_______L A   L E T T RE_______

Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak

________________VOL XXIII – N° 50 – Novembre 2005________________

| LE MOT DU PRESIDENT | QUELLE AUTORITE POUR QUELLE EDUCATION ? |
| HAND IN HAND : L'EDUCATION BILINGUE SE DEVELOPPE EN ISRAEL | NOUVELLES |
| NOUVELLES DE VARSOVIE | IN MEMORIAM | KITS PEDAGOGIQUES |
| HOMMAGE A RUBEN NARANJO | EN LIBRAIRIE |

> La Lettre No 50 [ 788 ko]

LE MOT DU PRESIDENT

De tremblements de terre en inondations, de typhons en cyclones, d'accidents aériens en feux de forêts, de SRAS en grippe aviaire, les accidents, les épidémies et les catastrophes naturelles semblent s'enchaîner - mais ce n'est peut-être qu'une illusion d'optique due à l'extrême développement des télécommunications partout dans le monde - dans un crescendo qui suscite de la peur, de la compassion, mais aussi, il faut bien le reconnaître, une certaine usure de l'émotion. Tout se passe comme si, face à une adversité sans cesse renouvelée, face à des images insoutenables diffusées et rediffusées jusqu'à plus soif ni faim, nos capacités d'écoute, d'attention et d'empathie s'émoussaient. Comme si, à force de regarder la souffrance, on finissait par ne plus la voir ou par ne plus y réagir. J'ai d'ailleurs été frappé par les visages inexpressifs des victimes du récent séisme au Pakistan. Pauvres parmi les pauvres, habitués à vivre dans une précarité permanente et dans les deuils fréquents (la mortalité infantile y est 16 fois - oui, 16 fois ! - supérieure à celle de la Suisse), ces gens paraissaient ne même plus pouvoir mobiliser leur visage pour exprimer leur détresse.

Pour lutter contre ce syndrome d'accoutumance à la souffrance - qui risque de nous conduire tout droit à l'indifférence - pour contrecarrer les effets tachyphylactiques de ce trop-plein de catastrophes, je vous propose, le temps d'une toute petite heure, le jeudi 1er décembre prochain à Uni-Mail, de venir écouter Augustin Brutus, un témoin du tsunami de décembre 2004 et un très énergique meneur dans l'action humanitaire en Inde. Qu'il s'agisse de l'impact, à court et long terme, de cette catastrophe ou de l'immense mouvement de solidarité qui lui a fait suite partout dans le monde, nous attendons de cette conférence sur le tsunami, comme son titre nous y invite, une vague d'enseignements. Nous avons été nombreux et généreux alors à offrir notre soutien à l'organisme que dirige M. Brutus. Nous devrions l'être autant à vouloir connaître la portée de notre geste et le sens qui lui est donné par ceux-là mêmes qui en ont bénéficié. Ne serait-ce que pour nous donner l'envie, devant le malheur, celui des autres aujourd'hui, peut-être le nôtre demain, de ne baisser ni les yeux ni les bras. Daniel Halpérin

QUELLE AUTORITE POUR QUELLE EDUCATION ?

Philippe Meirieu qui fut - selon les moments de sa carrière - philosophe, enseignant dans des écoles primaires, secondaires, professionnelles ou spécialisées et professeur en sciences de l'éducation, qui dirigea à Paris, entre 1998 et 2000, l'Institut de la recherche pédagogique et qui pilote aujourd'hui l'Institut universitaire de formation des maîtres de l'académie de Lyon, était bien placé pour réfléchir à la question de l'autorité dans l'éducation, le 28 septembre 2005, dans le cadre des Rencontres internationales de Genève.Ht de page

Les auditeurs, très nombreux, ne furent pas déçus : alors qu'on pouvait craindre qu'un sujet si souvent rebattu ne soit plus capable d'inspirer une analyse novatrice, Philippe Meirieu, avec une grande rigueur de pensée et une éloquence impeccable est venu bousculer hardiment stéréotypes et pensée conventionnelle en défendant une thèse en contradiction avec le discours actuel sur "la crise de l'autorité": selon lui, en effet, les enfants et les adolescents ne refusent pas aujourd'hui l'autorité en tant que telle; bien au contraire, ils s'assujettissent volontairement à des formes d'autorité plus dures que celles qu'ils récusent, par exemple celle des chefs de bandes, des « caïds », des dirigeants de sectes mais aussi celle des vedettes, des stars et des animateurs de télévision qui tiennent les individus sous emprise. Dans ces conditions, dit Meirieu, "il importe de travailler, en éducation, sur la place que pourrait (re)prendre une autorité à la fois légitime et contestable. Car, pour une société démocratique […], seules les autorités contestables sont légitimes Le défi de l'éducation contemporaine n'est donc pas de "restaurer l'autorité", mais d'aider les jeunes à retrouver le goût de contester celles auxquelles ils s'assujettissent aveuglément, pour qu'ils puissent, à terme, s'associer en un collectif qui se donne des règles et assume la nécessité de l'existence d'une autorité légitime". Apprendre aux enfants à penser par eux-mêmes, les aider à travailler en groupe pour mieux s'inscrire dans une société solidaire, leur enseigner à construire des projets, ce qui suppose qu'ils maîtrisent peu à peu leur besoin de gratifications immédiates, tels sont les objectifs - korczakiens par excellence - que Meirieu assigne aux enseignants.

N.B. Le texte intégral de ce magistral exposé sera publié dans un volume des Rencontres internationales de Genève à paraître courant 2006.

HAND IN HAND : L'EDUCATION BILINGUE SE DEVELOPPE EN ISRAEL

Le Centre d'éducation judéo-arabe "Hand in Hand" que notre Association soutient depuis plusieurs années entame sa 9e rentrée scolaire avec près de 600 élèves juifs et arabes répartis dans trois écoles. L'ouverture, en 2004, d'une école dans le village arabe de Kfar Kara a permis à 105 élèves d'entrer dans une ère de dialogue et de découverte réciproque. Il est à noter que c'est la première fois dans l'histoire d'Israël que des enfants juifs se déplacent quotidiennement pour aller à l'école dans un village arabe. Seuls ceux qui connaissent la complexité et la profondeur du conflit israélo-palestinien peuvent être en mesure d'apprécier la portée d'un tel fait. Ayant visité cette école, le Dr Aharon Zabida, directeur régional au Ministère de l'Education, initialement sceptique quant au concept d'une école multiculturelle et bilingue, a déclaré : "Vous éduquez des Arabes et des Juifs sous un même toit, unis par la forte conviction, partagée par les enseignants, les directeurs d'école, les parents et les communautés, qu'il existe une alternative de paix et de coexistence. Dans cette école, nous avons constaté la mise en œuvre de cette conviction. Lors de notre visite, nous avons été les témoins du succès débutant de cette vision. Cela était apparent dans l'attitude des deux enseignants, arabe et juif, qui dirigent chaque classe, dans l'éclat du regard des enfants, et dans la satisfaction qu'ils ressentent dans leur école".

Dans l'école de Galilée, qui existe depuis 6 ans, s'est ouverte cet automne la première classe de "junior high school" (équivalente à la 7e année du cycle d'orientation à Genève); ce fut l'occasion de créer des liens de partenariat avec d'autres écoles, notamment dans la ville arabe de Ibelin où les élèves vont suivre des cours d'écologie et de science, et à Misgav, dans une communauté juive, où ils étudient les arts et les mathématiques. Ainsi s'étend, peu à peu, un message de tolérance et de coexistence, en direction de communautés qui resteraient autrement repliées sur elles-mêmes.
Quant à l'école de Jérusalem, elle voit des enfants de 3 ans, au jardin d'enfants, devenir bilingues si vite que les parents demandent à suivre : 90 parents et enseignants juifs ont pris à leur tour des cours d'arabe l'année dernière ! Son programme s'étend par ailleurs également jusqu'à la première année d'enseignement secondaire.Ht de page

Tout cela est fort réjouissant et justifie pleinement notre soutien que nous entendons renouveler en 2006.

NOUVELLES

Une naissance, une bar-mitzvah, un mariage
Nos vives félicitations vont aux membres de l'Association qui viennent de fêter d'heureux événements : Daniela Danis, pour la naissance de sa petite-fille, Sarabella et Sylvain Benamram pour le mariage de leur fille Marie-Laure avec Tomer Amram, et Miriam et Pierre Dicker pour la bar-mitzvah de leur fils Raphaël. A tous, un cordial Mazal Tov !

Coup de pouce pour le droit à l'éducation
Comme annoncé dans la précédente Lettre, l'Institut international des droits de l'enfant (IDE), présidé par Jean Zermatten, organisait en octobre à Bramois (Sion) un séminaire de 4 jours sur le droit à l'éducation. En vue de permettre à un participant venant d'un pays du sud d'assister à ces journées, notre Association a transmis à l'IDE une bourse de Fr. 1000.-

Un "Korczak" anglais au Festival Korczak de Varsovie
La pièce de théâtre "Korczak", écrite par Nick Stimson, mise en musique par Chris Williams et mise en scène par Rob Pudner, directeur du Youth Theatre de Torrington, a été acclamée début octobre dans le cadre du Festival Korczak de théâtre pour les enfants et les jeunes à Varsovie, après avoir rencontré un grand succès dans son théâtre d'origine en février 2005. Interprétée par une troupe de jeunes acteurs encadrés par quelques adultes, la pièce n'est pas un récit de résignation, explique Rob Pudner, mais au contraire "une histoire pleine d'espoir racontée par le texte, la musique et le chant. Elle met l'accent non sur la tragédie, mais sur l'héritage positif laissé par Korczak, sur ses pupilles et sur la façon avec laquelle, à travers l'amour, le respect et le pouvoir de l'imagination, il a su garder vivantes leurs enfances". Cette représentation à Varsovie fut aussi l'occasion pour la troupe de découvrir les traces concrètes de cette page d'histoire avec, notamment, la visite de Dom Sierot, l'orphelinat juif que Korczak dirigeait, du camp d'extermination de Treblinka où ses pupilles et lui disparurent, et celle du cimetière juif d'Okopowa, où se trouve une statue à leur mémoire. Rappelons que cette même pièce avait été montée en 1997 au Théâtre royal de Plymouth (Angleterre), puis par le Young's People Theatre de Zurich qui, après des représentations dans sa propre ville, avait effectué une tournée, notamment à Genève et à Varsovie, déjà, en 1999 (cf. La Lettre n° 32, septembre 1999).Ht de page

NOUVELLES DE VARSOVIE

Le conseil de la Fondation internationale pour la diffusion des œuvres du Docteur Janusz Korczak s'est réuni à Varsovie, le 24 septembre 2005, dans l'ancien orphelinat "Nasz Dom" où le souvenir laissé par le bon docteur et par ses collaboratrices est précieusement conservé. L'association israélienne était représentée par M. Benjamin Anolik, l'association polonaise par le professeur Jerzy Kuberski et par Mme Marta Ciesielska qui dirige les travaux relatifs à l'édition originale en polonais des œuvres complètes de Korczak. Ce projet arrive enfin à son terme, même si la date finale est repoussée à 2006 ou 2007. En effet le tome 14 (Pamietnik. Listy. Varia) de la collection devra comprendre deux volumes au lieu d'un, le premier contenant uniquement des textes écrits par Korczak et le second des commentaires. Il faudra pour cela engager une nouvelle collaboratrice et prévoir une contribution supplémentaire. L'édition en allemand (Bertelsmann, Gütersloh) comprendra cette année encore le tome 15 des Sämtliche Werke. L'édition hébraïque a pris du retard pour des raisons financières et ne compte pour l'instant que huit tomes.

Une chaire UNESCO Janusz Korczak a été solennellement inaugurée, le 14 mai 2005, à Varsovie au sein de l'Académie Maria Grzegorzewska pour l'Education spéciale, en présence du maire de la ville, du ministre de l'Education nationale, du président de la Commission nationale polonaise pour l'Unesco, du président de l'Association internationale Janusz Korczak et de la présidente de l'Association polonaise Janusz Korczak.

Le recteur de cette Académie, le professeur Adam Fraczek, a reçu les membres du Conseil de la Fondation internationale dans les magnifiques locaux qui viennent d'être construits. Il a promis son soutien pour les initiatives déployées au nom de Korczak. Différentes activités sont prévues par la nouvelle chaire, aussi bien sur le plan polonais que sur le plan international pour réfléchir au message korczakien et le diffuser. L'Académie dispose dans son environnement proche d'un bâtiment historique de 4 étages actuellement utilisé comme logement pour des étudiants, où le recteur souhaite regrouper dans 6 pièces les souvenirs personnels laissés par Janusz Korczak et par Maria Grzegorzewska.

Le Musée historique juif de Pologne sera prochainement construit dans le quartier de Muranow, à la rue Zamenhof, face au monument érigé en souvenir des héros du ghetto. Le musée sera structuré en 9 étapes. Naturellement Janusz Korczak y sera évoqué. Mais un musée Janusz Korczak devrait aussi pouvoir trouver sa place au coeur de Varsovie. Des démarches en ce sens devraient être entreprises auprès des autorités; un tel musée, si son idée était approuvée, pourrait être érigé tout près du "Palais de la Culture" auprès duquel se dressera bientôt un nouveau monument Janusz Korczak présentant le docteur entouré d'un groupe d'enfants et dont la maquette a été choisie à la suite d'un concours. Jean-Baptiste de WeckHt de page

IN MEMORIAM

Rubén Naranjo

Le professeur Rubén Naranjo vient de mourir, le 3 octobre 2005, à l'âge de 75 ans, à Rosario (Argentine), laissant derrière lui, outre sa famille et ses proches, une foule innombrable d'enfants des rues qui avaient trouvé en lui leur défenseur et leur ami (voir aussi l'hommage que lui rend Colette Charlet, dans cette Lettre). Nous le connaissions depuis de longues années et cette Lettre a rendu compte plus d'une fois de ses combats en faveur des droits de l'enfant (cf. entre autres, n° 38, octobre 2001 et n° 49, juillet 2005). Peintre de profession, directeur de l'Ecole des arts visuels, grand militant des droits de l'homme, y compris pendant les sombres années de la dictature militaire en Argentine, protecteur des minorités, et en particulier de la tribu indienne des Tobas, citoyen d'honneur de la ville de Rosario, chevalier de l'Ordre du mérite de Pologne, Rubén trouva en Korczak (qu'il découvrit lors du colloque international organisé par notre Association à Sion en 1994) une forte source d'inspiration et de courage. On lui doit d'ailleurs de nombreuses conférences au sujet de Korczak, une rue qui porte son nom dans un quartier pauvre de Rosario et surtout la première biographie de l'éducateur polonais en langue espagnole. Publiée en 2001 par les Editions Novedades Educativas sous le titre "Janusz Korczak, maestro de la humanidad", cette biographie était dédiée

"A los niños de la calle de Rosario
A los niños de la calle del mundo
Otros son sus nombres y sus rostros pero
Son los mismos que amó Korzcak"

[Aux enfants de la rue de Rosario. Aux enfants de la rue du monde. Ils ont des noms et des visages différents mais ce sont les mêmes qu'a aimés Korczak].

En 2003, réagissant au décès de Stanislas Tomkiewicz (qui lui avait rendu visite en Argentine quelques années plus tôt), Rubén Naranjo nous écrivait : "Au-delà des reconnaissances que le monde intellectuel et de la culture peuvent lui offrir, il y aura la douleur des humiliés, des offensés, de ceux qui sont attaqués, de ceux qui ont une situation précaire, des exclus, qui probablement prononcent son nom en silence, respectueusement et pour qui il restera à tout jamais vivant".

Aujourd'hui, c'est à notre ami Rubén que ces paroles reviennent de plein droit.

Hélène Lecalot

Une grande dame du mouvement korczakien international nous a quittés le 25 juillet dernier, à l'âge de 88 ans, en la personne de Madame Hélène Lecalot. Fondatrice de l'Association française Janusz Korczak en 1979, elle en fut la présidente jusqu'en 1990. Elle fut aussi la cheville ouvrière de l' "année Korczak" que l'UNESCO consacra à l'illustre pédagogue en 1978, et contribua grandement à la mise sur pied de l'Association Korczak internationale dont le siège est à Varsovie.Ht de page

Hélène Lecalot était elle-même d'origine juive et polonaise. Ayant émigré en France peu avant le début de la deuxième guerre mondiale, elle échappa miraculeusement à la déportation, mais sa famille fut presqu'entièrement anéantie par les nazis. Educatrice et psychologue, elle n'eut de cesse de faire connaître et valoir, en France comme ailleurs, l'oeuvre pédagogique de Korczak. Nous l'avions rencontrée une dernière fois, alors que sa santé était déjà chancelante, lors d'une conférence académique sur Korczak qui s'était tenue en Israël en 1998. Nous nous inclinons aujourd'hui devant la mémoire de cette femme tenace, courageuse et d'une grande bonté, et nous partageons pleinement la peine de sa famille.

REEDITION DES KITS PEDAGOGIQUES EN FRANÇAIS CONÇUS ET REALISES
PAR L'EQUIPE DE MICHAL GANS A LOHAMEI HAGETAOTH (ISRAEL)

Ces kits pédagogiques comprenant des panneaux d'exposition sur la vie et l'oeuvre de Korczak, des textes et documents, un livret d'exploitation pédagogique, les cartes "récompenses" et des cartes sur lesquelles figurent les droits de l'enfant selon Korczak sont à nouveau à disposition des enseignants ou pédagogues. Ils sont de très bonne qualité et méritent d'être diffusés largement. Leur prêt, gratuit, peut être obtenu auprès de notre secrétariat.

HOMMAGE A RUBEN NARANJO

A son épouse Norma, à ses trois filles, à ses petits-enfants, à ses proches, à ses amis, aux Chicos de la Calle qu'il avait tant aimés; au nom du Groupe Français d'Education Nouvelle, je et nous portons l'engagement de faire connaître et de faire voyager la belle et fraternelle histoire de Rubén Naranjo qui nous fit entendre le chant du plus profond des peuples bâillonnés... le peuple des enfants des rues.

Nous participons à votre peine et saluons sa mémoire.

Il souhaitait que la fraternité fasse le tour de la terre. Il ne pouvait accepter la parole humiliée, l'assassinat des mots de la colère. De ceux qu'on appelait des "stucks" en d'autres temps, il fit en sorte qu'ils aient une existence légale et digne.

Chicos de la Calle - vous avez vu partir celui qui ne voulait pas que vos mots (maux) disparaissent dans le tourbillon du Rio Parana.

Désormais, Rubén s'y repose et y voyage en toute liberté. Certains matins, si vous faites attention, vous verrez de grands oiseaux dessinant des signes de mémoire. Ils porteront votre écriture en robe de "catarata literaria". Le fleuve en aura des rides de bonheur.

Au soir, dans le silence des étoiles, survivra l'espoir.

Rubén ne voulait pas que votre destin, notre destin, soit donné en pâture aux carnassiers de l'ordre, enseveli pour devenir indéchiffrable, indélébile.Ht de page

Ô femmes de la Place de Mai, votre souffrance sortira des dossiers de l'ignominie parce qu'existent les "Pasos de la memoria". Rubén comme tant de vos amis les retrouvèrent inlassablement, car on ne brûle pas impunément l'horreur de vos nuits.

La poésie peut-elle combler l'absence, les crimes emmurés, les cris des suppliciés, les rapts d'enfants ?

Tu le répétais : Pas de compromis ! "Ser muy comprometido y valioso" - comme ton maître d'humanité : Janusz Korczak.

Simplement tu revendiquais à la dure école de la misère que soient respectés les droits de tous les enfants.

L'indifférence était la marque de ceux qui s'arrogeaient le pouvoir de vie ou de mort sur ceux qui avaient élu domicile dans la rue. Ceux qui prophétisaient l'avenir d'une bonne partie de l'humanité t'étaient insupportables.

Tes mots ont souvent traversé l'Atlantique : correspondances, navigation d'ateliers comme Guernica, l'œuvre de Goya, Tucuman Arde Tu projetais même il y a quelques semaines à peine de faire sortir de l'oubli le "Radeau de la Méduse" du peintre français tant méconnu : Géricault Echos de nos luttes mêlées.

Au Groupe Français d'Education Nouvelle, ta présence fut chaleureuse, précieuse et attentive, éveillant en nous l'envie de franchir les limites, d'inventer nos propres alphabets parce que tu rêvais d'écriture partagée au quotidien, sans frontière et sans amnésie. Ta vie comme un poème, un fruit au goût de liberté a t-elle une fin ? Non, parce que c'est une œuvre. Ta grande tendresse et cette utopie sans cesse en mouvement font battre le cœur de ceux à qui l'on refuse une place dans l'Histoire, de ceux qui ont les yeux dévorés par la peur et l'horreur.

"Quel bruit ferons-nous ?" écrit l'historienne Arlette Farge pour faire entendre l'indicible peine des sacrifiés.

Tes mots et ceux de ton ami Tomkiewicz se sont rencontrés, un beau jour en Suisse. Il y avait même un troisième compère, un pupille de Korczak : Jacques Dodiuk. Tu aimais raconter votre escapade. Vos mots restent inscrits sur les lieux que vous avez fréquentés. A leur tour d'autres bouches les raconteront. Nous veillerons comme les plantes et les oiseaux du Rio Parana pour qu'ils ne soient pas raptés.

Nous inventerons des jardins où le "Taco de Reina" de Leticia Cossettini s'invitera.

Nous prendrons le temps de vivre et de transmettre ta légende, car jamais légende ne meurt parce que "tu as su être de la plus élémentaire humanité jusqu'à mettre en jeu ton œuvre d'artiste autant que ton corps ou ta vie dans les valeurs que tu as défendues". (Michel Ducom)Ht de page

Faire de tes actes, de tes paroles une histoire authentique du possible où l'imaginaire rencontre l'espérance et la dignité des exclus.

Rubén, je n'entendrai plus ta musique qui commençait par : "Colette te comento" et pourtant elle m'accompagne, signal stimulant mon imagination pour faire vivre la justice, la fraternité en tout point du globe. Ne pas perdre parole jusqu'à mon dernier souffle car vois-tu, Rubén, comme on le disait au pays de Korczak : on n'est pas des "nieuks !" Cap solidarité !

Il souhaitait que la fraternité fasse le tour de la terre. Il ne pouvait accepter la parole humiliée, l'assassinat des mots de la colère. De ceux qu'on appelait des "stucks" en d'autres temps, il fit en sorte qu'ils aient une existence légale et digne.

Chicos de la Calle - vous avez vu partir celui qui ne voulait pas que vos mots (maux) disparaissent dans le tourbillon du Rio Parana.

Désormais, Rubén s'y repose et y voyage en toute liberté. Certains matins, si vous faites attention, vous verrez de grands oiseaux dessinant des signes de mémoire. Ils porteront votre écriture en robe de "catarata literaria". Le fleuve en aura des rides de bonheur.

Au soir, dans le silence des étoiles, survivra l'espoir.

Rubén ne voulait pas que votre destin, notre destin, soit donné en pâture aux carnassiers de l'ordre, enseveli pour devenir indéchiffrable, indélébile.

Ô femmes de la Place de Mai, votre souffrance sortira des dossiers de l'ignominie parce qu'existent les "Pasos de la memoria". Rubén comme tant de vos amis les retrouvèrent inlassablement, car on ne brûle pas impunément l'horreur de vos nuits.

La poésie peut-elle combler l'absence, les crimes emmurés, les cris des suppliciés, les rapts d'enfants ?

Tu le répétais : Pas de compromis ! "Ser muy comprometido y valioso" - comme ton maître d'humanité : Janusz Korczak.

Simplement tu revendiquais à la dure école de la misère que soient respectés les droits de tous les enfants.

L'indifférence était la marque de ceux qui s'arrogeaient le pouvoir de vie ou de mort sur ceux qui avaient élu domicile dans la rue. Ceux qui prophétisaient l'avenir d'une bonne partie de l'humanité t'étaient insupportables.

Tes mots ont souvent traversé l'Atlantique : correspondances, navigation d'ateliers comme Guernica, l'œuvre de Goya, Tucuman Arde Tu projetais même il y a quelques semaines à peine de faire sortir de l'oubli le "Radeau de la Méduse" du peintre français tant méconnu : Géricault Echos de nos luttes mêlées.Ht de page

Au Groupe Français d'Education Nouvelle, ta présence fut chaleureuse, précieuse et attentive, éveillant en nous l'envie de franchir les limites, d'inventer nos propres alphabets parce que tu rêvais d'écriture partagée au quotidien, sans frontière et sans amnésie. Ta vie comme un poème, un fruit au goût de liberté a t-elle une fin ? Non, parce que c'est une œuvre. Ta grande tendresse et cette utopie sans cesse en mouvement font battre le cœur de ceux à qui l'on refuse une place dans l'Histoire, de ceux qui ont les yeux dévorés par la peur et l'horreur.

"Quel bruit ferons-nous ?" écrit l'historienne Arlette Farge pour faire entendre l'indicible peine des sacrifiés.

Tes mots et ceux de ton ami Tomkiewicz se sont rencontrés, un beau jour en Suisse. Il y avait même un troisième compère, un pupille de Korczak : Jacques Dodiuk. Tu aimais raconter votre escapade. Vos mots restent inscrits sur les lieux que vous avez fréquentés. A leur tour d'autres bouches les raconteront. Nous veillerons comme les plantes et les oiseaux du Rio Parana pour qu'ils ne soient pas raptés.

Nous inventerons des jardins où le "Taco de Reina" de Leticia Cossettini s'invitera.
Nous prendrons le temps de vivre et de transmettre ta légende, car jamais légende ne meurt parce que "tu as su être de la plus élémentaire humanité jusqu'à mettre en jeu ton œuvre d'artiste autant que ton corps ou ta vie dans les valeurs que tu as défendues" (Michel Ducom).

Faire de tes actes, de tes paroles une histoire authentique du possible où l'imaginaire rencontre l'espérance et la dignité des exclus.

Rubén, je n'entendrai plus ta musique qui commençait par : "Colette te comento" et pourtant elle m'accompagne, signal stimulant mon imagination pour faire vivre la justice, la fraternité en tout point du globe. Ne pas perdre parole jusqu'à mon dernier souffle car vois-tu, Rubén, comme on le disait au pays de Korczak : on n'est pas des "nieuks" ! Cap solidarité ! Colette Charlet

EN LIBRAIRIE

RACISME(S) ET CITOYENNETE : La sociologue Monique Eckmann nous offre, avec sa collègue Michèle Fleury, un nouvel ouvrage qui se veut un outil de travail pour le monde de l'enseignement. Ce classeur, publié par les éditions IES et par la Fondation pour l'éducation à la tolérance, est le fruit de la collaboration de nombreux auteurs et s'inscrit dans la double volonté de faire comprendre ce qu'est le racisme et d'agir contre lui, en particulier par le mode pédagogique. Six sections permettent, au travers de quelque 50 chapitres, d'aborder le racisme sous des angles divers : celui de la sociologie, celui de l'histoire passée et contemporaine, celui de la prévention, celui de la défense des victimes, celui, enfin du droit et des institutions.

Cette variété d'approches et la possibilité qu'il y de regrouper de diverses manières les chapitres afin d'en faire des dossiers thématiques est très remarquable. Citons, à titre d'aperçu, quelques uns des titres retenus : "La "surpopulation étrangère": une longue histoire suisse", "Le Rwanda, c'est aussi notre histoire", "Etre immigré-e en Suisse" (mais aussi : "Etre Suisse en Suisse" !), "Critiquer Israël, est-ce de l'antisémitisme ? ", ou encore : "La longue marche de la justice internationale". Il y a là une extraordinaire richesse d'idées et de sources, et de quoi grandement faciliter l'élaboration de cours, de séminaires, d'ateliers ou de débats. Cet ouvrage, donc, ne peut être ignoré des enseignants, pédagogues, travailleurs sociaux et autres formateurs : c'est un « must » ! Une citation en exergue (de Martin Luther King) donne d'ailleurs le ton en nous invitant à l'action (ce pour quoi cet ouvrage est justement conçu) : "A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis".

DR J. KORCZAK EN JAPONAIS : A l'occasion du 60e anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale, la maison d'édition Heibonsha (une des plus anciennes au Japon) vient d'éditer une nouvelle version de la vie et de l'œuvre du Dr Korczak écrite par M. Jiro Kondo; ce livre complète celui de Mme Yasako Kondo, qui en a fait un ouvrage pour enfants. Ces deux publications ont été tirées à plus de 100'000 exemplaires.
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