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Foulard - et islam - à l'école et dans la société française : l'état des lieux


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__Mesures sur le foulard islamique en France : Washington préoccupé

La décision de président français Jacques Chirac de suivre les recommandations d'une Commission indépendante sur l'application du principe de laïcité dans la République, qui s'est prononcée en faveur d'une loi pour interdire à l'école publique les signes religieux "ostensibles", comme le foulard islamique, la kippa juive et les "grandes croix" chrétiennes, a de fortes répercussions aux Etats-Unis, en Europe, ainsi que dans le monde arabe.

Les ETATS-UNIS ont indiqué, le 18 décembre 2003, qu'ils allaient "suivre attentivement" les mesures qui seront prises concernant le port du foulard islamique en France, redoutant à mots couverts qu'elles n'empiètent sur la liberté de religion. "Nous allons suivre cela attentivement" a déclaré John Hanford, le responsable du dossier de la liberté religieuse au département d'Etat, en ajoutant que c'était une source "importante de préoccupation en ce moment". Il a rappelé que les Etats-Unis étaient favorables à ce que le port du foulard ou d'autres signes religieux soit autorisé dès lors que cela ne relevait pas d'une volonté de "provocation" ou "d'intimidation".

Le débat français est suivi avec une attention particulière dans plusieurs pays européens. La grande majorité des pays européens n'ont pas de législation sur le port du voile islamique à l'école, préférant laisser les établissements ou les autorités locales régler les affaires au cas par cas. Le port du voile ne donne généralement pas lieu à polémique.

Le foulard est porté librement en classe et dans les écoles au DANEMARK, et est autorisé en AUTRICHE et en HONGRIE. Aux PAYS-BAS, la loi interdit les discriminations religieuses et généralement le port du voile est admis dans les écoles publiques. En GRECE, des élèves portent le foulard dans les écoles de l'importante minorité musulmane de souche turque de Thrace (nord-est) sans que cela pose de problème. En ESPAGNE, le foulard islamique est peu soumis à débat public. En cas de conflits, la décision ultime revient aux régions autonomes.

Le voile reste un sujet de débat récurrent en France et en Allemagne, où vivent respectivement 5 millions et 3,2 millions de musulmans.

VU D'EUROPE

En BELGIQUE, où la question du voile islamique divise, depuis le début de 2004, les responsables politiques, deux sénateurs francophones de la majorité, la socialiste Anne-Marie Lizin et le libéral Alain Destexhe, réclament une loi "à la française" sur le voile. Pour les deux élus, la Belgique pourrait adopter des dispositions semblables "à 90%" à celles prévues en France, le terme de "laïcité" étant toutefois remplacé par "neutralité" plus conforme aux traditions belges. Ils évoquent l'égalité homme-femme - affirmée par un article de la constitution belge -, la réaffirmation du rôle de l'école "comme lieu d'apprentissage de l'autonomie individuelle et de la conscience critique", ou encore la nécessaire protection des mineures.Up

"A mes collègues qui affirment que le voile émancipe certaines jeunes filles ou relève de leur liberté, je réplique qu'il convient surtout de les protéger contre ceux qui entendent les maintenir dans un statut d'infériorité", explique Alain Destexhe. "Il est profondément anormal que chaque école résolve comme elle peut un problème qui, parfois, est soumis au degré de prosélytisme et de la force d'une communauté musulmane proche", renchérit Anne-Marie Lizin. [Le Monde, 8.01.2004].

Il n'existe aucune législation en Belgique interdisant le port du voile à l'école. Toutefois, les directeurs d'établissements scolaires publics ont la possibilité d'inscrire cette interdiction dans les règlements d'école. Une quinzaine d'associations musulmanes se sont élevées contre la proposition des élus belges, estimant qu'"interdire le voile à l'école, dans les hôpitaux et dans les administrations, équivaut à priver le citoyen musulman de la jouissance de ses droits civiques".

En GRANDE-BRETAGNE, il n'y a pas séparation entre l'Eglise et l'Etat. "Gouverneur suprême de l'Eglise d'Angleterre", la reine illustre ce lien entre le pays et la religion. Les lois ecclésiastiques, en particulier en ce qui concerne le droit de propriété, ont valeur légale. Le mariage civil n'est pas obligatoire. En l'absence de constitution écrite, note Marc Roche dans Le Monde [12.12.2003], "la liberté de religion est fondée sur un train de mesures libérales prises au siècle dernier : reconnaissance des Eglises protestantes non établies et abrogation de la législation discriminatoire élevée contre les juifs et les catholiques".

Aussi, dans un pays où le port du foulard musulman, du turban sikh ou de la kippa juive ne pose pas de problème, l'annonce du projet de loi français interdisant les "signes religieux ostensibles" à l'école a été mal comprise et a provoqué un tollé au sein de la communauté musulmane.

La loi sur l'éducation de 1944 impose aux écoles anglaises et galloises (le système écossais est autonome) un enseignement religieux et un acte de prière chrétienne qui ont souvent été remplacés au fil des ans par un enseignement général sur les pratiques et coutumes religieuses.Up

"En matière de laïcité, les Anglais ont une conception radicalement différente. Ce qui nous a surpris lors des traductions, c'est que le concept même de laïcité n'a pas de sens en Angleterre", explique Philippe Fatras, inspecteur pédagogique régional de l'académie de Versailles (ouest de Paris), qui participe à des programmes gouvernementaux d'échanges franco-anglais sur les pratiques scolaires. Le système français est fondé sur "la conception de la philosophie des Lumières d'une nation intégratrice. Pour entrer dans cette nation, il faut adhérer aux valeurs de la république. On demande aux gens d'entrer dans notre creuset".

En Angleterre, relève-t-il, les différentes populations "peuvent très bien vivre dans leur petit monde, leur petite sphère, côte à côte, sans se gêner". Les enseignants anglais rappellent qu'une querelle similaire a eu lieu il y a une vingtaine d'années chez eux, mais qu'elle a été réglée par l'explication et la "célébration" à l'école des diversités culturelles.

En ALLEMAGNE, la Loi fondamentale (constitution) de 1949 garantit "un traitement égal de chaque religion" et, dans son préambule, il est souligné qu'elle a été rédigée "dans la conscience de la responsabilité du peuple allemand devant Dieu et l'homme". La sécularisation de l'Etat allemand date de la République de Weimar, dont la Constitution de 1919 affirme "qu'il n'y a pas d'Eglise d'Etat".

Après la Seconde Guerre mondiale, la République fédérale d'Allemagne a intégré cet article à la Loi fondamentale, renonçant à une séparation plus claire comme édictée en France par la loi de 1905.

La législation sur le port du foulard islamique à l'école est du ressort des Etats régionaux, compétents en matière d'éducation. La Cour constitutionnelle, saisie d'une interdiction ou non du voile dans les écoles, a rappelé, à l'automne 2003 que les Parlements régionaux étaient "libres" de légiférer s'ils souhaitent interdire le port du foulard islamique dans les écoles, mais en s'efforçant de trouver "une réglementation acceptable pour tous". Six Laender veulent le faire, dont certains n'entendent pas proscrire les symboles chrétiens et juifs pour autant.

"En principe, l'Etat a un devoir de neutralité à l'égard des religions", mais "la croix n'est pas un symbole de répression, alors que le voile l'est pour les musulmanes", a jugé le président du Bundestag [Chambre des députés], le social-démocrate Wolfgang Thierse. Opposé à ces arguments, le président de la République Johannes Rau, également SPD, s'est attiré les foudres des Eglises et des conservateurs en jugeant qu'une interdiction du foulard devrait s'accompagner de la proscription des autres symboles religieux. Le Chancelier allemand Gerhard Schroeder s'est prononcé, pour sa part, en faveur d'une interdiction du voile pour les fonctionnaires, en particulier pour les enseignants.

Alors que la communauté musulmane - 3,2 millions de membres - reste absente des débats, l'hebdomadaire Spiegel écrit, en janvier 2004: "Les Allemands devront suivre le modèle raisonnable de la France et de la Turquie: la laïcité".

Source : presse internationale, décembre 2003 - janvier 2004.
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