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Foulard - et islam - à l'école et dans la société française : l'état des lieux


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FRANCE, DECEMBRE 2003 / LE DEBAT SUR LA LAICITE
__La mission Debré propose une loi prohibant tout signe religieux ou politique à l'école

La mission d'information parlementaire sur la question des signes religieux à l'école, créée en mai 2003, a approuvé à la quasi-unanimité, le 4 décembre 2003, le rapport rédigé à l'issue de ses auditions. Les membres de la mission préconisent l'introduction d'"une disposition législative, brève, simple, claire, le moins possible sujette à interprétation, posant le principe de l'interdiction du port visible de tout signe religieux et politique dans l'enceinte des établissements scolaires".

Les députés estiment en effet que "la liberté d'expression reconnue aux élèves - par la loi du 10 juillet 1989 - doit trouver ses limites dans le respect du pluralisme et du bon fonctionnement des activités d'enseignement". La forme que devrait prendre cette disposition législative n'est toutefois pas précisée : "Il pourra s'agir soit d'un projet de loi, soit d'une proposition de loi spécifique, soit d'un article ou d'un amendement inséré dans un texte global concernant l'école".

Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, qui dirigeait les travaux de la mission, est lui-même convaincu qu'"il est impératif d'agir rapidement". Selon le rapport parlementaire, "la plupart des membres de la mission ont le sentiment que le silence du législateur, ses hésitations, ses divisions sur ce sujet seront interprétés par une large part de l'opinion comme un aveu de faiblesse et un signe d'impuissance qui ne fera qu'accentuer l'activité des thèses extrémistes et les dérives communautaristes". Il admet toutefois que "la question de la laïcité dépasse le cadre de l'école".

Le rapport retient la notion de port "visible" afin de "trouver un critère objectif, qui ne donne pas lieu aux incertitudes actuelles liées au caractère "ostentatoire" de certains signes religieux". La mission parlementaire estime que ce qualificatif, qu'elle juge "parfaitement objectif", devrait permettre "une application plus aisée de la règle par les chefs d'établissement, sans pour autant exclure le port de signes, dès lors qu'ils ne sont pas apparents".Up

Les députés recommandent l'interdiction - dans l'ensemble de l'"enceinte scolaire", et non seulement dans les salles de classe - de "tout port de signes religieux qui constitue une atteinte aux droits de la femme et qui révèle, dès lors, une certaine conception politique de la place de la femme dans la société".

Les membres ont souhaité que cette interdiction du port visible de tout signe religieux soit "accompagnée de mesures" destinées à expliquer la laïcité comme "la formation obligatoire à la laïcité des personnels enseignants", "l'enseignement de la laïcité [...] dès l'école primaire" ou "l'élaboration et la diffusion de guides".

Ce dispositif ne devrait pas être appliqué aux établissements privés hors contrat, "dans la mesure où ils ne font pas partie du service public de l'Education nationale". De même la mission ne formule-t-elle pas de proposition, faute de consensus, sur les établissements privés sous contrat avec l'Etat, "en raison de leur caractère propre, dont le principe a été reconnu par le Conseil constitutionnel". Les départements d'Alsace-Moselle, où la séparation de l'Eglise et de l'Etat n'est pas en vigueur, seraient aussi exclus du champ de la loi.

LES CONCLUSIONS DE LA MISSION D'INFORMATION DE L'ASSEMBLEE NATIONALE SUR LA QUESTION DES SIGNES RELIGIEUX A L'ECOLE

"Réaffirmer le principe de laïcité"

I - Il est apparu nécessaire à tous les membres de la Mission de réaffirmer l'application du principe de laïcité à l'école.

En effet, le régime juridique actuel tel qu'il résulte de l'avis du Conseil d'Etat du 27 novembre 1989 et de sa jurisprudence n'est pas satisfaisant. Il ne permet pas de répondre au désarroi des chefs d'établissement et des enseignants confrontés à cette question qui tend à les accaparer de plus en plus. Surtout, il subordonne les conditions d'exercice d'une liberté fondamentale à des circonstances locales.

II - Pour la très grande majorité des membres de la Mission, cette réaffirmation du principe de laïcité doit prendre la forme d'une disposition législative qui interdira expressément le port visible de tout signe d'appartenance religieuse et politique dans l'enceinte des établissements scolaires. Il s'agira, soit d'un projet de loi ou d'une proposition de loi spécifique, soit d'un amendement à un texte plus large concernant l'école.Up

III - L'application de cette interdiction à l'école publique, c'est-à-dire aussi bien dans les établissements primaires que dans les établissements secondaires (collèges et lycées), a recueilli l'unanimité des membres de la mission.

IV - Les membres de la mission ont exclu, également de façon unanime, du champ d'application de cette interdiction, les établissements privés hors contrat dans la mesure où ils ne font pas partie du service public de l'Education nationale.

V - En revanche, l'unanimité n'a pu se faire sur l'extension de l'interdiction aux établissements privés sous contrat en raison de leur caractère propre dont le principe a été reconnu par le Conseil constitutionnel.

VI - Un consensus s'est dégagé pour constater qu'il n'y avait pas lieu d'appliquer cette disposition aux départements d'Alsace-Moselle compte tenu de leur régime spécifique.

VII - Les membres de la mission souhaitent que cette interdiction du port visible de tout signe d'appartenance religieuse soit accompagnée de mesures destinées non seulement à favoriser la compréhension, l'acceptation et l'application de cette disposition, mais également à combler les lacunes constatées dans la connaissance des principes liés à la notion de laïcité, comme par exemple :

A. la formation obligatoire à la laïcité de tous les personnels enseignants dans les Instituts universitaires de formation des maîtres, ce qui n'est plus le cas,
B. l'enseignement de la laïcité, des notions de tolérance, de liberté, de respect, d'égalité des sexes de même que l'enseignement de l'instruction civique, dès l'école primaire,
C. l'élaboration et la diffusion d'un guide à destination de tous les enseignants pour leur permettre de faire face aux entorses à la laïcité auxquelles ils pourraient être confrontés et faire pièce aux arguments déployés par certains groupes de pression,
D. le développement de cellules de médiation au niveau des académies, relayant celle qui a été mise en place en 1994 au niveau national,
E. des moyens juridiques accrus pour sanctionner le non-respect de l'assiduité aux cours et lutter contre les certificats de complaisance,
F. l'amélioration de l'enseignement de l'histoire des religions dans le cadre actuel des programmes d'histoire, de français, d'art, de philosophie,
Up G. l'égalité de traitement des différents cultes.