LA LETTRE
Bulletin trimestriel de l'Association suisse
des Amis du Dr Janusz Korczak
__________Vol. XX - N° 32 - septembre 1999__________
| Mot du Président | Le Prix Korczak 99 | Korczak au théâtre | Un projet pionnier au Tibet |
| GEODE à Genève | Une adolescence volée | Dialogue entre éducateurs israéliens et palestiniens |
| Groupe de lecture | En bref | Korckak et les pédagogues autogestionnaires |
| Conférence Korczak à Varsovie |
Le mot du Président
Septembre : les écoliers reprennent le chemin de la classe, prêts à s'imbiber des connaissances que le programme de l'année prévoit de leur transmettre. Ici comme ailleurs, l'objectivité et le sens de la nuance ne sont pas toujours les principales vertus de certaines branches, telles l'histoire ou l'éducation civique. C'est qu'on touche là une corde sensible, celle du patriotisme et de l'identification à une histoire nationale qu'on souhaiterait toujours, pour soi-même, limpide et irréprochable. Quitte, si nécessaire, à transformer l'histoire en mythe, ou à en retrancher les pages les moins glorieuses.
Il faut donc saluer le courage et la maturité du Ministère israélien de l'Education dont les nouveaux manuels d'histoire, inaugurés cette année, portent sur les conflictuelles relations entre Israël et ses voisins un regard ouvert et, à certains égards, révolutionnaire. Alors que naguère le mot même de "Palestinien" était officiellement imprononçable (comme l'était celui d'"Israélien", de l'autre côté de la frontière), on reconnaît aujourd'hui dans ces livres scolaires l'existence de ce peuple et de ses aspirations nationales. Là où la guerre d'Indépendance (1948) était jusqu'ici présentée sous le seul éclairage d'une victoire de la volonté, du courage et de la fierté des pionniers israéliens (ce qui n'est d'ailleurs pas faux), on ose aujourd'hui en découvrir le côté "pile", celui de la Naqba - la catastrophe - que la création d'Israël a constituée pour les Palestiniens. Les élèves israéliens sont même invités à se mettre dans la peau des Palestiniens et à se demander comment ils auraient réagi, eux, face au mouvement sioniste. Bref, l'histoire ne s'enseigne plus en noir et blanc mais dans tous les nuances du gris.
Korczak - qui aimait que l'on soit sincère avec les enfants - aurait apprécié. Reste à espérer que de leur côté et dans un même effort de rapprochement et de réconciliation, les manuels d'histoire palestiniens adopteront bientôt la même ouverture. Pour l'instant, on en est à vrai dire assez loin. Daniel Halpérin.
Prix Korczak 1999 : le lauréat veut promouvoir les droits de l'enfant en Afrique
"Spes est dans l'avion de retour au pays, en République Démocratique du Congo (...). Sur ses genoux, elle a posé un petit manuel qu'elle a reçu lorsqu'elle était en visite à Genève. Elle retourne sa tête vers ses mains, prend le manuel, le caresse et le regarde avec tristesse, verse une larme sur la couverture. C'est la Convention des Droits de l'Enfant qu'elle tient entre les mains."
Ainsi se termine "Esprits maléfiques", conte étrange et envoûtant qui a séduit cette année le jury du "Prix Janusz Korczak à la mémoire du Professeur Vladimir Halpérin".
Spes, l'héroïne, n'est autre que la fille de Terre Mère Afrique. A sa mère qui lui narre son passé douloureux et qui l'inquiète par son "afro-pessimisme", elle demande : "Mère, que voulez-vous que votre enfant fasse pour vous rendre l'avenir meilleur ?". "J'ai mal au coeur, soupire Afrique (...). Trouve le mal qui ronge mon coeur". Spes comprend que le coeur d'Afrique saigne de ses enfants meurtris par la guerre et la misère et dès lors, elle s'affirme comme l'ardente et juvénile défenderesse des droits de l'enfant africain dont elle viendra plaider la cause jusqu'à Genève.
Derrière Spes - et comme son ombre - se profile son créateur : Joël Hakizimana, élève de 3e année au Collège Voltaire et désormais lauréat de la 4e édition du Prix Korczak. Joël est burundais. Il y a 10 ans, sa famille a dû fuir le Burundi pour des raisons politiques et a trouvé refuge dans notre pays.
Malgré l'éloignement, Joël n'a oublié ni les souffrances ni les racines qui l'attachent à l'Afrique. Comme son héroïne, il n'a de cesse de militer pour les droits de l'enfant et pour la réconciliation des peuples africains, notamment des Hutu, des Tutsi et des Twa dans la région des Grands Lacs. En attendant, une fois terminées ses études, de pouvoir davantage se consacrer à l'aide à l'enfance, il a créé une petite association destinée à soutenir la scolarisation des enfants réfugiés au Kenya et souvent privés de leur droit à l'éducation. Il a aussi conçu une bande dessinée intitulée "Mbega tugana he ? - Où allons-nous ?" qui pourrait porter aux jeunes de la région des Grands Lacs, toutes ethnies confondues, un message de tolérance, d'espoir et de fraternité.
Et comme il a la plume inspirée, il a encore rédigé une pièce de théâtre, "Michel et Viviane", vision moderne et africanisée d'une histoire d'amour où Romeo est hutu et Juliette tutsi. En dépit de la fin tragique de cette pièce, Joël nous donne une leçon de courage, de civisme et d'humanité. En le récompensant, le jury du Prix Korczak a souhaité non seulement honorer la qualité de son inspiration littéraire mais aussi son prometteur engagement social. Il souscrit ainsi entièrement à cette conclusion de la bande dessinée de Joël : "Kazoza kacu kari mu minwe yacu - Le futur dépend de nos actions présentes". D.H.
Korczak au théâtre
Faire de l'histoire de J. Korczak et de ses orphelins une comédie musicale paraît à priori surprenant et, à vrai dire, risqué. Et pourtant, la troupe de théâtre anglaise de Zurich s'est lancée ce défi: le résultat est épatant. C'est avec beaucoup de sensibilité et de finesse - sans effets mélodramatiques mais au contraire avec une rare intensité dramatique - que les enfants et jeunes adultes du Young's People Theatre jouent et chantent l'histoire de cet orphelinat dirigé à Varsovie par Janusz Korczak, pédagogue et pédiatre sortant de l'ordinaire. Joies et tristesse se mêlent pour raconter la vie de ces orphelins juifs condamnés par la guerre mais protégés jusqu'à la fin par un homme qui est à la fois le médecin, le protecteur des droits de l'enfant, l'animateur, le raconteur de fables, le père.
C'est à Nick Stimson que l'on doit le scénario et à Chris Williams la composition musicale de "Korczak", interprété en premier lieu par la compagnie du théâtre royal de Plymouth, puis repris par le Young's People Theatre de Zurich à l'initiative de sa directrice, Bev Meyer Zemo. Après avoir donné plusieurs représentations à Zurich, la jeune troupe s'est produite trois fois, les 17 et 18 juin, à l'Ecole internationale de Genève, devant un public peu nombreux mais enthousiasmé. Les absents ont toujours tort: ils ont manqué une expérience théâtrale et musicale d'une qualité tout à fait remarquable. Prochaine étape pour ces jeunes artistes, la Pologne. Invités par la communauté israélite de Varsovie, ils raconteront aux compatriotes du Docteur Korczak une histoire qui fait partie de leur patrimoine. Pour beaucoup de Polonais, le fameux docteur est d'ailleurs un héros national. L.H.
Un projet pionnier au Tibet
C'est à vingt minutes de Lhassa, capitale du Tibet, que Tendol Gyalzur a fondé le premier orphelinat tibétain, il y a 6 ans. Elle-même orpheline et réfugiée tibétaine élevée dans une école Pestalozzi en Allemagne, Tendol accueille dans son orphelinat 27 enfants âgés de 5 à 15 ans, dont les parents ont disparu, sont en prison, malades ou n'ont pas les moyens de prendre soin de leur enfant. Dès qu'ils en ont l'âge, ces enfants fréquentent tous l'école publique chinoise et Tendol espère les voir poursuivre des études le plus loin possible. Une mère et un père, "Sandjeu" et "Touptenla", s'occupent des enfants tandis que Tendol partage son temps entre cet orphelinat, un deuxième qu'elle a créé plus récemment à l'est du pays et la Suisse et l'Allemagne, où elle récolte des fonds. Tous les enfants participent aux taches ménagères: ils nettoient leurs habits dans la rivière qui coule derrière l'orphelinat, aident à faire la vaisselle avec l'eau du puits et participent à la préparation du riz, des patates et des nouilles au beurre de yak qui constituent les repas quotidiens.
Mi-juillet. Nous sommes dix-huit jeunes entre 16 et 30 ans à participer à un projet de solidarité avec l'orphelinat de Tendol. Accueillis à bras ouverts par les enfants, notre but est de construire, peindre, défricher, améliorer tout ce qui a besoin de l'être dans l'orphelinat, et de passer un maximum de temps avec les enfants, qui ne demandent qu'un peu d'attention et d'affection. La mise en scène d'un conte mêle danse, théâtre, musique et dessin, le tout dans une atmosphère de joie et de bonne humeur. On est très vite intégré à la vie de l'orphelinat et à son rythme bien particulier.
L'exemple de Tendol et de son orphelinat donnera peut-être des idées à d'autres personnes dévouées et dynamiques. Il ne nous reste qu'à espérer que de nouveaux projets verront le jour. Liv Halpérin
Sous le parrainage des Amis du Dr Korczak, GEODE apparaît à Genève
Nous avons le plaisir d'annoncer la création, le 1er juin 1999, de GEODE (Groupe d'Etude et d'Observation des Droits de l'Enfant) qui succède au groupe IDEE (Introduction du Droit de l'Enfant d'Etre Entendu et Ecouté à Genève), lui-même fondé en 1993.
GEODE est constitué d'avocats, enseignants, juristes, médecins, travailleurs sociaux, sociologues et psychologues soucieux de pratiquer le dialogue entre leurs champs professionnels respectifs et de rechercher des voies d'action partagées dans la promotion des droits de l'enfant.
Ses objectifs sont la sensibilisation et la formation des milieux concernés, le recueil d'information sur des situations de non-respect des droits de l'enfant en Suisse et l'intervention en relation avec ces situations.
GEODE a déjà à son actif un rapport sur la situation des mineur(e)s détenu(e)s à Genève, publié en juin 99 dans les Cahiers des Droits de l'Enfant (vol. 6) édités par Défense des Enfants-International, Section suisse. Pour l'instant centré sur Genève, GEODE envisage à plus long terme de s'engager sur le plan régional ou romand.
Parrainé par l'Association suisse des Amis du Dr Janusz Korczak, Défense des Enfants-International, Section suisse et l'Institut international des Droits de l'Enfant (IDE), GEODE partage les locaux de l'Association Korczak, au 8, rue Chandieu, 1202 Genève.
Une adolescence volée
Heureux ceux qui s'offrent la lecture du dernier ouvrage de Stanislas Tomkiewicz "Une adolescence volée" (aux éditions Calmann-Lévy, Paris, 1999), adultes, jeunes, adolescents ! Stan ou plutôt Tom - c'est ainsi qu'il préfère se faire appeler - nous invite, après 60 ans d'indicible douleur, à le suivre dans un parcours de souffrances indescriptibles jusqu'à atteindre peu à peu au don de soi-même.
Tom est né à Varsovie, d'une famille juive polonaise, attachée à sa judaïté, mais aussi, comme tant d'autres familles juives, à la Pologne et à sa culture. La deuxième guerre éclate, les Allemands envahissent la Pologne et ne tarderont pas à enfermer dans un ghetto (chaque ville possèdera le sien ) tous les Juifs de Pologne, avec tout ce qui s'ensuit d'horreurs, de misère, de maladies et de mort. Il en va naturellement de même pour la famille Tomkiewicz, les parents, auxquels il est tendrement attaché, ainsi qu'une soeur et un frère.... Et puis,... le wagon de bestiaux qu'on gravit pour être mené jusqu'à Auschwitz. Tom et quelques autres jeunes réussissent à s'en échapper et après maintes vicissitudes il atteindra la France, très malade, très affaibli. Mais Tom, sa vie durant, va traîner derrière lui le remords implacable d'avoir survécu à la Shoah et surtout d'avoir abandonné dans le wagon sa famille.
Pourtant Tom, ce remords est maintenant superflu, car tu as réalisé le voeu de ton père : que tu deviennes médecin, que tu sois un "humanitaire" et plus encore un des témoins et un des messagers de cette catastrophe inexprimable par ceux qui y ont survécu et inimaginable par ceux qui ont eu la chance d'y échapper. Tu es devenu aussi l'ardent défenseur des droits de l'enfant et le promoteur infatigable de la pensée et de l'action pédagogiques développées par Korczak dont on aurait raison de te considérer comme un fils spirituel. Tu as donc été doublement fidèle à tes parents et à Korczak. Cette fidélité constitue le plus bel hommage que tu pouvais leur rendre. La conquête de ta liberté n'est rien d'autre que le ciment du monument que tu leur as élevé depuis l'instant même où, adolescent, tu as quitté le wagon de la mort.
De cette adolescence volée, de cette spoliation si injuste, tu as su faire une arme de bonté et d'action pour aider les jeunes, pour les sortir de la violence et de la drogue. Nul comme toi ne les comprend. Combien en as-tu, et peux-tu encore, en tirer d'affaire, toi qui as étudié et travaillé comme un fou pour devenir médecin, psychiatre de la jeunesse et éducateur ? Habillé de ton adolescence volée tu en as fait une vertu et tu en as gardé une jeunesse et une enfance désarmantes, grâce auxquelles tu sais dire qu'un chat est un chat (et aussi offrir aux handicapés les plus profonds bienfaits de ta chaleureuse "miaouthérapie"). Tu es d'une franchise et d'une spontanéité peu communes et pleines de fraîcheur, tu es un exemple pour nous tous et nous te remercions pour tout ce que tu nous apportes d'enrichissement spirituel. Nous espérons que ton message sera accueilli et recueilli avec ferveur par tous les spécialistes et non-spécialistes de l'enfance et de la jeunesse afin d'en faire un véritable instrument de sauvetage, d'éducation et de savoir-vivre. Noémi Halpérin
Dialogue entre éducateurs israéliens et palestiniens
Fondée il y a 2 ans par l'Israélienne Adina Shapiro et le Palestinien Ghassan Abdullah, la Middle East Children Association (MECA) constitue aujourd'hui l'un des pôles de l'éducation à la paix dans cette région du monde. Au cours de l'année scolaire 1998-99, plus de 60 éducateurs israéliens et autant de Palestiniens se sont rencontrés mensuellement dans ce cadre associatif. Leur dialogue vise à construire ensemble des programmes pédagogiques encourageant à la tolérance et à la paix. MECA annonce que tous ces éducateurs désirent poursuivre leurs rencontres l'année prochaine, même s'ils reconnaissent que ce dialogue reste difficile, qu'il n'est pas suffisamment reconnu par les autorités de part et d'autre et qu'il est souvent fragilisé par une "atmosphère politique lourde". Mais qui a dit que l'éducation à la paix était chose facile ?
Groupe de lecture. Les enfants que Korczak a aimés sont toujours dans la rue.
Quand le vol est-il répréhensible ?
Le groupe de lecture du mois de juin 99 était dirigé par Colette Charlet, enseignante spécialisée dans une école primaire de la région d'Annecy. Elle a choisi pour l'illustrer quelques pages de La Gloire et Comment aimer un enfant ?
Mme Charlet, korczakienne depuis l'enfance, lorsqu'elle a découvert Korczak à travers La Gloire et les histoires racontées par sa mère, elle-même petite fille du ghetto de Varsovie, a été confrontée, enfant, à une affaire de vol dans son école et cela lui a laissé des souvenirs très vifs.
Il y a souvent des raisons profondes qui amènent un enfant à voler. Il faudrait ne pas poser un jugement de valeur morale mais tenter de régler le problème par une discussion avec le groupe des enfants, par exemple, lors d'un conseil de classe ou d'un parlement des enfants. Ainsi on peut passer du concept de la recherche d'un coupable à celui de la résolution non-violente d'un conflit grâce à la parole. Le vol peut être une manière de parler d'une chose qui tourmente l'enfant et, dans sa pratique scolaire, Mme Charlet applique aussi souvent que possible les principes korczakiens du dialogue. Il est important de déterminer ensemble ce qui appartient à la communauté et ce qui est à soi, de défendre le droit de l'enfant à la propriété car pour respecter la communauté il faut que l'enfant ait des moyens d'accéder à la propriété.
Cette réunion a été très riche d'échanges, de questions et de nouvelles pistes à découvrir, données par l'éducation nouvelle. Les groupes de lectures sont des moments importants pour une connaissance plus approfondie de la pensée korczakienne et mettent en lumière l'actualité de cette pensée. Ils ont lieu trois fois par année. Miriam Dicker
En bref...en bref...en bref...
Genève - Jéusalem. Nous sommes très heureux d'apprendre que la Fondation "Prix Grand Rabbin Joseph Cohen", créée à Genève en 1998 par M. Michel Cohen-Colin en mémoire de son père, a décerné son premier prix au "Jardin de Paix" à Jérusalem. Ce jardin d'enfants multiconfessionnel est soutenu depuis plusieurs années par notre Association et la Ville de Genève. L'objet de la Fondation Joseph Cohen est d'encourager toutes initiatives visant à rapprocher les communautés humaines pour plus de fraternité et de tolérance.
A méditer. "Personne n'a jamais protesté contre le fait que, dans un de mes livres pour enfants, La Gloire, j'autorise mon héros à commettre un vol. J'avais longtemps hésité avant d'opter pour cette solution, mais je n'ai pas pu faire autrement : ce garçon, doué d'une volonté de fer et d'une grande imagination, devait voler au moins une fois dans sa vie.
Parce que l'enfant vole quand il désire une chose au point de ne pas pouvoir y résister. [J. Korczak, Comment aimer un enfant, p. 210.]
Korczak et les pédagogues autogestionnaires hier et aujourd'hui
Tel était l'intitulé de la journée d'étude organisée à l'Université Paris VIII (Saint Denis) par Ahmed LAMIHI, maître de conférences et professeur à I'Université de Tétouan, en collaboration avec le laboratoire de Recherches en Analyse Institutionnelle et l'Asso-ciation française Janusz Korczak. Ce thème a permis de (re)découvrir les implications contemporaines de la pédagogie korczakienne. Notons en particulier le rapport établi par B. Elman et A.-M. Bonnisseau sur la Commission Justice du Lycée autogéré de Pans ainsi qu'une importante contribution de J.-B. Gicquel au sujet des droits de l'enfant à l'école et dans la formation des enseignants. Les déléguées des Pays-Bas ont évoqué Ie mouvement Korczak international et l'importance de la lettre internationale, organe d'information et de liaison.
Un journal korczakien à l'école
J'ai évoqué mon expérience pédagogique initiée il y a plus de dix ans au Collège des Colombières, avec des élèves désirant créer un Journal de l'école et un journal international "Fax!"
Rappelons avec le professeur Lamihi que Korczak avait mis en place dès 1912 des dispositifs pédagogiques d'apprentissage de la démocratie et des règles de vie pouvant conduire à une véritable prise en charge des enfants par eux-mêmes.
De même, dès 1921 Korczak avait publié La Gazette Scolaire, brochure didactique destinée non seulement aux enfants et adolescents, mais aussi aux éducateurs et aux enseignants. Ses objectifs : inciter les enfants et les jeunes à exprimer leurs opinions personnelles, à défendre leurs droits. La Gazette Scolaire traduite en français par Zofia Bobowicz, sera l'ancêtre de ce que Célestin Freinet appellera en 1926 "le journal scolaire". Korczak aborde tous les aspects de la création d'un journal: le contenu, l'aspect financier, l'équipe rédactionnelle, la publication, la présentation, le rôle de chacun des participants... La pertinence de sa pensée, ses conseils pratiques et leur actualité sont tels que le cours fonctionne bien, tant il est vrai que les jeunes ont besoin d'avoir un organe d'expression leur permettant d'exprimer leurs sentiments ou de présenter une innovation.
Du journal de l'école à la communication internationale
Avant Internet, tout cela était déjà possible grâce au programme pédagogique FAX coordonné par le Clemi (Paris), dépendant du ministère de l'Education Nationale. Grâce à FAX, les élèves de secondaire peuvent réaliser un media en une journée, en communicant par la télécopie, vivre une véritable situation journalistique et boucler leur journal le soir même de l'opération. Les correspondants internationaux (tous écoliers des écoles secondaires !) sont informés par un dossier posté, faxé ou distribué par courrier électronique. Si le thème choisi par l'école réalisatrice les intéresse, ils envoient leur texte présenté selon des normes journalistiques précises (colonnes, accroches, intertitres, illustrations). A la fin de la journée, le journal est monté et la "Une" est envoyée à tous les participants (diffusion internationale).
A Genève, seul établissement public à organiser cette activité, le collège des Colombières a édité, avec l'aide financière du DIP, de la Mairie et des associations de quartier, quatre numéros auxquels ont collaboré notamment des enfants de la rue de Rosario en Argentine, des écoliers des territoires occupés en Palestine (Hope Flowers School à Bethléem) et des dizaines d'autres établissements scolaires situés en Amérique, en Orient, en Afrique et bien entendu dans toute l'Europe. Les thèmes retenus s'inspirent de la pensée de Korczak : La colère des adolescents (juin 1994), L'école et éducation, la parole aux élèves (novembre 1995) Le dialogue entre les générations (janvier 1997) et cette année, Rêvons d'un monde meilleur, basé sur la tolérance et le respect (mars 1999).
"Pour que jeunesse soit synonyme de progrès, c'est-à-dire progression vers un avenir meilleur, il faut qu'au delà des frontières naturelles, politiques, économiques, culturelles et confessionnelles s'instaure un vrai dialogue entre jeunes, et aussi avec le monde adulte. L'opération Fax ! constitue un excellent moyen d'ouvrir les esprits, de confronter les opinions et de comparer les points de vue dans la perspective d'un meilleur partage et d'une réelle solidarité". Nul doute que cette appréciation du directeur général du cycle d'orientation, M. Georges Schurch, aurait été partagée par Korczak lui-même. Sarah Benamram
[Notes : A .LAMIHI, Janusz Korczak, L'éducation constitutionnelle, 1997 / La Gazette scolaire, Clemi, Paris, 1988]
Conférence internationale J. Korczak / Varsovie, mai 1999
Des représentants d'une dizaine d'associations Korczak dans le monde se sont réunis, du 28 au 30 mai 1999, à Varsovie sous l'égide du Comité international J. Korczak présidé par M. J. Kuberski. Cela a été l'occasion de faire le point après 20 années de fonctionnement. Le Prof. Levine de Varsovie a particulièrement insisté sur l'importance de mener des actions concrètes et de défendre le droit de l'enfant au respect. M. T. Polkowski, président de l'Association Nasz Dom, qui s'occupe de plusieurs orphelinats en Pologne, voudrait que les grandes institutions disparaissent au profit de plus petites entitées familiales plus appropriées aux besoins des enfants. Mme I. Dziezgowska, représentante du Ministère polonais de l'Education, a souligné l'importance des travaux de recherche des Archives Korczak et a encouragé l'Association polonaise à présenter des projets pédagogiques korczakiens à appliquer.
Du point de vue international plusieurs idées ont été lancées :
a) construire un Centre J. Korczak pour l'Education à Varsovie qui aurait pour mission d'organiser des séminaires et conférences, des cours d'été internationaux pour les enseignants, développer du matériel didactique, promouvoir des échanges entre jeunes à partir de projets korczakiens et créer un centre d'experts en projets éducatifs, moraux et démocratiques;
b) encourager les nouveaux sites Internet sur Korczak;
c) créer une association d'institutions portant le nom Korczak dans le monde entier;
d) inclure l'art dans des activités korczakiennes;
e) diffuser du matériel dans les régions les plus défavorisées;
f) créer des groupes de parents dans les écoles.
L'importance de l'International Newsletter, créée par Theo Cappon et son équipe aux Pays-Bas, a été soulignée.
De nombreux délégués ont été élus au comité de l'Association internationale. On peut craindre cependant que les propositions lancées à Varsovie ne soient difficilement réalisables du fait que ces délégués sont dispersés dans le monde et auront beaucoup de difficultés pour se rencontrer régulièrement. Espérons que l'une au moins des propositions lancées pourra être réalisée dans un proche avenir.
Gérard Kahn
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ARCHIVES
| La lettre n° 30 février 1999 | La lettre n° 31 mai 1999 |

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