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FRANCE, MARS 2004 / LE DEBAT SUR LA LAICITE DANS LA REPUBLIQUE
__Le rapport du Conseil dEtat : la laïcité confrontée à l'arrivée de l'islam dans le paysage religieux
Le Conseil d'Etat consacre une large part de son rapport
annuel, rendu public le 19 mars 2004, à
la laïcité. La plus haute juridiction administrative
française se prononce pour une interprétation "pragmatique"
et "libérale" de la loi de séparation
des Eglises et de l'Etat de 1905, confrontée à l'arrivée
de l'islam dans le paysage religieux.
A l'approche du centenaire de la loi du 9 décembre 1905,
et à la veille de l'application de la loi "encadrant,
en application du principe de laïcité, le port de
signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse"
dans les établissements scolaires, adoptée par le
Parlement le 3 mars 2004, le Conseil d'Etat rappelle que la laïcité
à la française n'a jamais "refusé les
aménagements, lorsqu'ils s'avéraient nécessaires".
Le Conseil, qui se garde bien de produire une définition
précise de la laïcité, appréhende
le principe autour de trois grands piliers : neutralité,
liberté religieuse et pluralisme. Si l'Etat ne peut "reconnaître"
les religions - ce qui est le propre d'un système concordataire
-, "il ne doit en méconnaître aucune".
Par exemple, "la laïcité de l'enseignement public
ne signifie pas que l'Etat ignore le droit à l'instruction
religieuse des enfants". En revanche, la neutralité
des enseignants et des programmes doit être exigée
- mais "l'Etat ne peut ignorer le droit à l'instruction
religieuse des enfants". Enfin, pour le Conseil d'Etat, la
liberté de conscience des élèves implique
qu'ils aient le droit d'exprimer leur croyance.
La laïcité "ne se résume pas à
la neutralité de l'Etat, elle ne peut ignorer le fait
religieux", et si "l'Etat ne doit reconnaître
aucune religion, il ne doit en méconnaître aucune",
rappelle le Conseil d'Etat qui relève que le concept de
laïcité, "intraduisible dans la plupart des langues",
fait l'objet d'un large consensus en France : il s'agit aujourd'hui
de prendre en compte de "nouvelles questions, souvent liées
à la place de l'islam", mais aussi plus généralement
à un retour au religieux dans la société
française. Concernant le voile islamique, le Conseil, juge
que les procédures de dialogue et de médiation "seront
indispensables, sauf à favoriser le départ de certains
élèves et leur déscolarisation".
Le Conseil d'Etat, qui prend acte de la loi, rappelle la prééminence
des décisions publiques : "si le respect des religions
implique qu'il soit fait recours au dialogue, la pratique ne saurait
déboucher sur la négociation des décisions
publiques".
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