_______L A L E T T RE_______Bulletin trimestriel de l'Association suisse
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__GENÈVE, UN LIEU POUR LA PAIX ?
Les tragiques événements qui secouent le monde imposent plus que jamais une réflexion approfondie sur la paix. L'occasion nous est donnée par le centenaire du premier Prix Nobel de la Paix attribué en 1901 à Henry Dunant, fondateur de la Croix-Rouge Internationale. Du 23 octobre au 9 novembre 2001, l'association Genève, un lieu pour la paix organise trois semaines de manifestations ouvertes au public pour rappeler que Genève a été et continue d'être un formidable terreau d'où ont germé d'innombrables initiatives en faveur de la paix. Une passionnante mise en perspective aux travers d'expositions, d'itinéraires en ville de lieux symboliques, d'un colloque historique autour d'Henry Dunant, et d'un concert cuménique à St. Pierre où sera joué le Kol Nidré de Max Bruch, avec François Guye au violoncelle. Une première ! Autre point fort de ces manifestations : la table-ronde sur le thème Qu'est-ce qu'une paix juste ?, qui réunira à Uni Dufour des personnalités d'envergure internationale telles que le député israélien Yossi Beilin, artisan des négociations d'Oslo et de Taba, le professeur Stanley Hoffmann, de Harvard University, spécialiste en éthique et morale politique, le professeur Adam Roberts d'Oxford University, expert en droit humanitaire, et le Palestinien Edward Saïd, de Columbia University, connu pour ses travaux sur l'impérialisme culturel. Les 29 et 30 octobre à 20h15, auditoire Piaget, en français et en anglais, traduction simultanée. Françoise Buffat |
2 / Laetitia Ritzuto, professeur de musique qui réalise régulièrement un journal avec les enfants et les parents de ses classes de musique, a introduit la production d'un journal lors d'un séminaire qu'elle a donné avec d'autres personnes en Sardaigne, à un groupe d'employés du fisc italien réunis en une session de formation continue. Le séminaire s'intitulait : La capacité d'écouter attentivement et de se mettre sur la même longueur d'onde.
Au cours de son intervention elle a mentionné la pédagogie de Korczak et a proposé à son groupe d'éditer un journal sur place qui a été effectivement publié avec enthousiasme en quelques heures à la fin de son séminaire et qui a été mis sur le site Internet du fisc italien. Le journal (feuillet de deux pages voir ci-contre) donne les impressions du cours et est joliment illustré . Il montre comment les participants ont assimilé les données du séminaire et certains d'entre eux ont pu exprimer à travers quelques dessins humoristiques, les sentiments qu'ils ressentent au cours de leur travail. Merci à Laetitia d'être une ambassadrice de Korczak dans le monde !![]()
Les 1er et 2 septembre 2001, Augustin Brutus de l'ONG Intercultural Network for Development and Peace (INDP) à Pondichéry en Inde, est venu préparer des projets de développement auprès des populations Dalits qui souffrent du régime des castes et luttent pour leurs droits élémentaires. Les premières victimes sont évidemment les enfants qui ne peuvent bénéficier du droit à l'éducation. C'est pourquoi, tout comme Korczak le faisait avec ses colonies de vacances, des ONG dont l'INDP ont organisé des camps d'été pour enfants avec des animateurs bénévoles afin qu'ils puissent à la fois s'approprier des contenus de savoir, développer des personnalités capables de penser par elles-mêmes, connaître leurs droits et agir par des comportements solidaires.
A cet effet, des outils méthodologiques ont été mis en place pour donner des idées et guider les animateurs, les sécuriser et leur permettre d'agir en toute liberté créatrice. Ces outils de travail sont : le cahier des enfants, et le cahier-guide des animateurs. Il s'agit d'une construction didactique cohérent et en rapport avec la réalité culturelle, sociale et économique où les enfants apprennent à exprimer leur point de vue.
Si nous voulons que ce travail soit opératoire, il est nécessaire de le poursuivre, de l'amplifier, de créer les conditions matérielles de sa réussite. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'ils ont commencé, expérimenté avec peu de moyens. Ils ont conscience des enjeux pour leurs enfants. Il a fallu organiser la solidarité matérielle au sein de la communauté pour que les animateurs bénévoles assurant l'animation des camps d'été ne laissent pas leurs familles dans le besoin. Ils l'ont fait, conscients des enjeux d'une émancipation collective au service de leurs enfants.
Il nous est apparu important d'accompagner, de soutenir activement ce projet. Avec le soutien de l'Association suisse des Amis du Dr J. Korczak nous partirons donc en février 2002 pour 15 jours en Inde afin que s'établisse une véritable coopération, sur un pied d'égalité. Il y aura un stage d'immersion dans la réalité indienne puis des séminaires pour une dizaine d'animateurs qui assureront le rôle de relais et d'agents de démultiplication des pratiques. A suivre.... Colette Charlet
Le Prix Korczak n'a pas été attribué cette année. En effet, le Jury a décidé à l'unanimité qu'aucun des travaux présentés ne correspondait entièrement aux exigences du règlement. Cependant, il a été décerné un prix d'encouragement à M. Michael Romig, élève de l'Ecole Internationale, campus de La Châtaigneraie.![]()
Le travail qu'il nous a remis, Hand in Hand with Tanzania, est un rapport sur la construction et la rénovation d'un groupe scolaire à Moshi, petit village de Tanzanie. Michael Romig et d'autres élèves de l'Ecole Internationale ont récolté des fonds pour ce projet puis sont allés sur place pendant leurs vacances scolaires estivales pour aider à la construction de cette nouvelle école.
Il s'agit là d'une belle réalisation et les membres du Jury ont vivement apprécié l'initiative de la construction dune jolie école où les enfants auront envie d'apprendre et se sentiront bien. Janusz Korczak se battait pour que les enfants les plus défavorisés aient accès à la beauté, à la créativité et à la culture. Miriam Dicker
__UNE VIE EXEMPLAIRE, UN LIVRE INDISPENSABLE
Le 22 juin 2001 restera pour nous tous, amis du Dr Janusz Korczak, une date importante. Un soir frais de ce jour d'hémisphère sud, plus précisément "à Rosario, dans la Pampa Humeda d'Argentine, entre le Paraná et la Sierras de Cordoba"*, un public nombreux a assisté à la présentation du livre "Janusz Korczak, maître de l'humanité".
Ce livre sur le pédagogue Janusz Korczak, écrit avec ferveur par Rubén Naranjo et édité par les éditions "Novedades Educativas", avec le parrainage de la maison d'édition Mila de la "Asociación Mutual Israelita Argentina" et, vient remplir un vide dans la bibliographie pédagogique de langue espagnole. Il s'avère presque impossible de présenter la vie et l'oeuvre du maître polonais qui, déjà au début du 20ème siècle, affirmait que l'enfant pouvait avoir des pouvoirs et des droits sans disposer d'une documentation adéquate justifiant notre admiration et notre adhésion aux idées et pratiques de Janusz Korczak.
Ce livre est le fruit d'un travail rigoureux et le produit de nombreuses années de recherche et d'étude. Ecrit avec simplicité et clarté - difficile de s'attendre à autre chose de la part d'un homme qui admire et respecte la pensée et l'action du vieux docteur - ce livre relate la vie du maître polonais et transcrit certains passages de son oeuvre, très importante dans le contexte socio-politique de son époque.
Le texte et les photographies illustrent la figure et la pensée korczakiennes et, surtout, nous transmettent son identification, son engagement et sa passion pour les enfants défavorisés. C'est pour eux - ou à travers eux - que Rubén écrit ce livre. C'est à eux qu'il s'adresse:
__"A los niños de la calle de Rosario
A los niños de la calle del mundo
Otros son sus nombres y sus rostros pero
Son los mismos que amó Korzcak"__
(Aux enfants de la rue de Rosario; aux enfants de la rue du monde; ils ont des noms et des visages différents mais ce sont les mêmes qu'a aimés Korczak)
Nous ne pouvons pas omettre de mentionner l'homme qui a donné l'impulsion et rendu possible l'apparition de ce livre: notre cher Vladimir. Dans ses remerciements, Rubén Naranjo écrit: "Vladimir Halpérin a ouvert mes yeux sur des possibilités et a écarté beaucoup de mes doutes, toujours avec une infinie bonté. Il est présent dans mon coeur."
Lors de la présentation publique du livre, j'ai pu rappeler aux personnes présentes - mères et grand-mères de la Plaza Mayo, enfants de la "Casa Chicos", maîtres, étudiants, et autres collègues dévoués à la cause de la défense des Droits de l'Homme - que ce livre a une histoire, une histoire qui a commencé à se tramer dès 1993 au n°13 de l'Avenue Bertrand de Genève. C'est là que Ruben et Vladimir se sont rencontrés, tombant dans les bras l'un de l'autre comme deux grands navires qui, après avoir traversé l'océan, s'unissent pour continuer ensemble le long chemin de la défense des Droits de l'Enfant.
Le livre "Janusz Korczak, maître de l'humanité" est déjà parmi nous; il circule en Amérique latine. A nous maintenant de nous engager pour que son message, sans frontière ni couleur de peau, soit le levier d'une réflexion profonde et nous aide à affronter les situations d'injustice que vivent au quotidien nos enfants. Amanda Paccotti de Hiba, Lima, Pérou.
Post-scriptum. Une deuxième présentation du livre a eu lieu à Buenos Aires le 25 juillet, dans la salle Jorge Luis Borges de la bibliothèque nationale. La pédagogue Berta Braslavsky, le professeur Francisco Cabrera et le député militant pour les Droits de l'Homme Alfredo Bravo participèrent à une table ronde dirigée par Ricardo Feierstein, directeur de la maison d'édition Mila de la Asociación Mutual Israelita Argentina. Ce livre spécial des éditions Novedades Educativas fut présenté en hommage à tous les maîtres argentins. Moments de chaleur et d'émotion où furent évoqués la pensée, les actes et l'engagement du pédagogue polonais et souligné le travail admirable de Naranjo, chercheur et porte-parole de son histoire.
* HALPERIN Daniel: Lettre au Dr Janusz Korzcak au sujet d'un certain Rubén Naranjo, préface du livre "Janusz Korczak, maître de l'humanité", Editorial Novedades Educativas, Argentina, 2001.![]()
Malgré l'Intifada, nos amis de la Middle East Children Association (MECA) qui tentent de promouvoir le rapprochement et le dialogue entre Israéliens et Palestiniens (voir La Lettre No 35, octobre 2000 et 36, février 2001), n'ont pas baissé les bras. Madame Adina Shapiro, co-directrice, nous écrit que des groupes de professeurs israéliens et palestiniens se sont réunis à 5 reprises ces derniers mois sous l'égide de la MECA. Ces réunions ont eu lieu à l'étranger vu le climat violent qui prévaut dans la région. Il n'est pas impossible que, comme l'an dernier, notre Association puisse parrainer et soutenir les efforts de MECA en l'aidant notamment à se réunir sur terrain neutre dans notre pays. Un projet dans ce sens est actuellement à l'examen.
D'autre part, à l'instar de MECA l'année passée, le Centre judéo-arabe pour la Paix de Givat Haviva (Israël) vient de se voir décerner par l'UNESCO le Prix de l'éducation à la Paix 2001. Ce Centre est actif dans le domaine de l'éducation à la paix depuis 40 ans. Il est doté d'une équipe de 20 éducateurs juifs et arabes et combine des activités de recherche, d'enseignement, de rencontres et de dialogue, d'artisanat et de travail communautaire en rapport avec le conflit israélo-arabe.
Nos plus vives félicitations vont à tous les collaborateurs du Centre et à leur deux co-directeurs Mme Sarah Ozacky-Lazar et M. Riad Kabha.
Lors d'un récent séjour à Varsovie, un membre de notre Association, le Prof. D.H. Schmerling de Gossau, a constaté que le monument érigé à la mémoire de Korczak au cimetière central de Varsovie était en fort mauvais état. " J'étais choqué, écrit-il, par l'état matériel de ce monument commémoratif, extraordinaire par son expression. ( ) Il est encore dans sa forme et son état provisoires, en plâtre et matières plastiques, ce qui explique pourquoi il est en train de se décomposer ; pièce après pièce se décollent et tombent par terre. ". Nous avons transmis ces remarques inquiétantes à l'ambassadeur de Pologne en Suisse, M. Jerzy Marganski, qui nous a assuré les avoir à son tour adressées aux ministères de la Culture et des Affaires étrangères de la République de Pologne. L'ambassadeur nous a aussi indiqué qu'il plaiderait personnellement la cause de ce monument auprès des autorités de son pays. Nous suivrons avec attention l'évolution de cette affaire, avec l'espoir qu'une restauration rapide puisse être entreprise.
Nous sommes heureux de vous annoncer la parution de ce livre aux éditions Anne Carrière, septembre 2001. Mme Tenberkken a créé un institut pour aveugles à Lhassa au Tibet que notre Association soutient. Ce livre est un témoignage de "l'inépuisable énergie" qui a permis à Sabriye de dépasser son propre handicap pour venir en aide aux autres dans des conditions extraordinairement difficiles.![]()
Au fil des ans, notre Association semble prendre goût au changement... d'adresse ! Voici qu'elle vient de déménager à nouveau, pour la 5e fois depuis sa création en 1981. Après quelques années dans le quartier de la Servette, nous voici en bordure de l'Arve, du côté de Carouge et des Acacias, au 8, quai du Cheval-Blanc. Situé en arcade, notre bureau est plus visible qu'auparavant et nous espérons qu'il suscitera la curiosité des passants et des gens du voisinage. Nos amis y seront évidemment accueillis très chaleureusement : rappelez-vous que nous avons à votre disposition de riches archives sur Korczak et que vous pouvez les consulter les jours ouvrables de 8h30 à 11h30 ou sur rendez-vous. Nos numéros de téléphone et de fax, et notre adresse e-mail sont inchangés. Et un grand merci à ceux qui nous ont aidés dans l'organisation et la réalisation du déménagement, en particulier notre fidèle ami André Renck, ainsi que M. Manuel Tornare, maire de Genève, et ses collaborateurs-trices dont le soutien nous est très précieux.
Malgré la peur, malgré le conflit qui se prolonge et que rien ne semble pouvoir durablement enrayer, le Jardin de Paix de Jérusalem (Gan Hashalom/Raoud al-Salam) a fait cette année le plein d'élèves puisqu'il en compte 136, soit 12 de plus que l'année précédente. C'est dire que l'espoir de temps meilleurs reste vivace et que la volonté d'éduquer les enfants, dès leur plus jeune âge, dans un climat de rapprochement et de culture de paix n'a pas déserté tous les curs, bien au contraire. Nous sommes fiers de pouvoir contribuer à ce projet que nous continuerons de soutenir et pour lequel, rappelons-le, nous avions pu réunir quelque 70'000 francs suisses au printemps dernier.
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