_______L A L E T T RE_______
Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak
________________VOL XXIII N° 44 Octobre 2003________________
| LE MOT DU PRESIDENT | VARSOVIE : KORCZAK AU CUR D'UN CONGRES SUR LA MALTRAITANCE DES ENFANTS | PARIS, HOMMAGE A STANISLAS TOMKIEWICZ | DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE | DECOUVRIR JANUSZ KORCZAK A PARIS VIII | UNESCO : LE PRIX DE L'EDUCATION POUR LA PAIX RECOMPENSE E. SHOUFANI ET Y. MUKAGASANA | "TOUS JEUNES - TOUS DIFFERENTS" | RUBEN NARANJO : HOMMAGE A TOM | LE PRIX KORCZAK 2003 : LA RECOMPENSE POUR UNE HISPANOPHONE | GROUPE DE LECTURE : KORCZAK EN PALESTINE | LE FILM "DERNIER TRAIN POUR TREBLINKA" PRIME EN ARGENTINE | KORCZAK ENSEIGNE A L'INSTITUT DE FORMATION PEDAGOGIQUE |
LE MOT DU PRESIDENT
"Boum". Un bruit sec, bref, froid, puissant
sans être assourdissant, d'une extrême et insolente
simplicité. Pas de roulement, pas de pétarade, pas
de vibrations, pas de résonances lointaines, pas de decrescendo,
pas d'écho. Rien qu'un bruit solitaire et définitif,
aussitôt éteint, aussitôt remplacé par
le silence, un lourd silence où se croisent les regards
de ceux qui ont compris dans l'instant : ce bruit était
celui d'une bombe, et cette bombe était celle qui mit fin
à deux mois de "houdna" [trêve] entre Palestiniens et Israéliens. Pour l'avoir vécu de près (car on vit plus qu'on entend un tel bruit), je puis témoigner non seulement de la douleur de celles et ceux que l'explosion a directement frappés ou endeuillés, mais aussi de la frustration et du découragement ressentis par les activistes de la paix des deux bords. Que d'efforts de rapprochement, d'éducation à la tolérance, de dialogue, d'ouverture consentis depuis tant d'années, furent ainsi balayés en l'espace d'une seule seconde! Il faudra du courage et de la persévérance pour poursuivre la tâche, pour reconstruire, pour rouler à nouveau cette pierre de Sisyphe vers les sommets. A nos amis qui uvrent en ce sens - le Jardin de la Paix de Jérusalem, l'Association MECA, le père Emile Shoufani, l'école bilingue " Hand in Hand ", Givat Haviva, Beit Ham, Open House et tant d'autres souvent ou moins souvent évoqués dans ces colonnes -, nous disons : "Ne désespérez pas, continuez de croire en ce que vous faites et continuez de le faire. Nous voulons, de notre côté, vous soutenir au mieux de nos moyens dans ce combat qui n'est pas encore perdu." Daniel Halpérin
VARSOVIE : KORCZAK AU CUR D'UN CONGRES SUR LA MALTRAITANCE DES ENFANTS
La IXe conférence européenne de l'International
Society for the Prevention of Child Abuse and Neglect (ISPCAN) s'est tenue à Varsovie du 29 au 31 août 2003, en présence de quelque 800 délégués du monde entier, la plupart pédiatres, psychiatres, psychologues, assistants sociaux ou éducateurs. D'emblée, le nom de Korczak fut associé à cette importante réunion scientifique puisque dans son allocution de bienvenue, l'épouse du Président de la République de Pologne, Mme Jolanta Kwasniewska, a elle-même rappelé que Korczak avait été l'un des pionniers des droits de l'enfant. Pour sa part, le Dr D. Halpérin a animé un atelier intitulé : "A tribute to J. Korczak : respect - a key notion in the primary prevention of child abuse". Ce séminaire était principalement axé sur la notion de respect et sur les multiples facettes de ce concept dans la pensée et l'action korczakienne. Appliqué à tous les domaines de la vie, tant au plan des relations interpersonnelles que des fonctionnements institutionnels, le respect peut être un instrument précieux pour construire des compétences sociales dénuées de violence et prévenir, au sein des familles comme de la communauté, la maltraitance à l'égard des enfants.
L'UNIVERSITE PIERRE ET MARIE CURIE REND HOMMAGE A STANISLAS TOMKIEWICZ
Le 16 juin 2003, à l'hôpital Salpétrière
de Paris, une journée d'hommage à la mémoire
du Dr Tomkiewicz était organisée à
l'initiative de l'Université Pierre et Marie Curie. Toute
la journée de nombreux témoignages se sont succédés,
alternant avec des projections d'extraits de vidéos et
interviews illustrant les différentes époques de
sa vie. De nombreuses associations dans lesquelles il était
impliqué étaient présentes. C'est à
ce titre, que je représentais la nôtre et que j'ai
pu transmettre un message associé à celui de notre
ami Ruben Naranjo.
En parallèle, ces associations et des libraires vendaient
des revues et des livres. Cela permettait de voir au premier coup
d'il que comme Korczak, notre ami Tom était à la
fois, médecin, chercheur, théoricien, écrivain,
professeur, homme de justice et de paix... En outre, une exposition
du Centre Canghilhem se tenait à la Bibliothèque
Charcot de l'hôpital. Elle permettait de découvrir
le parcours d'adolescent de Tom en Pologne, le contexte historique
des années Korczak et en particulier celui du ghetto de
Varsovie et des camps. De larges extraits de "L'adolescence
volée" figuraient sur les panneaux.
Dans une autre petite salle, sa famille avait aimablement prêté
des documents (lettres, photos, photocopies d'articles, objets...)
qui attestent de l'engagement du jeune médecin vers des
causes humanistes.
De tout ce que j'ai vu et entendu au cours de cette journée,
ce qui m'a frappée surtout c'est que tous reconnaissaient
que Tom savait parler aux petits comme aux grands avec des mots
justes et souvent provocateurs, pour nous enjoindre de nous mettre
en mouvement face à des événements graves
et intolérables.
Dès l'ouverture, avec Philippe Mazet, on sentit ce que
je viens de souligner. Marie-José Chombart de Lawe, Marcel-Francis
Kahn, Philippe Lazar s'attachèrent à faire ressortir
son engagement militant inséparable de sa profession. Ils
évoquèrent son combat pour le respect du droit et
en faveur de la paix jusqu'à la veille de sa mort.
Ceux qui travaillèrent à l'hôpital de la
Roche-Guyon, avec des enfants polyhandicapés et autistes,
comme Elizabeth Zucman, Thierry Gineste, Françoise Grémy,
Anne-Marie Boutin, attestèrent avec force que ces enfants
avaient droit à l'écoute thérapeutique, à
être soignés dignement, que la parole c'est l'humanisation.
A l'époque où ces institutions étaient des
mouroirs et des lieux de relégation, les pratiques concrètes
mises en place tant sur le plan médical que sur le plan
des relations aux familles constituaient une véritable
révolution dans le sens d'un travail éthique. Tom
ouvrait une brèche contre l'esprit de fatalité,
il mettait en débat la notion "d'éducable",
" inéducable ", dans une France marquée
par les années et idées "pétainistes".
La grande rupture a été de se conduire autrement
avec la construction d'un projet collectif associant l'ensemble
du personnel et les familles.
Puis intervinrent ses nombreux collaborateurs au sein de l'Unité
69 de Recherche de Montrouge, couvrant le champ médico-social.
Ce fut une véritable oeuvre de mobilisation et de prévention
de santé mentale. Les missions à l'étranger
furent nombreuses et donnèrent lieu à des innovations
dans le cadre de la formation et de la mise en place de structures
médico-sociales. Son apport dans le domaine de la santé
publique est considérable. Il n'hésita pas à
dénoncer les situations intolérables, quand l'enfant
était menacé, donnant du courage au personnel, pour
agir ensemble, "dans une démarche d'exigence et de
rigueur scientifique".
Enfin, parole fut donnée à ceux qui se sont engagés
à ses côtés dans la lutte contre les violences
institutionnelles, d'où qu'elles viennent comme Bernard
Defrance, Jacques Ladsous, Didier Rösch, Jean-Pierre Rozenczveig
autour du thème : "L'enfant en difficulté".
La recherche fut sa vocation et alimentait ses prises de position en faveur des jeunes en révolte, " les sauvageons ". Il les considérait comme une promesse, et non comme une menace. Ne pas se contenter de beaux discours sur les droits de l'homme, de l'enfant, mais aller jusque dans le champ des pratiques pour construire des projets. Ne pas banaliser la violence, mais ne pas dramatiser. Ne pas installer des comportements de résignation. Dénoncer les violences cachées. En finir avec l'ingurgitation des savoirs, coupés de la réalité sociale. "Il faut s'en parler, tous ensemble, pour aller un peu plus loin", rappelait l'un des intervenants. Ce qui caractérisait cette uvre et particulièrement au Foyer de Vitry, c'est que cette recherche humaine mettait en travail des pratiques de création, de libération de la parole des jeunes et affirmait clairement des enjeux et une déontologie.
Cette journée d'hommage des professionnels me sembla porter l'empreinte des idées chères à Korczak. Comme le disait et l'écrivait Agnès Ducros, médecin de l'Education nationale, citant Tom : "Je n'ai jamais connu personnellement Korczak et pourtant dans ma tête, j'avais presque fini par croire le contraire". On pourrait dire la même chose pour nombre de personnes découvrant Tom par la lecture et les témoignages. Colette Charlet
DANS LA VITRINE DU LIBRAIRE
Korczak en tamoul. A l'initiative de l'INDP (Intercultural
Network for Development and Peace), et de son dynamique président
Augustin Brutus, et avec le soutien de notre Association, vient
de paraître une merveilleuse adaptation en tamoul du récit
"Janusz Korzak - Les droits de l'enfant",
par Sophie Chérer et Alain Korkos (Fleurus Presse, Paris,
1999 et version web sur notre site Internet). Cette publication
fait suite au séminaire pédagogique auquel Colette
Charlet avait participé à Pondichéry (Inde)
en 2002 (cf. La Lettre n° 40, juin 2002). Elle contribue
non seulement à faire connaître aux enfants et aux
éducateurs du monde entier la belle figure de Korczak,
mais aussi et surtout à promouvoir de manière active
les droits de l'enfant. Ce dernier élément est d'autant
plus important que la population Dalit - la plus intouchable dans
la hiérarchie des castes indiennes - à qui cette
brochure est destinée est en grand besoin de connaître
et de s'approprier les droits en question. La mise en page et
l'impression, réalisées en Inde, sont d'une grande
qualité esthétique et témoignent de l'importance
et du respect que l'on a voulu accorder tant au livre lui-même
qu'à ses lecteurs. "C'est chouette!", aurait
dit notre ami Tom... Les personnes intéressées peuvent
consulter (voire acquérir) ce petit livre auprès
de notre Association.
Janusz Korczak : Hershele et autres contes
(trad. Yvette Métral et Malinka Zanger, illustr. Devis
Grebu), Ed. Est Ouest Internationales, Paris, 2003. Un autre magnifique
petit ouvrage vient de sortir de presse et mérite qu'on
se le procure toutes affaires cessantes. Il s'agit de contes écrits
pour la plupart après les deux voyages de Korczak en Palestine
en 1934 et 1936, ainsi que d'une réflexion sur la renaissance
juive en Palestine ("Pour un nouvel epos"). Certains
de ces textes inédits en français avaient été
publiés ces derniers mois dans La Lettre en avant-première, mais ils gagnent à être lus, réunis tous ensemble et enrichis des explications d'Yvette Métral et des dessins de Devis Grebu. Une très belle réalisation et un ajout de grande valeur aux uvres de Korczak publiées en français.
Maryla Laurent (Ed.) : Actualité d'une éducation
de l'émotion et de l'intelligence : Janusz Korczak
ou Ce que laisser seul un enfant veut dire, Université Charles-de-Gaulle, Collection UL3, Lille, 2003. Dans cet intéressant recueil des actes d'un colloque qui s'est tenu à Lille en 2001, sont rassemblés des témoignages de contemporains de Korczak, des analyses de son uvre littéraire ainsi que des études sur divers aspects de sa pédagogie. Citons notamment, dans la table des matières, des chapitres consacrés à l'humour chez Korczak (M. Tomicka), à la question de l'identité (Z. Bobowicz), à la littérature enfantine (J. Szablicka-Zak), aux difficultés de traduire Korczak (D. Bralewski), ainsi qu'au journal scolaire (S. Benamran).
Pour les lecteurs germanophones : Janusz Korczak Sämtliche
Werke (uvres complètes), Volume 13, Guterlöher Verlaghau, Gütersloh, Allemagne, 2003. Ce volume contient la biographie de Pasteur et des textes ou nouvelles pour les enfants et les jeunes. Commentaires par Friedelm Beiner et Silvia Ungermann.
Et pour les lecteurs anglophones : Korczak's Diary
("Journal du ghetto") : Réédition chez
Yale University Press, 2003, en format de poche avec une introduction
de Betty Jean Lifton, l'auteur de la classique biographie de Korczak
: The king of children, a biography of J. Korczak.
David Adler : A Hero and the Holocaust : the
Story of Janusz Korczak and his Children, Holiday House Publishers, New York, 2002 : Un livre sur Korczak pour de très jeunes enfants, très bref (20 pages, y compris les illustrations de Bill Farnsworth) et surtout ciblé sur la destinée tragique du "Vieux docteur" et de ses enfants.
DECOUVRIR JANUSZ KORCZAK A PARIS VIII
Un colloque s'est tenu à Paris du 23 au 27 juin
2003, consacré à l'uvre de Korczak, à l'initiative du Professeur Rémi Hess et de ses étudiants.
Trois thèmes éclairaient ces journées
:
- une étude du projet korczakien entre 1912 et 1942, - l'état des recherches sur son uvre et sa dimension internationale,
- autour du Roi Mathias 1er avec le témoignage de démarches
korczakiennes dans le champ de l'éducation à la
démocratie, de l'intégration interculturelle et
du respect des droits des enfants, d'actions pédagogiques
concrètes menées par le théâtre du
Rideau de Bruxelles.
Il est à noter, que de nombreux représentants
des différentes associations Korczak venus de différents
points de la planète étaient présents, signe
que les idées d'éducation nouvelle commencent à
faire leur chemin. J'étais donc curieuse de les entendre
et de découvrir leur travail.
Je ne livrerai pas un compte rendu universitaire de ce colloque,
non pas parce qu'il ne présente pas d'intérêt,
mais je veux ici et dans l'urgence vous faire parvenir les paroles
de Jacques Dodiuk qui en dépit de son grand âge (83
ans) et de sa fatigue a eu le courage de faire le déplacement
sur les bancs de l'université et nous offrir en cadeau
royal ce qu'il a vécu de meilleur en ayant été
pupille de Korczak.
Quand, je vivais à Paris, militant dans l'Association
Française J.Korzak, j'ai souvent rencontré Jacques
Dodiuk. J'essayais de rassembler mes souvenirs légués
par ma mère, les confrontant à ceux de Jacques pour
essayer de reconstituer au plus près mon histoire maternelle.
J'en restais à ce stade, sans percevoir toute la profondeur
de la portée éducative alors que j'étais
enseignante.
Mais ce jeudi 24 juin 2003, Jacques Dodiuk s'est senti très grand, porté par l'histoire du Roi Mathias et il a commencé une très grande leçon de pédagogie. Je suis sûre que Tom aurait applaudi. Je fus si bouleversée comme tant d'autres présents que je vous livre presque sans retouche les images chères à son cur. Qu'il en soit remercié chaleureusement !
Souvenirs de l'orphelinat
J'ai passé six années à l'orphelinat,
de 8 à 14 ans. Je suis arrivé avec ma mère,
dans une grande cour, où les enfants jouaient. Korczak
m'a accueilli, m'a examiné, je me suis senti en confiance.
Il y a des enfants qui ne voulaient pas quitter leur mère.
Moi, j'ai joué au ballon.
Puis, on m'a donné un tuteur du nom de Josef. Le tutorat
était une pratique éducative de Korczak. Joseph
notait ses observations, si l'adaptation était difficile...
Plus tard, au moment de quitter la Pologne, Joseph m'a dit : "Tu
m'as appris beaucoup de choses". Ce séjour a beaucoup
marqué ma mémoire. Je me souviens surtout avoir
toujours pu compter sur quelqu'un. J'ai été heureux
comme tous les enfants qui sont passés par là.
Il y avait 3 catégories d'enfants (on a d'ailleurs reproché
à Korcczak cette espèce de ségrégation
) : les enfants très sages, obéissants - ceux majoritaires
- qui étaient dans l a moyenne, et les turbulents, bagarreurs
et pas très propres.
Au début, j'étais classé en troisième
catégorie; j'étais turbulent, je passais devant
le tribunal, puis je suis passé en deuxième catégorie.
Mais tous les enfants avaient accès à tous les
loisirs. On allait souvent au théâtre, au concert.
On organisait des spectacles à l'intérieur de la
Maison de l'Orphelin.
L'orphelinat était souvent visité par des éducateurs,
même venus de l'étranger. C'était un modèle
! L'un des endroits qui m'a le plus marqué était
l'armoire pédagogique pleiNe de livres et de jouets.
Le quotidien de l'orphelinat
Nous étions 56 filles et 51 garçons, à
l'image de la population générale. Korczak avait
établi la coéducation sauf pour les dortoirs. Le
soir, au coucher, il y avait le cadeau de l'histoire. Cela nous
aidait à nous endormir. J'ai de bons souvenirs de la colonie
de vacances, à la campagne.
Le tribunal, quant à lui, se réunissait le samedi,
on jugeait avec des articles de loi classés de 1 à
1000. Même Korczak a été jugé. J'ai
été souvent jugé plutôt que juge, mais
je trouvais que j'étais souvent innocent même si
j'ai fait des bêtises.
Quand j'ai été juge, cela m'a donné de
l'importance. C'était un privilège. Mais le vrai
privilège pour moi, c'est d'être passé dans
cet orphelinat. J'ai appris l'honnêteté et j'y ai
été éduqué dans de bonnes conditions
matérielles Les conditions matérielles pouvaient
apparaître comme un luxe, alors que l'établissement
était fréquenté par des enfants pauvres.
Le chauffage central existait. On avait même une laverie
avec des machines à laver. Quand on lavait notre linge,
on inscrivait des numéros pour le reconnaître. L'électricité
était donnée. Pour la nourriture, les entreprises
offraient des dons. Mais on en recevait aussi des associations
d'aide aux orphelins, de la bourgeoisie juive de Pologne. Je me
souviens de grands bals donnés à l'Hôtel de
Ville de Varsovie. Je me suis aussi senti aimé et Korczak
m'a donné le goût de la lecture.
Racontez-nous une journée type
La journée était bien remplie : Six heures,
réveil ! Les éducateurs appelaient les enfants.
Petit-déjeuner. De huit à quinze heures, école.
Puis, on mangeait, on faisait ses devoirs aidés par les
éducateurs. En salle de récréation, on faisait
de la musique(piano, violon...) On prenait une collation et à
huit du soir, coucher.
Je me rappelle la grande bibliothèque,( il y avait deux
bibliothèques suivant le niveau d'instruction). On jouait
aussi à des jeux de dames et d'échecs. Il y avait
toujours quelque chose à faire : de la gymnastique, de
la musique. Il y avait un moment pour la danse, avec une piste
où l'on dansait des danses folkloriques polonaises ou la
hora . On finissait tôt le vendredi soir, pour fêter
le Sabbath.
Pour les fêtes juives, on faisait du théâtre,
on invitait quelqu'un de sa proche famille. Il existait une chorale,
mais surtout avec les filles. On fêtait les fêtes
religieuses juives, mais aussi Noël, comme les Polonais.
On faisait des objets pour les enfants malades à l'hôpital.
Et la scolarité ?
On allait à l'école à l'extérieur, pour enfants juifs. On ne pouvait pas aller au lycée. On devait aller travailler. Stefa (l'assistante de Korczak) nous aidait à trouver du travail. Moi, j'ai travaillé dans un magasin de tissus, mais après l'expérience de l'orphelinat, je me sentais prisonnier dans ce magasin. C'était difficile à supporter. Heureusement on gardait le contact avec l'orphelinat. Les anciens avaient le droit de visite à l'orphelinat, le samedi après-midi.
Et de conclure : "Korczak, c'est comme si c'était mon père!" Oui, avec de tels souvenirs avec ces émotions transmises avec tant d'humilité et de cur, on sent bien la place de l'humain au cur de chaque acte. Colette Charlet
UNESCO : LE PRIX DE L'EDUCATION POUR LA PAIX RECOMPENSE E. SHOUFANI ET Y. MUKAGASANA
Nous avons le grand plaisir de voir cette année encore
deux amis proches de l'Association et de la cause des droits de
l'homme et de la paix être récompensés pour
leur engagement par le Prix UNESCO de l'éducation pour
la paix. Il s'agit de l'archimandrite Emile Shoufani
(aussi connu sous le surnom de "curé de Nazareth")
dont nous avons relaté ici même l'initiative d'un
pèlerinage arabo-juif à Auschwitz qui s'inscrit
dans un ambitieux projet "Mémoire pour la paix"
(voir La Lettre n° 43, juin 2003). E. Shoufani est
un ardent partisan de la coexistence des cultures et des religions.
Il s'efforce inlassablement d'amener les Juifs et les Arabes (musulmans,
druzes et chrétiens) à dialoguer et à vivre
ensemble. Le séminaire Saint-Joseph qu'il dirige à
Nazareth est un lieu vivant d'éducation à la paix
qui accueille souvent des enseignants et des étudiants
d'autres écoles dans un esprit de partage et de tolérance.
Yolande Mukagasana, elle aussi, se bat pour la mémoire
de son peuple et du terrible génocide qu'il a subi au Rwanda
il y a bientôt 10 ans. Mémoire, certes, mais aussi
justice et réconciliation qui doivent en être l'aboutissement.
Rescapée de ce massacre qui lui a pris presque toute sa
famille, notamment son mari et ses trois enfants, Yolande Mukagasana
a choisi de ne pas sombrer dans la folie ou dans l'oubli mais,
au contraire, de vivre pour témoigner et pour que le silence
de la communauté internationale ne tue pas une seconde
fois les victimes du génocide. Elle a donc adopté
ses trois nièces, ainsi que d'autres orphelins qu'elle
a en charge et fondé "Nyamirambo Point d'Appui",
une fondation pour la mémoire du génocide au Rwanda
et la reconstruction. Elle est l'auteur de plusieurs livres :
La mort ne veut pas de moi (Ed. Fixot, 1997); N'aie
pas peur de savoir (Robert Laffont, 1999), Les blessures
du silence (avec A. Kazinierakis, Ed. Actes Sud 2001), et
De bouche à oreille, un recueil de contes africains (Ed. Menaibuc, 2003). On l'a aussi remarquée dans son propre rôle, bouleversant et magistral, tenu dans le spectacle "Rwanda 94" qui avait été joué,
entre autres, à Paris, Montréal et Genève.
"TOUS JEUNES - TOUS DIFFERENTS"
C'est le 25 juin 2003 que s'est déroulée, à
la Comédie de Genève, la journée "Tous
Jeunes - Tous Différents". Organisée
par le groupe genevois Jeunesse et Dignité, soutenue
par des sponsors suisses publics et privés - dont l'association
des amis de Janusz Korczak -, cette manifestation voulait réunir
dans une journée d'ateliers (graff, DJ, hip hop, klezmer
band, débat antiraciste, vidéo, musique du monde,
capoeira) des jeunes de Genève venant de tous milieux avec
les jeunes de la troupe de danse de Beit Ham (en Israël)
: la troupe Jérusalem Plurielle.
Cette troupe est composée de jeunes Israéliens juifs et arabes et de jeunes Palestiniens venant des territoires. Par leur présence, leurs danses, leurs musiques les jeunes de la troupe Jérusalem Plurielle ont témoigné que même dans une grave et longue situation de conflit il est possible de faire quelque chose ensemble, qu'il existe des plages de rencontres, de dialogue et d'activités communes entre Israéliens et Palestiniens et que ces lieux de vie peuvent être source de l'avenir de cette région.
JERUSALEM PLURIELLE. Ils ont entre 16 et 20 ans, garçons et filles. Ils aiment leur ville Jérusalem, ils l'aiment au pluriel. Israéliens, Palestiniens, chrétiens, musulmans ou juifs, ils aiment vivre et danser ensemble. Ils sont jeunes, différents, unis. Ils ne militent pas pour la paix.... ils VIVENT la paix !
Si le point culminant de cette journée a été le spectacle du soir et par-dessus tout les prestations de la troupe Jérusalem Plurielle, la participation dans l'après-midi de ces jeunes Israéliens et Palestiniens aux ateliers de graff, de capoeira, de musique, de klezmer, de hip hop, avec des jeunes de Genève, a provoqué bien des émotions et nous a prouvé que nous avions visé juste. Je précise que cette journée était ouverte à tous les jeunes, juifs et non-juifs, et que ces derniers ont été les plus nombreux.
Le message d'ouverture et de tolérance semble avoir passé auprès des groupes et des jeunes de Genève qui ont participé à cette journée ainsi qu'auprès du public qui a bravé la chaleur climatique pour rencontrer la chaleur de la jeunesse au soir du 25 juin, puisque la salle du théâtre de la Comédie était presque pleine. Claire Luchetta-Rentchnik, coordinatrice de "Tous
Jeunes - Tous Différents".
RUBEN NARANJO : HOMMAGE A TOM
Connaître la vie et l'uvre de Stanislas Tomkiewicz,
permet de comprendre la valeur de la lutte contre toutes les formes
d'autoritarisme militaire, politique, civil et scientifique et
permet de valoriser aussi sa dimension humaine et l'extraordinaire
capacité de donner de sa personne.
Au-delà des reconnaissances que le monde intellectuel
et de la culture peuvent lui offrir, il y aura la douleur des
humiliés, des offensés, de ceux qui sont attaqués,
de ceux qui ont une situation précaire, des exclus, qui
probablement prononcent son nom en silence, respectueusement et
pour qui il restera à tout jamais vivant.
Ici, à Rosario, République d'Argentine, sa présence est permanente, avec les enfants des rues, les Mères et Grands-mères de la Place de Mai, la communauté indigène Toba, avec lesquels nous eûmes le privilège de recevoir sa voix chaude et son "abrazo" fraternel. Rubén
Naranjo
LE PRIX KORCZAK 2003 : LA RECOMPENSE POUR UNE HISPANOPHONE !
D'année en année, les travaux sélectionnés
pour le prix Korczak réservent au jury des surprises
intéressantes. Rappelons avant tout que le concours a pris
une forme différente des premières années:
des travaux de maturité (fin d'études secondaires)
sont sélectionnés par les autorités compétentes.
Il faut que l'étude aborde le thème des droits de
l'enfant, soit sous la forme d'un travail de recherche théorique,
soit sous la forme d'une recherche-action.
C'est ainsi que l'an dernier, le jury avait été
emballé par la disponibilité et le sérieux
des candidates qui avaient préparé des leçons
de sensibilisation à la violence, au racisme et à
la solidarité, leçons données dans une classe
du cycle d'orientation. Enthousiasme partagé aussi par
les enseignants qui avaient proposé que cette séquence
- préparée par des élèves - soit présentée
aux études pédagogiques de l'enseignement secondaire!
De toute évidence, le jury espère des recherches
structurées, rédigées clairement et bien
documentées. Si ce dernier aspect est bien présent
dans les travaux de cette année, force est de constater
que la documentation seule ne suffit pas. Il est vrai que les
moteurs de recherche permettent un apport non négligeable.
Par contre, que devient la part personnelle de l'étudiant
?
Dans les critiques formulées cette année, relevons
le sentiment d'études non abouties, de questions sans réponses,
de documentation offerte sans structure et d'enquêtes non
réalisées faute de temps (or les élèves
ont une année pour finaliser leur travail !) 
Heureusement le travail de Nicole Fuhrer rédigé en espagnol s'est distingué cette année : Le fonctionnement de deux institutions pour enfants des rues de Bogota : "La Florida" et "El Club Michin". Cette étudiante d'origine colombienne a étudié sur place, à Bogota, des institutions pour enfants orphelins. Son investissement personnel considérable relevé par le professeur responsable, la précision de ses informations comparées et son engagement en faveur des enfants de son pays lui ont valu le prix Korczak 2003. S.Benamram
GROUPE DE LECTURE : KORCZAK EN PALESTINE
C'est le 15 septembre 2003 que notre groupe de lecture
s'est réuni sous la direction de Mmes Vera Michalski et
Zofia Bobowicz, avec pour cadre, exceptionnellement, la Mission
permanente de Pologne auprès des Nations unies à
Genève, et en présence, parmi un public nombreux,
de l'attachée culturelle de l'Ambassade de Pologne à
Berne, Mme J. Kessler-Chojecka. La séance a été
consacrée à la présentation du livre "Korczak
: La Palestine - Notes de voyage et correspondance
(1927-1939)", publié en 2002 aux Editions Noir et
Blanc que dirige V. Michalski. Z. Bobowicz, qui a traduit et commenté
les textes réunis sous ce titre, en a restitué le
contexte et le sens, rappelant que Korczak avait visité
la Palestine en 1934 et 1936, qu'il y avait retrouvé d'anciens
pupilles et des amis de Pologne qui y avaient émigré,
et qu'il avait entretenu avec eux une correspondance régulière.
Ce sont ces lettres, ainsi que deux conférences données à Varsovie après ces voyages qui composent l'essentiel de l'ouvrage dont Joël Dicker a lu de larges extraits avec vigueur et talent. Korczak nous éclaire non seulement sur les conditions de vie de la Palestine des années 30, sur les espoirs et les combats des pionniers sionistes et sur les déjà difficiles relations entre Juifs et Arabes, mais il livre de lui-même les reflets d'un esprit critique et lucide, d'une pensée pleine d'humour, d'une rare force vitale et d'un élan poétique aux accents parfois prophétiques. Korczak a été tenté de s'installer en Palestine : "Je n'ai pas renoncé à l'espoir de pouvoir passer mes dernières années en Palestine, et d'avoir de là-bas la nostalgie de la Pologne", écrit-il en 1932. Il s'en est fallu de peu qu'il ne réalise cette aspiration : la lettre l'invitant à faire un troisième et peut-être déterminant séjour en Palestine ne lui est jamais parvenue : postée de Jérusalem le 2 septembre 1939, soit le lendemain de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, elle sera retournée à son expéditrice par les services postaux du Mandat britannique "pour raison de suspension de toute communication entre la Palestine et la Pologne".
LE FILM "DERNIER TRAIN POUR TREBLINKA" PRIME EN ARGENTINE
Le documentaire vidéo sur Korczak réalisé
par Jorgelina Hiba (que nous avions projeté au printemps) vient d'être récompensé par une mention lors du Xe Festival latino-américain de vidéo qui s'est déroulé à Rosario (Argentine). Ce film avait déjà gagné le 1er prix du festival national de vidéo pour la Paix à Mar del Plata (Argentine) en avril 2003. Rappelons qu'il s'agit du premier film documentaire sur Korczak réalisé en Amérique latine. Ce prix lui permettra d'être plus largement diffusé notamment auprès des enseignants qui y trouveront un utile outil pédagogique. Bravo à Jorgelina! N.B.
L'Association suisse dispose de plusieurs copies de ce film (en
espagnol, sous-titrage français) qu'elle met volontiers
à disposition des personnes intéressées.
KORCZAK ENSEIGNE A L'INSTITUT DE FORMATION PEDAGOGIQUE (IFP)
Sur l'initiative de l'IFP, notre amie Sarabella Benamram
va, pour la première fois à Genève, enseigner
la pédagogie korczakienne. Cette présentation se
fera dans le cadre de la formation continue proposée par
l'IFP aux enseignants en formation ou désirant se perfectionner.
Ce cours se déroulera au printemps prochain, en 4 séances
de deux heures chacune. Le thème choisi est Janusz Korczak
et la pédagogie aujourd'hui : l'éducation
à la citoyenneté.
Par son expérience tragique et exceptionnelle d'un homme
qui a "franchi les murs" de l'antisémitisme,
de la haine et de l'extrême misère, Janusz Korczak
(1878 -1942), initiateur de la Convention sur les droits de l'enfant,
représente une source de réflexion et d'applications
pour une pédagogie du respect. Les présentations
seront illustrées par l'analyse de textes de Korczak, des
documents vidéo et des réalisations d'élèves.
IN MEMORIAM
On nous annonce les décès de M. Shlomo Elbaz
qui était, à Jérusalem, un important acteur
du dialogue israélo-palestinien et qui suivait notre travail
avec attention, de Mme Yvette Uldry, de M. Rafael Scharf
(Londres) et de M. Claude Bigar, membres fidèles
de l'Association, ainsi que celui de Mme Wajnberg, mère
de notre chère collaboratrice Sarabella Benamram. Nos sincères
condoléances à toutes celles et ceux qui sont dans
le deuil et la tristesse.

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