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FRANCE, DECEMBRE 2003 / LE DEBAT SUR LA LAICITE
__Les propositions de la Commission pour affirmer le principe d'une "laïcité ouverte"
Des 140 auditions qu'ils ont menées de septembre à décembre 2003, les membres de la commission Stasi ont retiré le constat d'une série d'"atteintes préoccupantes" à la laïcité dans les services publics et les entreprises, et conservé l'image de fonctionnaires dont le désarroi s'apparente à "une vraie souffrance".
En présentant son rapport devant la presse, Bernard Stasi a relevé "l'échec de l'intégration" et condamné les "discriminations envers les nouveaux arrivants ou ceux qui appartiennent à certaines religions" qui conduisent des jeunes au "repli communautaire dans les ghettos urbains".
La Commission brosse le portrait d'un pays dont les
fondements du pacte social sont "sapés", notamment
par la constitution de ghettos urbains et scolaires, par les atteintes
à la liberté des femmes, les discriminations, l'hostilité
à l'égard des musulmans et la montée d'un
"nouvel antisémitisme".
L'essentiel des dispositions préconisées par la
Commission vise à affirmer le principe d'une "laïcité
ouverte" dans les services publics.
A l'école
Pour faire cesser les "affrontements autour des questions
religieuses" et répondre au "cri de détresse"
des jeunes filles exposées aux pressions, la Commission
propose d'insérer dans un texte de loi sur la laïcité
la disposition suivante : "Dans le respect de la liberté
de conscience et du caractère propre des établissements
privés sous contrat, sont interdits dans les écoles,
collèges et lycées les tenues et signes manifestant
une appartenance religieuse ou politique. Toute sanction est proportionnée
et prise après que l'élève a été
invité à se conformer à ses obligations."
Cette disposition serait inséparable de l'exposé
des motifs suivants : "Les tenues et signes religieux interdits
sont les signes ostensibles, tels que grande croix, voile ou kippa.
Ne sont pas regardés comme des signes manifestant une appartenance
religieuse les signes discrets que sont par exemple médailles,
petites croix, étoiles de David, mains de Fatima ou petits
Coran."
Dans les services publics
Le devoir de neutralité serait inclus dans le statut
général de la fonction publique.
Les universités ne seraient pas concernées
par la prohibition des signes religieux, mais elles seraient invitées
à adopter des règlements intérieurs prohibant
la récusation d'enseignants "en fonction de leur sexe
ou de leur religion supposée".
Dans les hôpitaux, les obligations des patients
seraient précisées dans la loi, notamment l'interdiction
de récuser un soignant.
Dans les prisons, les espaces collectifs devraient être
"préservés de toute appropriation communautaire"
et des aumôniers musulmans recrutés.
Dans les entreprises, la loi permettrait au patron de
"réglementer les tenues vestimentaires", notamment
pour des impératifs tenant aux contacts avec la clientèle.
Dans les cantines, des substituts au porc et le poisson,
le vendredi, doivent être proposés, mais les exigences
religieuses doivent rester compatibles avec un "accommodement
raisonnable".
Deux nouvelles fêtes légales : sans remettre
en cause le calendrier conçu autour des fêtes catholiques,
la loi reconnaîtrait les fêtes de l'Aïd-el-Kébir
et de Yom Kippour. Aucun élève ne travaillerait
ces jours-là. Les salariés pourraient, après
concertation, substituer ces fêtes, ainsi que le Noël
orthodoxe ou celui des chrétiens orientaux, à un
autre jour férié.
Une "charte de la laïcité" serait
largement diffusée.
L'enseignement du fait religieux ferait l'objet d'une
approche scolaire "transversale".
L'enseignement des "langues et cultures d'origine"
serait supprimé, ceux de l'arabe et du berbère développés.
Une Ecole nationale d'études islamiques serait
créée.
Un aumônier général musulman serait
nommé dans les armées.
Les libres-penseurs bénéficieraient d'une
émission de télévision régulière.
En matière funéraire, les mairies seraient
invitées à autoriser que les tombes musulmanes soient
orientées vers La Mecque.
En Alsace-Moselle, le choix de suivre ou non un enseignement
religieux (étendu à l'islam) serait ouvert.
La commission sur la laïcité s'est attachée
à montrer le lien entre les atteintes à la laïcité
que sont le port du voile à l'école ou les refus
d'être soignés par certains médecins dans
les hôpitaux, et la situation sociale dans les quartiers
sensibles.
"L'ensemble des intervenants de terrain auditionnés
ont fait état d'un contexte social et urbain favorable
au développement de logiques communautaristes", affirme
la commission, insistant longuement sur le sort fait aux femmes
et aux filles des cités, "un véritable drame".
"Les jeunes femmes se retrouvent victimes d'une résurgence
du sexisme qui se traduit par des pressions et des violences verbales
ou physiques", qui les conduisent à porter "volontairement
le voile tandis que certaines le revêtent sous la contrainte
ou la pression".
Le rapport juge "inacceptable" le recul de la mixité
dans les lieux publics, notamment dans l'accès aux équipement
publics sportifs, souhaitant "une disposition législative"
pour rappeler l'exigence de mixité.
Il fait état aussi de l'aggravation des manifestations
racistes et xénophobes, de la montée d'un nouvel
antisémitisme, et des "discriminations rampantes"
qui "fragilise la laïcité", insistant sur
les discriminations à l'embauche qui "désespèrent
du modèle républicain".
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