_______L A   L E T T RE_______

Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak

________________VOL XXIII – N° 45 – MARS 2004________________

| LE MOT DU PRESIDENT | AU REVOIR ANDRE ! | CLAIRE BRISSET : CHRONIQUE DE LA VIOLENCE ORDINAIRE | MURMURES DE PAIX… | JOURNEE DE LA MEMOIRE A STRASBOURG | INCROYABLES RETROUVAILLES ! | "HAND IN HAND" : DE NOUVELLES ECOLES DE LA TOLERANCE EN ISRAËL | VIDEO : "KORCZAK DES ENFANTS" | VISITE DE MARTA CIESIELSKA EN SUISSE | GROUPE DE LECTURE : AVEC MARTA CIESELSKA | FONDATION INTERNATIONALE POUR LA DIFFUSION DES ŒUVRES DU DOCTEUR JANUSZ KORCZAK | "LA PEDAGOGIE PAR LA JOIE" - SESSION INTERNATIONALE DE PEDAGOGIE A GÜNZBURG | DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE | LE "JARDIN DE PAIX" AU CENTRE EUROPEEN DE LA CULTURE | QUELQUES NOUVELLES D'AMERIQUE DU SUD… | TOM : UN AN DEJA ! |

LE MOT DU PRESIDENT

Exceptionnellement, l'An nouveau a commencé avec un mois d'avance, le 1er décembre 2003. Car après une année marquée, partout dans le monde, par les pires violences, ce 1er décembre a rendu à l'espérance de paix une place qu'on lui croyait perdue pour longtemps. Avec ses bonnes (et même excellentes) résolutions, l'Accord de Genève, lancé à cette date, nous ouvre en effet de nouvelles perspectives et constitue le témoignage fort de ce qu'une société civile qui croit en elle-même peut réussir là où les politiques ont échoué ou sont restés dans l'impasse. L'Accord de Genève, que la Suisse peut avoir la légitime fierté d'avoir soutenu, démontre que malgré les apparences contraires, il existe en Israël comme en Palestine des gens pour se parler et pour chercher ensemble des solutions au conflit. Il rappelle qu'avec la volonté de dialoguer, la violence cesse de paraître une fatalité. Il souligne que qui veut, peut ("Je veux, donc je peux - Je veux, parce que je crois", écrivait Korczak, comme on le lira plus loin, page 6, dans le compte-rendu de notre dernier groupe de lecture).

Un bémol, peut-être. Si l'Accord de Genève est très complet dans sa recherche de solutions précises (statut de Jérusalem, échanges territoriaux, devenir des réfugiés, etc.), il ne contient pas un mot sur l'éducation à la paix. Comment construire cette paix si on ne creuse pas les fondations qui lui donneraient sa solidité ? Nos amis de la Middle East Children Association ne s'y sont pas trompé en demandant qu'un protocole sur ce thème soit formellement ajouté au texte de l'Accord. Dans ce protocole, les deux parties s'engageraient à promouvoir la paix auprès des élèves et - avant eux - auprès des enseignants, à évaluer et réviser les livres scolaires pour en éradiquer tout enseignement de la haine ou du rejet, et à enseigner obligatoirement la langue nationale de l'autre Etat tout au long de la scolarité obligatoire. On ne peut qu'approuver. Daniel HalpérinHt de page

AU REVOIR ANDRE !

Nous n'arrivons pas à y croire, mais c'est vrai : André Renck est parti... Il est parti comme ça, le 23 février, après une courte maladie qui l'a abattu en quelques coups de boutoir, lui qui n'était jamais malade et qui, jusque là, n'avait pas pris le temps de vieillir. Il avait 80 ans, mais on lui en donnait facilement 20 de moins tant il était resté jeune d'allure, d'esprit et d'action. Depuis un quart de siècle, il était le collaborateur dévoué et l'ami indispensable de notre Association. Membre du comité, contrôleur aux comptes de la Fondation suisse J. Korczak et surtout assistant permanent du secrétariat, il connaissait non seulement tous les rouages de notre organisation, mais il en était devenu le moteur vivant. Il était, dans sa discrétion, d'une grande élégance; dans sa modestie, d'une droiture parfaite; dans son engagement d'une fidélité inébranlable; et dans sa présence au quotidien d'une bienfaisante gentillesse.

Nous n'arrivons pas à y croire, mais André nous a quittés. Pas tout à fait cependant : son absence même est devenue présence, discrète et fidèle, à son image. Au revoir, André, et que votre Julita, vos camarades du mardi, vos amis korczakiens et tous vos proches, vous gardent en eux comme une douce lumière qui les réchauffe ! D.H. et M.D.

CLAIRE BRISSET : CHRONIQUE DE LA VIOLENCE ORDINAIRE

C'est avec brio et devant une large audience que Claire Brisset a prononcé une conférence publique à Genève, le 10 novembre 2003, dans le cadre de l'assemblée générale de notre Association. Défenseure des droits de l'enfant en France depuis mai 2000, Claire Brisset est chargée de promouvoir les droits de l'enfant et de s'occuper de manière indépendante des situations particulières restées dans l'impasse malgré les interventions d'autres secteurs de la société, notamment la justice. Elle est donc dans une position privilégiée d'observation et peut témoigner de ce que sont les violences ordinaires, souvent invisibles, infligées aux enfants. Ces violences là, bien différentes des plus spectaculaires cas de maltraitance infantile (selon les statistiques de l'UNICEF que rappelle Claire Brisset, 4 enfants meurent chaque semaine en France des suites de maltraitance !), sont d'autant plus facilement ignorées qu'elles sont généralement commises "pour le bien de l'enfant" et sans que leur auteur ait conscience de leur nocivité. Quelles sont donc ces violences ordinaires ? Claire Brisset en retient 6 catégories :Ht de page

1. la scolarisation trop précoce : mettre les enfants à l'école dès 2-3 ans, comme on commence à vouloir le faire, c'est-à-dire, dans les circonstances actuelles, rassembler 25 à 30 bambins dans une classe sous la responsabilité de 2 adultes dépourvus de formation pédagogique sérieuse constitue une véritable entrave au développement affectif et social du jeune enfant. Celui-ci nécessite en effet une interaction étroite avec l'adulte, des rythmes de vie respectueux de ses propres besoins, et un interlocuteur proche avec qui développer sa langue maternelle, toutes choses qu'une scolarisation trop précoce ne peut qu'empêcher.

2. les violences par les enseignants : c'est surtout dans les classes maternelles ou primaires que ce type de violences s'exercent. Il s'agit plus souvent de paroles ou d'actes porteurs d'humiliation et de dénigrement que de brutalité physique ; leur pouvoir malfaisant n'en est pas moindre, notamment en affaiblissant la construction de la personnalité, en faisant douter les enfants de leur valeur propre et en les privant de la confiance en soi si importante pour leur développement. Exemples vécus : telle fillette que l'on appelle devant toute la classe "Jeanne la voleuse"; l'élève à qui l'on scotche la bouche parce qu'il est bavard, ou celui dont on déchire le cahier parce qu'il s'y trouve des pâtés ou des ratures

3. les violences psychologiques : voisines des précédentes mais exercées aussi, hélas, dans la famille. C'est l'enfant que l'on rend responsable de tout, à qui jamais un compliment n'est adressé, que l'on convainc peu à peu qu'il est "mauvais" ou "méchant", que l'on désoriente à force de lui donner des consignes contradictoires la liste est longue et jamais exhaustive de ces comportements subtilement dégradants que de nombreux adultes ont à l'égard de leurs propres enfants.

4. les châtiments corporels en famille : onze pays européens ont à ce jour interdit l'usage des châtiments corporels par les parents. Faut-il, en France ou en Suisse qui ne figurent pas parmi ces pays "pionniers", également légiférer dans ce sens ? Sans doute, mais en prenant garde à ne pas engendrer une inflation du recours à la justice. Avant d'interdire, il faut expliquer et convaincre, il faut agir sur la culture et les mentalités ; le temps du "qui aime bien châtie bien" doit être révolu; on doit faire comprendre que les coups sont toujours la marque d'un échec pédagogique et qu'ils ne peuvent que légitimer leur répétition à la génération suivante.

5. la violence des images : on ne dénonce pas assez clairement la dangerosité des images véhiculées par certains médias visuels, audio-visuels et informatiques. La violence télévisuelle ou celle de nombreux jeux électroniques, par exemple, ou celle encore des sites pornographiques si aisément accessibles sur Internet, a des effets potentiellement très délétères sur les enfants ; les psychiatres devraient le dire fermement et des mesures concrètes devraient être prises pour renforcer les contrôles et les sanctions.Ht de page

6. la violence des ruptures : un enfant sur deux est amené à vivre une rupture : celle de ses parents, la plus fréquente, ou la sienne propre d'avec son milieu familial en cas de placement. Nous vivons une époque de grande irresponsabilité : on fait des couples et on les défait tout aussi vite, on fabrique des enfants comme on achète une TV et quand on se sépare on pense avoir tout résolu en ballottant les enfants d'un parent à l'autre dans une garde alternée dont on abuse souvent au plus grand détriment de l'enfant (par exemple quand un conflit perdure entre les parents et que l'enfant est constamment pris en otage par eux, ou encore lorsque les trajets à faire pour aller et venir entre les deux lieux de vie de l'enfant sont tels qu'ils font de lui un véritable voyageur de commerce). Quant aux enfants placés, combien de fois sont-ils changés de famille d'accueil sous prétexte qu'ils risqueraient autrement de trop s'attacher à la famille précédente ? Il y a là de graves dérives institutionnelles qu'il faut reconnaître et corriger.

C'est par une vision korczakienne où l'enfant est clairement placé au centre de nos réflexions et de nos actions, où il est considéré comme sujet à part entière et titulaire de droits propres, où l'enfance est comprise de tous non pas comme un simple passage mais bel et bien comme un état de la vie, et où la pédagogie cesse d'être basée sur un rapport de force mais se définit par l'enseignement du respect, que l'on parviendra peut-être à combattre et, qui sait, à faire disparaître du quotidien de nos enfants ces violences "ordinaires" qui ne le sont pas tant que ça !

Pour en savoir plus sur l'action du Défenseur des enfants en France : www.defenseurdesenfants.fr

MURMURES DE PAIX…

Les bruits de guerre, on les entend sans effort. Quand bien même on voudrait s'en prémunir en tentant de les ignorer, les médias sont là, avides de les rappeler et de les amplifier sur tous les modes. La paix, elle se chuchote plutôt, et pour l'entendre, il faut tendre l'oreille. Voici, du Proche-Orient, quelques-uns de ces murmures de paix.

Allô, la paix ?
Au chapitre des initiatives visant à aider Israéliens et Palestiniens à renouer le dialogue, nous ne pouvons pas ne pas mentionner l'audacieux projet "Hello, Salaam ! Hello, Shalom ! Hello, Peace !". De quoi s'agit-il ? D'une initiative prise par un groupe de parents israéliens et palestiniens ayant perdu un enfant ou un proche dans le conflit. Persuadés, au travers de leur propre expérience de deuil, que pour pouvoir sortir du désespoir et de la solitude les deux peuples doivent recommencer à se parler, ils ont créé une ligne de téléphone automatisée utilisant un système de reconnaissance vocale interactive. L'appelant compose le *6364, s'identifie comme Palestinien ou Israélien, précise éventuellement l'âge de la personne à qui il souhaite parler et s'il désire une communication immédiate ou non. Un ordinateur effectue alors automatiquement le branchement avec l'interlocuteur correspondant au profil souhaité et qui a lui-même auparavant expressément indiqué son désir de communiquer. Depuis octobre 2002, plus de 210'000 appels ont été effectués sur cette ligne spéciale. C'est dire que les initiateurs avaient raison : en dépit des apparences, et quoiqu'en disent les média, nombreux sont les Israéliens et les Palestiniens qui ne rêvent que d'une chose : se parler.

Ht de pagePour plus d'infos : www.hellopeace.net/about.htm

Antarctique : le Mont de l'Amitié Israélo-Palestinienne
Le 16 janvier 2004, quinze jours après avoir quitté Puerto Williams au Chili à bord d'un voilier, quatre Palestiniens et quatre Israéliens ont gravi ensemble, encordés, un sommet de l'Antarctique jusqu'alors inexploré, dans la région de Prospect Point. Là haut, les membres de cette insolite expédition baptisée "Breaking the Ice" ["Briser la glace"] ont lu une déclaration commune dans laquelle ils affirment que "Palestiniens et Israéliens peuvent coopérer dans le respect mutuel et la confiance". Le sommet vaincu a été nommé, tout naturellement, le Mont de l'Amitié Israélo-Palestinienne.

Pour plus d'infos : http://www.breaking-the-ice.de/

Coexistence sous chapiteau
Depuis quelques mois, dans le nord d'Israël, une vingtaine d'enfants juifs, chrétiens, musulmans et druzes, âgés de 9 à 15 ans, se retrouvent régulièrement sous le chapiteau du "Cirque des enfants" pour y apprendre ensemble les arts de l'acrobatie, de la jonglerie et de la clownerie. "Lorsque vous construisez une pyramide humaine, dit l'un des responsables de ce programme, il vous faut apprendre à faire confiance dans l'équipe. Chacun dépend de chacun. Si cela réussit, c'est le succès de tous. S'ils tombent, il leur faut trouver tous ensemble le moyen de remonter". Une très belle initiative que soutient d'ailleurs l'Union Européenne.

Pour plus d'infos : http://www.israelcircusschool.com

JOURNEE DE LA MEMOIRE A STRASBOURG

A l’occasion du jour anniversaire de la libération d’Auschwitz (27 janvier), une série de manifestations ont été organisées à Strasbourg pendant la semaine du 26 au 30 janvier 2004, sous la responsabilité de Claudie Lissek-Sabbah, une amie fidèle du mouvement korczakien qui anime sur Radio Judaïca, deux fois par semaine, des émissions consacrées à l’éducation et à la Shoah.Ht de page

Ces manifestations (conférences, expositions, films, théâtre, rencontres avec des écrivains) étaient principalement destinées aux lycéens et collégiens et visaient à éveiller chez eux le sens du respect de l’autre, des droits de l’homme et de la démocratie. Patronnées par le Conseil régional d’Alsace, la Mairie de Strasbourg, le Consistoire israélite du Bas-Rhin et la Communauté israélite de Strasbourg, ces journées ont également reçu le soutien de notre Association.

INCROYABLES RETROUVAILLES !

Pendant plus de 60 ans, Binyamin Shilon (avant-guerre : Bronik Szlamowicz) a cru que sa sœur Ruja avait disparu dans la tourmente nazie. Séparé d’elle en 1938 en raison de difficultés familiales, il sait qu’elle est accueillie dans l’orphelinat de Korczak à Varsovie. Il a alors 13 ans, elle 8. Là s’arrête tout contact entre eux. Lorsque la Pologne est envahie en 1939, leur père est tué par la Gestapo. Ruja échappe miraculeusement à la mort à plusieurs reprises, même à Auschwitz où elle est déportée en 1943, puis à Ravensbruck. Elle s’installe en Israël en 1948, persuadée d’être la seule survivante de sa famille. On la renomme Shoshana November. De son côté, Bronik passe la guerre en Pologne orientale alors sous contrôle soviétique. Blessé lors d’un bombardement, il part en Sibérie puis rejoint l’Armée rouge avec laquelle il va se battre sur les fronts ukrainien et roumain puis libérer Auschwitz.

Ce n’est qu’en 1957 qu’il s’installe en Israël, alors qu’une nouvelle vague d’antisémitisme s’abat sur la Pologne. Lui aussi est convaincu d’avoir perdu tous les siens. Décembre 2003 : Nir Silberberg, 24 ans, petit-fils de Shoshana November, téléphone à Binyamin Shilon après avoir consulté les registres du Mémorial Yad Vashem où figurent les noms des survivants de l’Holocauste. Il lui pose trois questions : ”Le nom de Szlamowicz vous rappelle-t-il quelque chose ?”, ”Aviez-vous une sœur nommée Ruja ?” et ”Voudriez-vous lui parler ?”. C’est aujourd’hui chose faite. Frère et sœur, qui, sans le savoir, ont vécu pendant près de 40 ans à une heure de voiture l’un de l’autre, ont renoué les fils de leur destin. Auquel, incidemment, fut aussi mêlé un certain Korczak. Belle histoire, non ? [N.B. Merci à notre ami Mark Bernheim, aux USA, de nous avoir transmis cette information.]

”HAND IN HAND” : DE NOUVELLES ECOLES DE LA TOLERANCE EN ISRAËL

Nos lecteurs connaissent bien le Jardin de Paix [Gan haShalom - Raoud al-Salam] que, de concert avec la Ville de Genève, nous soutenons depuis plusieurs années. Dans ce lieu de coexistence situé au cœur de Jérusalem, des enfants juifs, chrétiens et musulmans de 2 à 5 ans sont co-éduqués en arabe et en hébreu, dans le respect des traditions de chacun. Hélas, à l'entrée à l'école primaire, tous ces enfants doivent rejoindre la filière scolaire "normale" où Juifs et Arabes ont leurs propres écoles et leur propre programme d'enseignement. Cette séparation, ainsi voulue pour préserver l'identité et les spécificités culturelles et religieuses des deux populations, contribue malheureusement à maintenir un fossé social et linguistique entre elles. Un fossé qui a tout le temps de se creuser au fil des années, puisque ce n'est qu'à l'Université que Juifs et Arabes ont une chance de pouvoir se retrouver.Ht de page

Face à cette situation, et inspiré par l'esprit du Jardin de Paix où son propre fils avait fait ses premiers pas et tissé ses premiers liens intercommunautaires, Amin Khalaf fonde en 1998, avec Lee Gordon, un éducateur juif, le" Hand-in-Hand Center for Jewish-Arab Education". Une première école bilingue est créée en Galilée, puis une seconde, deux ans plus tard, à Jérusalem. Comme au Jardin de Paix, l'enseignement y est dispensé dans les deux langues et chaque classe est co-dirigée par deux enseignants, l'un juif, l'autre arabe. Il y a donc là une véritable mise à l'épreuve quotidienne du vivre ensemble qui n'est pas sans répercussions non seulement sur les élèves mais aussi sur leurs parents et sur leurs professeurs. A ce jour, près de 300 enfants sont inscrits dans ces deux écoles qui proposent des classes jusqu'à la cinquième primaire. La création de nouvelles classes voire de nouvelles écoles est à l'ordre du jour. Mais si ces écoles sont reconnues et soutenues par le Ministère de l'Education d'Israël, leurs programmes spéciaux qui les distinguent des écoles publiques traditionnelles ne peuvent, en revanche, se développer que grâce à des financements privés. Raison pour laquelle, fidèles à notre engagement pour une éducation à la paix et à la tolérance, notre association offrira cette année son soutien à ce projet porteur d'espoir.

Pour plus d'infos : http://www.handinhand12.org/

VIDEO : "KORCZAK DES ENFANTS"

L’Association Korczak d’Israël a produit une cassette vidéo intitulée ”Korczak des enfants”. Ce documentaire d’une trentaine de minutes, sous-titré en français, rassemble les témoignages de contemporains de Korczak et d’anciens pupilles de l’orphelinat. Entre ces témoignages qui donnent un éclairage vivant sur la vie et l’œuvre de Korczak, des jeunes d’aujourd’hui s’expriment sur leur vie et leurs aspirations. La cassette est disponible en prêt (caution CHF 20.-) à notre secrétariat.

VISITE DE MARTA CIESIELSKA EN SUISSE

Invitée par notre association, Marta Ciesielska, du Korczakianum de Varsovie, a séjourné en Suisse du 25 novembre au 4 décembre 2003. Aux universités de Berne et de Zurich, elle a présenté un exposé sur le travail qu'elle effectue dans le cadre de l'édition des œuvres complètes de Janusz Korczak. Ce fut avant tout pour elle l'occasion de faire le point sur les dernières connaissances acquises grâce à l'accès à de nouvelles sources. À Genève elle a animé une soirée autour de deux textes de Korczak; ce fut là aussi l'occasion pour elle de s'entretenir de son travail en Pologne ainsi que des possibilités de collaboration internationale. Outre une excursion à Grindelwald et une visite du "Centre de documentation Pestalozzi" à Yverdon, son programme a été enrichi, dans le cadre d'un dîner organisé par Jean-Baptiste de Weck, de rencontres qui auront de fructueux prolongements. Nous évoquerons ici tout particulièrement la rencontre avec Madame Jolanta Kessler-Chojecka, attachée culturelle à l'ambassade de Pologne à Berne, qui a par ailleurs exprimé son plus vif intérêt pour le travail de notre Association. Cette invitation en Suisse fut l'occasion, pour l'Association Korczak, d'exprimer à Madame Ciesielska notre lien solidaire et la reconnaissance que nous lui devons pour son important travail.Ht de page

GROUPE DE LECTURE : AVEC MARTA CIESELSKA

C'est le 1er décembre 2003, à l'heure même où se terminait la cérémonie de la proclamation de "l'Accord de Genève", que s'est retrouvé dans les locaux de l'Association le groupe de lecture pour sa dernière rencontre de l'année. Auspices prometteurs donc, mais surtout référente de qualité puisqu'en la personne de Marta Cieselska, responsable des Archives Korczak à Varsovie ("Korczakianum"), nous avions sous la main l'une des meilleures connaisseuses actuelles de l'œuvre de Korczak.

Marta avait choisi de nous faire réfléchir sur deux textes très différents. Le premier date de janvier 1942. Il s'agit d'une carte postale adressée aux "Haloutzim" (pionniers sionistes) qui vivaient en communauté au 34, rue Dzielna, et qui furent les principaux artisans, quelques mois plus tard, de l'insurrection du ghetto de Varsovie. Korczak s'adresse à eux en ces termes [traduction : Mireille Gansel] :

"Aux chers Haloutzim, à déchiffrer dans un moment de libre.
Je veux, parce que j'aime. – Je veux parce que je comprends. – Je veux, donc je peux. – Je veux, parce que je crois.
Je veux de mon seul fait, parce que seulement pour moi, pas pour d'autres – j'aime, je sais, je comprends, je veux et je crois.
Mon amour, mon savoir, mon pouvoir et ma foi – en un fidèle service pour vous et près de vous, en un travail de tous mes efforts, pour vous, sur ce chemin exigeant qui va dans votre direction et qui mène à vous.
Je sais et je crois.
Comme il est beau le savoir lorsque l'on hésite, que l'on n'ose pas et que l'on manque de confiance, et que l'on cherche la faute en soi et autour de soi, et que l'on cherche le manquement, et même le mensonge inconscient.
Comme elle est belle, la foi dépourvue de doute, la foi sans réserve et sans cette peur de me tromper.
Shalom".

Dans le style hâché et lapidaire de ce texte qui peut paraître un peu mystérieux à première lecture, on trouve un thème récurrent chez Korczak qui est celui de l'affirmation des valeurs humaines (la foi, le savoir, l'amour, le service aux autres) qu'il s'agit de promouvoir d'autant plus fort qu'elles sont niées par les occupants nazis. Il y a donc là un appel au courage et à la résistance. Mais aussi une modeste réflexion sur le moteur de nos actions : pour vouloir il faut aimer, il faut croire, il faut comprendre. D'un côté la foi, de l'autre le savoir. L'un n'exclut pas l'autre, au contraire : l'un et l'autre sont complémentaires, comme sont complémentaires et tous deux nécessaires le doute (qui rend beau le savoir) et la conviction (qui rend belle la foi).Ht de page

Le deuxième texte est un article publié par Korczak en mai 1937 dans le Journal de psychiatrie infantile alors édité à Bâle sous la direction des principaux psychiatres, pédiatres et neurologues suisses de l'époque (H.W. Maier, E. Glanzmann, A. Repond, parmi d'autres). Cet article, signé Jan Korczak et le seul traduit en français de son vivant, est intitulé :"Observation d'un cas d'onanisme chez un garçon". Korczak se penche là sur un sujet très peu étudié et déformé par des opinions toutes faites : après des siècles où l'on a affirmé que "l'onanisme cause de l'abrutissement, le ramollissement du cerveau, la tuberculose, la cécité, l'aliénation mentale", l' "opinion optimiste actuelle" prétend que "laissé sans intervention, l'onanisme de l'enfant ne produit […] aucune mauvaise conséquence pour la santé". Si, pour Korczak, il y a là une saine "protestation contre l'éducation par la peur, contre l'enchaînement des bras et autres tortures semblables", il ne faut toutefois pas se donner l'illusion que l'onanisme n'est jamais un problème. A l'appui de cette thèse, Korczak présente l'observation détaillée qu'il a faite du sommeil d'un garçon de 6 ans, violent, indiscipliné, brutal et victime lui-même des tourments et des violences que lui a infligés son père alcoolique. Ce sommeil, que Korczak décrit admirablement nuit après nuit (regrettant au passage de n'avoir pas encore les moyens de le filmer pour mieux l'analyser) est entrecoupé de périodes agitées où l'enfant se masturbe de façon compulsive et parfois douloureuse. Au prix de régulières interventions pendant plusieurs semaines où Korczak réveille l'enfant, le calme, lui parle, le rassure, la symptomatologie compulsive semble s'atténuer et peut-être disparaître. Le 15 août - c'est la dernière nuit d'observation - Korczak peut écrire : " Il dort, les mains croisées sous la tête".

Un texte passionnant par l'originalité du sujet, le style (direct et incisif, sans aucun jargon scientifique et où Korczak n'hésite pas à écrire "je" pour souligner son implication participante dans l'observation), la méticulosité de cette observation, la motivation de l'observateur qui a généreusement sacrifié son propre sommeil à cette étude et, enfin, par la grande humanité qui transparaît au-delà du rapport scientifique. P.S. Le texte intégral de cet article peut être obtenu auprès de notre secrétariat.

FONDATION INTERNATIONALE POUR LA DIFFUSION DES ŒUVRES DU DOCTEUR JANUSZ KORCZAK

Le Conseil de Fondation a tenu sa réunion annuelle le 5 décembre 2003 à l'ancien orphelinat des enfants juifs de Varsovie à la rue Jaktorowska, anciennement Krochmalna. Pour la première fois y participait Mme Vera Michalski, directrice des Editions Noir-sur-Blanc à Montricher, élue en 2002.Ht de page

Le but de la fondation est de favoriser par tous les moyens possibles la diffusion des œuvres du docteur Janusz Korczak en commençant par la publication de l'édition originale écrite en polonais et commentée par le groupe des spécialistes qu'anime actuellement Mme Marta Ciesielska. Après une période difficile due à la nécessité de changer d'éditeur et de réorganiser toute la diffusion en Pologne, un accord a pu être conclu avec l'Institut de recherche littéraire de l'Université de Varsovie qui a édité le tome 11.1 des œuvres complètes. Le tirage a été de 700 exemplaires, dont la moitié sera distribuée par le Korczakianum à des spécialistes de l'éducation résidant en Pologne ou dans d'autres pays. L'ouvrage est passionnant, permettant de suivre, de cas individuels en cas individuels, les méthodes utilisées par Korczak, à la fois médecin, pédagogue, psychologue et écrivain dans son activité quotidienne déployée au service de l'épanouissement de l'enfant et de son éducation. La collection complète comptera 21 volumes groupés en 16 tomes. Les volumes parus sont au nombre de 18, et nous approchons de la conclusion de cet immense travail qui demande encore de la part de la fondation un effort financier.

L'édition complète publiée en allemand chez Bertelsmann arrive à son terme grâce à l'engagement des professeurs Friedhelm Beiner et Erich Dauzenroth et à la collaboration de Mme Silvia Ungermann. La collection est un monument littéraire aussi bien que pédagogique. Très soignée, annotée par des spécialistes et cependant toujours agréable à lire, elle représente un hommage magnifique à un homme de dimension universelle. La Foire du Livre de Francfort avait attribué un prix à cette réalisation exemplaire.

L'édition complète en hébreu poursuit sa route à Jérusalem avec la publication en 2003 du tome 8 consacré en particulier aux ouvrages "Quand je redeviendrai petit" et "La fabrique de la vie".

En français, rien à signaler depuis la parution en 2002 des pages consacrées par Korczak à la Palestine dont la traduction par notre amie Zofia Bobowicz a été publiée aux Editions Noir sur Blanc. Notre fondation espère toujours qu'une édition complète en français pourra paraître un jour, contribuant ainsi à démontrer que Korczak était à la fois fidèle au peuple juif et au peuple polonais, et que chacun peut avoir deux patries ou deux cultures tout en vivant en paix avec soi-même et avec les autres. Jean-Baptiste de WeckHt de page

"LA PEDAGOGIE PAR LA JOIE" - SESSION INTERNATIONALE DE PEDAGOGIE A GÜNZBURG

Du 7 au 9 novembre 2003, s'est tenue à Günzburg, à l'invitation de l'association Korczak allemande, une session internationale de pédagogie. Elle a réuni des participants de nombreuses associations Korczak européennes ainsi que diverses personnes intéressées, qui se sont tous retrouvés ici pour un échange sur " la pédagogie par la joie ". Des présentations musicales, une exposition d'éditions originales et d'art populaire polonais, des méditations, des mise en scène et un spectacle de théâtre sont venus enrichir le programme. C'est ainsi que lors d'une soirée, Siegfried Steiger, Président de l'Association Korczak allemande et initiateur et animateur de la session, présenta avec ses élèves sa nouvelle pièce intitulée "La valise de Korczak bagages scéniques d'une autre sorte", transposition véritablement réussie des pensées de Korczak.

L'apogée de la session fut l'inauguration solennelle du monument à la mémoire de Korczak, en présence de l'artiste, Itzchak Belfer et sa famille, ainsi que du représentant du consul général de Pologne, Andrzej Osiak, et du représentant du Land de Bavière, le Dr Paul Fischer. Et ainsi trouva son heureuse conclusion cette entreprise loin d'être simple : ériger une statue de Korczak dans une petite ville comme Günzburg. Il reste à espérer que ce monument à le mémoire de Korczak saura en inciter plus d'un à la réflexion. Gérard Kahn.

IN MEMORIAM
Nous déplorons le décès de Jacques Vichniac (Jacques Givet de son nom de résistant et de plume), poète et combattant de toutes les grandes causes, à commencer par celle des droits de l'homme. A ce titre, Jacques suivait avec intérêt les activités de notre Association, en particulier son volet de promotion du dialogue israélo-palestinien. A son épouse Isabelle, à ses fils Pierre et Gérard, à toute sa famille et à ses innombrables amis, nous adressons nos pensées amicales et très affectueuses.

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DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE

Animan : escale à Nazareth
Dans sa livraison de décembre 2003-janvier 2004, la revue Animan consacre un reportage au "curé de Nazaret", le père Emile Shoufani, et relate son combat au service du dialogue entre Juifs et Arabes. Un sujet quelque peu surprenant dans un magazine qui se spécialise davantage dans la géographie et la nature que dans les sciences sociales ou politiques. Bravo donc à la rédaction d'Animan pour cette ouverture d'esprit ! Rappelons que le père Shoufani a organisé en 2003 un pèlerinage à Auschwitz auquel ont participé plusieurs centaines d'Arabes - israéliens ou non, chrétiens ou musulmans -, qu'il a reçu le prix UNESCO pour l'éducation à la paix (voir La Lettre n° 43, juin 2003 et No 44, octobre 2003) et qu'il a commandé et reçu de notre association 200 exemplaires du volume de Korczak : "Le droit de l'enfant au respect" et "Comment aimer un enfant" en arabe.

Korczak en arabe : une belle commande !
Nous avons appris avec joie que le volume de Korczak ("Le droit de l'enfant au respect" et "Comment aimer un enfant") que nous avons édité en arabe, en partenariat avec l'UNESCO et la Ville de Genève, a fait l'objet d'une commande de 2000 exemplaires par la Commission nationale israélienne auprès de l'UNESCO. Ces exemplaires seront distribués dans toutes les écoles arabophones du pays.

LE "JARDIN DE PAIX" AU CENTRE EUROPEEN DE LA CULTURE

Le Centre européen de la culture a organisé à l'Université de Genève, les 29 et 30 janvier 2004, un colloque intitulé : "Dialogue des cultures : contribution à la paix". Notre amie Daphna Bassewitch-Ginzburg, directrice du Jardin de Paix à Jérusalem, est venue tout spécialement pour y présenter son programme de co-éducation. A la même table ronde que présidait l'ancien conseiller d'Etat Guy-Olivier Segond, participaient Monique Prindezis (Ecole Instrument de Paix), Sandrine Fredj (Fondation de Jérusalem), Estelle Gitta (Centre européen de la culture), ainsi que Vladimir Petrovsky et Nihad Fahmy (Dialogue Amongst Civilizations). D'autres conférences ou débats ont permis à des orateurs prestigieux de s'exprimer, notamment Hélène Ahrweiler, présidente de l'Université de l'Europe à Paris, André Hurst, recteur de l'Université de Genève ou encore Yves Quéré, de l'Académie des Sciences, Paris.

QUELQUES NOUVELLES D'AMERIQUE DU SUD...

Notre amie Amanda Paccotti de Hiba est rentrée à Rosario (Argentine) après quelques années passées à Lima. Elle travaille la main dans la main avec Ruben Naranjo qui doit ménager ses forces afin de pouvoir réaliser tout ce qui lui tient à coeur malgré une santé fragile. En ce moment il travaille à la réalisation d'un centre communautaire dans un quartier très défavorisé de Rosario et voudrait constituer une bibliothèque.

TOM : UN AN DEJA !

Il y a un an déjà, le 5 janvier 2003, que Stanislaw Tomkiewicz, notre ami Tom, est parti. Nul doute que nombre de nos membres auront eu une pensée ce jour-là pour l'homme entier, le psychiatre engagé et le korczakien dynamique qu'il fut. Nous saisissons l'occasion de ces lignes pour signaler à nos lecteurs deux remarquables numéros de la Revue "Enfance Majuscule" qui lui ont été consacrés en 2003 : les numéros 68-69 (Hommage à S. Tomkiewicz) et 72-73 (Résilience). On peut se procurer ces numéros auprès de Enfance majuscule, 2 place Bir Hakeim, 92100 Boulogne, France. Tél. : 00331 46 21 47 09. Fax : 00331 46 21 13 05.

Nous rappelons aussi l'existence de l'Association des Amis de Stanislaw Tomkiewicz qui souhaite transmettre et poursuivre les combats de Tom. On peut y adhérer via son site Internet : http://amisdetom.site.voila.fr

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