
La Convention internationale des droits de l'enfant
La Convention internationale des droits de l'enfant,
adoptée par l'Assemblée générale des
Nations unies le 20 novembre 1989, est l'aboutissement
d'une très longue histoire. On peut, bien sûr, l'inscrire
dans la filiation de Rousseau et, peut-être même,
voir en Montaigne un de ses précurseurs. On doit, de toute
évidence, la faire remonter aux années 1920, puisque
que c'est à ce moment-là que Janusz Korczak
réclama pour la première fois à la Société
des Nations une Charte pour la protection des enfants.
Le 17 mai 1923, l'Union internationale de secours aux enfants
proclama, pour la première fois, une Déclaration
des droits de l'enfant, dite aussi Déclaration de Genève,
qui était essentiellement centrée sur le soutien
et l'assistance aux enfants en difficulté mais qui, néanmoins,
comportait déjà un certain nombre de principes qui
seront repris en septembre 1924 par l'assemblée de la Société
des Nations.
Mais la déclaration à laquelle nous nous
référons aujourd'hui, c'est celle de novembre 1959,
qui, 30 ans plus tard, le 20 novembre 1989, est devenue une convention.
Une convention, c'est-à-dire non pas une simple déclaration
d'intention, mais un texte ayant force de loi et constituant une
référence obligée pour tous les pays qui
y adhèrent. Un texte particulièrement important
aujourd'hui, à l'aube du XXIe siècle : un milliard
et demi d'enfants vivent avec moins de 170 francs français
par mois; quinze millions d'enfants de moins de cinq ans meurent
chaque année par manque de soins; plus de cent millions
vivent dans la rue; quatre cents millions sont exploités
par le travail, le plus souvent dans des conditions indignes;
en Afrique seulement, plus de cent cinquante millions d'enfants
n'ont pas accès à la moindre forme de scolarisation
et ce chiffre est en augmentation d'année en année,
certains états africains comme le Congo ayant décidé
d'interrompre tout financement en matière éducative.
Pendant ce temps, dans les pays occidentaux, la marchandisation
de l'enfance sous toutes ses formes ne cesse de s'accroître
: exploitation éhontée de l'enfance par la publicité
et les médias, développement de sectes de tous ordres
où l'abus sexuel sur des mineurs est considéré
comme un "droit des adultes" Bref, plus de dix ans après
la Convention internationale des droits de l'enfant, il n'est
pas nécessaire de s'interroger sur son actualité!
Pour autant, ce texte est loin de faire l'unanimité
et il soulève de nombreuses questions qu'il n'est pas possible
d'éluder. C'est pourquoi il est nécessaire d'en
analyser précisément les enjeux. Nous le ferons
en montrant, dans un premier temps, à quel point cette
convention, si on la comprend comme "événement",
dans le mouvement même qui a permis son élaboration
et qui amène nombre d'entre nous à se référer
à elle, est un texte absolument essentiel. Mais nous montrerons
aussi que, pris dans sa littéralité, analysé
indépendamment d'une compréhension proprement pédagogique
du phénomène de l'enfance et de l'éducation,
ce texte est profondément ambigu et suscite légitimement
un certain nombre d'interrogations. Nous nous efforcerons de répondre
à ces dernières en montrant, précisément,
qu'elles sont au cur du travail de l'éducateur et qu'à
ce titre, elles ne doivent pas nous faire peur mais, au contraire,
nous permettre d'entrer dans la complexité même de
l'entreprise éducative, loin des apories théoriques
et des polémiques, là où s'élaborent
la conviction et les moyens nécessaires à tout éducateur
aux prises avec la nécessité de transmettre sans
conformer.