_______L A L E T T RE_______
Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak
________________VOL XXIII N° 47 NOVEMBRE 2004________________
| LE MOT DU PRESIDENT - LE JEU, CEST SERIEUX | HAND IN HAND - QUOI DE NEUF ? | A PROPOS DU MASSACRE DE BESLAN - UN APPEL DES PEDIATRES GENEVOIS | TIBET - LE PROJET POUR AVEUGLES EN PLEINE EXPANSION | KORCZAK DANS LE MONDE | PRIX KORCZAK 2005 - LES REGLES | ACTUALITES ASSOCIATIVES | CESIA, LA PETITE FILLE QUI RIT | DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE | IN MEMORIAM |
| UNE VIE POUR KORCZAK |
LE MOT DU PRESIDENT / LE JEU, CEST SERIEUX
Sous le titre "La ville en jeux - Vers une nouvelle
vision des places de jeux à Genève", s'est
tenu, du 23 au 25 septembre 2004, un passionnant forum
du Département des affaires sociales, des écoles
et de l'environnement de la ville de Genève. Quel avenir
pour les places de jeux en ville ? Comment concilier les
exigences de sécurité qui répondent à
des normes de plus en plus sévères et la participation
créative des usagers, des parents et des artisans à
l'aménagement de ces lieux de vie, de détente et
de partage ?
Telles sont les questions que se proposait d'aborder ce forum. Coup de chapeau aux organisateurs, Manuel Tornare en tête, mais aussi Simone Irminger, Claudio Deuel, Maurice Graber qui ont su donner à ce thème les dimensions d'un réel événement ! Par le choix des orateurs et des sujets, par le soin mis à encadrer les débats de moments plus légers (sketches, caricatures, intermèdes musicaux, effets lumineux), par un environnement tout empli de jeux et de jouets, ils ont montré combien ce sujet leur tenait à cur et combien ils prenaient le jeu au sérieux. Albert Jacquard (en direct de Paris par satellite car victime d'une chute à son domicile) a lancé les feux (et les jeux) avec la sensibilité et l'intelligence qu'on lui connaît. Son analyse logarithmique par laquelle il démontra que l'expérience d'un enfant de 10 ans ne vaut pas le dixième mais au moins la moitié de celle d'un vieillard centenaire, aurait enchanté Korczak !
Excellent aussi fut G.-O. Segond, ancien conseiller d'Etat
et ancien maire de Genève, qui rappela comment il projeta
de créer dans le canton 100 places de jeux et comment il
gagna son pari. Moins convaincant mais stimulant fut Ulrich Schädler,
directeur du Musée suisse du jeu, qui voulut minimiser
les exigences de sécurité applicables aux emplacements
de jeux en faisant l'éloge de la blessure perçue
comme simple expérience pédagogique. Le pédiatre
que je suis ne pouvait pas être d'accord, mais qu'importe,
le débat était ouvert et c'était là
l'essentiel, puisque la question centrale de la sécurité
des places de jeux nous concerne tous et qu'elle ne peut être
traitée que par une concertation citoyenne à laquelle
tous - enfants compris, bien entendu - devraient participer. On
a aussi dit que les enfants aiment la liberté et que nous
ne devrions pas les "parquer" dans des places de jeux
par souci de quiétude. Il y a du vrai dans cela mais ce
n'est pas parce que l'on a des places de jeux que les enfants
devraient perdre leur droit d'explorer des terrains d'aventure
sauvages ; et inversement, ce n'est pas parce que l'enfant
peut disposer de cette liberté d'exploration qu'il devrait
être privé de terrains de jeux urbains. Il faut de
tout pour tous ! Enfin, je voudrais suggérer que pour
assurer une certaine surveillance des places de jeux, et pour
en faire des lieux de rencontres humaines, nous pourrions peut-être
développer l'idée de "ludotiers" par analogie
avec les ilôtiers des banlieues insécures. Ces ludotiers
pourraient être recrutés à bon compte parmi
les "Re-re-re" : retraités, requérants
d'asile et rechercheurs d'emploi qui seraient sans doute heureux
de se redécouvrir utiles à la société.
Daniel Halpérin
N.B. On peut se procurer le Guide des places de jeux à
Genève, ainsi que la liste des ludothèques de la Ville de Genève auprès du Service des écoles et institutions pour l'enfance, tél. 022-418 48 00, fax 022 418 48 01.
"HAND IN HAND" / QUOI DE NEUF ?
Comme on le sait, notre Association soutient cette année
le développement du "Hand-in-Hand Center for Jewish-Arab
Education", ce groupe d'écoles bilingues créées
en Galilée et à Jérusalem depuis 1998. Dans
La Lettre de mars dernier (no 45), nous indiquions que 300 enfants étaient inscrits dans ces écoles, du jardin d'enfants jusqu'à la 5e primaire. Nous sommes très heureux d'annoncer à présent qu'une nouvelle école a été inaugurée, qu'une "junior high school" (équivalent du cycle d'orientation à Genève ou du collège dans le canton de Vaud) a pu démarrer et que la population des élèves a doublé ! La nouvelle école a quelque chose de miraculeux : c'est la première en Israël qui est située dans un village arabe (Wadi Arad) et qui accueille des élèves juifs !
Pour plus d'infos : http://www.handinhand12.org/
A PROPOS DU MASSACRE DE BESLAN / UN APPEL DES PEDIATRES GENEVOIS
Nous reproduisons ci-dessous l'appel lancé par
les membres de la Société genevoise de Pédiatrie.
Cet appel a été repris et amplifié par d'autres
sociétés médicales en Suisse et en Europe
et notre Association s'associe pleinement à ce texte.
Suite aux évènements de Beslan qui ont
abouti à un véritable massacre des innocents, des
membres de la Société genevoise de Pédiatrie
tiennent à exprimer leur tristesse et leur colère.
Constater qu'en ce début de 3e millénaire, malgré
la récente et universelle proclamation des Droits de l'Enfant,
il est toujours possible, voire courant, en Ossétie comme
ailleurs, d'attenter à la vie des enfants, de les prendre
en otages, de les transformer en soldats ou en objets sexuels,
de les emprisonner ou d'en exploiter grossièrement le travail,
est pour nous source de consternation.
Conscients de la faiblesse de notre voix dans le tumulte du
monde, et du caractère dérisoire de cet appel, nous
pensons cependant nécessaire de lutter contre la tentation
du silence, silence qui pourrait traduire notre résignation
et constituer une forme de complicité par l'indifférence.
Nous ne devons pas, et ne voulons pas, nous habituer à
de tels faits.
Nous en appelons donc aux instances gouvernementales, aux autorités et aux agences de l'ONU ainsi qu'à toutes les consciences, pour qu'elles s'engagent avec détermination à donner à la protection de l'enfance, la priorité absolue qu'elle devrait avoir dans la vie politique et sociale des peuples et des nations. Genève, le 14 septembre 2004
TIBET / LE PROJET POUR AVEUGLES EN PLEINE EXPANSION
Depuis plusieurs années, notre Association offre un
soutien modeste mais régulier à un remarquable programme
pédagogique destiné aux aveugles tibétains
(cf. La Lettre n° 33, février 2000). Ce programme,
appelé à l'origine "Projet pour les aveugles,
Tibet" a été renommé récemment
"Braille Without Borders" (Braille sans frontières).
Il doit son existence à Sabriye Tenberken (elle-même
aveugle) et Paul Kronenberg et a l'ambition d'élever les
personnes aveugles par l'utilisation de l'écriture en Braille
pour leur permettre d'accéder à la littérature
et au savoir. Ce savoir va leur donner la possibilité d'apprendre
et de pratiquer une profession et de s'intégrer dans la
société.
Après avoir créé une école primaire à Lhassa (où le Braille est enseigné d'emblée en chinois, tibétain et anglais) et assisté, il y a quelques mois, à la magnifique intégration dans des classes normales des premiers élèves sortis de cette école, "Braille Without Borders" a mis sur pied une formation de masseurs-physiothérapeutes dont les premiers diplômés ont aujourd'hui ouvert leur clinique à Lhassa. Infatigables, Sabriye et Paul s'engagent à présent dans le développement d'une ferme-école où seront enseignées, parmi d'autres, les techniques de fabrication du fromage (y compris du fromage de Hollande !), l'arboriculture (les arbres fruitiers sont très rares au Tibet), le jardinage et la production de compost. "Braille Without Borders" entend aussi développer des projets similaires ailleurs dans le monde (des contacts ont été établis avec le Ladakh et la Mongolie), tandis que la création d'un centre international de formation d'éducateurs spécialisés est à l'ordre du jour, le Kerala, au sud de l'Inde, se profilant pour héberger cette structure. Un immense bravo à nos amis que nous continuerons d'encourager !
Pour en savoir plus visitez l'excellent site : www.braillewithoutborders.org
KORCZAK DANS LE MONDE
Ruben Naranjo citoyen d'honneur de Rosario (Argentine)
C'est le 30 septembre 2004 que notre ami Ruben Naranjo,
éminent korczakien, courageux défenseur des droits
de l'homme et infatigable protecteur des enfants défavorisés
en Amérique latine, notamment les enfants de la rue et
ceux des minorités indiennes, a été proclamé
citoyen d'honneur par sa ville, Rosario. A l'occasion de cette
distinction, notre président lui a adressé le message
suivant : 
Cher Ruben,
J'apprends que ta ville fait aujourd'hui de toi un citoyen d'honneur.
C'est formidable et c'est bien mérité, mais c'est
encore trop peu : c'est le monde qui devrait faire de toi
son citoyen d'honneur, car ton engagement pour les justes causes
sociales dépasse largement les limites territoriales de
Rosario et même de la pampa argentine. Il éclaire
l'humanité tout entière. C'est pourquoi la marque
de gratitude que Rosario t'offre aujourd'hui nous touche si profondément
ici, à Genève. Au nom de l'Association suisse des
Amis du Dr Janusz Korczak, au nom des millions de Roi Mathias
qui vivent dans les rues et luttent pour leur dignité,
en mon nom personnel aussi, je t'adresse, cher Ruben, mes messages
les plus cordiaux et mes très vives félicitations.
Daniel Halpérin
Diffusion des uvres de Korczak
Le Conseil de la Fondation internationale pour la diffusion
des oeuvres du Docteur Korczak s'est réuni à
Varsovie, à "Nasz Dom" (l'orphelinat catholique
dirigé par Korczak) le 21 septembre dernier. La séance,
présidée par Jean-Baptiste de Weck, s'est très
bien déroulée, en présence des professeurs
F. Beiner (Allemagne) et J. Kuberski (Pologne), de Mmes Vera Michalski
(Suisse) et Marta Ciesielska (Pologne), et du secrétaire-général
de l'Association internationale Korczak, M. Tomasz Polkowski (Pologne).
Nous avons beaucoup regretté l'absence de Benjamin Anolik
(Israël), malade, et du professeur Garnitschnig de Vienne,
convoqué trop tardivement. Il reste 4 volumes à
faire pour achever l'édition des oeuvres complètes
en polonais. Le financement est assuré. La Fondation prendra
en charge dès janvier 2005 les contrats des nouveaux collaborateurs
scientifiques grâce aux dons de deux généreux
sympathisants. L'impression à proprement parler sera financée
avec des fonds trouvés en Pologne par Marta Ciesielska
et son équipe. Jean-Baptiste de Weck
Réédition de la vie de Korczak en tamoul
La première édition étant épuisée, cette jolie biographie a pu être rééditée tout récemment. Nous en avons quelques exemplaires au bureau à disposition des polyglottes.
PRIX KORCZAK 2005 / LES REGLES
Le Prix Korczak honore simultanément la pensée et l'uvre de Janusz Korczak (1878-1942) en faveur de l'enfance, et l'action du professeur Vladimir Halpérin (1921-1995) qui a su les diffuser et les faire rayonner sur le plan international. Ce prix d'un montant de CHF 1'000.- est attribué
chaque année à un ou plusieurs élèves
des deux derniers degrés du Collège de Genève,
de l'Ecole supérieure de commerce, de l'Ecole de culture
générale ainsi que des écoles membres de
l'Association genevoise des écoles privées, en récompense
d'un travail individuel ou collectif de qualité sur un
sujet en rapport avec l'un des thèmes suivants : a)
Les droits de l'enfant: leur histoire, leurs principes,
les problèmes et les difficultés d'application qu'ils
soulèvent, les perspectives d'avenir. b) Respecter
l'enfant : par où commencer ? De la famille
à l'école, comment faire en sorte que l'enfant soit
un réel partenaire - et non un objet - dans ses rapports
à ses parents et à ses maîtres ? c)
Le journal à l'école : rôle, conception ou modalités techniques d'un organe de communication à l'intérieur d'une collectivité scolaire. d)
Pour parler avec l'enfant, le livre : le livre a-t-il
une place auprès de l'enfant ? Laquelle ? Sous
quelle forme ? Avec quel contenu ?
Quel que soit le thème sélectionné, le
candidat a toute liberté de choisir la forme qu'il souhaite
lui donner. Il peut s'agir, par exemple, d'une réflexion
théorique présentée sous la forme d'une
dissertation, d'une action concrète de terrain ou
d'un texte rédigé et/ou illustré
destiné aux enfants, tel que conte, narration, roman, poème,
bande dessinée, brochure d'information, etc. Sous cette
forme, il n'est pas obligatoire de traiter l'un des thèmes
mentionnés ci-dessus; ce qui compte, c'est la qualité
du texte (et de l'image), son accessibilité aux enfants
auxquels il s'adresse, et la valeur humaine et artistique du message
qu'il véhicule. L'Association se réserve le privilège
de publier et de diffuser les meilleurs travaux.
Le règlement détaillé du Prix peut
être consulté sur notre site Internet (www.aidh.org/korczak) ou dans chaque école publique ou privée du canton de Genève. Pour 2005, les travaux des candidats devront être déposés au secrétariat de leur école au plus tard le 29 avril 2005. L'Association se tient à disposition des candidats qui souhaiteraient se documenter sur l'uvre du pédagogue.
CESIA, LA PETITE FILLE QUI RIT
Le texte ci-dessous est l'un des derniers de notre ami Erich
Dauzenroth, récemment décédé (voir
In memoriam, p. 6). Il a été publié
en allemand dans le Korczak-Bulletin de juillet 2004 qui nous
a autorisé à le reproduire avec quelques photos
l'accompagnant. La traduction en français est de la plume
de Mireille Gansel.
Ce 6 février, notre fidèle ami Benyamin Anolik nous a écrit du kibboutz des Combattants du Ghetto (Lohamei Haghetaot), qu'au début de l'année 2004, Madame Chana Mandel avait remis au Centre de Mémoire et de Documentation, 30 photos inconnues jusqu'alors : photos de l'orphelinat de Korczak, des colonies d'été et de Janusz Korczak et Cesia Benyamin écrivait que "pendant tout ce temps, elle n'avait rien raconté de son passé". Les korczakiens du monde entier connaissent une photo - publiée dans des biographies de Korczak, en carte postale, en couverture des éditions allemandes - avec une petite fille qui rit et regarde Korczak. C'est Cesia Grinbaum, enfant de Varsovie qui fut sous la protection de Korczak de 1936 à 1942 et échappa à la déportation. Et maintenant, "Chana" a confié au musée de Lohamei Haghetaot ces photos qui ont une valeur documentaire et qui proviennent de son fonds personnel. Parmi elles, il y a aussi la photo du jeune Polonais Janek, qui lui écrivit cette dédicace affectueuse : "Pour Celi [diminutif de Cesia] que j'aime de tout cur et dont le sourire doux comme du miel apporte beaucoup de consolation et de joie. En ce premier jour de printemps de cette année de guerre, une photo de singe en souvenir - Janek, 21.34.1942". Erich Dauzenroth
ACTUALITES ASSOCIATIVES
Séance vidéo pour le groupe de lecture
Cette séance, qui aurait dû avoir lieu en septembre
2004, a été repoussée d'un mois afin de permettre
à un public plus nombreux de découvrir deux documentaires
sur Janusz Korczak : "Dernier train pour Treblinka"
réalisé par Jorgelina Hiba, 1er prix du festival
national de vidéo pour la Paix 2003 à Mar del Plata
(Argentine), et "Korczak des enfants", film produit
par l'Association Korczak d'Israël, rassemblant des témoignages
de contemporains de Korczak et d'anciens pupilles de l'orphelinat.
Ces deux vidéos sont sous-titrées en français.
N.B. Ces deux vidéos peuvent être visionnées
au siège de l'Association ou empruntées gratuitement.
Rassemblement pour les droits de l'Homme
C'est le 22 septembre 2004 que s'est tenu au Centre international
de conférences de Genève, le 2e Rassemblement
pour les droits de l'Homme organisé par le Conseil
d'Etat de Genève. Ce forum a pour vocation de réunir
les nombreuses organisations intergouvernementales et non gouvernementales
(ONG), ainsi que les organismes publics et les instituts universitaires
siégeant à Genève qui exercent leur activité
dans le domaine des droits de l'Homme. Il fut beaucoup question
d'éducation, avec, notamment, de riches exposés
par François Audigier, professeur en didactiques des sciences
sociales à l'Université de Genève, Elena
Ippoliti, du Haut commissariat aux droits de l'homme, et Cecilia
Braslavsky, directrice du Bureau international d'Education. Notre
propre Association était dûment représentée
par son président et de la documentation sur Korczak a
pu être distribuée aux participants venus de tous
horizons.
Visite du Président de la République de Pologne en Suisse
M. Aleksander Kwasniewski, Président de la République
de Pologne, a été reçu en visite officielle
en Suisse les 15 et 16 septembre. Notre ami Jean-Baptiste de Weck
a été invité à représenter
notre Association lors d'un dîner offert à Interlaken
par le Président de la Confédération en présence
du Conseil fédéral "in corpore". Il a
également participé à une réception
à l'Université de Fribourg.
Vers un Prix Korczak à Fribourg ?
A l'initiative de notre Comité, un groupe de travail
dirigé par Jean-Baptiste de Weck s'est réuni en
septembre en vue de "délocaliser" le Prix Korczak,
jusqu'ici limité au canton de Genève. Ce groupe
comprend, outre son président, Mme Françoise Le
Clouërec, enseignante au Collège Ste-Croix de Fribourg,
M. Patrice Meyer-Bisch coordinateur de l'Institut interdisciplinaire
d'éthique et des droits de l'homme de l'Université
de Fribourg, et M. Michel Jordan, ancien directeur de la Haute
école fribourgeoise de travail social. Il prévoit
d'approcher la Direction cantonale de l'Instruction publique et,
si tout va bien, de lancer le concours à la rentrée
scolaire 2005 parmi les élèves se présentant
à la maturité. Le prix pourrait donc être
attribué la première fois en 2006. Affaire à
suivre.
Genève : le respect fait son chemin
Sympathique initiative du maire d'Avusy, André Castella,
qui est aussi le fondateur de l'association "Le respect"
visant à promouvoir le respect dans les relations humaines,
notamment dans les échanges sportifs. Les 22 et 23 septembre
2004, le respect s'est décliné sous la forme de
dictées publiques, l'une destinée aux écoliers
et lue par M. Charles Beer, président du Département
de l'Instruction publique de Genève, l'autre pour les adultes
et lue par l'acteur bien connu Jean-Luc Bideau.
Pour en savoir plus sur les initiatives de cette association : www.lerespect.ch
Petit concours de l'été :
solution
A la question : "Dans laquelle ou lesquelles des
villes suivantes existe-t-il une rue "Janusz
Korczak" ?", il fallait répondre :
A. Genève (Suisse) B. Zurich (Suisse) C. Vancouver (Canada)
D. Montréal (Canada) E. Paris (France). F. Rosario
(Argentine).
Les autres villes devraient s'inspirer de l'exemple de Montréal et de Rosario. Quant aux gagnants, il n'y en a pas et c'est bien triste !
DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE
Le roi Mathias Ier enfin réédité !
On l'attendait depuis des années Le voici enfin, en Folio
Junior chez Gallimard Jeunesse, dans la bonne vieille traduction
de Maurice Wajdenfeld et avec les illustrations de Claude Lapointe.
Ces 448 pages ne vous coûteront que CHF 12.70 mais elles
constitueront une merveilleuse et inoubliable lecture pour vos
enfants à partir de 10 ans (et pour vous-même). Un
seul regret, que nous partageons avec nos collègues de
l'Association J. Korczak française : la disparition,
en première page, de la photo de Korczak âgé
de 8 ans. Korczak avait expressément voulu cette photo
et il y fait référence à la première
ligne de son livre : "Au temps où j'étais
semblable à l'enfant représenté sur cette
photographie" On se demande ce qui a justifié cette
étrange censure !
Le roi Mathias Ier sur Internet
Et pour ceux qui préfèrent lire à l'écran
(et faire l'économie d'un livre), Mathias est aussi disponible,
intégralement, sur le site concocté à cet
effet par nos amis français. Sa présentation est
agréable et comporte des annotations. Les lecteurs peuvent
adresser remarques et commentaires en ligne. En 2004, pour marquer
son trentième anniversaire, l'Association Korczak avait
décidé de mettre en ligne le plus célèbre
roman pour enfants de Janusz Korczak et d'offrir un nouveau site
dédié à son petit personnage, le grand héros
et le pionnier des droits de l'enfant. Chapitre par chapitre,
comme pour un feuilleton, la publication en ligne, annotée
et commentée, aura demandé près de six mois
de travail. Elle est achevée depuis la mi-septembre. Rendez-vous
donc à l'adresse suivante : http://roi-mathias.fr
Korczak Portfolio, 2e partie
Pour nos amis anglophones, voici la suite du Portfolio consacré
à Korczak par Galatea Trust en Angleterre. On trouvera
ici des textes de Adir Cohen qui analysent les apports pédagogiques
de Korczak en les comparant à ceux de Pestalozzi, Weiniken,
Makarenko et Neill.
Ce document peut être obtenu auprès de
notre Association ou de Galatea Trust, tél/fax: 004420
7323 3152. E-mail: ha.galatea@virgin.net
Un paradis perdu
Même un ancien village de pêcheurs, caché
sous les saulées aux berges sauvages de la Havel, tout
au bout d'une vieille route boisée, peut être dépositaire
d'un grand trésor qui appartient désormais au patrimoine
immatériel de l'humanité : ainsi du village
de Caputh, non loin de Berlin, où Einstein, en 1929, fit
construire sa maison d'été - maison de bois, maison
de bonheur - un bonheur qui ne dura ... que jusqu'en 1933 - et
juste à côté, à l'orée de la
forêt, partageant les mêmes arbres et les mêmes
fleurs, une grande et vieille villa un peu Jugendstil : foyer-école
créé et dirigé, dès 1931, par de grands
pédagogues juifs allemands, le Dr Fridolin Friedmann et
Gertrud Feiertag. Le foyer accueillait des enfants de toutes nationalités
et confessions - puis vint 1933, et désormais seuls les
enfants juifs purent y être accueillis, jusqu'à la
nuit du 10 novembre 1938, dont les vieux du village gardent encore
un souvenir horrifié Ce fut là un des hauts lieux
de cette pédagogie créatrice, humaniste, qui s'inscrivait
dans le réseau si incroyablement fécond, dans l'Allemagne
de la République de Weimar, de ces maisons ouvertes et
animées par des pédagogues juifs allemands, maisons
à la fois de vie, d'enseignement, de formation au métier
d'homme et de préparation aussi à l'état
d'exilé : apprentissage des langues, formation à
des métiers manuels, développement des multiples
dons artistiques, apprentissage des responsabilités dans
les tâches matérielles les plus concrètes
de la vie quotidienne.
Paradis perdu : tel est le titre de l'ouvrage passionnant que deux pédagogues allemands, Hildegard Feidel-Mertz et Andreas Paetz ont consacré à l'histoire et à la pédagogie de ce foyer-école de Caputh. Ce livre fait partie d'une série sur la Pédagogie en exil et est publié (en allemand) aux éditions DIPA Verlag Frankfurt am Main, 1999. Mireille Gansel.
IN MEMORIAM
Coup sur coup, le mouvement korczakien vient de perdre trois de ses meilleurs représentants. En évoquant ici leur mémoire, nous rendons hommage à l'engagement et au talent avec lesquels ils ont contribué à faire connaître autour d'eux l'héritage de Korczak et nous nous associons de tout cur au chagrin de leurs familles endeuillées.
Erich Dauzenroth est décédé le 23 juillet 2004 à Giessen (Allemagne). Ancien président de l'Association Korczak allemande, le professeur Dauzenroth a consacré une grande partie de sa carrière à l'Université de Giessen à la recherche sur l'histoire et l'uvre de Janusz Korczak. Il était co-directeur, avec le professeur Beiner, de l'édition allemande des "uvres complètes de Korczak". Cette édition annotée est la première édition étrangère à pouvoir présenter l'uvre complète du grand éducateur polonais dans son contexte historique, pédagogique et philologique. Il s'apprêtait à corriger les épreuves d'un nouveau tome de 800 pages consacré à l'ensemble des "causeries du Vieux docteur" à la radio polonaise.
On sait que Korczak exerça par ce biais, avec un très
grand succès, une importante activité de soutien
aux enfants et aux familles en tant que médecin de l'éducation.
On croyait perdu l'essentiel de ses émissions dans l'anéantissement
de Varsovie en 1944. Dernière contribution du professeur
Dauzenroth, cet ouvrage à paraître, en langue allemande,
est une coédition allemande et polonaise.
Jacques Dodiuk s'est éteint le 3 septembre
2004 à Paris. Né en 1920 à Varsovie, élevé
dès l'âge de 8 ans dans l'orphelinat juif dirigé
par Janusz Korczak et Stefania Wilczynska à Dom Sierot
("La Maison des orphelins"), il trouva refuge en France
juste avant la 2e guerre mondiale et fut l'un des témoins
les plus actifs de cette page d'histoire. Cofondateur puis membre
d'honneur de l'Association française Janusz Korczak, il
participa à d'innombrables rencontres et séminaires
et aimait y raconter ses souvenirs d'enfance auprès de
Korczak qu'il considérait comme son propre père
(voir, par exemple, La Lettre n° 44, octobre
2003).
Marek Rudnicki est mort le 9 septembre 2004 à
Paris. Rescapé de la Shoah et de l'insurrection de Varsovie,
émigré en France où il devint peintre et
illustrateur, on lui doit l'un des plus beaux portraits de Korczak.
M. Rudnicki avait été le témoin visuel de
la dernière marche qui conduisit Korczak et les 200 enfants
juifs de l'orphelinat du ghetto vers l'Umschlagplatz, la place
d'embarquement à destination du camp d'extermination de
Treblinka, en août 1942. Le récit de cette triste
marche a été traduit en français en 1988
sous le titre Le dernier chemin de Janusz Korczak. M.
Rudnicki était chevalier des Arts et des Lettres, Croix du Mérite polonaise avec Epées et Croix du Soulèvement populaire de Varsovie.
UNE VIE POUR KORCZAK
"Vous ne voudriez pas enfin arrêter de parler sans cesse de moi, occupez-vous plutôt de vos enfants !" Janusz Korczak
Erich Dauzenroth tel que je l'ai connu, aurait volontiers
utilisé ad personam cette citation : "Occupez-vous
donc de notre Korczak !"
Avec un enthousiasme qu'il savait communiquer aux autres, Erich
a inlassablement voué sa vie au "phénomène
Korczak" - profondément touché par son existence
et son action pour les enfants, saisi et habité par son
humanisme authentique, persuadé de la mission de Korczak
qui est de mettre en liens entre eux hommes et peuples.
J'ai rencontré Erich pour la première fois en
1977, à Freiburg en Brisgau; cette même année
il fondait avec Adolf Hampel la Deutsche Korczak Gesellschaft.
En 1978, à l'instigation de Vladimir Halpérin,
je projetais de commémorer dans le "Schweizerischen
Lehrerzeitung" les 100 ans de la naissance de Janusz Korczak
et je trouvai dans la biographie que venait de rédiger
Erich Dauzenroth "Korczak le Pestalozzi de Varsovie"
un texte idéal pour faire connaître Korczak. Car
à cette époque, ni mes collègues pédagogues
ni moi-même n'avions encore découvert le "Vieux
Docteur", si ce n'est par un spectacle ambulant d'Erwin Sylvanus
"Korczak und die Kinder". Pas même le "Dictionnaire
pédagogique de la Suisse" parmi 1277 "personnalités
d'importance pour la théorie ou la pratique éducative",
ne citait Korczak ou Henryk Goldszmit! C'est pourquoi, on peut
dire que ce fut "un devoir professionnel et un honneur rédactionnel",
que de publier de facto la première biographie de Korczak
en allemand !
La rencontre avec Erich Dauzenroth me conduisit à m'occuper
de façon durable de Korczak, la "bonne âme de
Krochmalna", "l'avocat des enfants", "le médecin
et le pédagogue du coeur et de la raison", le "bon
esprit de l'humanité" (d'après une composition
d'Erich), Erich Dauzenroth fut pour moi un "bâtisseur
de ponts", il m'avait ouvert, comme à beaucoup d'autres,
les chemins qui mènent à Korczak. Une conversation
avec lui, c'était toujours un vrai bonheur, enrichi par
son savoir admirable, son humour si fin et sa parole qui dénouait
les tensions.
Inséparables de l'action d'Erich Dauzenroth, étaient
son engagement admirable pour l'humanité de l'homme, pour
l'entente entre les peuples (Pologne-Allemagne), et son dévouement
au service de chacun.
Erich Dauzenroth reste dans mon souvenir reconnaissant, "la
bonne âme de Giessen", l'infatigable défenseur
de tout ce qui permet de donner visage à Korczak.
Son action fut, au meilleur sens du terme, "une vie pour
Korczack" ! Leonhard Jost
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