_______L A   L E T T RE_______

Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak

________________VOL XXIII – N° 43 – Juin 2003________________

| LE MOT DU PRESIDENT | STANISLAS TOMKIEWICZ A L’HONNEUR | AAA TOI, TOM | L’ARCHIMANDRITE E. SHOUFANI ET LA MEMOIRE POUR LA PAIX | ET NOUS CONTERONS POUR VOUS… | IN MEMORIAM | DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE | LA DIRECTRICE DU JARDIN DE PAIX RECOIT LE PRIX SPIRIT OF ANNE FRANK | GROUPE DE LECTURE DU 2 AVRIL 2003 | KORCZAK EN ARABE : PREMIERES REACTIONS | KORCZAK POUR PREVENIR LA MALTRAITANCE DES ENFANTS | ET ENCORE… | |

LE MOT DU PRESIDENT

A peine dissipés les lacrymogènes du G8, je m'interroge : Korczak aurait-il été du côté des manifestants altermondialistes ? A priori, je serais tenté de répondre par l'affirmative dans la mesure où Korczak avait la fibre sociale et qu'il s'engageait sans compter dans l'action au service des droits de l'homme. Mais encore eût-il fallu qu'il ait une vision du sommet du G8 aussi négative que celle des altermondialistes (ou en tout cas d'une large partie d'entre eux). Or, je ne suis pas persuadé que cela eût été le cas. Car on a beau clamer le caractère soi-disant non-démocratique de ce sommet, force est de constater que la plupart de ses participants sont des dirigeants élus selon les règles de la démocratie et que celle-ci connaît des moyens autres que les défilés plus ou moins festifs (agrémentés de violences aussi gratuites qu'imbéciles) pour déboulonner des dirigeants dont une majorité ne voudrait plus.

C'est donc bien davantage la légitimité et la représentativité des manifestants qui serait à démontrer, plutôt que celle des chefs d'Etat, et Korczak, en exigeant démocrate qu'il était, ne s'y serait probablement pas trompé. D'autant que ce sommet, que l'on caricature souvent comme n'ayant pour seule ambition que de conforter un libéralisme mondial à tout crin et de servir les intérêts économiques des déjà trop nantis, est aussi une puissante occasion de donner de la voix aux représentants des pays du tiers-monde et d'agender les graves problèmes sociaux, sanitaires et économiques que ceux-ci rencontrent. Où et quand, dans l'histoire de l'humanité, pareille place a-t-elle été réservée précisément aux moins favorisés ? Peut-on raisonnablement penser que les initiatives des présidents du Brésil (pour la lutte contre la faim) et du Sénégal (pour un renouveau économique de l'Afrique), pour ne citer que ces deux invités du G8, n'étaient que de médiatiques et corrompues gesticulations au service des grands capitalistes de ce monde? Ou ne faut-il pas plutôt y voir un réel progrès des valeurs de la démocratie? Peut-être est-ce pure naïveté, mais j'y vois, pour ma part, un progrès. Quant à Korczak, soyons honnêtes et ne lui prêtons pas de pensées qu'il ne saurait aujourd'hui confirmer ou démentir. Contentons-nous de lui demander ce qu'il ne cessera jamais de pouvoir nous offrir : de l'inspiration et du courage! Daniel HalpérinHt de page

Stanislas Tomkiewicz à l’honneur

Depuis son décès en janvier [2003], notre ami S. Tomkiewicz est dans tous les projets et dans toutes les mémoires! Deux livres de lui ont été publiés à titre posthume et l’on nous signale deux journées d'hommage à Paris.

La première a eu lieu le 16 juin 2003 à l'Hôpital de la Salpêtrière; la seconde s'est tenue à l'Institut de travail social et de recherches sociales (Fondation ITSRS) à Montrouge, le 20 juin 2003. A l'occasion de cette manifestation, un amphithéâtre portant le nom de Tom a été inauguré. Nous reviendrons sur ces journées dans notre prochaine Lettre.

D'autre part, une Association des Amis de Tom a été créée à l'initiative du Dr Daniel Annequin. Cette association se propose de diffuser des écrits ou productions audio-visuelles de Tom, d'entretenir un site Internet et d'organiser des manifestations publiques visant à transmettre et à poursuivre les idées et les combats de Tom. Pour toute info, consultez : www.amisdetom.site.voila.fr

Enfin, notre président a rendu un vibrant hommage à Tom lors de la réunion du Club international de Pédiatrie sociale - ci-dessous un extrait de cette intervention.

"AAA toi, Tom" : le Club international de pédiatrie sociale rend hommage à S. Tomkiewicz

Le Club international de Pédiatrie sociale a tenu ses assises près de Nyon (Suisse) les 29 et 30 mai 2003. A cette occasion, un hommage chaleureux a été rendu à S. Tomkiewicz par le Dr D. Halpérin. Nous reproduisons ci-après l'essentiel de cet hommage.

En intitulant mon propos : "AAA toi, Tom ", je n'ai été saisi ni d'une crise de bégaiement ni d'un irrépressible besoin d'éternuer. J'ai pensé simplement que parmi toutes les facettes de cet intriguant personnage, la chaleur humaine en était la plus essentielle, et que s'il ne devait y avoir qu'une chose à retenir de lui, ce devait être cette précieuse faculté d'amour qu'il projetait sur tous - amis, proches, collègues et patients surtout. C'est de cela qu'il s'agit donc : car ce triple A, qu'il a lui même estampillé sous l'apparence bienvenue d'un label de qualité, ne désigne rien d'autre qu'une " attitude authentiquement affective".Ht de page

Voyons en quoi consiste cette AAA, quelles en furent les sources, et en quoi elle nous concerne, nous qui, à des titres divers, pensons œuvrer au service de l'enfant et défendre sa place au sein de la Cité.

1. L'AAA - Laissons à Tom le soin de nous expliquer lui-même ce concept : "J'ai trouvé cette formule pour donner un air scientifique à notre manière de fonctionner, tout en évitant le mot amour qui serait mal passé auprès des jeunes. L'idée essentielle était qu'il fallait transmettre à chaque adolescent le sentiment qu'il pouvait être aimé et garder ensuite cette attitude pendant toute la durée de la relation".

Voilà une approche qui tranche singulièrement avec les principes de la relation thérapeutique que l'on nous a inculqués tout au long de nos formations de soignants, relation plutôt caractérisée par la prise de distance, la non implication personnelle, la neutralité bienveillante et une bonne dose de paternalisme voire de condescendance à l'égard des patients.

2. Quelles furent les sources de l'AAA? J'en retiendrai 3 principales :

- Une rencontre providentielle : né à Varsovie en 1925, Tom passe la guerre en grande partie dans le ghetto où, il devient un adolescent juif tourmenté par l'idée qu'il est un " être anachronique, mal foutu, handicapé ", bref qu'il ne vaut pas grand chose. Au point qu'il tente de se suicider, fin 1942, en avalant 80 comprimés de Gardenal. Après trois jours de coma, il se réveille par miracle mais mécontent et bien décidé à récidiver. C'est alors qu'il rencontre un psychiatre qui, en une seule consultation, parvient à lui instiller une bonne dose d'AAA et à le convaincre qu' " un garçon comme moi, avec mes dons, mes capacités, mes intérêts, ma drôlerie, je ne sais plus quoi, serait un être de valeur, se débrouillerait bien, ne serait à la charge de personne. Le résultat, c'est que depuis [...], je n'ai plus jamais fait de tentative de suicide".

Janusz Korczak : c'est le maître spirituel de Tom. Tom connaissait Korczak, et l'admirait. Il aimait citer de lui cette phrase qui sonne comme un prélude à l'AAA : "On dit que je suis un saint homme, que je me sacrifie pour les enfants. Rien de plus faux. Il y en a qui aiment la bière, il y en a qui aiment jouer à la bourse ou aux courses, il y ceux qui aiment les femmes. Moi, j'aime les enfants. C'est ma joie de vivre, de vivre au milieu des enfants."

Mais Korczak, au-delà de l'amour sublime et sublimé qu'il avait pour ses pupilles, a surtout défendu la notion de droits de l'enfant. Parmi ces droits qu'il appelait à faire valoir et qu'il mettait grandement en application dans son orphelinat :Ht de page

• Le droit à l'amour
• Le droit au respect
• Le droit aux conditions les meilleures pour sa croissance et son développement
• Le droit de vivre dans le présent
• Le droit d'être lui-même
• Le droit à l'erreur
• Le droit d'avoir des secrets
• Le droit d'être pris au sérieux
• Le droit d'être apprécié pour ce qu'il est
• Le droit de désirer, de réclamer, de demander
• Le droit à "un mensonge, une tromperie, un vol occasionnels"
• Le droit que l'on respecte ses biens et son budget
• Le droit à l'éducation
• Le droit de résister aux influences éducatives entrant en conflit avec ses croyances
• Le droit de protester contre une injustice
• Le droit d'avoir un Tribunal des enfants où il peut juger et être jugé par ses pairs
• Le droit d'être défendu dans un système de justice spécialisé dans l'enfance
• Le droit que l'on respecte son chagrin
• Le droit de mourir prématurément...

Inutile de dire qu'avec une telle vision de l'enfant, l'AAA devient pour ainsi dire naturelle et quasi automatique.

Les dimanche de La Roche-Guyon (1960-1976) : Miraculeux survivant de Bergen-Belsen, du désespoir et de la tuberculose, Tom, qui a perdu ses parents dans la Shoah, est recueilli à Paris à la fin de la guerre. Il devient médecin, et c'est à la Maison de l'Assistance publique de la Roche-Guyon qu'il découvre le monde des enfants profondément handicapés. Là, il constate que chaque nurse a son "chouchou" et qu'avec ces enfants chouchoutés elles font parfois des miracles ou qu'à défaut elles les empêchent de régresser davantage. Tom invente alors la "miaouthérapie" et affirme : "Un médecin peut jouer toute la journée avec un arriéré profond."

3. En quoi ceci nous concerne-t-il ? C'est Tom lui-même qui par ma voix va répondre. J'emprunte ses réflexions à l'une de ses dernières conférences donnée à Soulac, en août 2002.

Au plan de la formation : il nous revient de ne plus enseigner aux futurs soignants ou éducateurs que les "bons sentiments, c'est de la crotte de bique", ou que l'ennemi du professionnel c'est les sentiments, c'est de se laisser aller. Il faut au contraire que ces jeunes, riches de leurs idéaux et de leur enthousiasme, prennent confiance dans leurs capacités d'empathie et de réconfort et qu'ils sachent se laisser guider par leurs sentiments.Ht de page

Au plan des thérapies : il est de notre responsabilité de ne pas "chosifier" les patients. L'AAA nous permet d'éviter le piège de la chosification car elle nous rappelle constamment l'humanité - et par conséquent le caractère unique - de celui qui est en face de nous. Tom avait en horreur certaines thérapies qui, à l'instar du behaviorisme, ne voient le patient que comme une sorte de boîte noire sans âme. Il appréciait par contre la psychanalyse - une approche très égalitaire où chacun, riche ou pauvre, éduqué ou analphabète, a le droit de disposer d'un moi, d'un ça et d'un surmoi. Mais gare au psychanalyste (qui devenait illico un "psychopatacon") s'il se mettait à appliquer la traditionnelle neutralité bienveillante à un ado délinquant, lequel a besoin de tout sauf de neutralité et de bienveillance!

Au plan politique et social : il est de notre devoir de dénoncer l'offensive démagogique des "dinosaures" (Sarkozy, Chevènement, Giuliani à N.Y.) pour qui l'étiologie principale de la délinquance, c'est l'absence d'autorité (et qui de ce fait voudraient durcir la répression et rouvrir les bagnes du XIXe), alors que c'est au contraire d'absence d'amour, ou d'un "mauvais amour" que ces jeunes souffrent. Si, comme thérapeutes ou éducateurs, nous n'admettons pas que des parents peuvent être non- ou mal-aimants, alors nous contraignons les enfants à décoder vainement dans les comportements parfois pathologiques de leurs parents un amour qui n'existe pas, et on empêche les parents de décoder dans les comportements tumultueux de leurs enfants un appel à cet amour qu'ils ne reçoivent pas.

En dernier ressort, le travail médico-social, s'il n'est pas animé par l'amour, par quoi peut-il l'être? Par l'argent? Le pouvoir ? La gloire?

Poser cette question et y réfléchir, voilà qui constitue, je crois, un hommage à Tom que Tom lui-même aurait approuvé.

En guise de conclusion, permettez-moi de vous dire que si je ressens comme un privilège et un honneur l'invitation à vous parler ce soir de Tom, je ressens surtout, et c'est bien dans l'ordre des choses s'agissant d'affectivité, une grande tristesse à ne plus l'avoir à mes côtés. Dommage que je ne possède pas un "casse-temps" pour le faire revenir... Lui aussi, Tom, qui était poète à ses heures, en avait rêvé dans ces Histoires à rêver debout qui viennent de paraître (Editions Le Pli, 2003). Ecoutez-le.Ht de page

Je veux un casse-temps

Je veux un casse-temps.

Puisqu'il y a des casse-pieds, puisqu'il y a des passe-temps, pourquoi n'aurais-je pas de casse-temps ?
Je veux un casse-temps pour casser le temps qui passe
Pour casser le temps en petits morceaux
Comme on casse un vase, comme on casse un œuf
Comme on casse un os
Quand d'un uf cassé sort une jambe pliée
Le temps est cassé
Dans un tronc d'arbre vide et cassé on voit une tête blonde, échevelée
Le temps est cassé puis la tête est cassée
Et de la blessure le temps coule comme un fleuve roux
Le corps percé de flèches laisse sourdre le temps
Résine verte
Je veux casser le temps avec un beau casse-temps
Un casse-temps en acier, un casse-temps en huile
Un casse-temps en pattes d'araignée
Je veux casser le temps à coups de marteau, à coup d'épingle à nourrice dorée
Le temps cassé, le temps piétiné dans une flaque de sang sera emboîté
Les morceaux de temps je les jetterai dans l'herbe et de chaque morceau poussera une pâquerette à grosse tête
Il y a des casse-pieds, il y a des casse-têtes
Je veux un casse-temps qui casse
Le temps qui passe.

L’archimandrite E. Shoufani et la mémoire pour la paix

Lorsque j'ai offert il y a quelques semaines l'édition arabe de Comment aimer un enfant et Le droit de l'enfant au respect à Emile Shoufani, le "curé de Nazareth" qui dirige dans cette ville le Séminaire et le Collège St Joseph, j'ai vu son clair regard se voiler d'émotion. Visiblement, il portait le Dr Korczak dans son cœur et il était heureux de le savoir désormais accessible aux lecteurs arabophones. Il était, en effet, en train de préparer avec un soin extrême un événement aussi difficile qu'exceptionnel : un voyage de trois jours à Cracovie et Auschwitz-Birkenau qu'il vient d'accomplir avec 500 jeunes et adultes israéliens, palestiniens, français et belges de toutes confessions.Ht de page

Le pédagogue charismatique qu'il est s'était rendu compte que les Arabes de sa région et d'ailleurs ne percevaient pas l'effet traumatique de la Shoah sur Israël et sa population juive. Persuadé qu'on ne peut pas être vraiment en relation avec "l'autre" sans connaître sa mémoire, il a conçu son audacieux projet : Mémoire pour la paix. Cette opération a été préparée avec des séminaires pédagogiques d'une haute qualité à l'intention des participants.

On trouvera sur notre site un premier rapport sur le voyage et son impact. Je ne peux m'empêcher de penser qu'en décernant son Prix de l'Education à la Paix à Emile Shoufani, l'UNESCO a en réalité distingué un authentique disciple et continuateur de J. Korczak. Jean Halpérin

Et nous conterons pour vous…

Apprendre à prendre parole, pas si facile que cela en a l'air quand on est enfant d'une école maternelle. Ils vont vers leurs 5 ans, vers leurs 6 ans et pourtant ces 52 enfants ont fait le pari qu'ils seraient capables d'affronter divers publics et développer des compétences, partager ce qu'ils avaient acquis avec d'autres, en le transmettant avec enthousiasme et audace.

Alors comment est né un tel projet ?

Durant les dernières années de ma carrière d'enseignante spécialisée, j'avais développé une série d'ateliers de formation, auprès d'enfants rebelles au système scolaire, afin de libérer leur pouvoir de contestation de manière créative, de reconstruire un nouveau rapport au savoir.

Ces activités avaient lieu dans un premier temps durant les activités du péri-scolaire, car les enseignants pensaient qu'il y avait quelque chose de plus important, que l'on perdait son temps à jouer avec les mots et les histoires. Je n'insistais pas vu le rapport de force et préférais construire une stratégie de détour où les enfants feraient la démonstration qu'ils savaient aussi se comporter en "élèves", capables de se socialiser, de s'organiser, de mettre de l'ordre dans leur pensée. Ce premier pari fut gagné grâce à la force du projet qui déborda le cadre du péri-scolaire et amena nos "rebelles", "nos sauvageons" aurait dit Tom, à se confronter au public pour que l'on ait une autre image de leur personne.

C'est ainsi que chaque session trimestrielle comportait l'obligation "d'endosser le rôle de conteur" pour de bon. Nous avons rencontré des enfants de crèche, une résidence de personnes âgées, une place publique devant un supermarché de leur quartier, d'autres écoles et participé à des rencontres nationales ou régionales d'enfants conteurs.
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De ces manifestations, les enfants sortaient grandis. Il arriva qu'à des moments donnés leurs enseignants étaient présents. Ces derniers commencèrent à m'interpeller et mettre en débat mes pratiques. Un grand pas fut franchi, nous pouvions aborder les problèmes de fond et agir au sein de l'école.

Au bout de deux ans, les transformations des enfants furent visibles non seulement sur le plan du comportement, dans leur façon de résister aux coups durs de la vie, mais dans l'appétence au savoir, la manière de résoudre les difficultés scolaires. Ils devenaient conscients de ce qu'ils faisaient.

C'est à ce moment que nous avons collectivement conquis notre place dans l'école, auprès de leurs familles et je les en remercie.

Je quittai l'école et fût appelée un an après un temps de repos par deux enseignants de l'école maternelle du groupe scolaire où j'enseignais.

Je ne me trouvais pas dans le même statut et je ne tenais pas à faire l'enseignante. Mon objectif était d'ouvrir l'espace culturel, de créer des événements dans le quartier dont ils seraient les acteurs, d'élargir l'espace de rencontres en participant à : "Paroles en festival", en région Rhône-Alpes, sous la direction d'Agnès Chavanon, en mai 2003.

Contrat rempli puisque tous les enfants furent capables d'oser leur parole sans crainte devant les adultes ébahis, car nous avions des enfants qui ne se prenaient pas pour des graines de star, mais pour reprendre les mots de la conteuse : il y avait là de la graine de conteurs.

Ce projet nous fait voyager grâce à notre amie Amanda de Hiba et tous ceux que j'ai pu rencontrer et gagner à notre expérience à travers le monde. Colette Charlet

In memoriam

C'est avec grande tristesse que nous devons saluer la mémoire de trois membres fidèles de notre Association, disparus ces derniers mois :

Amilcare Tonella, pédiatre à Bellinzone (Tessin), un homme d'une exceptionnelle droiture et d'un infatigable dévouement pour la cause de l'enfance maltraitée, qui s'est maintes fois fait le promoteur de Korczak, notamment auprès des lecteurs du Bulletin de la section suisse italienne de l'Association suisse pour la protection de l'enfance et qui, à lui tout seul, était un véritable lobby pour les droits de l'enfant en Suisse. Caro Amilcare, tu nous manques fort et on ne t'oubliera pas.
Samuel Roller dont la vie a été une vie de combat de tous les instants, pour la pédagogie en général, l'enseignement des différentes disciplines scolaires, des mathématiques en particulier. Il a suivi et soutenu les initiatives de l'Association jusqu'au bout de ses forces.
Robert Schwob, fidèle membre de notre association. Nous transmettons à son épouse Katja et à sa famille nos sincères condoléances. Ht de page

Dans la vitrine du libraire

Alfred Berchtold : Vocation journaliste - Trajectoire de Claude Richoz, 1929-2001 (aux Editions Georg, Genève, 2003). Claude Richoz a disparu il y a 2 ans déjà. Ce livre, par l'historien Alfred Berchtold, fait revivre la riche personnalité de cet ami korczakien, sa brillante carrière journalistique, notamment à la tête du quotidien "La Suisse", son souci de la solidarité humaine et son engagement social, en particulier auprès de la Société genevoise d'Utilité publique et de la Fondation Yves et Inez Oltramare. Un très bel ouvrage.

Stanislas Tomkiewicz : C'est la lutte finale. Comment ai-je pu rester 25 ans au parti communiste? Comme en réponse à cette épineuse question, Tom retourne à son passé d'adolescent juif dans le ghetto de Varsovie, recrée la chaude ambiance des cellules du PC qu'il a connues en France après sa déportation et, au travers d'anecdotes pittoresques ou insolites, nous fait vivre l'expérience d'un petit militant pris dans la grande histoire du XXe siècle.

Stanislas Tomkiewicz : Histoires à rêver debout. Le choix et les séquences de ces histoires se sont imposées durant les deux dernières années de sa vie. Elles jouent entre réalité et fiction, alternant gravités de souvenirs de guerre et légèreté de la mise en scène des formes de pouvoir. Entre les deux, le rêve et l'amour où Tom puise la force de son écriture.

La directrice du Jardin de Paix reçoit le Prix "Spirit of Anne Frank"

Le 12 juin 2003, le Prix "Spirit of Anne Frank" qui honore une personnalité du monde de l'éducation a été décerné à New York à notre amie Daphna Bassewitch Ginzburg, directrice du Jardin de Paix (Gan Hashalom/Raoud al-Salam) de Jérusalem. Ce prix récompense un engagement personnel particulier dans la promotion de la tolérance, de la compréhension et de dialogue interculturel. Nous sommes heureux de cette reconnaissance pleinement méritée du travail inlassable accompli par Daphna et par toute son équipe, et nous sommes fiers de soutenir depuis des années, à travers notre Association, ce jardin d'enfants emblématique.

Par ailleurs, la soirée magnifiquement organisée par la Communauté Israélite Libérale le 8 mai 2003, et dont une partie du bénéfice a été consacrée au Jardin de Paix a rencontré un très vif succès. M. Len Wilson, directeur général du YMCA à Jérusalem est venu spécialement à Genève pour l'occasion.Ht de page

"Est héroïque ce qui porte vers le haut ou plonge le regard au fond de soi." Korczak, 1936

Avec Yvette Métral - groupe de lecture du 2 avril 2003

"J'étouffe en moi des vérités qu'il n'est pas possible de dire à voix haute, peut-être en Palestine qui est pour moi la terre promise..." (Extrait d'une lettre de décembre 1936). Korczak vient de rompre avec la direction de l'orphelinat pour enfants polonais qu'il avait aidé à créer. Ecoeuré, il se sent trahi par ses collègues lorsque ceux-ci l'accusent d'être plus fidèle à la Palestine qu'à la Pologne. Et pourtant, dans cette période où les enfants se font insulter dans la rue, Korczak continue à proclamer "j'ai foi en ce qui sera".

Personnalité aux multiples facettes que nous aide à découvrir la talentueuse Yvette Métral, traductrice de nombreux inédits dont les Récits palestiniens et le projet de Korczak Pour un nouvel epos. On connaît déjà le médecin et le pédagogue, l'écrivain pour enfants, on découvre le poète dont l'idée extraordinaire est d'écrire une épopée, oeuvre poétique et morale, racontant le retour des Juifs en Palestine.

Séance de lecture vibrante du groupe de lecture ce 2 avril 2003 grâce aux commentaires passionnés de la traductrice nous permettant de découvrir des rêves d'enfant du siècle passé. Le Secret d'Esther est une illustration simple d'un des droits fondamentaux: le droit d'être un enfant, le droit de jouer, d'avoir des chagrins et dans ce cas-là, le droit de pleurer des larmes d'enfant.

Yvette Métral nous parle aussi avec émotion du projet korczakien cité plus haut "Pour un nouvel epos", écrit au retour du deuxième voyage en Palestine, traduit en hébreu par Dow Sadan (publié à Tel-Aviv le 4 octobre 1936 et destiné aux enseignants de Palestine avec lesquels Korczak avait conçu le projet de faire écrire aux enfants un poème collectif.

Poème qui sera aussi une éthique de vie : il s'agira de raconter comment se construire une vie nouvelle en Palestine.

La renaissance du peuple juif, c'est l'avènement d'une humanité nouvelle, faite d'hommes libres et responsables les uns des autres.

Actualité étonnante du propos et aussi projet fantastique à entreprendre avec les enfants. Et Korczak d'expliquer clairement les étapes nécessaires afin de finaliser ce projet d'écriture. Ce sera une épopée racontant les actions de chaque homme et non seulement celles des héros, ce sera un travail réalisé avec les enfants parce que ceux-ci-inlassablement- sont en perpétuel questionnement. Ce sera aussi une épopée différente des poèmes antiques célébrant les hauts faits guerriers des héros homériques. Epopée de paix célébrant les travaux des champs et le retour vers une terre de liberté permettant à chaque homme de se construire une nouvelle vie basée sur la fraternité, construction utopique impliquant le sens des responsabilités des juifs et des non juifs. Ht de page

Ethique de la responsabilité individuelle et collective. Pensée humaniste servie par des connaissances littéraires et techniques approfondies que Korczak explique en citant les apports des différentes civilisations.

Mais dans ce texte apparaissent aussi les doutes et la révolte de Korczak. A-t-il le droit d'évoquer le judaïsme, lui le Juif assimilé ? En fait, le rêve de vivre en Palestine c'est à la fois le refus du suicide (la protestation du désespoir) pour tous les Juifs privés de liberté et une réaffirmation de l'être dans une reconstruction de soi.

Dans un style jaillissant, plein d'énergie, ce projet d'épopée marque un nouveau départ, une nouvelle inspiration pour Korczak ; il sent que la Bible est non seulement source de poésie et de renaissance morale (donnant un sens au retour en Erets Israël) mais aussi l'émanation de héros nouveaux puisque "est héroïque ce qui porte vers le haut ou plonge le regard au fond de soi." Sarabella Benamran

Korczak en arabe : premières réactions

Quelques semaines après la parution de Comment aimer un enfant et Le droit de l'enfant au respect en arabe (Editions de l'UNESCO, imprimeur Dergham, Beyrouth) plusieurs réactions nous sont parvenues qui témoignent de l'intérêt suscité par cette publication. En voici quelques extraits.

- "Nous avons été enchantés [...]. C'est une réalisation très importante." B. Anolik, Association J. Korczak, Israël.
- "Nous avons été très impressionnés par le thème du livre et sa traduction en arabe." T. Mendlowitz, David Yellin College of Education, Jérusalem.
* J'espère que ce livre parviendra à beaucoup de nos collègues des pays arabes et que l'influence de Korczak assurera un meilleur avenir aux enfants de ces pays." Jocelyn Hattab, psychiatre, Jérusalem.
- "Bravo pour l'initiative! Le livre sera présenté à nos amis israéliens et palestiniens qui s'occupent d'éducation." Shlomo Elbaz, écrivain, Jérusalem.
- "Je vais offrir le livre à mes collègues éducatrices arabes, et aussi aux parents qui sont enseignants eux-mêmes, ainsi qu'aux écoles bilingues de Jérusalem et de Galilée et à Neve Shalom." Daphna Bassewitch Ginzburg, Jardin de Paix, Jérusalem.
- "Ce livre peut être attractif pour de nombreuses ONG s'occupant d'éducation. Il faudrait en informer tous les organismes pédagogiques en Palestine et ailleurs.". Nedal Jayousi, éducateur, Jérusalem.Ht de page

Par ailleurs, l'UNESCO a publié un communiqué de presse en quatre langues annonçant la sortie de l'ouvrage. En voici ci-dessous un extrait de la version française:

L'UNESCO PUBLIE EN ARABE L'ŒUVRE DU PEDAGOGUE JANUSZ KORCZAK. Le droit des enfants au respect , dont la première édition remonte à 1929, est une véritable proclamation des droits de l'enfant. Janusz Korczak y dénonce la domination dans laquelle sont maintenus les mineurs et propose des moyens d'y remédier.

"Ces deux ouvrages, que l'UNESCO a fait traduire pour le monde arabe, sont d'une étonnante modernité: on y découvre [...] non seulement un pédagogue sans frontière, mais surtout une pédagogie de l'enfant du monde entier", écrit dans sa préface Ahmed Lamihi, professeur en sciences de l'éducation de l'Ecole normale supérieure de Tétouan (Maroc).

Korczak pour prévenir la maltraitance des enfants

La IXe conférence européenne de l'International Society for the Prevention of Child Abuse and Neglect (ISPCAN) a lieu à Varsovie du 29 au 31 août 2003. Dans ce cadre, le Dr D. Halpérin animera un atelier intitulé : "A tribute to J. Korczak : respect - a key notion in the primary prevention of child abuse". Korczak aurait été heureux de voir sa ville natale être au cœur d'une réflexion internationale autour de l'enfant et de ses droits et de constater que sa propre pensée pouvait aujourd'hui encore constituer une riche source d'inspiration. Pour plus d'informations : www.ispcan2003.info

Prochaine Assemblée Générale : lundi 10 novembre 2003,18 h15. Conférence de Mme Claire Brisset, Paris, Défenseure des droits de l'enfant, sur le thème : Pour une pédagogie du respect : chronique de la violence ordinaire.


Et encore... dans notre prochain numéro, le Prix Korczak 2003 et un compte-rendu de la journée Tous Jeunes Tous Différents qui s'est déroulée le 25 juin 2003 à la Comédie de Genève.
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