus;
le traducteur anglais/tamoul;
3 musiciens et poètes, animateurs de théâtre de rues (une pratique d'animation pédagogique courante en Inde);
notre équipe d'animation européenne (nous étions 2) ainsi qu'une étudiante de Sciences Po qui faisait un mémoire sur le système éducatif en Inde.
QUELS ENJEUX ?
Il s'agissait de comparer des pratiques en rapport avec les
savoirs scolaires (car beaucoup d'enfants sont exclus du système
éducatif) mais aussi avec l'émancipation des jeunes
et la démocratisation de leur vie sociale. Il va sans dire
que Korczak avait donc toute sa place. Face à la reproduction
de savoirs transmis comme des produits finis indiscutables, hérités
de siècles de domination culturelle, il s'agissait de faire
émerger une pensée créatrice et audacieuse.
Mais comment éduquer à l'esprit critique si les
éducateurs ne se transforment pas eux-mêmes, soulignait
Korczak ? La soumission appliquée fabrique des êtres
dociles et n'aide nullement les personnes à penser par
elles-mêmes, les mettant dans un état de dépendance.
L'enjeu était "de devenir citoyen dans le savoir et
dans les apprentissages par la solidarité et la coopération".
Il s'agissait aussi :
d'encourager à construire des projets car beaucoup de stagiaires sous-estiment leurs capacités;
d'entrevoir d'autres pratiques pédagogiques en s'appuyant sur ce qui se fait ailleurs pour pouvoir faire face à des situations d'oppression;
d'offrir un complément de formation à ces travailleurs sociaux (Dalits-Intouchables) qui n'ont que très rarement accès à des rencontres avec des chercheurs ou des pédagogues, et de valoriser ce qu'ils ont commencé à entreprendre.
Le dispositif de travail que nous avions construit alliait
démarches de construction de savoir et de conscientisation,
démarches de création sur différents domaines,
pédagogie de projets afin que l'école soit un agent
social de développement local et de connaissance des droits.
La transformation des stagiaires fut rapide car ils ont vite perçu
l'enjeu et nous ont donné le meilleur d'eux-mêmes.
Enfin, ils avaient un moment pour eux, rompant avec l'isolement,
l'exclusion ou le "charity business" habituels pour
échanger, se poser des questions, rêver, se sentir
en solidarité, comprendre qu'ils ne sont pas seuls à
lutter. Une complicité s'établit en dépit
de la barrière de la langue et ils finirent par se découvrir
intelligents.
ME RESTENT ALORS CES IMAGES
Une attente de part et d'autre et respirer un peu de liberté, se percevoir plus humains pour nos semblables, aller à la rencontre pour cheminer ensemble et se comprendre avec le poids de l'histoire et des révoltes passées et à venir. Regards croisés dans l'entrecroisement des langues, à chanter la dignité d'être un sans-voix qui veut la dignité du cur. Devant les immenses béances du système et des services éducatifs, ne pas se conduire en experts qui assassinent les intelligences. Qui sommes-nous pour décider ce qui est bien pour ceux qui n'ont rien ou tout juste un repas par jour? L'éducation est-elle une uvre de charité ? Oui, ils étaient bien là cherchant leur droit à comprendre et à savoir. Même les jardiniers de la concession qui n'osaient nous regarder au début du séminaire l'ont aussi compris. Ils finirent par se rapprocher de nous pour appréhender un morceau de l'histoire.
Chaque journée constituait un module avec sa dominante,
où l'on ne faisait pas de discours universitaire mais où
l'on vivait des démarches pédagogiques qui étaient
analysées d'une manière pointue comme je n'ai jamais
vu en Europe. On peut dire que nos pratiques étaient passées
au crible de leurs questions et ceci sans tabou y compris de la
part des femmes.
De retour sur Pondichéry, l'équipe d'animation
a réalisé sa propre évaluation pour commencer
à envisager les perspectives d'avenir : des camps de
formation pour les enfants, des rencontres entre travailleurs sociaux, une exposition sur R. Roland à la bibliothèque de Pondichéry, la création d'une BD en tamoul sur Korczak, une vidéo sur le séminaire...On voit bien que toute une dynamique s'est enclenchée mettant les énergies en réseau. Colette Charlet
Nouvelle publication : Meirieu et les droits de l'enfant
Tous nos membres ont reçu, ces dernières semaines,
le bel essai de Philippe Meirieu que notre Association
a publié aux Editions du Tricorne sous le titre : Le
pédagogue et les droits de l'enfant : histoire d'un malentendu
? Ce livre constitue un magnifique hommage à
Korczak et à son apport séminal à l'émergence
des droits de l'enfant. Il contient aussi une analyse lucide et
critique de l'éducation contemporaine et nous invite à
ne pas confondre les dimensions politiques et pédagogiques
de la problématique des droits de l'enfant. En tant que
pédagogues, nous avons la grande responsabilité
d'offrir à l'enfant un espace qui soit non-menaçant,
où il puisse faire alliance avec un adulte contre toutes
les formes d'adversité et de fatalité, et qui lui
soit une source constante d'enrichissements et de stimulations
diverses. L'éducation prend ici le sens d'une activité
structurante et valorisante pour chaque enfant pleinement accepté
comme sujet. 
Peut-être, à cet égard, la pensée
de Meirieu est-elle particulièrement bien résumée
par sa conclusion où il rappelle qu'en vertu de l'article
7 de la Convention internationale des droits de l'enfant "tout
enfant a droit à un nom". "Voilà une affirmation
trop évidente peut-être pour paraître importante,
écrit-il. Et pourtant, la littérature nous montre
bien, à travers, par exemple, l'histoire de Perceval, qu'avoir
un nom n'est pas chose facile : Perceval ne sait, en effet, au
début de l'histoire, ni qui il est, ni comment il se nomme.
Et, à l'issue de la quête du Graal, la seule chose
qu'il aura découverte, c'est précisément
son propre nom. Il peut alors dire d'où il vient, qui il
est, il peut dire je. Car le nom permet de sortir de la confusion, de l'anonymat ; il permet, tout à la fois, de s'inscrire dans une histoire, de se donner un présent et, peut-être, de laisser une trace dans le futur. Il permet de nouer tout ce qui, mystérieusement, vient de soi pour, progressivement, le revendiquer, devenir capable de se l'imputer et, enfin, de le signer. Les droits de l'enfant n'ont pas d'autre signification : ils témoignent de l'engagement des adultes pour que chaque enfant puisse, un jour, signer sa propre vie."
Les personnes intéressées peuvent se
procurer cet ouvrage directement auprès de notre Association,
au prix de CHF 5.- l'exemplaire + frais de port.
Autour de Malinka Zanger et Yvette Métral
Groupe de lecture du 12 avril / L'enfant héros dans l'uvre de Janusz Korczak
C'est toujours un moment de chaleur, d'amitié et de rencontres riches et passionnantes que ces séances du groupe de lecture organisées au siège de l'Association. Chacune offre ses surprises, ses cris du cur. En particulier celle qui a permis de connaître Yvette Métral et Malinka
Zanger, traductrices de Korczak.
La plupart des textes proposés ont été édités à Varsovie et à Cracovie. Si les éditions polonaises et allemandes de l'uvre sont complètes, l'édition française cependant est en retard et Korczak semble peu connu hors de Varsovie. Somme toute, environ 800 pages que les deux traductrices tentent de faire connaître en les proposant à la publication. "Symbole d'un passé, traces importantes, patrimoine humain à faire connaître", tels sont les propos passionnés de Malinka Zanger. A travers les écrits de Korczak, c'est un être vivant et sa grande richesse que l'on rencontre. Déjà connus avant la guerre, ces textes étaient porteurs de nouveautés pédagogiques permettant de sortir des anciens principes éducatifs. Chacun d'eux offre un portrait d'enfant différent, facettes de sa propre personnalité : le rêveur et l'observateur de la réalité.
Kaytek, par exemple, veut des pouvoirs magiques depuis
qu'il a satisfait des rêves de gloire. Il découvre
qu'il y a mieux que la magie. Devenu artiste de cinéma,
il s'enfuit des studios de tournage, décide d'aller écouter
un musicien Grey, un violoniste qui donne un concert au profit
des chômeurs de New-York. Ce texte musical et korczakien
est très moderne puisqu'il met en évidence la
problématique de l'enfant en prise avec le pouvoir.
Ce qui est mieux que la magie : la musique et le pouvoir de la
pensée qui permet de voyager! Le personnage de Grey est
inspiré par un orphelin, Gregory, un petit violoniste.
Korczak lui demandait d'endormir les autres enfants en jouant
du violon.
Un autre exemple - La faillite de Jack - insiste
sur les relations de l'enfant avec l'argent. Un
jeune s'ennuyait en classe jusqu'à ce que la maîtresse
organise une bibliothèque de prêt. Jack s'en occupe,
crée une coopérative qui fait faillite. Il a donc
l'idée de créer une banque pour enfants et il écrit
au ministre des finances. Jack grandit donc, mûrit, se renseigne,
cherche le conseiller. Sa demande sera refusée à
cause de quelques fautes d'orthographe. Korczak s'apercevant
que les enfants gèrent bien leurs affaires, il désire
leur apprendre des notions d'économie. Cependant, malgré
la bonne volonté, le travail, l'échec est possible.
L'échec n'est pas négatif, il est inhérent
à la vie. Il devient positif par les questions qui permettent
d'apprendre plutôt que la réussite qui peut rendre
orgueilleux.
Ces deux exemples prouvent que Korczak éduque non seulement les enfants mais aussi les adultes ! C'est peut-être la raison pour laquelle Actes-Sud n'a pas voulu éditer
les traductions, l'éditeur ne sachant pas si ces nouvelles
étaient destinées aux enfants ou aux adultes ! Sarah
Benamran
Quelques nouvelles de France voisine
J'ai assisté aux animations et spectacles de Michel
Véricel données au théâtre de ma ville.
Ce fut un vrai bonheur. A la bibliothèque pour enfants
de la ville, Michel Véricel avait installé la petite
expo sur Korczak. Beaucoup d'écoliers Cran-Gevriens ont
pu en profiter. Le jour du 8 mai, un hommage aux enfants d'Izieu
également a été rendu par ces enfants ainsi
que par des résistants. J'aimerais tant que la Compagnie
Michel Véricel donne son spectacle sur Genève.
Mes amis des Vosges, du GFEN, m'ont fait intervenir le mardi 4 juin pour une soirée Korczak, à Remiremont. Michel Véricel a animé au théâtre Renoir de Cran-Gevrier un stage théâtre les 1er et 2 Juin autour de la question des droits des enfants, avec des textes de Korczak. Colette Charlet
Korczak à l'Expo nationale
Grâce à L'Association, des collégiens genevois
découvrent Korczak, Le Jardin de la paix de Jérusalem
et la réalité carcérale en Suisse romande.
Arteplage d'Yverdon-les-Bains. Le 17 juin, une classe
du cycle d'orientation des Colombières (Versoix) a proposé
sa participation dans le cadre du Village du Respect.
Aller à la découverte de l'Autre mais aussi à
la Rencontre de Soi, c'est ce que propose Laura Houvet,
jeune lauréate du prix littéraire de Versoix et
de la Fureur de Lire dans les textes qui seront déclamés
par une quinzaine d'adolescents que j'ai eu le bonheur de préparer
avec la collaboration de Liliana Heimberg, responsable des activités
théâtrales d'Expo 02.
La lettre à la famille Ramic évoque le passage
à Versoix d'une famille d'émigrés bosniaques
au moment du siège de Sarajevo. Evocation d'exil, mais
aussi amitié, chaleur, générosité
de personnes simples que l'Histoire a marqués. "Où
que j'aille, je porte en moi la Grèce comme une blessure",
propos du prix Nobel de littérature, Georges Séféris,
repris par le jeune réfugié angolais, héros
du deuxième texte présenté : "Penser
ses blessures pour mieux les panser"
Laura Houvet donne la parole à ces jeunes conscients
d'être des privilégiés dans une terre de refuge mais incapables cependant d'oublier les traumatismes antérieurs ni ceux subis par les proches restés au pays.
Autre rencontre : Gan Hashalom (le Jardin de la paix) qui
promeut une pédagogie de la paix où les enfants
des trois cultures- juive, chrétienne et musulmane- sont
accueillis et éduqués à Jérusalem
dans un esprit de tolérance et de connaissance réciproque.
Les élèves genevois ont interrogé les enseignantes
israéliennes et palestiniennes présentes à
Yverdon .
Les élèves ont pu découvrir aussi l'univers
carcéral de Suisse romande par video-conférence et ils ont dialogué avec des prisonniers. Théâtre et interviews ont été télévisés. Et un grand merci à tous ceux qui ont rendu possible cette participation des jeunes à Yverdon. Sarah Benamran
Lettre de Belgique
Le Théâtre du Rideau de Bruxelles prépare
pour la saison 2002-2003 la création en langue française
de la pièce "L'Exemple de Docteur Korczak" de l'écossais David Greig qui sera jouée du 29 janvier 2003 au 28 février 2003. A la recherche de documents sur cet homme que nous ne connaissions pas et qui nous enthousiasme, nous avons découvert une très belle source d'information sur vos sites Internet respectifs et nous vous en remercions.
Dans le cadre d'actions pédagogiques que nous souhaitons entreprendre avec les écoles et les professeurs qui assisteront au spectacle, nous sommes à la recherche de la série documentaire "L'éducation en questions" consacrée à "Janusz Korczak, comment surseoir à la violence?" produite par Mosaïque Films et diffusée sur la Cinquième (France 5). Catherine Briard pour l'équipe du Rideau
de Bruxelles
A lire
Pour nos amis germanophones, signalons la parution du dernier Korczak-Bulletin (avril 2002) avec une riche table des
matières notamment sur le plan pédagogique. On peut
se procurer ce Bulletin directement auprès de notre secrétariat.
Korczak raconté par des marionnettes
Notre vice-président L. Jost a accueilli M Charles Feuerberg, tout exprès venu de Kiev pour narrer l'histoire de Korczak sur le mode du théâtre de marionnettes, au cours de 3 soirées exceptionnelles les 18, 19 et 20 juin à Aarau, Brugg et Fribourg.
Le Prix Korczak 2002 a été décerné
: nous y reviendrons dans le prochain numéro de La Lettre...
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