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FRANCE, FEVRIER 2005 / LES CATHOLIQUES FRANCAIS ET LA LAICITE
__"Laïcité et enseignement supérieur", un guide de la Conférence des présidents d'université
Dans une lettre de sept pages adressée au président
de la Conférence des évêques de France (CEF),
Mgr Jean-Pierre Ricard, et rendue publique le 12 févier
2005, le pape Jean Paul II plaide pour une "saine
laïcité" et affirme que si la société
française n'admet pas que des personnes "puissent
faire état de leur appartenance religieuse", elle
court "le risque d'un repliement identitaire et sectaire
et de la montée de l'intolérance".
"Reconnaître la dimension religieuse des personnes
et des composantes de la société française,
c'est vouloir associer cette dimension aux autres dimensions de
la vie nationale, pour qu'elle apporte son dynamisme propre à
l'édification sociale et que les religions n'aient pas
tendance à se réfugier dans un sectarisme qui pourrait
représenter un danger pour l'Etat lui-même",
affirme le pape, qui appelle les évêques à
résister à toute marginalisation du fait religieux
et les chrétiens à "prendre la parole publiquement
pour exprimer leurs opinions et manifester leurs convictions".
"C'est à ce prix que la laïcité,
loin d'être le lieu d'un affrontement, est l'espace pour
un dialogue constructif, dans l'esprit des valeurs de liberté,
d'égalité et de fraternité", ajoute-t-il.
L'éloge de la loi de 1905
La loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat
a été "un événement douloureux
et traumatisant pour l'Eglise de France", rappelle Jean Paul
II. Mais le "processus de pacification", engagé
par l'Eglise comme par l'Etat, a permis d'aboutir à "une
meilleure compréhension de la laïcité".
"Cette paix est désormais une réalité
à laquelle le peuple français est profondément
attaché", souligne le pape.
En citant Jacques et Raïssa Maritain, Emmanuel Mounier,
Robert Schuman, Edmond Michelet, Georges Bernanos, Paul Claudel,
François Mauriac, Jean Lacroix, Jean Guitton et bien d'autres,
Jean Paul II évoque le rôle joué par les catholiques
dans la culture française. Il les appelle à reprendre
toute leur place dans le débat intellectuel et politique.
"La crise des valeurs et le manque d'espérance
que l'on constate en France font partie de la crise d'identité
que traversent les sociétés modernes, qui ne proposent
qu'une vie fondée sur le bien-être matériel
[...]. L'Eglise souhaite que les valeurs religieuses, morales
et spirituelles qui font partie du patrimoine de la France, qui
ont façonné son identité, ne tombent pas
dans l'oubli".
Eviter le "repli sectaire"
Revenant sur les polémiques autour de la religion, le
pape demande encore qu'"au lieu de se situer en antagonismes,
les forces sociales soient toujours plus au service de l'ensemble
de la population [...] dans le contexte pluriethnique, multiculturel
et multiconfessionnel" qui est celui de la France aujourd'hui.
"La société doit pouvoir admettre que des
personnes, dans le respect d'autrui et des lois de la République,
puissent faire état de leur appartenance religieuse. Dans
le cas contraire, on court toujours le risque d'un repliement
identitaire et sectaire", poursuit-il, rappelant son opposition
à "un type de laïcisme idéologique ou
de séparation hostile entre les institutions civiles et
religieuses".
Par ailleurs, Jean Paul II plaide une nouvelle fois pour la
reconnaissance des racines chrétiennes de l'Europe
- qui ne sont pas mentionnées dans la Constitution que
les pays membres de l'Union européenne (UE) doivent ratifier.
"On ne peut pas [...] oublier la place importante des valeurs
chrétiennes dans la construction de l'Europe et dans la
vie des peuples du continent", considère-t-il. "Le
christianisme a en grande partie façonné le visage
de l'Europe".
Dans son adresse aux évêques français, le pape conclut : "Que tous vos compatriotes sachent que les membres de la communauté catholique souhaitent vivre leur foi au milieu de leurs frères et surs et mettre à la disposition de tous leurs compétences et talents. Que personne n'ait peur de la démarche religieuse de personnes et de groupes sociaux. Vécue dans le respect de la saine laïcité, elle ne peut qu'être source de dynamisme et de promotion pour l'homme".
LA LETTRE DE JEAN-PAUL II AUX EVEQUES DE FRANCE SUR LA LAÏCITE
Lettre du pape Jean-Paul II à Mgr Jean-Pierre
Ricard, archevêque de Bordeaux et président de la
Conférence des évêques de France et à
tous les évêques de France.
1. Au cours de vos visites ad limina, chers Frères
dans l'Episcopat, vous m'aviez partagé vos préoccupations
et vos joies de pasteurs, faisant apparaître les relations
positives que vous entretenez avec les Responsables de la société
civile, ce dont je ne peux que me réjouir. Lors de nos
rencontres, j'avais eu l'occasion d'aborder avec vous la question
des rapports avec les Autorités civiles, dans la perspective
du centième anniversaire de la loi de séparation
de l'Eglise et de l'Etat. J'avais d'ailleurs évoqué
directement la question de la laïcité dans le discours
que j'avais adressé aux évêques de la province
de Besançon, le 27 février 2004.
2. En 1905, la loi de séparation de
l'Eglise et de l'Etat, qui dénonçait le Concordat
de 1804, fut un événement douloureux et traumatisant
pour l'Eglise en France. Elle réglait la façon de
vivre en France le principe de laïcité et, dans ce
cadre, elle ne maintenait que la liberté de culte, reléguant
du même coup le fait religieux dans la sphère du
privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse
et à l'Institution ecclésiale une place au sein
de la société. La démarche religieuse de
l'homme n'était plus alors considérée que
comme un simple sentiment personnel, méconnaissant de ce
fait la nature profonde de l'homme, être à la fois
personnel et social dans toutes ses dimensions, y compris dans
sa dimension spirituelle. Cependant, dès 1920, on
sait gré au Gouvernement français lui-même
d'avoir reconnu d'une certaine manière la place du fait
religieux dans la vie sociale, la démarche religieuse
personnelle et sociale, et la constitution hiérarchique
de l'Eglise, qui est constitutive de son unité.
Le centième anniversaire de cette loi peut être
aujourd'hui l'occasion de réfléchir sur l'histoire
religieuse en France au cours du siècle écoulé,
considérant les efforts réalisés par les
différentes parties en présence pour maintenir le
dialogue, efforts couronnés par le rétablissement
des relations diplomatiques et par l'entente scellée en
1924, souscrite par le Gouvernement de la République, puis
décrite dans l'encyclique de mon Prédécesseur
le Pape Pie XI, en date du 18 février de cette année-là,
Maximam gravissimamque. Dès 1921, après des
années difficiles, sur l'initiative du Gouvernement français,
étaient déjà engagées de nouvelles
relations entre la République française et le Siège
apostolique, qui ouvraient la voie à un cadre de négociation
et de coopération. Dans ce cadre, put s'engager un processus
de pacification, dans le respect de l'ordre juridique, tant civil
que canonique. Ce nouvel esprit de compréhension mutuelle
permit alors de trouver une issue à un certain nombre de
difficultés et de faire concourir toutes les forces du
pays au bien commun, chacune dans le domaine qui lui est propre.
D'une certaine manière, on peut dire que l'on avait ainsi
déjà atteint une sorte d'entente au jour le jour,
qui ouvrait la voie à un accord consensuel de fait sur
les questions institutionnelles de portée fondamentale
pour la vie de l'Eglise. Cette paix, acquise progressivement,
est devenue désormais une réalité à
laquelle le peuple français est profondément attaché.
Elle permet à l'Eglise qui est en France de remplir sa
mission propre avec confiance et sérénité,
et de prendre une part toujours plus active à la vie de
la société, dans le respect des compétences
de chacun.
3. Le principe de laïcité, auquel
votre pays est très attaché, s'il est bien compris,
appartient aussi à la Doctrine sociale de l'Eglise. Il
rappelle la nécessité d'une juste séparation
des pouvoirs [cf. Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise,
nn. 571-572], qui fait écho à l'invitation du Christ
à ses disciples : "Rendez à César ce
qui est à César, et à Dieu ce qui est à
Dieu" (Lc 20, 25). Pour sa part, la non-confessionnalité
de l'Etat, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la
vie de l'Eglise et des différentes religions, comme dans
la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes
de la société travaillent ensemble au service de
tous et de la communauté nationale. De même, comme
le Concile cuménique Vatican II l'a rappelé, l'Eglise
n'a pas vocation pour gérer le temporel, car, "en
raison de sa charge et de sa compétence, elle ne se confond
d'aucune manière avec la communauté politique et
n'est liée à aucun système politique"
[Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 76 § 2;
cf. n. 42]. Mais, dans le même temps, il importe que tous
travaillent dans l'intérêt général
et pour le bien commun. C'est ainsi que s'exprime aussi le Concile
: "La communauté politique et l'Eglise, quoique à
des titres divers, sont au service de la vocation personnelle
et sociale des mêmes hommes. Elles exercent d'autant plus
efficacement ce service pour le bien de tous qu'elles recherchent
davantage entre elles une saine coopération" [Ibid.,
n. 76 § 3].
4. L'application des principes de la Doctrine sociale
de l'Eglise a permis, entre autres, de nouveaux développements
dans les relations entre l'Eglise et l'Etat en France, jusqu'à
parvenir, ces dernières années, à la création
d'une instance de dialogue au plus haut niveau, ouvrant la voie
d'une part au règlement des questions en suspens ou des
difficultés qui peuvent se faire jour dans différents
domaines, et, d'autre part, à la réalisation d'un
certain nombre de collaborations dans la vie sociale, en vue du
bien commun. Ainsi, peuvent se développer des relations
confiantes qui permettent de traiter les questions institutionnelles,
en ce qui concerne les personnes, les activités et les
biens, dans un esprit de coopération et de respect mutuel.
Je salue aussi toutes les collaborations qui existent de manière
sereine et confiante dans les municipalités, dans les collectivités
locales et au sein des régions, grâce à l'attention
des élus, du clergé, des fidèles, et des
hommes et des femmes de bonne volonté. Je sais l'estime
dans laquelle vous tenez les responsables de la Nation et les
liens que vous avez avec eux, étant toujours prêts
à apporter votre concours à la réflexion,
dans les domaines qui engagent l'avenir de l'homme et de la société,
et pour un plus grand respect des personnes et de leur dignité.
Avec vous, j'encourage les fidèles laïcs dans leur
désir de servir leurs frères et surs par une participation
toujours plus active à la vie publique, car, comme le dit
le Concile Vatican II, "la communauté des chrétiens
se reconnaît réellement et intimement solidaire du
genre humain et de son histoire" [Constitution pastorale
Gaudium et spes, n. 1]. En raison de leur statut de
citoyens, comme leurs compatriotes, les catholiques de
France ont le devoir de participer, selon leurs compétences
et dans le respect de leurs convictions, aux différents
domaines de la vie publique.
5. Le christianisme a joué et joue encore
un rôle important dans la société française,
que ce soit dans les domaines politique, philosophique, artistique
ou littéraire. L'Eglise en France compte aussi, au vingtième
siècle, de grands pasteurs et de grands théologiens.
On peut dire que ce fut une période particulièrement
féconde, même pour la vie sociale. Henri de Lubac,
Yves Congar, Marie-Dominique Chenu, Jacques et Raïssa Maritain,
Emmanuel Mounier, Robert Schuman, Edmond Michelet, Madeleine Delbrêl,
Gabriel Rosset, Georges Bernanos, Paul Claudel, François
Mauriac, Jean Lacroix, Jean Guitton, Jérôme Lejeune,
autant de noms qui ont marqué la pensée et la pratique
françaises, et qui demeurent comme des grandes figures
reconnues, non seulement de la communauté ecclésiale,
mais aussi de la communauté nationale. Ces personnes, ainsi
que de nombreux autres catholiques, ont eu une influence décisive
sur la vie sociale dans votre pays et, pour certains, dans la
construction de l'Europe; tous fondaient leur démarche
intellectuelle et leur action sur les principes évangéliques.
Parce qu'ils aimaient le Christ, ils aimaient aussi les hommes
et ils s'attachaient à les servir. Il appartient aujourd'hui
aux catholiques de votre pays de marcher sur la voie de leurs
devanciers. On ne peut pas non plus oublier la place importante
des valeurs chrétiennes dans la construction de l'Europe
et dans la vie des peuples du continent. Le christianisme a en
grande partie façonné le visage de l'Europe et il
revient aux hommes d'aujourd'hui d'édifier la société
européenne sur les valeurs qui ont présidé
à sa naissance et qui font partie de sa richesse.
La France ne peut que se réjouir d'avoir en son sein des hommes et des femmes qui puisent dans l'Evangile, dans leur démarche spirituelle et dans leur vie chrétienne, des éléments et des principes anthropologiques promouvant une haute idée de l'homme, principes qui les aident à remplir leur mission de citoyens, à tous les niveaux de la vie sociale, pour servir leurs frères en humanité, pour participer au bien commun, pour répandre la concorde, la paix, la justice, la solidarité et la bonne entente entre tous, en définitive pour apporter avec joie leur pierre à la construction du corps social. A ce propos, il convient que vous preniez soin aujourd'hui de développer toujours davantage la formation des fidèles à la Doctrine sociale de l'Eglise et à une réflexion philosophique sérieuse, notamment les jeunes qui se préparent à exercer des charges importantes dans des postes de décision au sein de la société; ils auront alors à cur de faire rayonner les valeurs évangéliques et les fondements anthropologiques sûrs dans les différents domaines de la vie sociale. C'est ainsi que, dans votre pays, l'Eglise sera au rendez-vous de l'histoire. Les chrétiens sont conscients qu'ils ont une mission à remplir au service de leurs frères, comme le dit un des plus anciens textes de la littérature chrétienne : "Si noble est le poste que Dieu leur a assigné, qu'il ne leur est pas permis de déserter" [Lettre à Diognète,
VI, 10]. Cette mission comporte aussi pour les fidèles
un engagement personnel, car elle suppose le témoignage
par la parole et par les actes, en vivant les valeurs morales
et spirituelles, et en les proposant à leurs concitoyens,
dans le respect de la liberté de chacun.
6. La crise des valeurs et le manque d'espérance
que l'on constate en France, et plus largement en Occident, font
partie de la crise d'identité que traversent les sociétés
modernes actuelles; ces dernières ne proposent bien souvent
qu'une vie fondée sur le bien-être matériel,
qui ne peut indiquer le sens de l'existence, ni donner les valeurs
fondamentales pour faire des choix libres et responsables, source
de joie et de bonheur. L'Eglise s'interroge sur une telle
situation et souhaite que les valeurs religieuses, morales
et spirituelles, qui font partie du patrimoine de la France,
qui ont façonné son identité et qui ont forgé
des générations de personnes depuis les premiers
siècles du christianisme, ne tombent pas dans l'oubli.
J'invite donc les fidèles de votre pays, dans la suite
de la Lettre aux catholiques de France que vous leur avez
adressée il y a quelques années, à puiser
dans leur vie spirituelle et ecclésiale la force pour participer
à la res publica, et pour donner un élan
nouveau à la vie sociale et une espérance renouvelée
aux hommes et aux femmes de notre temps. "On peut penser
à bon droit que le destin futur de l'humanité est
entre les mains de ceux qui sont en état de donner aux
générations à venir des raisons de vivre
et d'espérer" [Concile Vatican II, Constitution pastorale
Gaudium et spes, n. 31]. Dans cette perspective, des relations
et des collaborations confiantes entre l'Eglise et l'Etat ne peuvent
avoir que des effets positifs pour construire ensemble ce que
le Pape Pie XII appelait déjà "la légitime
et saine laïcité" [Allocution à la
colonie des Marches à Rome, 23 mars 1958 : La
Documentation catholique 55 (1958), col. 456], qui ne soit
pas, comme je l'évoquais dans l'Exhortation apostolique
post-synodale Ecclesia in Europa, "un type de laïcisme idéologique ou de séparation hostile entre les institutions civiles et les confessions religieuses" (n. 117). Ainsi, au lieu de se situer en antagonisme, les forces sociales seront toujours plus au service de l'ensemble de la population qui vit en France. J'ai confiance qu'une telle démarche permettra de faire face aux situations nouvelles de la société française actuelle, en particulier dans le contexte pluriethnique, multiculturel et multiconfessionnel de ces dernières années.
Reconnaître la dimension religieuse des personnes et
des composantes de la société française,
c'est vouloir associer cette dimension aux autres dimensions de
la vie nationale, pour qu'elle apporte son dynamisme propre à
l'édification sociale et que les religions n'aient pas
tendance à se réfugier dans un sectarisme qui pourrait
représenter un danger pour l'Etat lui-même. La
société doit pouvoir admettre que des personnes,
dans le respect d'autrui et des lois de la République,
puissent faire état de leur appartenance religieuse.
Dans le cas contraire, on court toujours le risque d'un repliement
identitaire et sectaire, et de la montée de l'intolérance,
qui ne peuvent qu'entraver la convivialité et la concorde
au sein de la Nation.
En raison de votre mission, vous êtes appelés
à intervenir régulièrement dans le débat
public sur les grandes questions de société.
De même, au nom de leur foi, les chrétiens, personnellement
ou en associations, doivent pouvoir prendre la parole publiquement
pour exprimer leurs opinions et pour manifester leurs convictions,
apportant de ce fait leurs contributions aux débats démocratiques,
interpellant l'Etat et leurs concitoyens sur leurs responsabilités
d'hommes et de femmes, notamment dans le domaine des droits fondamentaux
de la personne humaine et du respect de sa dignité, du
progrès de l'humanité qui ne peut pas être
à n'importe quel prix, de la justice et de l'équité,
ainsi que de la protection de la planète, autant de domaines
qui engagent l'avenir de l'homme et de l'humanité, et la
responsabilité de chaque génération. C'est
à ce prix que la laïcité, loin d'être
le lieu d'un affrontement, est véritablement l'espace
pour un dialogue constructif, dans l'esprit des valeurs
de liberté, d'égalité et de fraternité,
auxquelles le peuple de France est fort justement très
attaché.
7. Je sais que vous êtes très attentifs
à la présence de l'Eglise dans des lieux où
se posent les grandes et redoutables questions du sens de l'existence
humaine. Je pense - pour n'en nommer que quelques-uns particulièrement
significatifs - au cadre hospitalier où l'assistance spirituelle
aux malades et au personnel constitue une aide de premier plan,
ainsi qu'au domaine éducatif où il importe d'ouvrir
les jeunes à la dimension morale et spirituelle de leur
vie, pour leur permettre de développer leur personnalité
intégrale. En effet, l'éducation ne peut se limiter
à une formation scientifique et technique, mais elle doit prendre en compte tout l'être du jeune. C'est dans cette perspective que travaille l'Enseignement catholique, dont vous êtes responsables dans vos diocèses. Je sais son souci d'être une instance partenaire de la démarche éducative dont les Autorités civiles ont la charge, mais aussi son désir de maintenir dans le corps enseignant et dans son enseignement la spécificité qui lui est propre. Il revient pour sa part à l'Etat, dans le respect des règles établies, de garantir aussi aux familles qui le souhaitent la possibilité de faire donner à leurs enfants la catéchèse dont ils ont besoin, en prévoyant notamment des horaires convenables pour cela. D'autre part, sans dimension morale, les jeunes ne peuvent qu'être tentés par la violence et par des comportements qui ne sont pas dignes d'eux, comme on le constate régulièrement. A ce propos, je voudrais rendre hommage aux nombreux saints et saintes éducateurs, qui ont marqué l'histoire de vos Eglises particulières et de la société en France. Il me plaît de rappeler les deux derniers de vos compatriotes que j'ai eu l'occasion de canoniser, Marcellin Champagnat, qui a largement contribué à l'éducation de la jeunesse dans les campagnes françaises, et Léonie Aviat, qui s'est attaché à venir en aide aux pauvres et qui a créé des écoles pour les jeunes filles en milieu urbain. Je sais que vous prenez soin de former des prêtres, des religieux et des religieuses, et des laïcs, pour qu'ils soient des témoins et des compagnons de leurs frères, attentifs à leurs interrogations et capables de les soutenir dans leur démarche humaine et spirituelle. A ce propos, je salue le travail courageux des enseignants et des éducateurs auprès des jeunes de votre pays, connaissant la délicatesse et l'importance de leur mission.
8. J'ai souhaité que l'année 2005 soit
pour toute la communauté ecclésiale une Année
de l'Eucharistie. Dans la Lettre apostolique que j'écrivais
à ce sujet, je rappelais que "la "culture de
l'Eucharistie" promeut une culture du dialogue et donne à
cette dernière force et nourriture. On se trompe lorsqu'on
pense que la référence publique à la foi
peut porter atteinte à la juste autonomie de l'Etat et
des Institutions civiles, ou bien que cela peut même encourager
des attitudes d'intolérance" (Lettre apostolique Mane
nobiscum Domine, n. 26). Je vous invite donc tous, chers Frères dans l'Episcopat, ainsi que l'ensemble du clergé et des catholiques de France, à puiser dans l'Eucharistie la force pour donner un témoignage renouvelé des authentiques valeurs morales et religieuses, pour poursuivre un dialogue confiant et des collaborations sereines avec tous au sein de la société civile, et pour se mettre au service de tous.
Au terme de cette lettre, je voudrais vous exprimer
et exprimer à tous vos compatriotes ma reconnaissance pour
ce qui a déjà été accompli dans le
domaine social et ma confiance en l'avenir d'une bonne entente
entre toutes les composantes de la société française,
entente dont vous êtes déjà les témoins.
Que tous vos compatriotes sachent que les membres de la communauté
catholique en France souhaitent vivre leur foi au milieu de leurs
frères et surs, et mettre à la disposition de tous
leurs compétences et leurs talents ! Que personne n'ait
peur de la démarche religieuse des personnes et des groupes
sociaux ! Vécue dans le respect de la saine laïcité,
elle ne peut qu'être source de dynamisme et de promotion
de l'homme. J'encourage les catholiques français à
être présents dans tous les domaines de la société
civile, dans les quartiers des grandes villes comme dans la société rurale, dans le monde de l'économie, de la culture, des arts, comme de la politique, dans les uvres caritatives comme dans le système éducatif, sanitaire et social, avec le souci d'un dialogue serein et respectueux avec tous. Je souhaite que tous les Français travaillent main dans la main à la croissance de la société, afin que tous puissent en bénéficier. Je prie pour le peuple de France; ma pensée va en particulier aux personnes et aux familles touchées par les difficultés économiques et sociales. Qu'une solidarité toujours plus grande
puisse s'instaurer pour que nul ne soit laissé à
l'écart ! Qu'en cette période, une attention
plus grande soit portée aux personnes qui n'ont pas de
toit, ni de nourriture !
Je garde en mémoire les différentes visites que
j'ai eu la joie d'accomplir sur la terre bien-aimée de
France, et notamment mon inoubliable pèlerinage à
Lourdes, lieu particulièrement cher aux fidèles
de votre pays et plus largement à toutes les personnes
qui veulent se confier à Marie. J'ai pu mesurer la profondeur
humaine et spirituelle de la démarche d'hommes, de femmes
et d'enfants français qui viennent à la grotte de
Massabielle, témoignant ainsi du travail pastoral que vous
réalisez dans vos diocèses, avec les prêtres,
les religieux et religieuses, et les laïcs engagés
dans la mission de l'Eglise.
En vous confiant à l'intercession de Notre-Dame de Lourdes,
que nous honorons tout particulièrement en ce jour et qui
est vénérée dans de nombreux sanctuaires
de votre terre, et de tous les saints de votre pays, je vous accorde,
ainsi qu'à tous les fidèles de vos diocèses,
une affectueuse Bénédiction apostolique.
Du Vatican, le 11 février 2005. Paris,
le 12 février 2005.
Source : Conférence des évêques
de France, site Internet : www.cef.fr
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